Turquie: quand l'expansion des mines à charbon mine le moral des villageois

Un villageois assis sur sa terrasse regarde un champ de maïs situé près de la centrale électrique au charbon d'Afsin, à Afsin, dans la province de Kahramanmaras, dans le sud de la Turquie, le 22 août 2023. (Photo Bulent Kilic / AFP)
Un villageois assis sur sa terrasse regarde un champ de maïs situé près de la centrale électrique au charbon d'Afsin, à Afsin, dans la province de Kahramanmaras, dans le sud de la Turquie, le 22 août 2023. (Photo Bulent Kilic / AFP)
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Publié le Dimanche 27 août 2023

Turquie: quand l'expansion des mines à charbon mine le moral des villageois

  • Outre les conséquences environnementales, la mine de charbon de Soma a également été le lieu de la pire catastrophe industrielle qu'a connue la Turquie
  • A l'instar d'autres centrales, Soma voit ses ressources en charbon diminuer drastiquement et cherche à s'étendre sur de nouveaux terrains au grand dam des locaux

SOMA, Turquie :Osman Arslan prépare son thé agenouillé au pied d'un arbre de bon matin, alors que se dresse derrière lui une centrale électrique à charbon qui s'élève comme une bête au-dessus de son village turc de la côte égéenne.

Tout juste rentré d'un pèlerinage à La Mecque avec son épouse, l'homme d'âge moyen se souvient de l'âge d'or de l'agriculture locale, quand il n'y avait pas de centrale thermique à Soma (ouest du pays).

A l'époque, ses oliviers étaient en meilleure forme, assure Osman Arslan, tandis que la fumée de son thé se mélange à celle des cheminées de la centrale.

Outre les conséquences environnementales, la mine de charbon de Soma a également été le lieu de la pire catastrophe industrielle qu'a connue la Turquie. En 2014, plus de 300 personnes sont mortes dans un accident survenu dans la mine, ce qui a rendu l'industrie très impopulaire auprès de la population locale.

Reste qu'à l'instar d'autres centrales, Soma voit ses ressources en charbon diminuer drastiquement et cherche à s'étendre sur de nouveaux terrains au grand dam des locaux.

Militants écologistes et villageois se sont affrontés avec la gendarmerie dans le sud-ouest de la Turquie, dans la province de Mugla, lorsqu'une usine a commencé à abattre arbres et oliviers en quête de charbon, le mois dernier.

- Un coût humain -

Un journaliste de l'AFP a fait le tour des environs de cinq centrales électriques à charbon en Turquie, pour constater que le coût humain, lié à cette ressource énergétique très polluante, est élevé.

Les olives de la ville égéenne de Milas, les tomates et haricots de la plaine d'Afsin ne fleurissent plus autant, tandis que les problèmes respiratoires sont devenus la principale maladie mortelle à Yatagan (sud-est).

Ici, la centrale électrique qui est l'une des plus anciennes du pays, émet une forte odeur de méthane qui imprègne l'air, et des couches visibles à l'oeil nu recouvrent arbres et jardins.

Okan Goktas, 44 ans, qui irrigue ses terres en fin d'après-midi, nous apprend que son frère était employé dans cette centrale comme "plusieurs villageois des alentours", avant de prendre sa retraite.

"L'aide du (gouvernement, Ndlr) pour l'agriculture est presque inxistante, alors la population n'avait d'autre choix que de travailler à la centrale."

Alors que le président conservateur Recep Tayyip Erdogan, réélu en mai, a assuré que la Turquie atteindra l'objectif de zéro émission de carbone d'ici 2053, les critiques fusent.

La Turquie est le dernier pays du Groupe des 20 principales économies au monde à avoir ratifié les Accords de Paris, après que l'environnement soit devenu un enjeu majeur à la suite des incendies mortels en 2021.

Qu'importe, les centrales électriques obtiennent les autorisations du gouvernement nécessaires pour leurs expansions.

- Insatiable -

Les centrales de Yenikoy and Kemerkoy ont ainsi fauché des terres où poussaient autrefois des olives de Milas exportées dans le monde entier.

Selon les villageois, la centrale de Yenikoy achète des terrains agricoles à des prix réduits, jouant du désespoir des propriétaires locaux qui, dépités, sont convaincus de ne pouvoir faire autrement.

Mais la centrale de Yenikoy semble toujours insatiable, et continue sa quête de terrains agricoles et de forêts pour répondre à ses besoins.

Au cours des deux dernières années, plusieurs baies ont été presque complètement englouties, obligeant certains villageois à migrer, d'autres à voir leur vie dépendre désormais du travail dans ces usines.

Selon Nail, 63 ans, la centrale de Karabiga sur la côte Egée emploie 600 personnes, dont son fils.

Yusuf, qui regarde la mine depuis son balcon dans la ville d'Afsin, dans la province de Kahramanmaras (sud-est de la Turquie), est également mineur.

Selon lui, les agriculteurs peinent à cultiver leurs terres à cause de la pollution de la mine.

Ce mineur de 48 ans est convaincu que la mine n'utilise par des filtres à air appropriés la nuit, ce qui l'a poussé avec son frère à saisir la justice.

En vain. Les experts mandatés ont conclu à l'absence d'infraction.


Pas de négociation directe entre l'Iran et les Etats-Unis à Doha, selon le Qatar

  • "M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le L
  • "Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens"

DOHA: Le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit Iran/Etats-Unis, a affirmé mardi qu'aucune discussion directe n'était prévue dans les jours à venir à Doha, où Washington a envoyé ses émissaires pour des réunions avec des médiateurs.

Les deux camps avaient annoncé l'envoi de responsables au Qatar pour avancer après la signature mi-juin d'un protocole d'accord visant à mettre fin à la guerre au Moyen-Orient sur tous les fronts, y compris au Liban.

"M. Steve Witkoff et M. Jared Kushner sont ici à Doha pour rencontrer des médiateurs et des responsables qataris, et les discussions porteront sur l'ensemble des questions régionales (...) y compris, bien sûr, les négociations avec l'Iran, mais aussi le Liban", a déclaré Majed Al Ansari, porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar.

"Ils ne sont pas ici pour leurs négociations avec les Iraniens", a-t-il précisé. Par ailleurs, selon lui, "aucune rencontre directe n'est programmée entre les deux parties dans les prochains jours" ni aucune "réunion de haut niveau".

Côté iranien, une "délégation technique effectue des allers-retours à Doha en fonction de l'avancée des négociations. Il n'y a actuellement aucune délégation de haut niveau sur place", a ajouté le porte-parole.

Les discussions techniques portent sur des points du dossier nucléaire, des questions économiques, de performance de l'Etat ou sur la sécurité, a énuméré Majed Al Ansari.

Le Qatar a d'abord refusé de prendre le rôle de médiateur, après avoir été la cible de tirs iraniens en représailles aux frappes américano-israéliennes contre l'Iran. Mais depuis plusieurs semaines, il joue un rôle plus actif dans les négociations auprès du Pakistan, autre pays médiateur.


La Russie dit avoir abattu 419 drones ukrainiens dans la nuit, un bébé tué

Une femme marche devant un centre commercial tandis qu'une fumée noire s'élève du site de la raffinerie moscovite de Gazprom Neft, le producteur de pétrole russe, située dans la banlieue sud-est de Moscou, le 18 juin 2026. Moscou repoussait une attaque « de grande envergure » menée par des drones depuis l'Ukraine. (AFP)
Une femme marche devant un centre commercial tandis qu'une fumée noire s'élève du site de la raffinerie moscovite de Gazprom Neft, le producteur de pétrole russe, située dans la banlieue sud-est de Moscou, le 18 juin 2026. Moscou repoussait une attaque « de grande envergure » menée par des drones depuis l'Ukraine. (AFP)
  • Dans la région de Moscou, une maison a pris feu à Iegorievsk, à la suite de la chute d'un drone, selon le gouverneur régional Andreï Vorobiov
  • Se trouvant à l'intérieur au moment de l'attaque, "un bébé de six mois est décédé en route vers l'hôpital"

MOSCOU: La Russie a annoncé mardi avoir abattu dans la nuit 419 drones ukrainiens, y compris au-dessus de la région de Moscou où un bébé de six mois a été tué selon les autorités locales.

"Au cours de la nuit, entre 20H00 heure de Moscou (17H00 GMT) le 29 et 07H00 heure de Moscou (04H00 GMT) le 30 juin, les défenses antiaériennes ont intercepté et détruit 419 drones ukrainiens", a indiqué le ministère russe de la Défense dans un communiqué.

La Crimée annexée, la région russe de Krasnodar (sud) et celle de la capitale Moscou ont notamment été concernées par ces attaques.

Dans la région de Moscou, une maison a pris feu à Iegorievsk, à la suite de la chute d'un drone, selon le gouverneur régional Andreï Vorobiov.

Se trouvant à l'intérieur au moment de l'attaque, "un bébé de six mois est décédé en route vers l'hôpital", a-t-il précisé, en ajoutant qu'un autre enfant et deux adultes ont été blessés et hospitalisés.

Le maire de Moscou, Sergueï Sobianine, avait indiqué dans une série de messages sur Telegram qu'une soixantaine de drones lancés en direction de la ville avaient été abattus dans la nuit et mardi matin.

Il a précisé que les secours s'étaient déployés dans les zones de retombée des débris, sans plus de détails.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a affirmé sur X que les attaques de longue portée avaient touché un centre de communications par satellite dans la région de Moscou, utilisé pour le renseignement et la coordination des troupes russes en Ukraine.

Cette nouvelle vague massive d'attaques survient après une nuée de 660 drones ukrainiens dans la nuit de jeudi à vendredi, un nombre parmi les plus élevés depuis le début du conflit en février 2022. La Russie avait également annoncé leur destruction.

L'Ukraine a intensifié ces derniers mois ses frappes sur le territoire russe, Moscou comprise, et parfois très loin de la frontière, visant particulièrement des infrastructures de transport et de stockage d'hydrocarbures pour tenter d'assécher la capacité de la Russie à financer son offensive.

La Russie continue pour sa part à frapper quotidiennement l'Ukraine.

 


Hostilités en pause entre Téhéran et Washington, réunions annoncées au Qatar

Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
Un avion de chasse F-16 de l’US Air Force patrouille dans le ciel au-dessus du Moyen-Orient. (Central Command)
  • L’Iran et les États-Unis prévoient des échanges au Qatar, mais Téhéran exclut toute négociation directe
  • Tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz après des attaques et un ralentissement du trafic maritime

WASHINGTON: L'Iran et les Etats-Unis ont annoncé lundi des réunions cette semaine au Qatar après leurs attaques des derniers jours, mais Téhéran évoque des rencontres techniques sans négociations directes avec le camp adverse quand Washington parle de "réunions de haut niveau".

Les deux camps ont décidé, selon un responsable américain, de cesser leurs attaques, menées en dépit de la signature d'un protocole d'accord à la mi-juin pour mettre fin au conflit au Moyen-Orient.

Et le président américain a écrit sur son réseau Truth Social: "L'IRAN A DEMANDE UNE REUNION. ELLE AURA LIEU DEMAIN (mardi) A DOHA !".

Peu après, la porte-parole de la Maison Blanche Karoline Leavitt a annoncé sur Fox News que les émissaires Steve Witkoff et Jared Kushner se rendraient sur place "cette semaine pour participer à des réunions de haut niveau".

D'après CNN, qui cite deux responsables américains, Steve Witkoff est déjà en route pour Doha.

Un diplomate au fait des pourparlers a confirmé à l'AFP une rencontre "ces prochains jours des équipes techniques", ajoutant que "les canaux de communication pour désamorcer les incidents étaient opérationnels".

- Tensions autour d'Ormuz -

Après avoir d'abord démenti toute réunion, la diplomatie iranienne a confirmé lundi l'envoi d'une "délégation d'experts" cette semaine à Doha. Mais "dans les prochains jours, nous ne négocierons pas avec la partie américaine, à aucun niveau", a insisté le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï.

Les tensions se cristallisent autour de la gestion du stratégique détroit d'Ormuz, où le trafic a ralenti ce week-end après deux attaques de navires.

Au total, 29 bateaux transportant des matières premières ont franchi le détroit samedi et 12 dimanche, selon les données de la société de suivi maritime Kpler, un chiffre en net recul par rapport aux jours précédents.

L'Iran répète depuis des semaines en dépit de l'opposition des Etats-Unis qu'il n'y aura pas de retour à la situation d'avant-guerre, quand le passage était gratuit. Et il a menacé les navires tentés de contourner l'itinéraire autorisé.

Accusant Téhéran d'avoir ciblé deux navires la semaine dernière, les Etats-Unis ont bombardé le pays en retour, et l'Iran a ciblé ses voisins du Golfe, Koweït et Bahreïn.

De quoi fragiliser le protocole d'accord signé le 17 juin entre Téhéran et Washington.

- Frais de service -

L'Iran et Oman revendiquent leur souveraineté sur le transit dans le détroit et envisagent donc des frais de service. Pourtant la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, non ratifiée par Téhéran, garantit la liberté de navigation "sans entrave" des navires dans les détroits servant à la navigation internationale.

Verrouillé par la République islamique pendant la guerre lancée le 28 février par Israël et les Etats-Unis, cette voie maritime cruciale pour le commerce mondial d'hydrocarbures a rouvert peu après la signature du protocole d'accord.

Téhéran n'autorise cependant qu'un seul couloir de passage, le long de ses côtes.

Oman entretient de son côté le flou et a annoncé l'ouverture d'une voie de navigation alternative temporaire, présentée comme une initiative concertée avec l'ONU pour évacuer les marins et navires bloqués.

Le sultan d'Oman, Haïtham ben Tariq, et le président français Emmanuel Macron ont plaidé lundi pour une "navigation libre, sans conditions ni restrictions" et convenu d'y mener des "opérations de déminage conjointes". Ce à quoi la diplomatie iranienne a répondu en sommant la France de ne pas "compliquer davantage" la situation.

- "Détermination" -

Au Liban, que Téhéran avait exigé d'inclure dans les pourparlers avec les Etats-Unis, Israël a poursuivi ses frappes ce week-end, malgré la signature vendredi à Washington d'un accord-cadre pour une "paix durable".

Selon un média d'Etat libanais, une frappe israélienne a encore eu lieu lundi dans le sud du pays.

L'accord-cadre prévoit notamment qu'Israël continue à occuper le sud du Liban, comme depuis le début de cette nouvelle guerre contre le Hezbollah, jusqu'à ce que le mouvement chiite soutenu par l'Iran rende les armes.

Une exigence de longue date, que le gouvernement libanais peine à mettre en oeuvre malgré la pression des Etats-Unis.

Lundi, le président libanais Joseph Aoun a justement affiché sa "détermination" à asseoir l'autorité de l'Etat en déployant son armée jusqu'à la frontière avec Israël, dans une zone où le Hezbollah est implanté.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le nord d'Israël en soutien à son parrain iranien, visé par l'offensive américano-israélienne. Israël a riposté en jurant d'"éliminer" le mouvement, et déployé ses troupes dans le sud. Ses frappes ont depuis fait plus de 4.200 morts, selon Beyrouth.