«La colombe de la paix», l'oeuvre de Botero à la fois emblème et otage

Photo diffusée par la présidence colombienne montrant le président colombien Juan Manuel Santos (à droite) applaudissant après avoir reçu la sculpture "La colombe de la paix", un cadeau de l'artiste colombien Fernando Botero, au palais présidentiel de Narino à Bogota, le 24 septembre 2016. (Photo Juan David Tena / Présidence colombienne / AFP)
Photo diffusée par la présidence colombienne montrant le président colombien Juan Manuel Santos (à droite) applaudissant après avoir reçu la sculpture "La colombe de la paix", un cadeau de l'artiste colombien Fernando Botero, au palais présidentiel de Narino à Bogota, le 24 septembre 2016. (Photo Juan David Tena / Présidence colombienne / AFP)
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Publié le Samedi 16 septembre 2023

«La colombe de la paix», l'oeuvre de Botero à la fois emblème et otage

  • Caractéristique du style de l'artiste friand des formes de corps voluptueuses, la colombe gironde est blanche au bec doré
  • Symbole de liberté, «La colombe de la paix» va se retrouver prisonnière de la polarisation du pays invité à se prononcer sur les accords conclus entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)

BOGOTÁ, Colombie : Plus qu'une sculpture, «La colombe de la paix», oeuvre du défunt artiste colombien Fernando Botero, décédé vendredi, est à la fois emblème de l'histoire récente du pays et otage de ses profondes divergences politiques.

- «Cadeau à mon pays» -

En septembre 2016, alors que la Colombie est sur le point de signer un accord de paix historique avec la guérilla des FARC, autrefois le groupe rebelle le plus puissant des Amériques, Fernando Botero offre au président de l'époque, Juan Manuel Santos (2010-2018), la sculpture en bronze d'environ 70 centimètres de haut.

Caractéristique du style de l'artiste friand des formes de corps voluptueuses, la colombe gironde est blanche au bec doré. C'est la deuxième œuvre offerte par le peintre sculpteur au palais présidentiel, après la «Mère supérieure» sous le gouvernement de Belisario Betancur (1982-1986).

Pour l'artiste né en 1932 c'est un «cadeau à mon pays pour exprimer mon soutien et ma solidarité avec ce processus qui apportera un avenir d'espoir et de rêve».

- Référendum -

Symbole de liberté, «La colombe de la paix» va se retrouver prisonnière de la polarisation du pays invité à se prononcer sur les accords conclus entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) à l'issue de quatre années d'âpres négociations.

«C'est une sculpture qui va inspirer des millions de Colombiens à dire oui à la fin de la guerre», se félicitait M. Santos lors d'une cérémonie de remise de l'œuvre.

Mais le 2 octobre, le «non» l'emporte de justesse dans les urnes. Après quelques modifications du texte initial, le pacte de paix est signé en novembre de la même année.

La sculpture, comme l'accord, font depuis l'objet de controverses politiques.

«Je ne pense pas qu'avec cette sculpture l'idée de Botero était de prendre parti (pour le oui ou le non au référendum) au-delà du soutien à un processus de paix qui est une nécessité en Colombie», a déclaré à l'AFP Pilar Velilla, ancienne directrice du musée d'Antioquia, région d'origine de Botero, et proche de l'artiste décédé à l'âge de 91 ans.

- Duque et le déplacement -

La paix signée, le président Santos, lauréat du prix Nobel de la paix en 2016, place la sculpture bien en vue dans la Casa de Nariño, où elle restera jusqu'au milieu de l'année 2018.

En juin de cette année-là, le conservateur Ivan Duque, qui, en tant que parlementaire, avait soutenu le «non» au référendum, remporte le scrutin présidentiel.

Et deux semaines avant son investiture, la sculpture est déplacée de son piédestal, sur décision du gouvernement Santos, pour être transférée au musée national afin, dit-on, de lui donner une plus grande visibilité.

- Petro et le retour au palais -

En 2022, c'est Gustavo Petro, ancien guérillero, qui remporte la présidentielle pour devenir le premier président de gauche de l'histoire de la Colombie.

Pour sa cérémonie d'investiture le 7 août, le président élu demande que «La colombe de la paix» et l'épée du héros national, Simon Bolivar, soient symboliquement à ses côtés.

Mais la nuit précédent la cérémonie, le gouvernement Duque invoque des raisons de sécurité pour refuser leur mise à disposition.

Devenu président, M. Petro publie le 1er septembre sur son compte Instagram une photo le montrant debout à côté de la sculpture qui retrouvait son emplacement initial, dans le salon Gobelinos de la Casa de Nariño. «Remise à sa place», a-t-il écrit en légende de la photo.

- Reproduction vandalisée -

En février 2023, Medellin, deuxième ville de Colombie et lieu de naissance de Botero, a été l'un des principaux épicentres d'une mobilisation de la droite contre le gouvernement Petro.

Sur le passage du cortège, un soutien local de M. Petro, candidat à la mairie, s'était dressé au côté d'une réplique de «La colombe de la paix», bouquet de fleurs en mains. Sous les menaces il avait dû quitter précipitamment les lieux et la sculpture avait été jetée à terre.

Gustavo Petro avait publie ce jour-là sur Twitter (aujourd'hui rebaptisé X) une photo de la sculpture vandalisée avec les mots: «Quel mal l'art et la paix leur font-ils ?»


Jean-Paul Rappeneau, le réalisateur français de «Cyrano de Bergerac», est mort à 94 ans

Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils. (AFP)
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  • C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès
  • Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991

PARIS: Le cinéaste Jean-Paul Rappeneau, réalisateur de huit longs-métrages dont le très populaire en France et à l'étranger "Cyrano de Bergerac" (1990), est décédé mardi soir à Paris à l'âge de 94 ans, a annoncé mercredi à l'AFP un de ses fils.

Jean-Paul Rappeneau, l'un des doyens du cinéma hexagonal, a tourné avec les plus grands comédiens français, de Yves Montand ("Le Sauvage") à Catherine Deneuve ("La vie de château"), en passant par Gérard Depardieu, Jean-Paul Belmondo ("Les Mariés de l'An II") ou Isabelle Adjani ("Tout feu tout flamme").

C'est en portant au cinéma les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane, basées sur la légendaire pièce d'Edmond Rostand, écrite au XIXe siècle, que cet autodidacte avait connu son plus grand succès.

Co-scénarisé avec l'écrivain français Jean-Claude Carrière et porté par l'interprétation de Gérard Depardieu dans le rôle-titre, son "Cyrano" avait décroché dix César en 1991, dont celui de meilleur film, et avait valu à Jean-Paul Rappeneau celui de meilleur réalisateur.

"Nous ne pouvions nous contenter d'une simple mise en images de la pièce (...). Le vrai pari du film, c'est que les personnages y parlent en vers", expliquait-il.

Totalisant plus de 10 millions d'entrées dans le monde, le film avait aussi décroché cinq nominations aux Oscars.

Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s'écouler de longues années entre chaque film.

"Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c'est plutôt un film tous les cinq ou six  ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. A moins bien sûr d'avoir besoin d'argent...", disait-il à l'hebdomadaire Paris Match en 2015.

Populaire et exigeant 

Né le 8 avril 1932 dans une famille nombreuse, il avait abandonné des études de droit pour se lancer dans le cinéma, notamment auprès de Louis Malle ("Au revoir les enfants")dont il devient l'assistant, co-écrivant le scénario de "Zazie dans le métro".

Il avait fait ses premiers pas de réalisateur en signant en 1966 "La vie de château", dans lequel Catherine Deneuve campe une épouse rongée par l'ennui aux côtés de Philippe Noiret.

Si ses débuts coïncident avec l'éclosion de la Nouvelle Vague, il s'était toujours tenu à distance de ce mouvement qui révolutionna le cinéma français dans les années 50-60. "A l'exception d'+A bout de souffle+ et d'+Hiroshima mon amour+, aucun des films (de la Nouvelle Vague) ne me plaisait vraiment", disait-il.

Tenant d'un cinéma populaire et exigeant, Jean-Paul Rappeneau avait ensuite enchaîné les succès.

En 1995, il avait relevé un autre défi en portant à l'écran "Le Hussard sur le toit", avec Olivier Martinez et Juliette Binoche, tiré du roman de Jean Giono, réputé difficile à adapter.

Son dernier film, la comédie dramatique "Belles Familles", remontait à 2015 et mettait en scène Mathieu Amalric, Karin Viard et Marine Vacth.

En 2025, Jean-Paul Rappeneau avait publié ses mémoires ("Vive allure") dans lesquelles transparaissait son approche singulière du métier de cinéaste. "Quand un film se termine, disait-il, je suis comme un naufragé sur la plage, j'attends le prochain voyage".

 

 


Avec la plateforme RMC+, CMA Media accélère sur le streaming

Filiale de l'armateur français de porte-conteneurs CMA CGM, CMA Media est devenu en quelques années un important groupe de médias, après avoir racheté le groupe de presse régionale La Provence, le journal économique La Tribune, les marques RMC et BFM, ainsi que le média en ligne Brut. (AFP)
Filiale de l'armateur français de porte-conteneurs CMA CGM, CMA Media est devenu en quelques années un important groupe de médias, après avoir racheté le groupe de presse régionale La Provence, le journal économique La Tribune, les marques RMC et BFM, ainsi que le média en ligne Brut. (AFP)
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  • "Nous assumons complètement notre différenciation. Dans un univers où il y a Netflix, Prime Video, TF1+, France Télévisions, Youtube, M6+ et bien d'autres, prétendre se vouloir généraliste, c'est complètement vain"
  • Confrontées à la concurrence de géants comme Netflix ou Youtube, les chaînes de télévision traditionnelles tentent de renforcer leur présence sur le streaming

PARIS: Chaînes en direct, contenus du média Brut ou séries verticales: le groupe CMA Media, propriétaire de BFMTV et RMC, lance mardi une nouvelle plateforme de streaming avec l'ambition de changer d'échelle sur le numérique.

RMC+, qui succède à RMC BFM Play, va réunir sur une seule plateforme gratuite ses chaînes de la TNT (BFMTV, RMC Story, RMC Découverte, RMC Life), dix chaînes thématiques, dont une chaîne Brut - le média en ligne devenu propriété de CMA Media en 2025 -, et une offre de près de 10.000 heures de contenus à la demande.

En misant sur les classiques des chaînes RMC (mécanique, histoire et découverte, sport, enquêtes criminelles), des mini-séries verticales (ou micro-drama), des telenovelas et des créateurs de contenus comme Nota Bene ou Loury Lag notamment, "ce sera une véritable plateforme de streaming", résume Julie Gauchotte, directrice de la stratégie numérique de RMC BFM.

"Nous assumons complètement notre différenciation. Dans un univers où il y a Netflix, Prime Video, TF1+, France Télévisions, Youtube, M6+ et bien d'autres, prétendre se vouloir généraliste, c'est complètement vain", ajoute auprès de l'AFP Stéphane Sallé de Chou, directeur général du pôle Entertainment CMA Media.

"Mais on veut être les meilleurs dans nos univers", poursuit-il.

Filiale de l'armateur français de porte-conteneurs CMA CGM, CMA Media est devenu en quelques années un important groupe de médias, après avoir racheté le groupe de presse régionale La Provence, le journal économique La Tribune, les marques RMC et BFM, ainsi que le média en ligne Brut. CMA Media est aussi entrée en phase finale d'acquisition de la chaîne RMC Sport, qui diffuse notamment le MMA (arts martiaux mixtes).

Confrontées à la concurrence de géants comme Netflix ou Youtube, les chaînes de télévision traditionnelles tentent de renforcer leur présence sur le streaming. Mais leurs recettes publicitaires se concentrent encore très majoritairement sur la télé dite linéaire, à 93% dans le cas des chaînes BFMTV et RMC, contre 6% pour la plateforme RMC BFM Play et 1% sur les réseaux sociaux, explique-t-on chez CMA Média.

CMA Media a également noué début 2026 un partenariat avec Youtube pour y diffuser ses contenus et a lancé une agence de production audiovisuelle, CMA Studio. Le groupe compte aussi lancer un studio de créateurs de contenus, CMA Creator, d'ici fin 2026.

En parallèle, CMA Media veut faire des économies en vendant les neuf chaînes de télévision locales de BFM.


Mort à 79 ans de l'artiste palestinien Sliman Mansour

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches. (AFP)
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  • Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970
  • Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne"

RAMALLAH: Le peintre et sculpteur Sliman Mansour, l'un des artistes palestiniens les plus renommés, est mort lundi à l'âge de 79 ans, a annoncé sa famille.

L'artiste, dont les œuvres dépeignaient les traditions palestiniennes et la lutte de son peuple sous l'occupation israélienne, est mort dans sa maison à Jérusalem-Est, ont précisé ses proches.

"Le dernier chapitre a été écrit. Le cœur serré par un chagrin indicible, nous annonçons que notre cher père a quitté ce monde", a déclaré sa famille dans un communiqué.

"Pour le monde, il laisse derrière lui une vie emplie de beauté et de mémoire, ainsi qu'un héritage qui se perpétuera à travers toutes les personnes dont il a marqué l'existence. Quant à nous, nous avons perdu un père qui était notre source d'amour, de force et notre refuge", ajoute la famille.

Sliman Mansour était né à Birzeit, au nord de Ramallah, en 1947. Il avait étudié l'art et le design à Jérusalem, dont il est sorti diplômé en 1970.

Le ministère palestinien de la culture a rendu hommage à l'artiste, "l'un des plus importants piliers de l'art visuel palestinien contemporain, dont la carrière, sur plusieurs décennies, fait partie de la mémoire visuelle et nationale palestinienne".

Le ministère a salué sa toile la plus connue, "Camel of Hardships" ("Le Chameau des fardeaux", 1973) - qui représente un vieil homme palestinien portant la ville de Jérusalem sur son dos - la qualifiant d'"icône nationale et artistique". L'oeuvre de Sliman Mansour faisait office "de témoin de l'histoire palestinienne et de gardien de l'identité", a-t-il ajouté.

Pleurant une "immense perte", la galerie Zawyeh de Ramallah a salué une "figure artistique majeure", qui, "à travers son œuvre, a exploré les thèmes du déplacement, de la résilience, de la résistance et du lien indéfectible unissant les Palestiniens à leur terre natale".

Sliman Mansour a reçu de nombreuses récompenses, parmi lesquelles le prix Unesco-Sharjah pour la culture arabe en 2019.