Libye: communications coupées à Derna sur fond de grogne après les inondations

Un bâtiment détruit dans la ville de Derna, dans l'est de la Libye, à la suite d'inondations soudaines meurtrières (Photo de KARIM SAHIB / AFP).
Un bâtiment détruit dans la ville de Derna, dans l'est de la Libye, à la suite d'inondations soudaines meurtrières (Photo de KARIM SAHIB / AFP).
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Publié le Mardi 19 septembre 2023

Libye: communications coupées à Derna sur fond de grogne après les inondations

  • Le réseau cellulaire et d'internet est hors service depuis mardi matin, selon des sources locales
  • Cet événement survient au lendemain d'une manifestation d'habitants de Derna réclamant des comptes aux autorités de l'Est du pays qu'ils tiennent pour responsables de la catastrophe

DERNA: Les communications sont coupées mardi à Derna, ville de l'Est de la Libye dévastée par des inondations meurtrières, au lendemain d'une manifestation d'habitants réclamant des comptes aux autorités qu'ils mettent en cause dans la catastrophe.

Le réseau cellulaire et d'internet est hors service depuis mardi matin, selon des sources locales. L'AFP n'a pas été en mesure de joindre par téléphone ou messagerie ses journalistes présents dans la ville.

Cet événement survient au lendemain d'une manifestation d'habitants de Derna réclamant des comptes aux autorités de l'Est du pays qu'ils tiennent pour responsables de la catastrophe qui a fait des milliers de morts et de disparus après le passage de la tempête Daniel le 10 septembre et la rupture de deux barrages en amont de la ville.

La coupure a été causée par "une rupture des fibres optiques dans la ville de Derna", a indiqué sur son compte Facebook la compagnie nationale des télécommunications (Lptic).

Selon elle, cette panne qui affecte aussi d'autres localités dans l'Est de la Libye, "pourrait être le résultat d'un acte de sabotage délibéré. Nos équipes s'efforcent de la réparer le plus rapidement possible", a ajouté la compagnie.

Chaos 

Rassemblés devant la grande mosquée de la ville, des centaines d'habitants ont scandé des slogans contre les autorités de l'Est incarnées par le Parlement et son chef, Aguila Saleh.

"Le peuple veut la chute du Parlement", "Aguila (Saleh) est l'ennemi de Dieu", ou encore "ceux qui ont volé ou trahi doivent être pendus", "Libye, ni Est ni Ouest, unité nationale", ont-ils scandé.

Plusieurs manifestants ont brûlé la maison du maire honni de la ville, Abdulmonem al-Ghaithi, selon des images largement partagées sur les réseaux sociaux et par des médias libyens.

Quelques heures après la manifestation, le chef de l'exécutif dans l'Est de la Libye, Oussama Hamad, a dissous le conseil municipal de Derna, contre lequel il a ordonné l'ouverture d'une enquête.

Selon des politiciens et des analystes, le chaos en Libye a relégué au second plan l'entretien d'infrastructures vitales comme les barrages de Derna dont l'effondrement a provoqué des inondations qui ont fait 3 338 morts, selon le dernier bilan officiel provisoire communiqué lundi soir par le ministre de la Santé de l'est, Othman Abdeljalil.

Rongée par les divisions depuis la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye est en effet gouvernée par deux administrations rivales: l'une à Tripoli (ouest), reconnue par l'ONU et dirigée par le Premier ministre Abdelhamid Dbeibah, l'autre dans l'Est, incarnée par le Parlement et affilié au camp du puissant maréchal Khalifa Haftar.

Les forces de Haftar s'étaient emparées en 2018 de Derna, alors bastion des islamistes radicaux, et seule ville de l'Est qui échappait à son contrôle. Mais les autorités de l'Est entretiennent des relations de méfiance avec Derna, considérée comme une ville contestataire depuis l'époque de Kadhafi.

Derna, «triste instantané» des «injustices» du monde, déplore le chef de l'ONU

Les inondations catastrophiques de Derna, en Libye, représentent un "triste instantané" d'un monde "emporté par le torrent des inégalités et des injustices", a déploré mardi le secrétaire général de l'ONU, évoquant l'impact d'une "compilation" de "fléaux", du changement climatique aux années de conflit.

"Il y a tout juste neuf jours, nous avons découvert une vision d’enfer, un paysage terrible, conséquence d’une compilation de nombre des problèmes auxquels le monde est confronté", a décrit Antonio Guterres à l'ouverture de l'Assemblée générale annuelle de l'ONU.

Les milliers de personnes qui ont perdu la vie "ont été victimes de plusieurs fléaux. Victimes d’années de conflits. Victimes du chaos climatique. Victimes des leaders, qui, là et ailleurs, n’ont pas su trouver la voie de la paix".

Elles sont mortes "à l’épicentre de cette indifférence : en 24 heures, le ciel a déversé l’équivalent de 100 fois le volume d’un mois de précipitations; les barrages ont lâché après des années de guerre et de négligence; et tout ce que la population connaissait a été rayé de la carte", a-t-il dénoncé.

"En ce moment même, les corps des victimes s'échouent sur les plages de la Méditerranée, tandis que des milliardaires prennent le soleil sur leurs super-yachts. Derna est un triste instantané de l’état de notre monde, emporté par le torrent des inégalités et des injustices, et paralysé devant les défis à relever".

"Le monde est sans dessus dessous", s'est encore inquiété le secrétaire général, avant de dresser un sombre tableau du paysage international, des tensions géopolitiques qui "s'aggravent" au réchauffement climatique, "menace qui compromet le plus directement notre avenir".

"Les changements climatiques ne sont pas que des changements météorologiques. Les changements climatiques bouleversent ce qu'est la vie même sur notre planète", a insisté Antonio Guterres qui organise mercredi un sommet sur l'ambition climatique. Et en la matière, "les mesures prises ne sont pas du tout à la hauteur de l'enjeu".

Et "face à toutes ces crises, le système humanitaire mondial est au bord de l'effondrement", a-t-il mis en garde.

"Nos opérations humanitaires sont obligées de se résoudre à des coupes massives. Mais si nous ne donnons pas à manger à celles et ceux qui ont faim, c'est le conflit que nous alimentons."

«Punir les manifestants»

La rupture de deux barrages a provoqué une crue de l'ampleur d'un tsunami le long de l'oued qui traverse Derna, ville de 100 000 habitants bordant la Méditerranée.

"Il y a deux ans, il y avait déjà eu des fuites sur le grand barrage alors qu'il n'était rempli qu'à moitié. On avait prévenu la municipalité et réclamé des réparations", a raconté à l'AFP Abdelqader al-Omrani depuis son lit d'hôpital à Benghazi, la grande ville de l'Est. Les responsables coupables de négligence "ont nos morts sur la conscience", a-t-il dit.

"Blocage médiatique sur #Derna en place maintenant, les communications coupées depuis l'aube. N'en doutez pas, il ne s'agit pas de santé ou de sécurité, mais de punir les manifestants de Derna", a affirmé sur X (ex-Twitter) Emadeddin Badi, spécialiste de la Libye à l'Atlantic Council.

"Des nouvelles extrêmement sombres de #Derna, encore sous le choc des inondations horribles. Les habitants sont désormais terrifiés par une répression militaire imminente, considérée comme une punition collective pour la manifestation et les demandes d'hier", a pour sa part affirmé Tarek Megrisi, expert Maghreb au Conseil européen pour les relations internationales (ECFR), également sur X.

Des secouristes s'activent toujours mardi à Derna pour retrouver les corps de milliers de disparus présumés morts dans les inondations, selon des médias locaux.


Liban: 14 morts dans des frappes israéliennes sur le sud

Photo prise à Tyr montrant des baigneurs sur la plage tandis que de la fumée s’élève d’une frappe aérienne israélienne à Deir Qanoun Ras Al-Ain (8 juin 2026, AFP).
Photo prise à Tyr montrant des baigneurs sur la plage tandis que de la fumée s’élève d’une frappe aérienne israélienne à Deir Qanoun Ras Al-Ain (8 juin 2026, AFP).
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  • Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait 14 morts et plus de 20 blessés, tandis que le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre les forces israéliennes
  • Malgré l’annonce par l’Iran de la fin de son opération contre Israël, Téhéran menace de représailles plus sévères si les attaques se poursuivent au Liban, tandis qu’Israël promet de continuer à frapper le Hezbollah

BEYROUTH: Quatorze personnes ont été tuées et plus d'une vingtaine blessées lundi dans des frappes israéliennes dans le sud du Liban, selon les autorités et la Croix-Rouge, Israël promettant de continuer à viser le Hezbollah pro-iranien malgré les menaces de nouvelles représailles de Téhéran.

"Le raid de l'ennemi israélien à l'aube aujourd'hui sur le village de Zifta dans la région de Nabatiyé" a fait sept morts, dont "un enfant syrien et une femme, et huit blessés dont deux femmes", a annoncé le ministère libanais de la Santé dans un communiqué.

Dans la soirée, le ministère a indiqué qu'une frappe sur Tyr avait fait cinq morts et huit blessés. Plus tôt dans la soirée, l'armée israélienne avait lancé un appel à évacuer dans une zone de Tyr.

Une autre frappe dans la soirée a coûté la vie à deux personnes parmi lesquelles un enfant et fait dix blessés à Marwanieh, dans le sud, selon la même source.

Lundi, les frappes israéliennes se sont abattues sur plus d'une quinzaine de localités dans le sud du Liban, notamment à Tyr, selon l'Agence nationale d'information libanaise (ANI, officielle).

L'une des frappes a "ciblé une voiture (...) près d'un bâtiment de la Croix-Rouge libanaise" dans cette ville côtière, selon la même source. Quatre secouristes ont été blessés dans cette frappe. Atteints par des éclats de verre, ils ont été hospitalisés, selon la Croix-Rouge.

Un photographe de l'AFP a vu un épais panache de fumée s'élever d'une route côtière de la ville.

Le Hezbollah a revendiqué pour sa part de nouvelles attaques contre des forces israéliennes dans le sud du Liban, mais pas contre le nord d'Israël.

L'armée israélienne a de son côté affirmé que trois projectiles avaient été tirés du Liban "en direction de soldats israéliens en opération dans le sud du Liban", et qu'un projectile supplémentaire était "tombé à proximité des troupes" sans faire de blessés.

- "Actions plus sévères" -

Lundi à la mi-journée, après des frappes réciproques depuis la veille au soir entre l'Iran et Israël, le commandement des forces armées iraniennes a annoncé "la cessation de l'opération", qualifiée de "sévère riposte" à Israël.

Mais il a prévenu qu'"en cas de poursuite de l'agression et des hostilités, y compris dans le sud du Liban, des actions bien plus sévères et répressives qu'auparavant seraient entreprises".

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a rétorqué que son pays "continuera(it) d'agir "contre le Hezbollah. Il a promis que "toute tentative iranienne d'établir un lien entre le Liban et l'Iran afin d'attaquer Israël recevra(it) une réponse d'une grande force"..

Téhéran insiste pour traiter en même temps le conflit entre Israël et le Hezbollah, et celui plus large au Moyen-Orient, tandis que les Etats-Unis souhaitent gérer le dossier libanais dans un second temps.

Israël avait mené dimanche une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, qui a fait deux morts, en riposte à des tirs ayant visé son territoire, après avoir prévenu qu'il frapperait Beyrouth en cas d'attaques du Hezbollah contre son territoire.

Il s'agissait des premières frappes sur la banlieue sud de la capitale depuis un nouvel accord de cessez-le-feu annoncé mercredi à l'issue d'une quatrième session de négociations entre le Liban et Israël à Washington. Une trêve précédente avait été annoncée le 17 avril sans jamais être respectée.

Depuis le début, le 2 mars, de la nouvelle guerre au Liban entre le Hezbollah pro-iranien et Israël, les frappes israéliennes ont fait plus de 3.600 morts selon les autorités. 


Liban: une frappe israélienne endommage un site protégé par l'Unesco à Tyr

 Le ministre libanais de la Culture a appelé lundi à épargner les ruines de Tyr, classées au patrimoine de l'humanité de l'Unesco, où les correspondants de l'AFP ont constaté des dégâts au lendemain de frappes israéliennes. (AFP)
Le ministre libanais de la Culture a appelé lundi à épargner les ruines de Tyr, classées au patrimoine de l'humanité de l'Unesco, où les correspondants de l'AFP ont constaté des dégâts au lendemain de frappes israéliennes. (AFP)
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  • Les frappes de dimanche ont causé "le plus grand dommage au site depuis le début de la guerre", a indiqué à l'AFP de son côté Ali Badaoui, directeur des sites archéologiques dans le sud du Liban
  • Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco avec deux sites protégés

TYR: Le ministre libanais de la Culture a appelé lundi à épargner les ruines de Tyr, classées au patrimoine de l'humanité de l'Unesco, où les correspondants de l'AFP ont constaté des dégâts au lendemain de frappes israéliennes.

"Je lance un appel pour éviter de cibler les sites archéologiques du pays (..) en particulier les ruines de Tyr qui sont dans le patrimoine commun de l'humanité", a déclaré Ghassan Salamé à l'AFP.

Les frappes de dimanche ont causé "le plus grand dommage au site depuis le début de la guerre", a indiqué à l'AFP de son côté Ali Badaoui, directeur des sites archéologiques dans le sud du Liban.

Située à une vingtaine de km de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, est inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco avec deux sites protégés.

Cette ville est la cible d'une campagne de frappes israéliennes depuis le début de la guerre avec le Hezbollah le 2 mars.

L'armée israélienne avait émis un nouvel ordre d'évacuation dimanche pour une zone qui inclut l'un des deux sites, comprenant des vestiges romains, avant de mener des frappes.

Des correspondants de l’AFP ont pu voir une partie de la zone proche des colonnes antiques recouverte de débris, fragments de métal tordu, branches d’arbres brisées.

Des gravats de béton et de métal parsèment un escalier de pierre menant à l’intérieur du site.

"L'ampleur des débris et des dégâts dans le site est importante", selon Ali Badaoui.

Les frappes se sont abattues sur des bâtiments avoisinants et l'une a touché un bureau administratif du site, rapporte le responsable.

"Certains artéfacts archéologiques ont été endommagés lorsque des gravats les ont atteints, car une pluie de débris est tombée sur un vaste périmètre", visant "colonnes, chapiteaux, bases de colonnes, mosaïques", énumère-t-il.

Ghassan Salamé a souligné que que les autorités évalueraient les dégâts "dès qu'un cessez-le-feu aura lieu ou que nous pourront avoir accès aux ruines sans mettre en danger la vie de nos archéologues".

Il a souligné qu'Israël "ne respecte pas" la Convention de la Haye qui oblige à préserver les biens culturels en cas de conflit armé, ni les "Boucliers bleus", un emblème symbolique mis en place par un comité lié à l'Unesco pour protéger le site de Tyr.

Depuis une précédente guerre entre Israël et le Hezbollah en 2023-2024, l’Unesco a placé plus de 70 sites patrimoniaux au Liban, dont Tyr, sous " protection renforcée provisoire".

Le site de Tyr "est un site civil, un site inscrit au patrimoine mondial, ce n’est absolument pas un site militaire, et il n’y a aucune activité militaire sur place", a assuré M. Badaoui.

L’autre site protégé de Tyr, El‑Bass, a aussi été endommagé depuis le début de la guerre le 2 mars, a-t-il ajouté.


L'armée israélienne dit qu'elle poursuivra ses opérations «dans tout le Liban»

L'armée israélienne va poursuivre ses opérations "dans tout le Liban" et "intensifier la pression" sur le mouvement islamiste libanais Hezbollah, a déclaré dimanche soir son porte-parole après des tirs de missiles iraniens sur Israël en riposte à un bombardement israélien sur la banlieue sud de Beyrouth. (AFP)
L'armée israélienne va poursuivre ses opérations "dans tout le Liban" et "intensifier la pression" sur le mouvement islamiste libanais Hezbollah, a déclaré dimanche soir son porte-parole après des tirs de missiles iraniens sur Israël en riposte à un bombardement israélien sur la banlieue sud de Beyrouth. (AFP)
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  • "Nous avons frappé (la banlieue sud de Beyrouth) en réaction aux tirs incessants du Hezbollah sur les localités du nord" d'Israël, a déclaré le général de brigade Effie Defrin
  • "Tsahal poursuivra ses opérations dans tout le Liban et intensifiera ses coups portés sur l'organisation terroriste Hezbollah"

JERUSALEM: L'armée israélienne va poursuivre ses opérations "dans tout le Liban" et "intensifier la pression" sur le mouvement islamiste libanais Hezbollah, a déclaré dimanche soir son porte-parole après des tirs de missiles iraniens sur Israël en riposte à un bombardement israélien sur la banlieue sud de Beyrouth.

"Nous avons frappé (la banlieue sud de Beyrouth) en réaction aux tirs incessants du Hezbollah sur les localités du nord" d'Israël, a déclaré le général de brigade Effie Defrin.

"Tsahal poursuivra ses opérations dans tout le Liban et intensifiera ses coups portés sur l'organisation terroriste Hezbollah", a-t-il ajouté, "nous ne permettrons pas la poursuite de tirs visant les citoyens de l'Etat d'Israël".