L'Equateur vote pour un nouveau président qui mettra fin à «l'insécurité»

Une femme dépose son bulletin dans un bureau de vote à Quito lors de l'élection présidentielle équatorienne et du référendum sur l'exploitation minière et pétrolière, le 20 août 2023. (AFP)
Une femme dépose son bulletin dans un bureau de vote à Quito lors de l'élection présidentielle équatorienne et du référendum sur l'exploitation minière et pétrolière, le 20 août 2023. (AFP)
Short Url
Publié le Dimanche 20 août 2023

L'Equateur vote pour un nouveau président qui mettra fin à «l'insécurité»

  • Le scrutin se déroule douze jours après la mort à Quito, sous les balles d'un commando de tueurs à gage colombiens, du centriste Fernando Villavicencio, un ex-journaliste de 59 ans qui était en deuxième position dans les sondages
  • La campagne a été marquée par trois autres assassinats: un maire d'un grand port, un candidat au Congrès et un dirigeant corréiste local

QUITO: Les électeurs équatoriens ont commencé à voter dimanche matin pour une élection présidentielle anticipée, bouleversée par l'assassinat de l'un des principaux candidats sur fond d'une vague de violences sans précédent liée au narcotrafic en pleine expansion.

Le scrutin se déroule douze jours après la mort à Quito, sous les balles d'un commando de tueurs à gage colombiens, du centriste Fernando Villavicencio, un ex-journaliste de 59 ans qui était en deuxième position dans les sondages. La campagne a été marquée par trois autres assassinats: un maire d'un grand port, un candidat au Congrès et un dirigeant corréiste local.

"Le problème le plus grave est l'insécurité (...) tant de crimes, d'assassinats, de disparitions, nous avons peur", a commenté Eva Hurtado, électrice de 40 ans à la sortie du bureau de vote, résumant l'état d'esprit d'un pays traumatisé par ces violences.

Les bureaux de vote ont ouvert à 07H00 (12H00 GMT). Sous la surveillance de près de 100 000 policiers militaires, les 13,4 millions d'électeurs auront jusqu'à 17H00 (22H00 GMT) pour élire leur président, leur vice-président et les 137 députés du Congrès monocaméral. Les premiers résultats doivent être publiés dans la nuit.

«Pour 18 mois»

"L'Equateur aborde cette journée électorale dans un contexte complexe et, en même temps, plein d'espoir (...)", a commenté à l'ouverture officielle du vote le président conservateur sortant Guillermo Lasso. Il a souligné "l'immense responsabilité" de ses concitoyens et les a appelé à "arrêter l'avancée de projets autoritaires qui mettent en danger la stabilité du pays".

Longtemps oasis de paix en Amérique latine, l'Equateur a été contaminé ces dernières années par le trafic de drogue venant Colombie et du Pérou, et sponsorisé par les cartels mexicains. Au point de menacer les institutions et de ressembler à la Colombie sanglante des années 1990.

Si la côte Pacifique avec son port stratégique de Guayaquil est longtemps restée l'épicentre des violences, Quito vit désormais dans la peur. Le taux d'homicides à l'échelle nationale a doublé en 2022 et battra des records cette année. Depuis 2021, plus de 430 détenus se sont entretués en prison dans des massacres entre gangs rivaux.

A cette violence s'ajoute une crise institutionnelle privant le pays de Congrès ces trois derniers mois après la décision de l'impopulaire président conservateur sortant Guillermo Lasso d'appeler à des élections anticipées pour éviter une mise en accusation pour corruption.

Le nouveau président sera élu jusqu'en mai 2025 soit la fin théorique du mandat de M. Lasso. "Le pays vote pour 18 mois", titrait d'ailleurs dimanche matin le grand quotidien el Universo.

Ce gouvernement n'a pas su gérer la criminalité, (...) il faut une main forte", a déclaré à l'AFP Luis Lagunas, 54 ans, qui fait la queue pour voter dans le nord de la capitale.

«Une main ferme»

"En 18 mois, rien ne peut être fait", juge Carlos Leon, retraité de 61 ans, qui espère un président à la "main ferme, sans peur, avec les pieds sur terre".

"Insécurité et chômage... Nous avons besoin d'une main ferme pour mettre fin à tout cela", plaide aussi Inés Iturralde, 58 ans, commerçante à Quito.

L'assassinat de Villavicencio a rebattu les cartes du scrutin présidentiel. Un second tour est prévu le 15 octobre si aucun des huit candidats ne l'emporte à la majorité absolue ce dimanche

Meilleur ami et collègue de Villavicencio, le journaliste Christian Zurita, 53 ans, a remplacé au pied levé le candidat assassiné, avec lequel il avait collaboré à de nombreuses enquêtes sur des scandales de corruption, dont celle qui avait abouti à la condamnation de l'ancien président socialiste Rafael Correa (2007-2017) à huit ans de prison et à son départ en exil.

Samedi, il a une nouvelle fois promis "d'honorer la mémoire" de son ami, de faire de l'Equateur "une nation libre de la corruption, de l'impunité, des mafias et de l'extorsion".

La rivale de M. Zurita, seule femme dans la course à la présidence, Luisa Gonzalez, 45 ans, porte un discours de gauche et plus social, dans la lignée de son mentor Correa. Favorite des sondages jusqu'à l'assassinat de Villavicencio, elle a voté dans son fief de Canuto (ouest), a constaté l'AFP.

"Tout est entre les mains des peuple équatorien, le plus probable est que nous n'aurons qu'un seul tour", a-t-elle affirmé dimanche matin, s'inquiétant des difficultés rencontrées pour voter par certains Equatoriens de l'étranger, selon elle.

Derrière Mme Gonzalez et M. Zurita viennent l'ancien tireur d'élite et homme d'affaires Jan Topic (droite), le leader indigène Yaku Pérez (gauche) et l'ancien vice-président Otto Sonnenholzner (droite), selon les derniers sondages.

"Que la démocratie soit respectée et le meilleur candidat l'emporte, notre pays le mérite", a commenté au début du vote sur X (ex-Twitter) M. Topic, un ancien de la Légion étrangère française aussi surnommé le "Bukele équatorien" en référence au dirigeant salvadorien à poigne Nayib Bukele.

"La sécurité signifie aussi donner des sources de travail, d'éducation et d'emploi à notre peuple, qui est actuellement complètement oublié", a plaidé pour sa part le candidat indigène Pérez, un environnementaliste qui plaide pour l'arrêt de la production pétrolière.

Les électeurs se prononcent aussi par référendum sur la poursuite de l'exploitation pétrolière dans la jungle amazonienne de Yasuni (Nord-Est), terre indigène et réserve unique de biodiversité. Une consultation "historique" aux yeux des défenseurs de l'environnement et de la cause indigène.


Rubio met en garde contre le «chaos total» en cas de péage à Ormuz

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn). (AFP)
  • L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés
  • C'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient

MANAMA: Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, en tournée dans le Golfe, a mis en garde jeudi contre le "chaos total" que pourrait engendrer la mise en place par l'Iran de frais dont devraient s'acquitter les navires dans le détroit d'Ormuz.

Plus tôt jeudi, Téhéran avait menacé de "mesures appropriées" contre tout bateau s'aventurant à franchir le détroit sans leur autorisation, semblant répondre à l'aonnonce par Oman de l'ouverture d'un "corridor maritime temporaire" présenté comme une intiative concertée avec l'ONU.

Ormuz est une étroite voie navigable d'une trentaine de kilomètres de large qui sépare l'Iran et Oman, mais le seul passage autorisé par l'Iran se fait dans un couloir qui longe ses côtes.

L'Iran réfléchit à l'imposition de "droits de redevance", qui n'existaient pas avant la guerre, auxquels les Etats-Unis sont radicalement opposés - c'est l'un des principaux points d'achoppement entre les deux pays qui ont récemment signé un protocole d'accord pour mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

"Si nous acceptons que l'on puisse faire payer l'utilisation d'une voie navigable internationale parce qu'elle se trouve à proximité de son espace territorial, cela se propagerait alors à travers le monde comme une épidémie", a averti Marco Rubio, lors d'une réunion avec ses homologues du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Manama (Bahreïn).

Le chef de la diplomatie américaine, venu rassurer ses alliés du Golfe largement ciblés par Téhéran pendant la guerre en représailles des frappes israélo-américaines sur l'Iran, a ajouté que les Etats-Unis souhaitaient un accord de paix, mais pas "à n'importe quel prix".

"Nous voulons un accord qui soit bon, nous voulons un accord qui soit réel, nous voulons un accord qui soit vérifiable, et nous voulons un accord qui soit respecté", a poursuivi M. Rubio.

Le responsable, qui s'est rendu aux Emirats arabes unis, au Koweït et à Bahreïn, a également donné l'assurance que les intérêts des pays du Golfe seraient pris en compte.

"Nous voulons nous assurer qu'aucune partie de cet accord ne porte atteinte, de quelque manière que ce soit, à la sécurité, à la stabilité ou à la prospérité de l'un de nos partenaires de la région du Golfe", a-t-il souligné.

Son homologue de Bahreïn, Abdoullatif ben Rachid Al Zayani, a lui mis en avant les "incertitudes" affectant ces pays.

Les monarchies du Golfe ont payé un lourd tribut à l'offensive américano-israélienne lancée le 28 février contre l'Iran. Elles accueillent des bases militaires américaines et ont été visées par des missiles et drones iraniens en représailles.


Double séisme au Venezuela: au moins 32 morts et plus de 700 blessés

Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués. (AFP)
  • Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres
  • Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela

CARACAS: Deux puissants séismes ont fait au moins 32 morts et plus de 700 blessés au Venezuela mercredi, selon un premier bilan provisoire des autorités qui redoutent davantage de victimes notamment dans la région proche de Caracas où des journalistes de l'AFP ont vu des immeubles effondrés et des habitants paniqués.

Dans la capitale de ce pays d'Amérique latine de près de 30 millions d'habitants régulièrement frappé par des séismes, des photographes de l'AFP ont vu des secouristes et des habitants fouiller des immeubles réduits à des gravats. Des personnes étaient extirpées des décombres puis emmenées sur des brancards.

Au pied d'un bâtiment de 22 étages entièrement détruit dans le quartier d'Altamira, une journaliste de l'AFP a vu des gens crier les noms de leurs proches enfouis sous les décombres. "Nous avons besoin de lampes torches !", lance l'un d'eux dans la nuit noire.

"A l'heure actuelle, nous avons reçu des informations faisant état de 32 morts" et "de plus de 700 blessés", a déclaré la présidente par intérim Delcy Rodriguez dans un message à la nation, après avoir déclaré l'état d'urgence.

Elle a précisé ne pas encore disposer de données concernant l'Etat de La Guaira, situé à proximité de la capitale et qui est selon elle la région la plus touchée. L'aéroport de Caracas, gravement endommagé selon elle, a été fermé.

Signe de la gravité de la situation, les Etats-Unis ont annoncé l'envoi immédiat de secouristes et d'aide humanitaire au Venezuela. "Nous serons aux côtés de nos nouveaux et formidables amis", a assuré le président américain Donald Trump, tandis que Mme Rodriguez a indiqué s'être entretenue au téléphone avec le secrétaire d'Etat Marco Rubio.

Cette initiative américaine, un acte diplomatique fort après des années de tensions, s'inscrit dans le cadre du rétablissement des relations entre les deux pays depuis que les forces américaines ont capturé le président déchu Nicolas Maduro, aujourd'hui incarcéré aux Etats-Unis.

La Chine et l'Inde ont elles aussi proposé leur aide, et plusieurs pays d'Amérique latine ont fait de même et exprimé leur solidarité, parfois au-delà de leurs divergences politiques. 


L'Iran accuse l'Otan de «complicité» dans la guerre menée contre lui

Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël. (AFP)
  • M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury"
  • "Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X

TEHERAN: Le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaïl Baghaï, a accusé jeudi l'Otan de "complicité" dans la "guerre d'agression illégale" lancée contre l'Iran par les Etats-Unis et Israël.

M. Baghaï a réagi à des propos sur Fox News du secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, selon qui "500 avions américains ont décollé de bases américaines en Italie" pour soutenir l'opération militaire israélo-américaine "Epic Fury" lancée contre l'Iran le 28 février.

M. Rutte a également affirmé que l'aéroport de Bucarest avait réduit ses vols commerciaux pour laisser la place aux avions de ravitaillement utilisés dans le cadre de cette opération, et qu'entre 4.000 et 5.000 sorties d'avions américains avaient été effectuées depuis des bases européennes pendant le conflit.

"Il s'agit là d'un aveu clair et accablant de la complicité active de l'Otan dans une guerre d'agression illégale menée contre un Etat membre souverain de l'ONU", a écrit M. Baghaï sur X.

"Le secrétaire général de l'Otan a explicitement désigné l'Italie et la Roumanie comme ayant participé à l'agression contre l'Iran", a souligné le porte-parole du ministère iranien.

"Ces pays, ainsi que tous les autres pays européens ayant apporté leur soutien à l'agression américano-israélienne contre l'Iran, doivent expliquer à leur propre population et au monde entier pourquoi ils ont choisi de se rendre complices de cet acte d'agression flagrant et de la perpétration d'atrocités de masse contre les populations iraniennes", a-t-il ajouté.

En Italie, le ministère de la Défense a condamné mercredi les propos de M. Rutte, estimant qu'ils avaient envoyé "un message complètement trompeur", Rome n'ayant permis aux Etats-Unis d'utiliser ses bases que pour des vols techniques et logistiques, et non des missions de combat.