La ceinture du Sahel fragilisée par les coups d'État au Niger, au Mali et au Burkina Faso

Le nombre de migrants essayant de rejoindre l'Europe depuis l'Afrique du Nord a augmenté depuis le coup d'État de juillet au Niger (Photo, AFP).
Le nombre de migrants essayant de rejoindre l'Europe depuis l'Afrique du Nord a augmenté depuis le coup d'État de juillet au Niger (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 12 octobre 2023

La ceinture du Sahel fragilisée par les coups d'État au Niger, au Mali et au Burkina Faso

  • L'effondrement de la coopération entre l'UE et le Niger a provoqué une forte augmentation du nombre de migrants traversant la Méditerranée
  • La dernière embuscade meurtrière tendue à des troupes fait du Niger le nouveau ventre mou du Sahel

TUNIS: Les pays d'Afrique du Nord ont constaté une augmentation du nombre de migrants arrivant et risquant la périlleuse traversée de la Méditerranée vers le sud de l'Europe depuis qu'un coup d'État militaire au Niger a rompu la coopération entre ce pays d'Afrique de l'Ouest et l'Union européenne.

Les migrations en provenance du Sahel, une ceinture de pays s'étendant du Mali à l'ouest jusqu'au Soudan à l'est, ont eu des répercussions majeures sur les pays arabes, notamment la Libye et l'Algérie, où des bandes de passeurs exploitent la crise.

À la suite du coup d'État perpétré au Niger en juillet, les analystes estiment que la latitude accordée aux passeurs s'est sensiblement modifiée et que ces derniers semblent opérer avec un sentiment d'impunité accru dans la région.

«Les contrebandiers ont trouvé d'autres itinéraires et méthodes pour entrer dans le pays», a révélé à Arab News un expert spécialisé dans les migrations et les économies illicites en Afrique du Nord et au Sahel.

L'UE avait prévu d'allouer une aide de 200 millions de dollars (1 dollar américain = 0,95 euro) au Niger pour répondre aux différents problèmes de sécurité du pays (Photo, AFP).

«Les nouvelles autorités nigériennes semblent tolérer ces voies de contournement, qui permettent aux migrants de poursuivre leur voyage vers l'Algérie et la Libye», a-t-il ajouté.

La crise nigérienne a commencé à la fin du mois de juillet lorsque la garde présidentielle a organisé un coup d'État contre le président, Mohammed Bazoum, et l'a remplacé par son propre commandant, Abdourahamane Tchiani.

Le Niger a été balayé par une vague de coups d'État militaires qui a débuté en 2020 et a depuis renversé les gouvernements du Mali et du Burkina Faso. Les prises de pouvoir ont été en partie motivées par les frustrations des militaires et des citoyens face au manque de sécurité dans leurs pays. Mais la violence est montée en flèche alors que les juntes chassaient les troupes étrangères qui aidaient à lutter contre les combattants, et que les forces de maintien de la paix de l'ONU ont commencé à quitter le pays.

Les trois pays se battent contre des combattants qui ont tué des milliers de personnes et en ont déplacé plus de deux millions dans la région du Sahel. Bien qu'ils aient signé le mois dernier un pacte de sécurité promettant de se défendre mutuellement contre les rebelles ou les agresseurs, au moins 29 soldats nigériens ont récemment été tués dans une embuscade près de la frontière du pays avec le Mali. Selon une estimation, les combattants de Daech ont tué une centaine de soldats nigériens lors de multiples attaques en cinq jours.

Les extrémistes violents, dont beaucoup sont liés à Al-Qaïda et à Daech, sont devenus particulièrement actifs dans la zone des «trois frontières» depuis le départ des troupes françaises et des Nations unies du sud-est du Mali, ce qui a mis fin à un soutien vital en matière de reconnaissance aérienne.

Le Niger est depuis longtemps utilisé par les migrants désireux de rejoindre l'Afrique du Nord comme point de départ vers l'Europe. Le gouvernement de Bazoum a travaillé avec l'UE pour aider à contrôler le flux de migrants et avec les Nations unies afin de faciliter leur retour.

La crise nigérienne a commencé vers la fin de juillet lorsque la garde présidentielle a organisé un coup d'État contre le président, Mohammed Bazoum (Photo, AFP).

En échange de sa coopération, l'UE avait prévu d'allouer une aide de 200 millions de dollars au Niger pour faire face aux différents problèmes de sécurité du pays.

«Certains migrants passaient par le Niger à cause de ses frontières relativement ouvertes par rapport aux pays voisins, qui avaient leurs propres conflits, principalement avec des terroristes», a déclaré à Arab News, Aneliese Bernard, consultante indépendante travaillant dans les domaines de la stabilisation et de la contre-insurrection en Afrique de l'Ouest.

Toutefois, la décision de l'UE de mettre fin à la coopération avec les nouveaux dirigeants du Niger à la suite du coup d'État a suscité des craintes quant aux menaces pesant sur la sécurité régionale, aux flux migratoires incontrôlés et à la possibilité de nouvelles noyades en Méditerranée.

Comme nous l'avons déjà indiqué, le nombre de migrants traversant la Méditerranée a fortement augmenté, avec plus de 12 000 personnes arrivant sur l'île italienne de Lampedusa en une seule semaine.

Avec une population d'environ 6 000 habitants, les autorités locales de Lampedusa ont déclaré l'état d'urgence.

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se sont précipités sur l'île pour discuter de la crise des migrants, Meloni appelant à une mission de l'UE pour bloquer les bateaux transportant des migrants à travers la Méditerranée.

Des experts se sont interrogés sur l'efficacité de l'approche européenne face au défi migratoire.

EN CHIFFRES

- Augmentation de 43% des événements violents au Niger en 2022. (Centre d'études stratégiques de l'Afrique)

- 10 millions de personnes au Niger, soit 41,8% de la population, vivent dans l'extrême pauvreté en 2021.

- 2 milliards de dollars d'aide publique au développement fournis au Niger par an.

Source : Banque mondiale

Mukesh Kapila, militant humanitaire de haut niveau ayant travaillé pour les Nations unies, qui a récemment visité des camps de réfugiés en Grèce, a souligné que de nombreuses personnes migrent pour des raisons économiques et ne sont pas des réfugiés au sens de la convention des Nations unies de 1951 relative au statut des réfugiés.

Chaque migrant économique qui n'est pas expulsé de l'UE bloque l'espace pour une personne qui remplit véritablement les conditions requises pour bénéficier d'une protection.

«Cela montre que les systèmes d'immigration et d'asile de l'UE sont débordés», a indiqué Kapila à Arab News. «Ils ne fonctionnent tout simplement pas.»

«Avant le coup d'État au Niger, les mêmes chefs militaires qui ont pris le pouvoir avaient effectivement mis en œuvre la politique anti-migration de l'UE au Niger. Aujourd'hui, ils pourraient être en train de l'abandonner», a déclaré à Arab News Kerem Schamberger, expert en questions migratoires à l'organisation allemande de défense des droits de l'homme, Medico International.

En outre, les restrictions aux points de contrôle pour les migrants en route vers le nord du Niger se sont manifestement assouplies. Cette situation contraste fortement avec l'environnement qui prévalait avant le coup d'État, où les migrants se heurtaient à des obstacles considérables et à des contrôles rigoureux.

Schamberger souligne les conséquences de la législation anti-migration, connue sous le nom de loi 36-2015, qui a rendu illégale la circulation des migrants du sud du Niger vers le nord.

Des partisans du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger manifestent devant la base aérienne nigérienne et française de Niamey (Photo, AFP).

«Cette loi a rendu les routes migratoires à travers le désert du Sahara plus périlleuses, les migrants étant contraints d'emprunter des itinéraires dangereux à travers le désert sans protection adéquate, ce qui a entraîné une augmentation significative des décès dus à la soif et à la famine», a expliqué Schamberger.

Beatrice Bianchi, experte du Sahel auprès de la Fondation Med-Or Leonardo, basée en Italie, a déclaré que si le gouvernement du Niger devait abroger la loi 36-2015, «cela pourrait avoir un impact immédiat sur la coopération migratoire avec l'Europe».

Elle a signalé à Arab News: «L'abrogation de cette loi entraînera probablement une résurgence des routes migratoires initiales passant par Agadez (Niger), ce qui pourrait augmenter le nombre de migrants tentant de traverser la Méditerranée.»

Le gouvernement nigérien d'avant le coup d'État n'était cependant pas un partenaire totalement fiable.

Bien qu’il ait joué un rôle central dans la stratégie anti-immigration de l’UE dans la région ouest-africaine et qu’il ait reçu d’importantes sommes d’argent au titre de l’aide au développement, «il y a eu un décalage important entre ce financement et son impact réel sur le terrain, les gens accusant le gouvernement d’avoir volé ces fonds», a éclairci Schamberger.

«Aux yeux de beaucoup, les fonds semblaient aller dans les poches de politiciens influents, de militaires et d'élites économiques, plutôt que de soutenir l'économie locale ou la population», a-t-il ajouté.

Ce n'est pas la première fois que des allégations ont été formulées concernant l'utilisation abusive des fonds de l'UE fournis par les pays bénéficiaires en échange d'une aide sur la question de l'immigration.

En 2019, l'agence de presse Associated Press a rapporté que les fonds de l'UE accordés à la Libye pour endiguer la migration étaient fréquemment volés ou détournés.

De 2016 à 2018, l'UE a alloué plus de 200 millions de dollars de financement au Soudan, ce qui a contraint les migrants à emprunter des itinéraires de plus en plus dangereux pour quitter le pays, selon un rapport de 2018 de New Humanitarian.

Le général Abdourahamane Tiani s'exprime à la télévision nationale du Niger après l'éviction du président élu, Mohammed Bazoum (Photo, Télé Sahel/AFP).

L'Organisation internationale pour les migrations des Nations unies (OIM) affirme que les fermetures de frontières et les restrictions de l'espace aérien résultant du coup d'État ont mis en danger des centaines de milliers de migrants et de personnes déplacées.

La fermeture des frontières terrestres par les voisins du Niger en réponse au coup d'État a interrompu temporairement le flux migratoire.

Malgré ces mesures, Schamberger affirme que «la migration du Niger vers l'Algérie et la Libye n'a jamais complètement cessé, même avec la loi anti-migration en vigueur».

«Les routes à travers le Sahara sont cependant devenues de plus en plus dangereuses pour les migrants alors que l'Algérie poursuivait sa politique d'expulsion des migrants vers le Niger. Cette politique a entraîné le retour d'un nombre croissant de migrants dans la ville d'Agadez par le point de passage frontalier d'Assamaka, ce qui a aggravé la situation de la ville déjà surpeuplée», a-t-il ajouté.

Dans ce contexte, La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) a demandé le soutien des ministres des Affaires étrangères de l'UE lors d'une réunion informelle à Tolède, en Espagne, à la fin du mois d'août.

La Cedeao a réagi au coup d'État du Niger en imposant des sanctions aux dirigeants de la junte et en menaçant de recourir à la force militaire s'ils ne parviennent pas à rétablir l'ordre constitutionnel.

Le soutien des puissances européennes à la Cedeao semble toutefois peu probable, la France ayant annoncé qu'elle mettrait fin à sa présence militaire au Niger d'ici la fin de 2023.

Les partisans de la junte nigérienne organisent un rassemblement pour exiger le départ de l'armée française (Photo, Reuters).

À la suite de l'embuscade meurtrière tendue à des troupes au Niger, ce pays est considéré comme le nouveau ventre mou de la région du Sahel et comme un obstacle majeur à la mise en œuvre de la stratégie de l'UE en matière de migration.

«L'UE s'efforce depuis huit à dix ans d'empêcher une petite fraction du grand nombre de migrants d'atteindre ses frontières, alors que la majorité des migrations africaines sont internes», a déclaré à Arab News Franck Duvell, chercheur principal à l'université d'Osnabrück, en Allemagne.

Selon des sources diplomatiques, l'UE est en train d’évaluer la possibilité d'établir une zone de recherche et de sauvetage dans les eaux tunisiennes afin d'améliorer sa capacité à gérer et à coordonner les opérations de sauvetage en mer.

«La coopération avec la Tunisie et le Niger reflète la stratégie plus large de l'UE consistant à externaliser les contrôles migratoires au-delà de ses frontières», a-t-il conclu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Les Etats-Unis affirment avoir les moyens de repartir en guerre contre l'Iran

Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, prend la parole alors qu’il est assis à côté de Bastian Giegerich, directeur général de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), lors du sommet sur la sécurité IISS Shangri-La Dialogue à Singapore, le 30 mai 2026. (Reuters)
Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, prend la parole alors qu’il est assis à côté de Bastian Giegerich, directeur général de l’International Institute for Strategic Studies (IISS), lors du sommet sur la sécurité IISS Shangri-La Dialogue à Singapore, le 30 mai 2026. (Reuters)
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  • Les États-Unis excluent tout accord avec l’Iran sans garanties sur le nucléaire et la réouverture du détroit d’Ormuz
  • Washington affirme être prêt à reprendre les hostilités si les négociations échouent

WASHINGTON: Les Etats-Unis ont affirmé samedi qu'ils avaient les moyens de repartir en guerre contre l'Iran, après avoir assuré qu'un accord de paix ne sera possible que si leurs "lignes rouges sont satisfaites".

L'incertitude règne quant à l'issue des discussions entre Téhéran et Washington, après les affrontements les plus graves cette semaine depuis l'entrée en vigueur de la trêve le 8 avril.

Des sources à Washington avaient évoqué jeudi un cadre d'accord prévoyant une extension de 60 jours du cessez-le-feu, et une réunion de deux heures vendredi à la Maison Blanche, consacrée à ce sujet, n'a débouché sur aucune annonce dans l'immédiat.

"L'Iran doit accepter qu'ils n'auront jamais d'arme nucléaire. Le détroit d'Ormuz doit être ouvert immédiatement" et Téhéran doit s'engager à le déminer, a énuméré avant cette réunion le président Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Il a également demandé, tout en lettres capitales, à ce que le stock d'uranium hautement enrichi de l'Iran soit "DETRUIT".

Dans la soirée, un responsable de la Maison Blanche a affirmé à l'AFP que "le président Trump ne signera un accord que s'il est bon pour l'Amérique et que ses lignes rouges sont satisfaites".

"L'Iran ne peut pas avoir d'arme nucléaire", a répété ce responsable.

"Les échanges se poursuivent mais aucun accord final n'a encore été conclu", avait affirmé le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Esmaïl Baghaï, en réaction aux propos de M. Trump.

Il a par ailleurs démenti toute discussion à ce stade sur la question nucléaire et a défendu "la situation spéciale" du détroit stratégique d'Ormuz, en raison de sa localisation géographique dans les eaux territoriales de l'Iran et d'Oman.

A Téhéran, les habitants suivent désabusés ces tractations diplomatiques. "Les deux camps tiennent des propos destinés à satisfaire leurs partisans. Il est difficile de savoir qui dit la vérité", commente Ali, un Iranien de 49 ans originaire de Tonekabon, sur la mer Caspienne.

- Hegseth prêt à reprendre le combat -

Dans ce contexte, le ministre américain de la Défense Pete Hegseth a affirmé que les Etats-Unis étaient "tout à fait capables" de reprendre les hostilités contre l'Iran "si nécessaire".

"Nos stocks sont largement adaptés à cet objectif, tant sur place que dans le reste du monde, compte tenu de la manière dont nous équilibrons des munitions de haute technologie et d'autres produites en plus grande quantité", a-t-il déclaré pendant le Dialogue de Shangri-La, un forum sur la défense à Singapour.

La guerre, déclenchée le 28 février par une offensive israélo-américaine contre l'Iran, a fait des milliers de morts, et ébranle l'économie mondiale en faisant grimper les prix du pétrole.

Le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz s'est accéléré ces derniers jours, mais "cela ne signifie pas un retour à la situation d'avant-guerre", selon la télévision d'Etat iranienne, l'accès restant d'après elle interdit aux navires des pays "hostiles".

Téhéran réclame la fin des combats sur tous les fronts, en particulier au Liban où s'affrontent son allié, le Hezbollah, et Israël. Une trêve en vigueur depuis le 17 avril n'a jamais été respectée.

L'armée israélienne a encore étendu vendredi sa "zone de combat" dans le sud du Liban, tout en poursuivant ses frappes. Le ministère de la Santé libanais a fait état vendredi de 11 morts dans le sud du pays. Le mouvement pro-iranien a pour sa part revendiqué une nouvelle série d'attaques contre des cibles militaires dans le nord d'Israël, près de la frontière avec le Liban.

Pendant ce temps, des responsables militaires libanais et israéliens ont tenu une réunion à Washington qualifiée de "constructive" par le gouvernement américain. Selon le Pentagone, ces discussions militaires serviront de base à une nouvelle séance de négociations politiques entre représentants des deux pays pour parvenir à un accord de sécurité, les 2 et 3 juin à Washington.

Le Hezbollah est opposé à ces pourparlers et son bloc parlementaire a à nouveau appelé jeudi le Liban à s'en retirer.

Selon le dernier bilan officiel, les frappes israéliennes ont tué au Liban 3.355 personnes depuis le début de la guerre.


Iran et Etats-Unis ont établi un cadre d'accord, en attente de validation par Trump

Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord qui prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours mais qui n'a pas encore été validé par Donald Trump, ont indiqué jeudi à l'AFP des sources américaines. (AFP)
Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord qui prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours mais qui n'a pas encore été validé par Donald Trump, ont indiqué jeudi à l'AFP des sources américaines. (AFP)
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  • Prudent, le ministre des Finances américain Scott Bessent n'a pas confirmé fermement l'existence d'un tel protocole d'accord pendant une conférence de presse à la Maison Blanche, en déclarant: "Nous avons peut-être l'ébauche d'un accord"
  • "Ce sera totalement la décision du président", a encore dit Scott Bessent, qui a été assailli de questions sur ces révélations d'Axios

WASHINGTON: Les Etats-Unis et l'Iran ont établi un cadre d'accord qui prévoit une extension du cessez-le-feu de soixante jours mais qui n'a pas encore été validé par Donald Trump, ont indiqué jeudi à l'AFP des sources américaines.

L'information a d'abord été révélée par Axios, selon qui cet accord préalable ne règle pas la question du programme nucléaire iranien mais ouvre la voie à des négociations plus poussées à ce sujet.

Prudent, le ministre des Finances américain Scott Bessent n'a pas confirmé fermement l'existence d'un tel protocole d'accord pendant une conférence de presse à la Maison Blanche, en déclarant: "Nous avons peut-être l'ébauche d'un accord."

"Les équipes ont eu plusieurs échanges", a-t-il dit, ajoutant que le président américain avait "plusieurs lignes rouges", à savoir que l'Iran devait "livrer son stock d'uranium enrichi. Ils ne peuvent pas avoir d'arme nucléaire et il doit y avoir une libre circulation dans le détroit d'Ormuz".

"Ce sera totalement la décision du président", a encore dit Scott Bessent, qui a été assailli de questions sur ces révélations d'Axios.

Selon le site d'informations, le cadre d'accord soumis au président américain prévoit que l'accès au détroit d'Ormuz soit "illimité" pendant la période de soixante jours, ce qui implique notamment que l'Iran retire toutes les mines dans la zone.

Toujours selon la même source, le blocus américain des ports iraniens serait levé en proportion du rétablissement de la circulation maritime, et Téhéran serait autorisé à vendre du pétrole grâce à une suspension des sanctions américaines.

Ces dernières annonces ont suivi de peu un échange de frappes qui a conduit les Etats-Unis et l'Iran à s'accuser mutuellement de violer le cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les Etats-Unis ont abattu quatre drones d'attaque iraniens qui représentaient une "menace autour du détroit d'Ormuz" et ont frappé "une station de contrôle au sol à Bandar Abbas qui menaçait de lancer un cinquième drone", selon un responsable américain.

En représailles, les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé avoir visé une base américaine, sans préciser laquelle. De leur côté, le Koweït et l'armée américaine ont fait état de frappes, attribuées à l'Iran, sur le territoire de cette monarchie du Golfe.


Les Etats-Unis frappent l'Iran qui réplique en visant une base américaine

Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu. (AFP)
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  • Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib)
  • Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts

TEHERAN: Les Etats-Unis ont abattu quatre drones iraniens et mené des frappes sur une base au sol dans le sud du pays dans la nuit de mercredi à jeudi, entraînant des représailles de Téhéran qui a visé une base américaine, dans ce qui constitue les affrontements les plus graves depuis le début du cessez-le-feu.

Quatre drones d'attaque qui représentaient une "menace autour du détroit d'Ormuz" ont été abattus, a affirmé un responsable américain sous couvert d'anonymat, ajoutant que l'armée américaine avait aussi frappé "une station de contrôle au sol à Bandar Abbas qui menaçait de lancer un cinquième drone."

"Ces actions étaient mesurées, uniquement défensives et menées avec l'intention de maintenir le cessez-le-feu", a-t-il affirmé.

Les médias iraniens avaient auparavant rapporté trois fortes explosions près de Bandar Abbas, ville portuaire sur le détroit stratégique d'Ormuz, vers 01h30 jeudi (22h00 GMT mercredi).

En représailles, les Gardiens de la Révolution iraniens ont annoncé jeudi avoir visé une base américaine. Ils n'ont pas précisé laquelle, mais de son côté, l'armée koweïtienne a annoncé jeudi faire face à "des attaques menées par des missiles et des drones".

Les forces iraniennes ont par ailleurs effectué des tirs de semonce à l'intention de quatre navires qui tentaient de franchir le détroit d'Ormuz, a indiqué jeudi la télévision d'Etat (Irib), sans fournir de détails sur le type de navires ni sur leur nationalité.

Ces incidents sont les plus sérieux depuis la trêve entrée en vigueur depuis le 8 avril, après plus d'un mois de frappes israélo-américaines qui ont fait des milliers de morts.

Frappes au Liban 

Bombardements et combats se poursuivent par ailleurs au Liban, malgré un autre cessez-le-feu théoriquement en vigueur depuis le 17 avril.

L'armée israélienne a annoncé jeudi avoir frappé des cibles du mouvement chiite pro-iranien Hezbollah à Tyr, dans le sud du pays, un jour après avoir averti qu'elle considérait comme une "zone de combat" tout le territoire situé au sud du Zahrani, fleuve s'écoulant à une quarantaine de kilomètres au nord de la frontière entre Israël et le Liban.

Les négociations entre l'Iran et les Etats-Unis pour mettre un terme au conflit sont laborieuses, et le détroit d'Ormuz reste verrouillé par l'Iran, ce qui a renchéri l'or noir et fait vaciller l'économie mondiale.

Mercredi, le président américain Donald Trump a une nouvelle fois agité la menace d'une reprise des hostilités.

L'Iran "veut vraiment conclure un accord. Ils n'y sont pas encore. Nous ne sommes pas satisfaits mais nous finirons par l'être (...). Ou alors nous devrons simplement finir le travail", a-t-il dit.

Dans les échanges matinaux jeudi en Asie, le baril de Brent de la mer du Nord, principale référence internationale, progressait de près de 2% pour s'établir à 96,13 dollars, tandis que le West Texas Intermediate (WTI), référence américaine du pétrole brut, gagnait 1,75 % à 90,23 dollars le baril.

Passer "du pire au mauvais" 

En Iran, l'accès à internet a été en partie rétabli après une coupure de près de trois mois. Les connexions restent erratiques, les données mobiles étant encore largement coupées, de nombreux sites filtrés et des services de messagerie difficilement accessibles.

"Ce n'est pas du bonheur ou de la joie (que je ressens, NDLR), j'ai juste l'impression qu'on est passé du pire au mauvais", a réagi auprès de l'AFP Bahareh, 32 ans, nutritionniste à Téhéran.

"On se demande tous les jours: +Y aura-t-il des frappes de missiles ce soir?+", décrit Amir, un développeur de logiciel de 27 ans, également depuis la capitale iranienne.

L'Iran a affirmé être en train de finaliser un accord-cadre en 14 points avec les Etats-Unis, donnant la priorité à la fin de la guerre "sur tous les fronts", y compris au Liban.

"Le projet d'accord-cadre (...) est une totale invention", a réagi la Maison Blanche.

Selon la télévision iranienne, le protocole en discussion prévoit notamment un engagement des Etats-Unis à lever leur blocus des ports iraniens en contrepartie du rétablissement du trafic commercial dans le détroit d'Ormuz, par où transite en temps normal un cinquième du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Mercredi, le Trésor américain a annoncé des sanctions à l'encontre de l'Autorité iranienne du détroit du golfe Persique, la nouvelle agence de Téhéran chargée de percevoir les droits de passage à Ormuz.

Téhéran cherche aussi à obtenir le déblocage de 24 milliards d'avoirs gelés à l'étranger, "avec mise à disposition de la moitié dès l'annonce du protocole d'accord", selon l'agence iranienne Isna.

C'est un des principaux points de contentieux, aux côtés du volet nucléaire que l'Iran souhaite aborder dans un second temps.

Les Etats-Unis réclament la destruction de son stock d'uranium hautement enrichi, dont le sort est incertain. Téhéran dément de son côté vouloir se doter de la bombe atomique.