Libye - Israël: Départ non confirmé vers la Turquie d'Al-Mangoush suspendue par son gouvernement/node/417626/monde-arabe
Libye - Israël: Départ non confirmé vers la Turquie d'Al-Mangoush suspendue par son gouvernement
Des personnes brûlent une chemise à l'effigie de la ministre libyenne des Affaires étrangères, Najla Mangoush, à Tripoli, en Libye, le dimanche 27 août 2023. (AP Photo/Yousef Murad)
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Publié le Mardi 29 août 2023
AFP
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Libye - Israël: Départ non confirmé vers la Turquie d'Al-Mangoush suspendue par son gouvernement
La Libye n'entretient pas de relations diplomatiques avec Israël
La ministre a rappelé «de manière claire et sans ambiguïté la position de la Libye à l'égard de la cause palestinienne»
Publié le Mardi 29 août 2023
AFP
TRIPOLI: Le chef du gouvernement libyen basé à Tripoli a limogé sa cheffe de la diplomatie pour avoir rencontré récemment son homologue israélien en Italie, une entrevue interdite par les lois libyennes dont il était forcément au courant, selon des analystes.
Le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah a suspendu dimanche Najla al-Mangoush pour avoir eu une entrevue la semaine passée avec son homologue israélien Eli Cohen à Rome.
Lundi, M. Dbeibah a annoncé son "limogeage" depuis l'ambassade palestinienne à Tripoli, a rapporté la représentation diplomatique sur sa page Facebook. La télévision Al-Ahrar, citant une source gouvernementale, avait elle aussi annoncé son limogeage plus tôt lundi.
Le Premier ministre s'y est rendu pour exprimer "le soutien libyen à la cause palestinienne", affirmant que la position de Mme Mangoush "ne représente pas le gouvernement de la Libye ni son peuple", selon la même source.
La Libye ne reconnaît pas Israël et s'oppose à toute normalisation avec ce pays.
Le sort de Mme Mangoush était inconnu lundi. Selon l'agence de presse turque Anadolu, citant des "sources de sécurité" anonymes, un avion gouvernemental libyen l'aurait conduite de Tripoli à Istanbul dans la nuit. Une source ministérielle libyenne a par ailleurs confirmé le départ de la cheffe de la diplomatie vers la Turquie.
La sécurité de l'aéroport dément avoir autorisé un départ de la cheffe de la diplomatie
Le principal organe de sécurité de l'aéroport de Tripoli en Libye a démenti lundi avoir autorisé un départ vers la Turquie de la cheffe de la diplomatie du gouvernement internationalement reconnu, qui a été "suspendue" dimanche.
Selon des internautes, un avion de type Falcon, suivi sur l'application Flightradar, aurait transporté dans la nuit de dimanche à lundi la ministre, Najla al-Mangoush, vers la Turquie après une autorisation de départ depuis Tripoli donnée par l'Organe de sécurité intérieure (OSI).
L'agence officielle turque Anadolu citant des "sources de sécurité" anonymes a affirmé que Mme Mangoush avait quitté la capitale libyenne pour Istanbul à bord d'un avion gouvernemental.
La ministre n'a pas été "autorisée" à quitter le territoire libyen "par les voies officielles depuis l'aéroport de Mitiga (le seul de Tripoli, ndlr), que ce soit par le terminal ordinaire ou par celui des hautes personnalités", a affirmé l'OSI dans un communiqué.
Mme Mangoush "figure sur la liste des personnes interdites de voyage" à l'étranger, a détaillé l'OSI, en soulignant que "les caméras de surveillance prouveraient" qu'elle n'est pas partie de Mitiga.
Selon plusieurs spécialistes de la Libye, M. Dbeibah, à la tête d'un gouvernement mis en place dans le cadre d'un processus de paix parrainé par l'ONU, avait en réalité donné son accord à l'entretien avec le ministre israélien, et Mme Mangoush est un "bouc émissaire".
"Le Parlement de l'Est, (l'homme fort de l'Est Khalifa) Haftar et Dbeibah la rendent responsable de décisions auxquelles ils ont tous participé", a déclaré Anas el-Gomati du Sadeq Institute. Le camp de l'Est, notamment le maréchal Haftar et son fils Saddam, ont eu des contact directs avec des responsables israéliens ces dernières années sans subir aucune sanction.
Depuis un an, deux gouvernements se disputent le pouvoir dans ce pays plongé dans le chaos depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011: celui de M. Dbeibah dans l'Ouest et celui de l'Est soutenu par le M. Haftar.
Selon M. el-Gomati, pour garantir "un soutien américain (à un accord entre les deux camps), des pressions ont été exercées (sur la Libye) pour adhérer aux accords d'Abraham" de normalisation entre les pays arabes et Israël.
«Survie»
Jalel Harchaoui, également spécialiste de la Libye, pense aussi à "une manoeuvre de M. Dbeibah" pour se maintenir au pouvoir face "à une pression qui monte à l'ONU et aux Etats-Unis afin d'installer un nouveau gouvernement de technocrates" pour préparer des élections.
Pour M. el-Gomati, Dbeibah joue "sa survie" qui "dépend surtout des relations et des alliances qu'il entretient au-delà des frontières libyennes avec de puissants acteurs régionaux".
"Le soutien de Tel Aviv à Haftar n'est un secret pour personne", a-t-il rappelé, qualifiant l'annonce de la rencontre de Rome par Israël de "stratégique" car "destinée à faire pencher la balance en faveur de Haftar, en acculant Dbeibah".
Le ministère israélien des Affaires étrangères a nié lundi être à l'origine de cette "fuite", alors que c'est son service de presse qui a annoncé dimanche sur une rencontre "inédite" de M. Cohen avec Mme Mangoush.
Sortir l'information vise, selon l'expert, soit à "pousser Dbeibah à abandonner le pouvoir, soit à le contraindre à un compromis avec le camp de Haftar".
Dbeibah "a eu la tentation de faire un coup en termes de diplomatie mais c'est raté car il n'a pas évalué correctement le risque que la population se focalise sur lui" et non sur Mme Mangoush, a estimé M. Harchaoui.
Des mouvements de protestation ont éclaté dimanche à Tripoli et dans plusieurs villes et la maison du Premier ministre a été attaquée. Des groupes de jeunes ont coupé les routes, brûlé des pneus et brandi le drapeau palestinien.
"Il y a un vrai sentiment d'outrage dans la population face aux politiques d'Israël vis-à-vis des Palestiniens", a expliqué M. Harchaoui.
En Libye, toute relation avec Israël, ses ressortissants ou toute entité le représentant est passible d'une peine d'emprisonnement de trois à dix ans, en vertu d'une loi datant de 1957.
Lundi soir, les parlementaires libyens, portant l'écharpe palestinienne autour du cou lors d'une "session urgente", ont appelé le procureur général à ouvrir une enquête sur "les contacts avec le ministère de l'occupant israélien".
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués. (AFP)
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AFP
Publié le 24 juillet 2026
L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad
Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source
Publié le Vendredi 24 juillet 2026
AFP
24 juillet 2026
JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé vendredi qu'elle se préparait à mener une "vaste opération antiterroriste" en Cisjordanie occupée à la suite de violences qui ont coûté la vie à un Israélien et quatre Palestiniens.
"A la suite de l'attaque terroriste perpétrée plus tôt dans la journée dans la région de Tel, les soldats des FDI (armée israélienne, NDLR) se préparent à mener une vaste opération antiterroriste dans ce secteur", a indiqué l'armée. Elle a ajouté avoir reporté les permissions des soldats sur l'ensemble du territoire et déployé ses forces dans la région.
Netanyahu promet d'agir "avec fermeté"
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a promis vendredi d'agir "avec fermeté" après la mort d'un Israélien dans de nouvelles violences en Cisjordanie occupée, lors desquelles quatre Palestiniens ont aussi été tués.
L'armée israélienne a déclaré que des soldats avaient été déployés après des informations faisant état d'une attaque contre des civils israéliens qui faisaient selon elle une randonnée près de la colonie israélienne de Havat Gilad.
Selon elle, les assaillants se sont emparés de l'arme d'un membre des forces de sécurité arrivées sur place, avant d'ouvrir le feu sur les randonneurs.
Les secours israéliens du Magen David Adom ont indiqué qu'un homme d'une trentaine d'années avait été déclaré mort près de la colonie.
Deux personnes blessées par balles, âgées d'une vingtaine d'années, ont été évacuées par hélicoptère, l'une dans un état grave, selon la même source.
L'armée a ensuite annoncé avoir tué l'auteur de l'attaque et récupéré l'arme dérobée. Elle a précisé que des opérations étaient toujours en cours pour retrouver d'éventuels autres assaillants.
Un journaliste de l'AFP a constaté que tous les barrages et points de contrôle avaient été fermés dans le nord de la Cisjordanie et que d'importants renforts militaires avaient été déployés dans le secteur.
Le ministère palestinien de la Santé a indiqué de son côté que quatre Palestiniens avaient été tués dans le village de Tel, voisin de la colonie, et que quatre autres avaient été blessés, dont trois grièvement.
Le chef du conseil du village de Tel, Walid Zidan, a rejeté la version israélienne, affirmant à l'AFP qu'une vingtaine de colons étaient entrés dans le village palestinien avant que des affrontements n'éclatent.
Selon lui, des soldats israéliens se sont ensuite joints aux colons pour tirer sur des Palestiniens.
L'AFP n'était pas en mesure de vérifier ces affirmations de manière indépendante.
Agir "d'une main de fer"
Après la mort de l'Israélien, M. Netanyahu a dit que son gouvernement agirait "avec fermeté contre les terroristes et leurs commanditaires", selon un communiqué de son bureau.
Il a précisé qu'il allait tenir une réunion avec les responsables sécuritaires pour "discuter des modalités de la riposte à l'attentat meurtrier".
Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a appelé l'armée à agir "d'une main de fer" contre "le village des meurtriers et ses environs", sans fournir davantage de précisions.
Les violences en Cisjordanie, un territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, se sont fortement intensifiées depuis le début de la guerre à Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste Hamas en Israël le 7 octobre 2023.
Selon les chiffres officiels israéliens, au moins 47 Israéliens, civils et militaires confondus, y ont été tués depuis octobre 2023 dans des attaques palestiniennes ou lors d'opérations militaires israéliennes.
Selon un décompte de l'AFP, fondé sur les données du ministère de la Santé palestinien, le bilan côté palestinien est d'au moins 1.094 Palestiniens, combattants ou civils tués par des soldats ou des colons israéliens.
Hors Jérusalem-Est, plus de 500.000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie, aux côtés d'environ trois millions de Palestiniens.
Toutes les colonies israéliennes sont considérées comme illégales au regard du droit international.
Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère". (AFP)
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AFP
Publié le 24 juillet 2026
Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais
Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud
Publié le Vendredi 24 juillet 2026
AFP
24 juillet 2026
BEYROUTH: Le mouvement libanais Hezbollah a estimé jeudi que la rencontre du président libanais Joseph Aoun avec son homologue Donald Trump à la Maison Blanche révélait "l'ampleur de la dépendance et la soumission (du pouvoir) à une tutelle étrangère".
Joseph Aoun a été reçu mardi à la Maison Blanche par Donald Trump, qui a dit vouloir "beaucoup aider" le Liban, au moment où un accord avec Israël parrainé par Washington entre dans sa première phase.
Cet accord conclu en juin prévoit le déploiement de l'armée libanaise dans des "zones pilotes" évacuées par Israël - qui occupe une partie du sud du pays désignée comme "zone de sécurité" - sous réserve du désarmement du Hezbollah pro-iranien.
La formation pro-iranienne, qui s'oppose à l'accord, a déploré dans un communiqué que la visite de M. Aoun n'avait "débouché sur aucun engagement américain" sur un retrait de l'armée israélienne du sud du Liban, ni n'avait mis fin aux tirs israéliens, ni permis un retour sûr des déplacés dans cette région.
"Dans la série ininterrompue des concessions" du pouvoir, cette visite a révélé "l’ampleur de la dépendance et de la soumission à une tutelle étrangère", a ajouté le Hezbollah.
Pendant l'entrevue, Joseph Aoun a insisté sur la nécessité d'un "retrait total" israélien pour avancer dans la mise en oeuvre de l'accord.
Le Hezbollah, qui a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en attaquant Israël, en soutien à l'Iran, a réitéré son refus des négociations directes entre Israël et le Liban.
L'armée libanaise a entamé mardi son déploiement dans le village de Zawtar al-Gharbiya dont l'armée israélienne contrôlait les abords.
Le chef de l'armée, Rodolphe Haykal, s'est rendu jeudi sur place où il "a passé en revue les mesures prises" afin de " garantir le retour en sécurité des habitants", selon un communiqué de l'armée.
Un photographe de l'AFP a vu des équipes de secours entrer dans cette localité, qui reste interdite d'accès aux habitants.
Elles ont récupéré trois corps, et poursuivent des opérations de recherche, a rapporté l'Agence nationale d'information (ANI, officielle).
Les violences ont baissé d'intensité depuis la signature en juin d'un protocole d'accord entre les Etats-Unis et l'Iran, en parallèle de négociations entamées en avril entre le Liban et Israël dans une tentative de dissocier le dossier libanais de la guerre régionale.
Malgré l'accalmie dans les combats, l'armée israélienne continue de mener des frappes intermittentes et opérations dans et près des zones qu'elle continue d'occuper dans le sud.
L'ANI a rapporté une "forte explosion" dans la localité frontalière d'al-Tiri, l'attribuant à l'armée israélienne. Des tirs israéliens dans une autre localité du sud ont blessé un travailleur syrien, a ajouté l'agence.
Des secouristes affiliés au Hezbollah ont rapporté qu'une frappe israélienne près de Nabatiyé al-Fawqa avait visé une ambulance qui se rendait sur le site d'une précédente frappe, et blessé deux secouristes.
L’accord s’appuie sur neuf décennies de coopération énergétique, tandis que Washington soutient les ambitions à long terme du Royaume en matière de nucléaire civil. (Getty Images)
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Jonathan Gornall
Publié le 24 juillet 2026
L’accord repose sur près de neuf décennies de coopération énergétique, alors que Washington apporte son soutien aux ambitions de long terme de l’Arabie saoudite dans le domaine du nucléaire civil
Des experts estiment que la profonde confiance stratégique et les intérêts commerciaux communs ont rendu possible ce partenariat historique
Publié le Vendredi 24 juillet 2026
Jonathan Gornall
24 juillet 2026
LONDRES : Bien que les détails techniques et les conditions politiques de l’accord nucléaire conclu entre l’Arabie saoudite et les États-Unis n’aient pas encore été entièrement dévoilés, la nouvelle a été accueillie de manière largement positive par les experts et les observateurs des deux pays.
Comme l’a souligné mercredi le ministère saoudien de l’Énergie dans un communiqué, cet accord ne sort pas de nulle part.
L’Accord de coopération sur les usages pacifiques de l’énergie nucléaire, indique le ministère, « s’inscrit dans le prolongement du partenariat stratégique historique entre les deux pays amis ».
Plus récemment, il fait suite à l’annonce effectuée lors de la visite du prince héritier Mohammed ben Salmane aux États-Unis l’an dernier, concernant « l’aboutissement des négociations sur la coopération bilatérale dans les usages pacifiques de l’énergie nucléaire ».
Historiquement, la coopération énergétique entre Washington et Riyad a donné naissance à des avancées majeures. Les fondations de ce qui deviendra Aramco, aujourd’hui la plus grande compagnie pétrolière au monde, ont été posées en 1933, lorsque l’Arabie saoudite a signé un accord de concession avec la Standard Oil Company of California.
Le ministère ajoute que cet accord « reflète la vision commune des deux pays visant à renforcer leur coopération dans les domaines de l’énergie et des technologies d’avenir, tout en soutenant le développement durable ».
Mais l’ancienneté de cette vision pourrait surprendre plus d’un.
Un puits de pétrole à Ain Dar, en Arabie saoudite, en 1952. (Photo : Touring Club Italiano/Marka/Universal Images Group via Getty Images)
En avril 1986, deux chercheurs du département de génie nucléaire de l’Université Roi-Abdelaziz de Djeddah se sont rendus à l’aéroport international de Pittsburgh afin de participer à une conférence consacrée à la théorie et aux applications de la modélisation et de la simulation informatiques dans plusieurs disciplines.
Le titre de la communication présentée par A.F. Abdul-Fattah et W.H. Abulfaraj lors de cette conférence de deux jours organisée à l’Université de Pittsburgh était : « Évaluation technologique des réacteurs nucléaires de recherche pour l’Arabie saoudite ».
Quarante ans plus tard, ce document rappelle que, loin d’être le résultat d’une course précipitée vers l’énergie nucléaire, le nouvel accord annoncé avec les États-Unis constitue simplement la dernière pièce d’un puzzle énergétique que le Royaume assemble avec patience depuis au moins quatre décennies.
Michael Ratney, ancien ambassadeur des États-Unis à Riyad et conseiller principal au Center for Strategic and International Studies (CSIS) à Washington, a déclaré à Arab News que l’accord nucléaire entre les États-Unis et l’Arabie saoudite était, sans aucun doute, « un accord historique ».
« Les Saoudiens réfléchissent à ce projet depuis très longtemps », a-t-il expliqué. « Le processus s’est accéléré avec la Vision 2030 en raison de son objectif de diversification économique et de la volonté de bâtir une économie viable pour l’après-pétrole.
« Et cela ne signifie pas seulement une économie qui ne dépend plus des exportations de pétrole. Cela signifie aussi une économie qui ne dépend plus du pétrole pour répondre à ses propres besoins énergétiques. »
Selon lui, le nucléaire constitue un élément logique d’un mix énergétique plus large basé sur les énergies renouvelables que le Royaume est en train de développer.
« L’Arabie saoudite investit déjà dans l’énergie solaire et l’énergie éolienne, et le nucléaire s’inscrit dans un bouquet énergétique décarboné. C’est d’ailleurs le même débat qui se déroule actuellement en Europe et aux États-Unis.
« Les Saoudiens considèrent depuis longtemps l’énergie nucléaire comme une alternative aux combustibles fossiles, et cet accord représente l’occasion de concrétiser cette ambition. »
Il a ajouté que les États-Unis avaient également beaucoup à gagner de ce nouvel accord.
« Je ne participe pas directement aux négociations », a-t-il précisé. « Mais je suppose que si nous poursuivons ce projet aujourd’hui, c’est aussi parce que nous nous attendons à ce que les Saoudiens collaborent avec des entreprises américaines pour construire les réacteurs. »
Dans une publication sur X, l’homme d’affaires et commentateur saoudien Turki Al-Faisal Al-Rasheed a lui aussi estimé que les deux parties avaient beaucoup à gagner.
Selon lui, ce partenariat « vise à répondre aux besoins de l’Arabie saoudite en matière d’énergie nucléaire à des fins pacifiques, tout en offrant à Washington un levier pour éloigner Riyad de la Chine, son principal partenaire dans de nombreux projets de la Vision 2030. »
Le prince héritier Mohammed ben Salmane lance le projet de construction du premier réacteur nucléaire de recherche d’Arabie saoudite. (Photo SPA)
La technologie et l’expertise américaines contribueraient à « maintenir des normes élevées en matière de garanties de sécurité et de non-prolifération ». Dans le même temps, « l’Arabie saoudite dispose de ressources considérables et de multiples options à l’international ; remporter ces contrats générerait des emplois, renforcerait le leadership technologique des États-Unis et accroîtrait les revenus à l’exportation des entreprises américaines. »
Toutefois, dans un entretien accordé à Arab News, Turki Al-Rasheed a rappelé que, s’il est « essentiel — voire vital — pour l’Arabie saoudite de renouveler et de diversifier ses sources d’énergie », le Royaume peut choisir de le faire avec les États-Unis ou avec d’autres partenaires, comme la France, la Chine ou la Russie.
« Les États-Unis doivent être notre priorité, mais pas notre seule priorité », a-t-il déclaré. « N’oublions pas que la Chine est notre premier partenaire commercial. Les États-Unis sont notre partenaire militaire et politique. La Russie est notre principal partenaire dans le pétrole et l’énergie. Nous devons préserver l’ensemble de ces relations. »
La confiance des États-Unis dans leur partenariat avec l’Arabie saoudite s’est manifestée non seulement à travers l’accord signé mercredi, mais aussi par la relation étroite qui s’est développée entre les hauts responsables de Washington et de Riyad.
Lors de la cérémonie de signature organisée au siège du département américain de l’Énergie, le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, a salué le prince Abdulaziz ben Salmane comme « l’un des analystes les plus avisés des marchés mondiaux de l’énergie », ajoutant qu’il admirait depuis longtemps sa franchise sur les grandes questions énergétiques internationales, bien avant leur première rencontre.
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright. (Photo fournie)
Depuis, a-t-il expliqué, les deux hommes ont noué une relation d’amitié fondée sur la confiance, qui dépasse largement les discussions sur le pétrole, le gaz et la coopération dans le domaine du nucléaire civil.
Chris Wright a également salué le « leadership fort et fondé sur des principes » du ministre saoudien de l’Énergie, estimant qu’il avait contribué à transformer le secteur énergétique du Royaume. Selon lui, cette relation de confiance personnelle reflète une conviction plus large : celle que l’Arabie saoudite est un partenaire stratégique de long terme.
Certains observateurs ont toutefois exprimé des inquiétudes, estimant que si l’Arabie saoudite développait une capacité d’enrichissement de l’uranium, cela pourrait déclencher une course aux armements dans la région.
L’Arabie saoudite dispose d’importants gisements d’uranium. En 2019, le prince Abdulaziz avait déclaré : « Nous voulons maîtriser l’ensemble du cycle, depuis l’extraction de l’uranium jusqu’à son enrichissement, puis à son utilisation. »
Le ministre saoudien de l’Énergie, le prince Abdulaziz ben Salmane Al Saoud, lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg, le 4 juin 2026. (AFP/Photo d’archives)
La même année, une étude conjointe menée par le Saudi Geological Survey, le Beijing Research Institute of Uranium Geology et la China National Nuclear Corporation a identifié trois grands gisements, situés dans le centre et le nord-ouest du pays, susceptibles de produire jusqu’à 90 000 tonnes d’uranium.
« Je pense qu’il est normal que cela suscite des inquiétudes lorsque d’autres pays commencent à développer une capacité d’enrichissement nucléaire », a déclaré Michael Ratney. « Mais ce qui a été convenu dans cet accord ne donne pas à l’Arabie saoudite une arme nucléaire. Ce n’est tout simplement pas le cas.
« Il lui permet de développer un programme nucléaire civil en coopération avec les États-Unis, sous le contrôle des garanties de non-prolifération, afin que le Royaume puisse progressivement réduire sa dépendance au pétrole pour la production d’électricité. »
Selon lui, l’accord « laisse la porte ouverte » à un éventuel enrichissement de l’uranium, « mais uniquement au terme de nombreux autres accords et consultations avec les États-Unis avant d’en arriver là. Et un tel projet serait extrêmement coûteux et prendrait beaucoup de temps à mettre en œuvre. »
« Il faut déjà beaucoup de temps pour construire une centrale nucléaire. Développer une capacité d’enrichissement du combustible nucléaire prendrait encore bien plus de temps.
« En attendant, comme la plupart des pays, l’Arabie saoudite importera son combustible nucléaire, tout comme les États-Unis. Nous extrayons de l’uranium, mais nous importons également du combustible nucléaire parce que notre production ne suffit pas à alimenter l’ensemble de nos réacteurs. »
Selon Michael Ratney, l’impulsion initiale ayant conduit à l’accord actuel remonte à l’administration Biden.
« Les premières discussions ont eu lieu sous l’administration Biden, dans le cadre d’un projet d’accord global qui devait inclure un volet nucléaire, une normalisation des relations avec Israël ainsi qu’un traité de défense mutuelle avec les États-Unis.
« Ce projet a pris fin avec la fin du mandat de l’administration Biden, lorsque le processus de normalisation s’est pratiquement enlisé. Il semble désormais que l’administration Trump ait repris le volet nucléaire de cette initiative. »
Michael Ratney, ancien ambassadeur des États-Unis à Riyad et conseiller principal au Center for Strategic and International Studies (CSIS). (Photo fournie)
Michael Ratney estime que l’accord franchira l’étape du Congrès et qu’il est conçu pour durer.
« Il n’a pas besoin d’un vote d’approbation ; il lui suffit de survivre à un vote de désapprobation, et je pense que ce sera le cas. Je suis donc convaincu qu’il entrera en vigueur et je doute qu’une future administration cherche à le remettre en cause. »
Alors que les tensions entre les États-Unis et l’Iran se poursuivent, Ratney estime que l’accord comporte également une dimension politique.
« Cela fait probablement partie de la réflexion saoudienne : montrer à leurs voisins que l’Iran n’est pas le seul pays capable de développer un programme nucléaire, et que l’Arabie saoudite peut poursuivre un tel programme non pas de manière illicite, comme l’Iran est parfois accusé de le faire, mais en coopération avec une superpuissance mondiale. »
Lors de la visite du secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, au laboratoire national de l’Idaho, le 25 juin 2026. (AFP)(AFP)
En réponse à une demande de commentaire, un porte-parole de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a indiqué que l’agence « est informée des discussions entre le Royaume d’Arabie saoudite et les États-Unis en vue de conclure un accord bilatéral de coopération dans le domaine du nucléaire civil, ainsi que du projet de demander à l’AIEA de mettre en œuvre des mesures de vérification dans le cadre de cet accord.
« Nous attendons avec intérêt de recevoir cette demande de vérification et de collaborer avec les États-Unis et le Royaume d’Arabie saoudite afin de garantir la mise en œuvre de ces mesures.
« Celles-ci devront s’accompagner des mécanismes de vérification prévus par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et par l’Accord de garanties généralisées applicable à l’Arabie saoudite.
« Une fois que les deux pays auront présenté cette demande, et conformément aux procédures de l’Agence, le Directeur général la soumettra au Conseil des gouverneurs afin d’obtenir l’autorisation nécessaire à sa mise en œuvre. »
Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com