Le Conseil d'Etat se penche sur le «fléau» des contrôles au faciès

Le Conseil d'Etat s'est penché vendredi sur le sujet hyper-sensible des contrôles au faciès, une pratique devenue "systémique" dans la police selon plusieurs ONG (Photo d'illustration, AFP).
Le Conseil d'Etat s'est penché vendredi sur le sujet hyper-sensible des contrôles au faciès, une pratique devenue "systémique" dans la police selon plusieurs ONG (Photo d'illustration, AFP).
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Publié le Samedi 30 septembre 2023

Le Conseil d'Etat se penche sur le «fléau» des contrôles au faciès

  • Dans leur requête, les six associations et ONG soutiennent que cette pratique est «inscrite profondément dans l'action policière »
  • Sur les contrôles au faciès, la France a été plusieurs fois condamnée ces dernières années

PARIS: Le Conseil d'Etat s'est penché vendredi sur le sujet hyper-sensible des contrôles au faciès, une pratique devenue "systémique" dans la police selon plusieurs ONG, qui ont introduit devant la plus haute juridiction administrative la première action de groupe contre ces contrôles "discriminatoires".

Dans leur requête, les six associations et ONG, dont Amnesty international, Human Rights Watch ou encore Open Society Justice Initiative, soutiennent que cette pratique est "inscrite profondément dans l'action policière au point que la discrimination qu'elle constitue est systémique".

Les contrôles au faciès, opérés en raison de caractéristiques physiques liés à l'origine réelle ou supposée d'une personne, "ne sont pas un simple problème de politique publique, c'est un fléau", a plaidé vendredi Me Antoine Lyon-Caen, représentant les six organisations.

"Le contrôle d'identité, c'est la première rencontre des jeunes avec l'autorité publique. Si, comme nous le démontrons, cette pratique du contrôle au faciès est généralisée (...), ça veut dire que les jeunes, humiliés par ces contrôlés seront marqués profondément. C'est un problème dont notre cohésion sociale dépend", a poursuivi l'avocat.

L'existence des contrôles au faciès est largement documentée depuis des années. En 2017, le Défenseur des droits avait conclu qu'un jeune homme "perçu comme noir ou arabe" avait vingt fois plus de chances d'être contrôlé que le reste de la population.

14 millions
"Il y a une industrie du contrôle au faciès", a déploré Me Lyon-Caen, rappelant les données parcellaires tirées d'un rapport de l'Assemblée nationale en 2016: 14 millions par an.

Un "cancer" qui gangrène la société, a plaidé Me Patrice Spinosi, autre avocat des requérants. "Qui dit carence systémique de l'Etat, dit réponse systémique, avec une politique publique", a-t-il réclamé.

Les requérants "n'accusent pas les policiers pris individuellement d'être racistes", ont-ils insisté dans un communiqué, mais demandent à la haute cour "de constater le grave manquement de l'Etat consistant à laisser perdurer" ces contrôles, et "d'enjoindre aux autorités de prendre les mesures nécessaires pour y remédier".

Cette pratique est "illégale au regard du droit français (...) et international", ont-ils poursuivi.

Le président de la République, Emmanuel Macron, avait reconnu le 4 décembre 2020 l'existence des contrôles au faciès, après le tabassage du producteur de musique noir Michel Zecler, provoquant l'ire des syndicats policiers.

Dans la foulée, en janvier 2021, les organisations requérantes avaient adressé une mise en demeure au gouvernement pour que des "réformes structurelles" soient adoptées. Mais face à l'absence de réponse, elles se sont tournées vers le Conseil d'Etat.

Elles réclament une série de mesures, inspirées d'expériences menées à l'étranger: modifier le Code de procédure pénale pour interdire la discrimination dans les contrôles d'identité, exclure les contrôles administratifs, fournir un récépissé après chaque contrôle...

Matricule
Les éléments produits par les ONG, dont de nombreux témoignages, "suffisent à présumer l'existence de pratiques discriminatoires suffisamment répandues pour ne pas être regardées, contrairement à ce que fait valoir le ministère de l'Intérieur, comme se limitant à des cas de dérives individuelles imprévisibles", a reconnu lors de l'audience la rapporteure publique Esther de Moustier.

Cette dernière a toutefois appelé le Conseil d'Etat à rejeter la requête, appelant notamment à "tenir compte des moyens déjà mobilisés" par le gouvernement.

Le ministère de l'Intérieur, a-t-elle expliqué, dit "avoir pris plusieurs mesures" dont la "formation" des forces de l'ordre qui "intègre désormais des modules sur la lutte contre les discriminations".

Afin d'améliorer la "traçabilité des contrôles", les policiers doivent également porter un numéro de matricule, théoriquement obligatoire mais dont l'absence n'est jamais sanctionnée - un point que devait justement examiner le Conseil d'Etat vendredi, lors d'une audience distincte.

Sur les contrôles au faciès, la France a été plusieurs fois condamnée ces dernières années: en juin 2021 par la Cour d'appel de Paris ou encore en 2016 par la Cour de cassation, qui avait pour la première fois condamné définitivement l'Etat pour faute lourde.

Le Conseil d'Etat doit désormais se prononcer dans les prochaines semaines. Pour Me Lyon-Caen, s'il rejetait la requête, cela reviendrait à dire que "le mal existe, mais le médecin ne peut pas intervenir".


L'ex-Premier ministre Edouard Philippe soupçonné de détournement de fonds publics

L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi. (AFP)
L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi. (AFP)
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  • Une lanceuse d'alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025
  • Sollicité par l'AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d'instruction et de lui désigner un périmètre d'enquête

PARIS: L'ex-Premier ministre Edouard Philippe, candidat à la présidentielle de 2027 en France, fait l'objet d'une enquête menée par un juge d'instruction pour des soupçons de détournement de fonds publics, favoritisme, prise illégale d'intérêt et concussion au Havre (nord-ouest), ville dont il est maire, a-t-on appris mardi.

Une lanceuse d'alerte avait dénoncé ces faits présumés en septembre 2023 auprès du Parquet national financier (PNF) qui a ouvert une enquête et mené des perquisitions en avril 2024. Puis elle avait déposé une plainte en juin 2025 avec constitution de partie civile.

Sollicité par l'AFP, le PNF a indiqué avoir pris un réquisitoire introductif le 7 mai, procédure qui permet de saisir un juge d'instruction et de lui désigner un périmètre d'enquête.

La lanceuse d'alerte, "Judith" (prénom modifié), "se félicite de l'ouverture d'une information judiciaire sur les faits qu'elle dénonce et attend avec impatience d'être entendue par le juge d'instruction", a réagi auprès de l'AFP son avocat Jérôme Karsenti.

Les faits sont contestés depuis le début par M. Philippe, qui a été le premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron (2017-2020).

La maire du Havre "prend acte de l'ouverture d'une information judiciaire. Il l'apprend par la presse. Et il répondra bien évidemment à toutes les questions que posera la justice", a réagi auprès de l'AFP son entourage.

Etaient également visées par la plainte Stéphanie de Bazelaire, adjointe chargée de l'innovation et du numérique, ainsi que Claire-Sophie Tasias, directrice générale des services de la communauté urbaine havraise.

La plainte consultée par l'AFP estimait que le juge d'instruction devait "apprécier si un pacte a été conclu entre M. Edouard Philippe et Mme de Bazelaire, caractérisé notamment par un soutien politique, financier et relationnel en contrepartie de la gestion de la Cité numérique", un tiers-lieu d'innovation.

Les soupçons portent sur une convention d'objectifs pluriannuelle pour l'animation de la Cité numérique du Havre, signée en juillet 2020 notamment par Edouard Philippe, président de la communauté urbaine, et Stéphanie de Bazelaire, en tant cette fois que présidente bénévole de l'association LH French Tech.

LH French Tech, créée en juillet 2020, a été désignée pour cette mission après un appel à manifestation d'intérêt lancé par la communauté urbaine en mars 2020 et dans le cadre d'un service d'intérêt économique général (SIEG).

L'association, seule candidate, devait toucher 2,154 millions d'euros de compensation de service public pour mener des projets.

Le conflit d'intérêts "semble absolument évident", a considéré à l'époque la lanceuse d'alerte, directrice générale adjointe à la communauté urbaine de septembre 2020 à avril 2023 et qui avait obtenu le statut de lanceuse d'alerte en janvier 2025.


De retour d'Alger, Darmanin se dit «très rassuré par la façon dont Christophe Gleizes est traité»

Gérald Darmanin a effectué une visite de deux jours en Algérie, "à la demande du président de la République" française, pour évoquer le cas de Christophe Gleizes ainsi que la coopération judiciaire entre les deux pays. (AFP)
Gérald Darmanin a effectué une visite de deux jours en Algérie, "à la demande du président de la République" française, pour évoquer le cas de Christophe Gleizes ainsi que la coopération judiciaire entre les deux pays. (AFP)
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  • Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s'est dit mardi "très rassuré" par la façon dont le journaliste sportif Christophe Gleizes "est traité" par l'Algérie où il est détenu, au lendemain d'une visite à Alger
  • Le journaliste sportif est détenu depuis près d'un an en Algérie

PARIS: Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, s'est dit mardi "très rassuré" par la façon dont le journaliste sportif Christophe Gleizes "est traité" par l'Algérie où il est détenu, au lendemain d'une visite à Alger.

"Nous avons rappelé qu'il faut rendre Christophe Gleizes non pas à la France, mais à sa mère", a déclaré le garde des Sceaux sur CNews et Europe 1, estimant que le président algérien Abdelmadjid Tebboune "y sera sensible, en tous cas (...) je lui fais confiance pour cela".

Le journaliste sportif est détenu depuis près d'un an en Algérie.

Gérald Darmanin a effectué une visite de deux jours en Algérie, "à la demande du président de la République" française, pour évoquer le cas de Christophe Gleizes ainsi que la coopération judiciaire entre les deux pays.

Ce séjour actait un apaisement entre les deux pays amorcé ces derniers mois après une crise acrimonieuse de presque deux ans.

Le garde des Sceaux a affirmé avoir obtenu des autorités algériennes "la reprise de notre coopération judiciaire".

Il a salué "des échanges extrêmement forts" avec le président Tebboune sur la question de Christophe Gleizes, arrêté dans le cadre d'un reportage en mai 2024 en Kabylie (nord-est) et condamné à sept ans de prison pour "apologie du terrorisme".

"Maintenant, sa peine est définitive, puisqu'il n'a pas fait de pourvoi en cassation", a reconnu mardi Gérald Darmanin. La démarche vise à ouvrir la voie à une possible grâce du président Tebboune.

Le ministre a estimé que le chef de l'Etat algérien était en mesure "de faire ce geste pour cette famille, et bien sûr pour notre bonne relation".

 


L’Institut du monde arabe réunit les jeunes du G7 autour des partenariats internationaux

L'Institut du monde arabe accueille lundi une rencontre internationale organisée dans le cadre du sommet du YOUTH 7 (Y7) 2026, consacré cette année à la réflexion sur les partenariats internationaux dans un contexte de profondes tensions géopolitiques. (AFP)
L'Institut du monde arabe accueille lundi une rencontre internationale organisée dans le cadre du sommet du YOUTH 7 (Y7) 2026, consacré cette année à la réflexion sur les partenariats internationaux dans un contexte de profondes tensions géopolitiques. (AFP)
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  • La soirée-débat, organisée en partenariat avec Open Diplomacy, réunira des délégués internationaux autour du thème: «Au G7, quelle politique des partenariats internationaux à l’heure de la brutalisation du monde?»
  • Plusieurs personnalités prendront part à cette rencontre, parmi lesquelles Anne-Claire Legendre, Éléonore Caroit, Thomas Friang et Aurélien Duchêne

PARIS: L'Institut du monde arabe accueille lundi une rencontre internationale organisée dans le cadre du sommet du YOUTH 7 (Y7) 2026, consacré cette année à la réflexion sur les partenariats internationaux dans un contexte de profondes tensions géopolitiques.

Organisé à Paris du 17 au 20 mai sous présidence française du G7, le Y7 constitue la plateforme officielle d’engagement des jeunes des pays membres du G7. Cette initiative précède d’un mois le sommet des chefs d’État et de gouvernement prévu à Évian.

La soirée-débat, organisée en partenariat avec Open Diplomacy, réunira des délégués internationaux autour du thème: «Au G7, quelle politique des partenariats internationaux à l’heure de la brutalisation du monde?»

Plusieurs personnalités prendront part à cette rencontre, parmi lesquelles Anne-Claire Legendre, Éléonore Caroit, Thomas Friang et Aurélien Duchêne.

Le programme prévoit également une visite privée de l’exposition consacrée à Byblos pour les délégations internationales, avant les interventions officielles et un cocktail de réseautage.

À travers cet événement, l’Institut du monde arabe entend réaffirmer son engagement en faveur du dialogue entre les cultures, de la coopération internationale et de la mobilisation des nouvelles générations face aux grands défis mondiaux.