Pourquoi les Syriens de la ville de Suweida risquent-ils tout pour protester?

Une manifestation dans la ville de Sweida, dans le sud de la Syrie, le 1er septembre 2023 (Photo, Suwayda24 via AFP).
Une manifestation dans la ville de Sweida, dans le sud de la Syrie, le 1er septembre 2023 (Photo, Suwayda24 via AFP).
Des personnes brandissent des drapeaux druzes lors d'un rassemblement de protestation dans la ville méridionale de Sweida, en Syrie, le 15 septembre 2023 (Photo, Suwayda24 via AP).
Des personnes brandissent des drapeaux druzes lors d'un rassemblement de protestation dans la ville méridionale de Sweida, en Syrie, le 15 septembre 2023 (Photo, Suwayda24 via AP).
Des milliers de Syriens manifestent et brandissent des drapeaux druzes dans la ville de Suweida, dans le sud du pays, le 15 septembre 2023. (Photo, AP).
Des milliers de Syriens manifestent et brandissent des drapeaux druzes dans la ville de Suweida, dans le sud du pays, le 15 septembre 2023. (Photo, AP).
Une manifestation dans la ville de Sweida, dans le sud de la Syrie, le 1er septembre 2023 (Photo, AFP).
Une manifestation dans la ville de Sweida, dans le sud de la Syrie, le 1er septembre 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Dimanche 17 septembre 2023

Pourquoi les Syriens de la ville de Suweida risquent-ils tout pour protester?

  • Face à l'explosion du déficit budgétaire, le gouvernement a pris des mesures d'austérité douloureuses et impopulaires
  • La plupart des Syriens vivant dans les zones contrôlées par le régime vivaient déjà sous le seuil de pauvreté avant les récentes réductions des subventions aux carburants

LONDRES: Les manifestations dans la ville syrienne de Suweida durent depuis plus d'un mois, les foules se rassemblent généralement sur la place centrale Al-Karama, appelant le gouvernement de Damas à mettre en œuvre des réformes économiques et politiques.

Ce vendredi, entre 3 500 et 4 000 personnes se sont rassemblées dans la ville méridionale. Il s'agit de la manifestation la plus importante depuis près d'un mois de manifestations contre le régime, qui se sont intensifiées alors que les Syriens subissent l'impact économique de la guerre.

Les manifestations à Suweida et dans la ville voisine de Deraa — où le soulèvement de 2011 a commencé — ont débuté après que le régime du président Bachar al-Assad a réduit les subventions aux carburants et augmenté les prix de l'essence de près de 250 % en août.

L’inflation galopante n'est qu'un des nombreux problèmes auxquels les Syriens doivent faire face au quotidien. Mais il ne s'agit pas d'un défi ordinaire, car on estime que 90% des citoyens syriens vivant dans les zones contrôlées par le gouvernement vivent aujourd'hui en dessous du seuil de pauvreté et que la moitié de la population est confrontée à l'insécurité alimentaire.

Outre les conditions économiques désastreuses et le niveau de vie médiocre, les Syriens sont également frustrés par l'absence persistante de droits fondamentaux.

«Il ne fait aucun doute que les récentes décisions économiques ont déclenché les protestations, mais la société est au bord de l'agitation car le problème va au-delà des simples besoins de subsistance», a déclaré à Arab News, Ayham Azzam, responsable du groupe Juzour, une organisation de la société civile basée à Suweida.

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Une manifestation dans la ville de Sweida, dans le sud de la Syrie, le 5 septembre 2023 (Photo, AFP).

Les manifestants ont des revendications plus profondes que les revendications économiques, qui incluent «les droits politiques, sociaux et civils, ainsi que les libertés publiques et la libération des détenus», a-t-il ajouté.

Ce vendredi, l’organe de presse Suwayda24 a publié des vidéos montrant des milliers d'hommes et de femmes scandant des slogans hostiles au régime et brandissant des drapeaux druzes. Bien que les manifestations restent limitées aux villes du sud, les observateurs ont signalé qu'elles reflétaient les sentiments politiques qui prévalent dans tout le pays.

«Bien que les manifestations publiques à grande échelle restent relativement rares, on observe un changement notable dans la volonté de la population syrienne d'exprimer ouvertement et hardiment ses critiques à l'égard de son gouvernement et de ses dirigeants», a indiqué Camille Otrakji, analyste syro-canadien, à Arab News.

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Une photo diffusée par le site d'information Suwayda 24 montre des manifestants dans la ville de Sweida, dans le sud de la Syrie, le 25 août 2023.  (Photo, Suwayda 24/AFP)

En août, la livre syrienne est tombée à un niveau record de 15 500 livres pour un dollar sur le marché noir, selon les médias d'État. Le taux officiel de la banque d'État est de 10 800 livres pour un dollar.

Le gouvernement a doublé les salaires du secteur public, portant le salaire mensuel minimum à 185 940 livres, soit l'équivalent d'environ 22 dollars américains (1 dollar américain = 0,94 euro), mais cela n'a guère atténué les privations subies par les habitants des zones contrôlées par le gouvernement, qui ont dû se serrer la ceinture.

«En supprimant les subventions, le gouvernement poursuit son retrait du soutien aux ménages pauvres et nécessiteux et continue de transférer le fardeau économique sur la société civile, les expatriés et les organisations humanitaires», a déclaré à Arab News, Mohammed al-Asadi, économiste au centre syrien de recherche politique, basé en Allemagne.

En bref

  • Des manifestations ont éclaté dans la ville de Suweida après que le gouvernement a réduit les subventions aux carburants.
  • La situation économique est jugée pire aujourd'hui qu'au plus fort de la guerre civile qui a débuté en 2011.

Selon les chiffres de l'ONU, environ 70% de la population syrienne a besoin d'aide et les organisations caritatives locales ont du mal à répondre à la demande croissante.

Lors d'une récente visite à Damas, Geir Pedersen, l'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, a averti que la situation dans le pays est «devenue pire qu'elle ne l'était, économiquement, au plus fort du conflit».

S'exprimant dans la capitale syrienne à l'issue d'une réunion avec Faysal Mekdad, le ministre des Affaires étrangères du pays, Pedersen a ajouté: «Nous ne pouvons accepter que les fonds alloués à la Syrie diminuent alors que les besoins humanitaires augmentent.» 

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«Quand les gens ont faim, ils mangent leurs chefs, ils ne mangent pas de pierres», crie une pancarte en arabe lors d'une manifestation contre les conditions de vie désastreuses dans la ville de Sweida, dans le sud de la Syrie, le 23 août 2023 (Photo de Suwayda 24 via AFP /Archives).

«Pour la Syrie, si l'on ne s'attaque pas aux conséquences politiques de cette crise, la crise économique profonde et les souffrances humanitaires se poursuivront sans aucun doute», a-t-il ajouté.

Huda al-Ahmad, 50 ans, seule soutien de famille, a perdu son emploi il y a plusieurs mois. Elle a précisé que sa famille souffre depuis plus d'un an, depuis que l'organisation caritative Al-Mabarrat, basée à Damas, a cessé de fournir des denrées alimentaires de base à son quartier.

«Le café était autrefois une nécessité quotidienne pour tous les ménages de Damas. Aujourd'hui, c'est un luxe», a-t-elle déclaré à Arab News. «Nous n'y réfléchissions jamais à deux fois avant de l'acheter, mais aujourd'hui, nous ne pouvons plus nous permettre d'en acheter une once (28 grammes) par mois. Il en coûterait 5 000 livres syriennes pour préparer trois tasses de café.»

Par ailleurs, le trajet quotidien vers Damas depuis Sitt Zaynab, dans le Rif Dimachq, où vit Al-Ahmad, coûte au moins 4 000 livres syriennes.

«Ma fille et moi sommes malades depuis près d'une semaine, ne pouvant même pas nous payer du paracétamol», a-t-elle révélé. «Nous n'avons pas acheté de fruits, de viande ou de dessert depuis près d'un an, à moins de renoncer au riz et au blé pendant deux mois.»

Les analystes estiment que les politiques susceptibles de stimuler l'activité économique, de réduire l'évasion fiscale, de lutter contre la corruption et de diminuer les dépenses militaires sont irréalisables car elles nécessiteraient une volonté politique, un engagement de la société civile dans le processus de prise de décision et des institutions représentatives.

«Ces conditions sont impossibles à remplir dans le cadre des structures socio-économiques et politiques existantes», a déclaré Al-Asadi.

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Les manifestations dans la province de Sweida, cœur de la minorité druze du pays, ont commencé après que le gouvernement syrien a mis fin aux subventions sur le carburant en août, portant un coup dur aux Syriens qui souffrent de la guerre et d'une crise économique paralysante (Photo, AFP).

Au contraire, a-t-il ajouté, les politiques actuelles vont «creuser le fossé de la pauvreté, car des dizaines de milliers de ménages syriens pauvres devraient tomber bien en dessous du seuil de pauvreté global et tomber dans l'extrême pauvreté. La suppression des subventions est le moyen le plus simple et le plus rapide de réduire le déficit budgétaire».

Malgré la dégradation rapide du niveau de vie, des organisations non gouvernementales et la municipalité de Damas ont récemment collaboré pour redonner vie à l'un des espaces publics de la capitale.

Des photos de la place Sabaa Bahrat rénovée, à proximité de la banque centrale, sont récemment devenues virales sur les médias sociaux, ce qui a incité les critiques à dire qu'il était déplaisant de dépenser de l'argent pour l'embellissement urbain alors que tant de personnes dans le pays subissaient des coupures d'électricité et des pénuries de nourriture et de carburant.

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Sur cette photo prise lors d'une manifestation à Sweida le 21 août 2023, on peut lire sur une pancarte en arabe: «Bachar al-Assad n'a remporté la victoire que sur son peuple, pour le bien d’Israël.» (Photo, SUWAYDA24 via AFP)

«Le rond-point de Sabaa Bahrat ne fournira pas de pain», a déclaré Al-Hussain al-Nayef, président de l'Alliance nationale des médias syriens, dans un message publié sur Facebook. «Qu'avons-nous à gagner de cette réalisation culturelle alors que les citoyens appauvris attendent un véritable changement — un changement qui réponde à leurs préoccupations et à leur bonheur perdu ?»

La rénovation a été entièrement financée par des donateurs privés, selon des rapports datant de janvier, qui citaient Mohammed Eyad al-Chamaa, président du conseil du gouvernorat de Damas, rejetant les affirmations selon lesquelles les travaux de rénovation avaient coûté environ 5 milliards de livres syriennes.

De nombreux commentateurs des médias sociaux locaux ont déclaré que les fonds auraient dû être utilisés pour aider à nourrir les pauvres et pour installer des solutions d'énergie solaire afin d'éclairer les rues de Damas, qui, comme la majeure partie du pays, souffre régulièrement de coupures de courant.

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Cette photo prise le 17 juin 2020 montre une vue du rond-point de la place Sabaa Bahrat devant la Banque centrale de Syrie à Damas (Photo, AFP).

«Le PIB et le budget annuel de la Syrie ont considérablement diminué par rapport à leur niveau d'avant le printemps arabe», a souligné Otrakji, analyste syro-canadien. «Le gouvernement syrien fonctionne actuellement avec des ressources financières très limitées, une situation qui est loin d'être viable à long terme.»

«Dans cette situation financière précaire, la Syrie est prête à chercher de l'aide, soit auprès des États arabes qui le souhaitent, soit en renforçant sa dépendance à l'égard de l'Iran», a-t-il expliqué.

Otrakji a déploré le fait qu'«au-delà de la divergence flagrante des attentes concernant l'insaisissable solution politique en Syrie, le pays est devenu un terrain fertile pour les conflits régionaux et internationaux».

Il a ajouté: «Malheureusement, aucun de ces conflits ne semble sur le point d'être résolu, ce qui fait de la Syrie un champ de bataille où s'affrontent des intérêts divergents.»

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Sur cette photo prise lors d'une manifestation à Sweida le 21 août 2023, on peut lire sur une pancarte en arabe: «Bachar al-Assad n'a remporté la victoire que sur son peuple, pour le bien d’Israël.» (Photo, SUWAYDA24 via AFP)

Azzam, du groupe de la société civile Juzour, est convaincu que le régime syrien est incapable de relancer l'économie moribonde sans progrès sur le front politique.

«Le pays est en ruine — économiquement, socialement, culturellement et intellectuellement», a-t-il prévenu. «Il en résulte un besoin pressant d'un nouvel accord social qui marque une phase importante dans laquelle la Syrie est pour tous les citoyens et fait partie intégrante de la communauté mondiale.»

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Cette photo publiée par l'agence de presse officielle arabe syrienne le 4 mai 2023 montre le président iranien, Ebrahim Raisi, (au centre) participant à un forum d'affaires à Damas. (Photo, SANA via AFP)

«Compte tenu des circonstances, toutes les tentatives d'amélioration de la situation économique sont vouées à l'échec. Et même si elles réussissent, il s'agira d'un succès temporaire et non durable», a-t-il conclu.

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com

 


La Somalie condamne à mort six Marocains liés à l'EI

Des policiers se tiennent près des corps de militants présumés d'Al-Shabaab qui ont été tués après le siège du siège de la municipalité de Mogadiscio, à Mogadiscio, le 22 janvier 2023 (Photo, AFP).
Des policiers se tiennent près des corps de militants présumés d'Al-Shabaab qui ont été tués après le siège du siège de la municipalité de Mogadiscio, à Mogadiscio, le 22 janvier 2023 (Photo, AFP).
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  • Le procureur Mohamed Hussein a déclaré aux journalistes que les six Marocains avaient été arrêtés au Puntland
  • Ce fragile pays de la Corne de l'Afrique est confronté depuis 17 ans à une insurrection menée par le groupe Al-Shabaab, lié à Al-Qaïda

MOGADISCIO: Un tribunal militaire du nord de la Somalie a condamné à mort six ressortissants marocains en raison de leurs liens avec le groupe État islamique.

Ce fragile pays de la Corne de l'Afrique est confronté depuis 17 ans à une insurrection menée par le groupe Al-Shabaab, lié à Al-Qaïda, et des militants du groupe État islamique opèrent également dans le pays.

Jeudi, Ali Dahir, vice-président du tribunal militaire de Bossaso, dans l'État du Puntland, a condamné à mort six Marocains pour avoir tenté de "détruire leur vie, celle de la société musulmane, celle du peuple somalien et de semer le chaos dans le pays".

Le tribunal a également condamné un ressortissant éthiopien et un citoyen somalien à 10 ans de prison dans le cadre de la même affaire.

Le procureur Mohamed Hussein a déclaré aux journalistes que les six Marocains avaient été arrêtés au Puntland et que l'enquête se poursuivait depuis près d'un mois.

Intervention américaine 

Al-Shabaab a été chassé de Mogadiscio, la capitale somalienne, en 2011 par une force de l'Union africaine, mais le groupe contrôle toujours de vastes étendues de campagne et continue de mener des frappes meurtrières contre des cibles civiles, politiques et militaires.

L’année dernière, un raid militaire américain dans le nord de la Somalie, ordonné par le président Joe Biden, a tué un dirigeant clé de l’EI dans la région.

Bilal al-Sudani était responsable du financement des opérations de l'EI, non seulement en Afrique mais aussi en Afghanistan.

Les forces américaines se sont par le passé associées aux soldats de l’Union africaine et aux troupes somaliennes dans des opérations antiterroristes et ont mené des raids et des frappes de drones sur les camps d’entraînement d’Al-Shabaab dans toute la Somalie.


Rares manifestations contre les djihadistes dans le dernier bastion rebelle de Syrie

Des manifestants se rassemblent dans la ville d'Idlib, dans la province syrienne du nord-ouest d'Idleb, le 1er mars 2024, pour protester contre Hayat Tahrir al-Sham (HTS), un groupe islamiste dirigé par l'ancienne branche syrienne d'Al-Qaïda, et appelant au renversement du groupe. leader (Photo, AFP).
Des manifestants se rassemblent dans la ville d'Idlib, dans la province syrienne du nord-ouest d'Idleb, le 1er mars 2024, pour protester contre Hayat Tahrir al-Sham (HTS), un groupe islamiste dirigé par l'ancienne branche syrienne d'Al-Qaïda, et appelant au renversement du groupe. leader (Photo, AFP).
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  • La région d'Idleb abrite environ trois millions de personnes, pour la plupart des déplacés
  • Le groupe HTS y dispose d'un gouvernement autoproclamé, une police et des tribunaux religieux

IDLEB: Des centaines de personnes ont participé vendredi à de rares manifestations contre les djihadistes dans la zone du nord-ouest de la Syrie qu'ils contrôlent, à la suite de la mort en détention d'un prisonnier.

Les manifestants ont conspué le chef du groupe djihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), Abou Mohammad al-Jolani, et réclamé la libération des prisonniers détenus par sa formation, selon un correspondant de l'AFP.

Issu de l'ex-branche syrienne d'Al-Qaïda, le groupe HTS contrôle la dernière poche d'opposition armée au pouvoir de Bachar al-Assad, avec une grande partie de la province d'Idleb et des territoires limitrophes des provinces d'Alep, de Hama et de Lattaquié.

Des dizaines de civils se sont rassemblés sur la place centrale de la ville d'Idleb, scandant des slogans contre le chef de HTS. "La liberté d'opinion et de parole n'est pas un crime", affirmait une pancarte brandie par un manifestant.

"Nous sommes descendus dans la rue pour dire non à l'injustice, non aux politiques de HTS, non à Abou Mohammad al-Jolani", a affirmé à l'AFP Abdel Rahman Taleb, 30 ans, un déplacé de la ville sous contrôle gouvernemental de Lattaquié.

"Nos demandes sont claires: le départ de Jolani, la libération des prisonniers, et la fin de la répression", a déclaré un autre protestataire Mohammed Assaf, 30 ans, un déplacé d'Alep.

Il a expliqué que les manifestations avaient éclaté "après la mort sous la torture d'un jeune homme" en prison.

Le 23 février, un membre d'une petite organisation jihadiste était mort sous la torture après huit mois de détention, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG syrienne.

Déplacés 

La région d'Idleb abrite environ trois millions de personnes, pour la plupart des déplacés d'autres parties du territoire syrien reconquises par le régime.

Le groupe HTS y dispose d'un gouvernement autoproclamé, une police et des tribunaux religieux.

Des manifestations se sont également déroulées dans d'autres localités de la province d'Idleb, dont Binnech, Mareh, Killi et Atareb.

"Jolani, nous ne voulons pas de toi", ont crié des dizaines de manifestants à Binnech.

Un protestataire brandissait une banderole sur laquelle on pouvait lire "la liberté est sacrée en islam".

Des groupes de défense des droits humains et la Commission d’enquête des Nations unies sur la Syrie ont accusé HTS de violations des droits humains, notamment de torture, de violences sexuelles et de disparitions forcées.

La guerre civile en Syrie, déclenchée en 2011 par la répression de manifestations prodémocratie, a fait plus d'un demi-million de morts et morcelé le pays.


Appels à une enquête après des tirs israéliens lors d'une distribution d'aide à Gaza

Des Palestiniens se rassemblent dans une rue alors que l'aide humanitaire est largée par avion dans la ville de Gaza, le 1er mars 2024 (Photo, AFP).
Des Palestiniens se rassemblent dans une rue alors que l'aide humanitaire est largée par avion dans la ville de Gaza, le 1er mars 2024 (Photo, AFP).
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  • Jeudi, un médecin de l'hôpital al-Chifa et des témoins ont affirmé que des soldats israéliens avaient tiré sur une foule affamée
  • Le bilan est de 112 morts et 760 blessés, selon le ministère de la Santé du Hamas

TERRITOIRES PALESTINIENS: La communauté internationale a souligné l'urgence d'un cessez-le-feu humanitaire et réclamé une enquête après des tirs israéliens sur des civils palestiniens et une bousculade pendant une distribution d'aide jeudi à Gaza, qui ont fait plus de 110 morts, selon le Hamas.

Près de cinq mois après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, les frappes israéliennes incessantes contre le territoire palestinien dévasté ont fait dans la nuit plus de 80 morts, a indiqué vendredi le ministère de la Santé du mouvement islamiste palestinien.

Alors que le bilan humain ne cesse de s'alourdir avec plus de 30.200 morts à Gaza depuis le début du conflit le 7 octobre, selon le ministère, 2,2 millions des 2,4 millions d'habitants de ce petit territoire assiégé par Israël, sont menacés de famine, d'après l'ONU.

Jeudi, un médecin de l'hôpital al-Chifa et des témoins ont affirmé que des soldats israéliens avaient tiré sur une foule affamée qui se précipitait vers les camions d'aide dans la ville de Gaza, dans le nord. Le bilan est de 112 morts et 760 blessés, selon le ministère de la Santé du Hamas.

Un responsable de l'armée israélienne a confirmé des "tirs limités" de soldats se sentant "menacés" et évoqué "une bousculade durant laquelle des dizaines d'habitants ont été tués et blessés, certains renversés par les camions d'aide".

Aux yeux du président américain, Joe Biden, ce drame va compliquer les pourparlers en vue d'une trêve dans la guerre déclenchée par une attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre dans le sud d'Israël à partir de la bande de Gaza, où ce mouvement a pris le pouvoir en 2007.

Fidèle allié d'Israël, Washington a exigé des "réponses" du gouvernement de Benjamin Netanyahu après la tragédie et plaidé pour "un accord sur un cessez-le-feu temporaire (...)".

«Enquête efficace»

L'Italie et l'Espagne ont souligné l'urgence d'un cessez-le-feu. La France a réclamé une "enquête indépendante" et l'Allemagne a appelé à une "trêve humanitaire".

L'Union européenne a elle aussi appelé à une enquête et à un cessez-le-feu pour l'acheminement de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza, soumise au feu vert d'Israël.

Le Conseil de sécurité de l'ONU doit poursuivre des discussions sur un projet de déclaration au sujet du drame de Gaza. Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a demandé "une enquête indépendante efficace".

Jeudi, a raconté un témoin, certains "camions d'aide se sont approchés trop près de chars de l'armée déployés dans la zone et la foule a pris d'assaut les camions. Les soldats ont tiré sur la foule car les gens s'approchaient trop près des chars".

Le drame s'est produit le jour où le ministère de la Santé du Hamas a annoncé que le bilan de la guerre avait dépassé le seuil des 30.000 morts à Gaza, pour la plupart des civils. Un dernier bilan publié vendredi fait état de 30.228 morts depuis le 7 octobre.

Ce jour-là, des commandos infiltrés du Hamas ont mené une attaque dans le sud d'Israël qui a causé la mort d'au moins 1.160 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP à partir de données officielles israéliennes.

Environ 250 personnes ont été enlevées et emmenées à Gaza durant l'attaque. Selon Israël, 130 otages y sont encore retenus, dont 31 seraient morts, après la libération de 105 otages en échange de 240 Palestiniens incarcérés par Israël lors d'une trêve fin novembre.

Nouveaux raids israéliens 

Israël a juré d'anéantir le Hamas, classé organisation terroriste par les Etats-Unis et l'Union européenne.

Son armée pilonne sans répit depuis près de cinq mois la bande de Gaza et y a lancé le 27 octobre une offensive terrestre au cours de laquelle les soldats ont avancé progressivement du nord au sud de cette bande de terre d'environ 40 km de long et 10 de large.

Vendredi, des dizaines de frappes ont ciblé le territoire palestinien, notamment à Khan Younès et Rafah dans le sud, selon le gouvernement du Hamas. Des combats au sol se poursuivent à Gaza-Ville ainsi qu'à Khan Younès où l'armée israélienne a dit avoir tué plusieurs combattants palestiniens ces dernières heures.

Pour Joe Biden, il n'y aura "probablement" pas d'accord de trêve avant le début du ramadan, mois sacré du jeûne pour les musulmans, qui commence autour du 10 ou 11 mars.

Le Qatar, les Etats-Unis et l'Egypte tentent d'arracher un accord prévoyant une trêve de six semaines associée à une libération d'otages en échange de prisonniers palestiniens et l'entrée à Gaza de quantités importantes d'aides.

Dans une vidéo, le Hamas a affirmé qu'il donnerait des informations vendredi soir sur le sort de trois des otages, des hommes âgés, qu'il détient.

«Quasiment inévitable»

L'offensive israélienne a détruit des quartiers entiers de la bande de Gaza et forcé 1,7 million de personnes à fuir leurs foyers.

Une famine "est quasiment inévitable, si rien ne change", a alerté le porte-parole de l'agence de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA), Jens Laerke.

Selon le porte-parole de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), citant les statistiques des autorités du Hamas, une dizaine d'enfants ont été enregistrés comme étant décédés des suites de malnutrition, un nombre selon lui certainement en-deçà de la réalité.

Près de 1,5 million de déplacés d'après l'ONU ont gagné Rafah, adossée à la frontière fermée avec l'Egypte, où la population massée sans échappatoire craint une offensive terrestre d'Israël.

"Nous étions à la maison et soudain nous avons vu des pierres tomber sur nos têtes et mes enfants sous les décombres, j'ai commencé à crier à l'aide et nous avons pu les sauver", a raconté en pleurant à l'hôpital al-Najjar de Rafah, Duaa Khaled al-Kablawi, où elle a emmené ses enfants blessés dans un bombardement israélien.