La ceinture du Sahel fragilisée par les coups d'État au Niger, au Mali et au Burkina Faso

Le nombre de migrants essayant de rejoindre l'Europe depuis l'Afrique du Nord a augmenté depuis le coup d'État de juillet au Niger (Photo, AFP).
Le nombre de migrants essayant de rejoindre l'Europe depuis l'Afrique du Nord a augmenté depuis le coup d'État de juillet au Niger (Photo, AFP).
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Publié le Jeudi 12 octobre 2023

La ceinture du Sahel fragilisée par les coups d'État au Niger, au Mali et au Burkina Faso

  • L'effondrement de la coopération entre l'UE et le Niger a provoqué une forte augmentation du nombre de migrants traversant la Méditerranée
  • La dernière embuscade meurtrière tendue à des troupes fait du Niger le nouveau ventre mou du Sahel

TUNIS: Les pays d'Afrique du Nord ont constaté une augmentation du nombre de migrants arrivant et risquant la périlleuse traversée de la Méditerranée vers le sud de l'Europe depuis qu'un coup d'État militaire au Niger a rompu la coopération entre ce pays d'Afrique de l'Ouest et l'Union européenne.

Les migrations en provenance du Sahel, une ceinture de pays s'étendant du Mali à l'ouest jusqu'au Soudan à l'est, ont eu des répercussions majeures sur les pays arabes, notamment la Libye et l'Algérie, où des bandes de passeurs exploitent la crise.

À la suite du coup d'État perpétré au Niger en juillet, les analystes estiment que la latitude accordée aux passeurs s'est sensiblement modifiée et que ces derniers semblent opérer avec un sentiment d'impunité accru dans la région.

«Les contrebandiers ont trouvé d'autres itinéraires et méthodes pour entrer dans le pays», a révélé à Arab News un expert spécialisé dans les migrations et les économies illicites en Afrique du Nord et au Sahel.

L'UE avait prévu d'allouer une aide de 200 millions de dollars (1 dollar américain = 0,95 euro) au Niger pour répondre aux différents problèmes de sécurité du pays (Photo, AFP).

«Les nouvelles autorités nigériennes semblent tolérer ces voies de contournement, qui permettent aux migrants de poursuivre leur voyage vers l'Algérie et la Libye», a-t-il ajouté.

La crise nigérienne a commencé à la fin du mois de juillet lorsque la garde présidentielle a organisé un coup d'État contre le président, Mohammed Bazoum, et l'a remplacé par son propre commandant, Abdourahamane Tchiani.

Le Niger a été balayé par une vague de coups d'État militaires qui a débuté en 2020 et a depuis renversé les gouvernements du Mali et du Burkina Faso. Les prises de pouvoir ont été en partie motivées par les frustrations des militaires et des citoyens face au manque de sécurité dans leurs pays. Mais la violence est montée en flèche alors que les juntes chassaient les troupes étrangères qui aidaient à lutter contre les combattants, et que les forces de maintien de la paix de l'ONU ont commencé à quitter le pays.

Les trois pays se battent contre des combattants qui ont tué des milliers de personnes et en ont déplacé plus de deux millions dans la région du Sahel. Bien qu'ils aient signé le mois dernier un pacte de sécurité promettant de se défendre mutuellement contre les rebelles ou les agresseurs, au moins 29 soldats nigériens ont récemment été tués dans une embuscade près de la frontière du pays avec le Mali. Selon une estimation, les combattants de Daech ont tué une centaine de soldats nigériens lors de multiples attaques en cinq jours.

Les extrémistes violents, dont beaucoup sont liés à Al-Qaïda et à Daech, sont devenus particulièrement actifs dans la zone des «trois frontières» depuis le départ des troupes françaises et des Nations unies du sud-est du Mali, ce qui a mis fin à un soutien vital en matière de reconnaissance aérienne.

Le Niger est depuis longtemps utilisé par les migrants désireux de rejoindre l'Afrique du Nord comme point de départ vers l'Europe. Le gouvernement de Bazoum a travaillé avec l'UE pour aider à contrôler le flux de migrants et avec les Nations unies afin de faciliter leur retour.

La crise nigérienne a commencé vers la fin de juillet lorsque la garde présidentielle a organisé un coup d'État contre le président, Mohammed Bazoum (Photo, AFP).

En échange de sa coopération, l'UE avait prévu d'allouer une aide de 200 millions de dollars au Niger pour faire face aux différents problèmes de sécurité du pays.

«Certains migrants passaient par le Niger à cause de ses frontières relativement ouvertes par rapport aux pays voisins, qui avaient leurs propres conflits, principalement avec des terroristes», a déclaré à Arab News, Aneliese Bernard, consultante indépendante travaillant dans les domaines de la stabilisation et de la contre-insurrection en Afrique de l'Ouest.

Toutefois, la décision de l'UE de mettre fin à la coopération avec les nouveaux dirigeants du Niger à la suite du coup d'État a suscité des craintes quant aux menaces pesant sur la sécurité régionale, aux flux migratoires incontrôlés et à la possibilité de nouvelles noyades en Méditerranée.

Comme nous l'avons déjà indiqué, le nombre de migrants traversant la Méditerranée a fortement augmenté, avec plus de 12 000 personnes arrivant sur l'île italienne de Lampedusa en une seule semaine.

Avec une population d'environ 6 000 habitants, les autorités locales de Lampedusa ont déclaré l'état d'urgence.

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, se sont précipités sur l'île pour discuter de la crise des migrants, Meloni appelant à une mission de l'UE pour bloquer les bateaux transportant des migrants à travers la Méditerranée.

Des experts se sont interrogés sur l'efficacité de l'approche européenne face au défi migratoire.

EN CHIFFRES

- Augmentation de 43% des événements violents au Niger en 2022. (Centre d'études stratégiques de l'Afrique)

- 10 millions de personnes au Niger, soit 41,8% de la population, vivent dans l'extrême pauvreté en 2021.

- 2 milliards de dollars d'aide publique au développement fournis au Niger par an.

Source : Banque mondiale

Mukesh Kapila, militant humanitaire de haut niveau ayant travaillé pour les Nations unies, qui a récemment visité des camps de réfugiés en Grèce, a souligné que de nombreuses personnes migrent pour des raisons économiques et ne sont pas des réfugiés au sens de la convention des Nations unies de 1951 relative au statut des réfugiés.

Chaque migrant économique qui n'est pas expulsé de l'UE bloque l'espace pour une personne qui remplit véritablement les conditions requises pour bénéficier d'une protection.

«Cela montre que les systèmes d'immigration et d'asile de l'UE sont débordés», a indiqué Kapila à Arab News. «Ils ne fonctionnent tout simplement pas.»

«Avant le coup d'État au Niger, les mêmes chefs militaires qui ont pris le pouvoir avaient effectivement mis en œuvre la politique anti-migration de l'UE au Niger. Aujourd'hui, ils pourraient être en train de l'abandonner», a déclaré à Arab News Kerem Schamberger, expert en questions migratoires à l'organisation allemande de défense des droits de l'homme, Medico International.

En outre, les restrictions aux points de contrôle pour les migrants en route vers le nord du Niger se sont manifestement assouplies. Cette situation contraste fortement avec l'environnement qui prévalait avant le coup d'État, où les migrants se heurtaient à des obstacles considérables et à des contrôles rigoureux.

Schamberger souligne les conséquences de la législation anti-migration, connue sous le nom de loi 36-2015, qui a rendu illégale la circulation des migrants du sud du Niger vers le nord.

Des partisans du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger manifestent devant la base aérienne nigérienne et française de Niamey (Photo, AFP).

«Cette loi a rendu les routes migratoires à travers le désert du Sahara plus périlleuses, les migrants étant contraints d'emprunter des itinéraires dangereux à travers le désert sans protection adéquate, ce qui a entraîné une augmentation significative des décès dus à la soif et à la famine», a expliqué Schamberger.

Beatrice Bianchi, experte du Sahel auprès de la Fondation Med-Or Leonardo, basée en Italie, a déclaré que si le gouvernement du Niger devait abroger la loi 36-2015, «cela pourrait avoir un impact immédiat sur la coopération migratoire avec l'Europe».

Elle a signalé à Arab News: «L'abrogation de cette loi entraînera probablement une résurgence des routes migratoires initiales passant par Agadez (Niger), ce qui pourrait augmenter le nombre de migrants tentant de traverser la Méditerranée.»

Le gouvernement nigérien d'avant le coup d'État n'était cependant pas un partenaire totalement fiable.

Bien qu’il ait joué un rôle central dans la stratégie anti-immigration de l’UE dans la région ouest-africaine et qu’il ait reçu d’importantes sommes d’argent au titre de l’aide au développement, «il y a eu un décalage important entre ce financement et son impact réel sur le terrain, les gens accusant le gouvernement d’avoir volé ces fonds», a éclairci Schamberger.

«Aux yeux de beaucoup, les fonds semblaient aller dans les poches de politiciens influents, de militaires et d'élites économiques, plutôt que de soutenir l'économie locale ou la population», a-t-il ajouté.

Ce n'est pas la première fois que des allégations ont été formulées concernant l'utilisation abusive des fonds de l'UE fournis par les pays bénéficiaires en échange d'une aide sur la question de l'immigration.

En 2019, l'agence de presse Associated Press a rapporté que les fonds de l'UE accordés à la Libye pour endiguer la migration étaient fréquemment volés ou détournés.

De 2016 à 2018, l'UE a alloué plus de 200 millions de dollars de financement au Soudan, ce qui a contraint les migrants à emprunter des itinéraires de plus en plus dangereux pour quitter le pays, selon un rapport de 2018 de New Humanitarian.

Le général Abdourahamane Tiani s'exprime à la télévision nationale du Niger après l'éviction du président élu, Mohammed Bazoum (Photo, Télé Sahel/AFP).

L'Organisation internationale pour les migrations des Nations unies (OIM) affirme que les fermetures de frontières et les restrictions de l'espace aérien résultant du coup d'État ont mis en danger des centaines de milliers de migrants et de personnes déplacées.

La fermeture des frontières terrestres par les voisins du Niger en réponse au coup d'État a interrompu temporairement le flux migratoire.

Malgré ces mesures, Schamberger affirme que «la migration du Niger vers l'Algérie et la Libye n'a jamais complètement cessé, même avec la loi anti-migration en vigueur».

«Les routes à travers le Sahara sont cependant devenues de plus en plus dangereuses pour les migrants alors que l'Algérie poursuivait sa politique d'expulsion des migrants vers le Niger. Cette politique a entraîné le retour d'un nombre croissant de migrants dans la ville d'Agadez par le point de passage frontalier d'Assamaka, ce qui a aggravé la situation de la ville déjà surpeuplée», a-t-il ajouté.

Dans ce contexte, La Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) a demandé le soutien des ministres des Affaires étrangères de l'UE lors d'une réunion informelle à Tolède, en Espagne, à la fin du mois d'août.

La Cedeao a réagi au coup d'État du Niger en imposant des sanctions aux dirigeants de la junte et en menaçant de recourir à la force militaire s'ils ne parviennent pas à rétablir l'ordre constitutionnel.

Le soutien des puissances européennes à la Cedeao semble toutefois peu probable, la France ayant annoncé qu'elle mettrait fin à sa présence militaire au Niger d'ici la fin de 2023.

Les partisans de la junte nigérienne organisent un rassemblement pour exiger le départ de l'armée française (Photo, Reuters).

À la suite de l'embuscade meurtrière tendue à des troupes au Niger, ce pays est considéré comme le nouveau ventre mou de la région du Sahel et comme un obstacle majeur à la mise en œuvre de la stratégie de l'UE en matière de migration.

«L'UE s'efforce depuis huit à dix ans d'empêcher une petite fraction du grand nombre de migrants d'atteindre ses frontières, alors que la majorité des migrations africaines sont internes», a déclaré à Arab News Franck Duvell, chercheur principal à l'université d'Osnabrück, en Allemagne.

Selon des sources diplomatiques, l'UE est en train d’évaluer la possibilité d'établir une zone de recherche et de sauvetage dans les eaux tunisiennes afin d'améliorer sa capacité à gérer et à coordonner les opérations de sauvetage en mer.

«La coopération avec la Tunisie et le Niger reflète la stratégie plus large de l'UE consistant à externaliser les contrôles migratoires au-delà de ses frontières», a-t-il conclu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Vénézuéla: après la capture de Maduro, la diaspora libanaise entre souvenirs douloureux et espoir

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance. (AFP)
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  • Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil
  • À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne

PARIS: La présence arabe en Amérique du Sud ne date pas d’hier. Elle remonte au XIXᵉ siècle, lorsque des commerçants libano-syriens, majoritairement chrétiens, quittent l’Empire ottoman pour tenter leur chance sur le continent latino-américain.

Au fil des décennies, cette immigration s’enracine durablement, se structure et s’élargit. Après la Seconde Guerre mondiale et la fin du mandat français en Syrie et au Liban, de nouvelles vagues migratoires viennent renforcer cette diaspora, notamment au Venezuela, devenu l’un de ses principaux foyers.

Longtemps perçue comme discrète et largement apolitique, la communauté syro-libanaise du Venezuela s’est pourtant retrouvée, au fil du temps, prise dans les soubresauts idéologiques et géopolitiques de son pays d’accueil. À partir des années 1960, une partie de la diaspora s’engage dans les grands combats de l’époque : soutien aux indépendantistes algériens, fascination pour la révolution cubaine, défense active de la cause palestinienne.

Cette politisation progressive s’accentue avec l’arrivée au pouvoir d’Hugo Chávez, puis de son successeur, Nicolás Maduro. Certaines figures issues de cette diaspora ont accédé aux plus hautes sphères du pouvoir vénézuélien, à l’image de l’ancien vice-président Tareck El Aissami, d’origine libano-syrienne. Fils du fondateur du parti Baas au Venezuela et petit-neveu de l’un de ses fondateurs en Syrie, il incarne cette porosité entre trajectoires migratoires, idéologies moyen-orientales et pouvoir chaviste. Aujourd’hui, il est visé par des sanctions américaines pour blanchiment d’argent et liens présumés avec le Hezbollah. Son parcours cristallise les soupçons pesant sur certaines connexions politico-sécuritaires entre Caracas et le Moyen-Orient.

Autre nom cité par Washington : celui du diplomate Ghazi Nasr al-Din, accusé d’avoir facilité le financement du Hezbollah et la délivrance de faux passeports vénézuéliens.

Pourtant, réduire la diaspora libanaise du Venezuela à ces figures controversées serait profondément réducteur. Dans l’ombre des scandales et des sanctions, cette communauté est avant tout composée d’entrepreneurs, de commerçants, de médecins, d’ingénieurs et de familles qui ont contribué de manière décisive au développement économique du pays.

Rodríguez Khalaf, entrepreneur dans le bâtiment public, interrogé par téléphone par Arab News en français, est d’origine libanaise mais natif de Caracas, où sa famille s’est installée il y a plusieurs décennies. Il se souvient avec amertume de la rupture provoquée par le chavisme :
« Il y avait quarante ans de démocratie. Et puis, en 1998, tout a basculé. Ils ont perdu, mais ils ont volé l’accord. »

Cet ingénieur a longtemps travaillé avec les autorités sur de grands projets d’infrastructures. « Il y a quinze ans, j’ai décidé de ne plus travailler avec le gouvernement. La corruption était partout. On ne pouvait plus obtenir un contrat sans intermédiaire. »

Comme beaucoup, il pointe l’effondrement d’un État rongé par la corruption, le narcotrafic et la mauvaise gestion des ressources pétrolières. « Le Venezuela n’est pas un pays producteur de drogue, mais un pays de transit. Et tout le monde le sait », assure-t-il. Le résultat est une crise économique et sociale d’une ampleur inédite, qui a poussé près de six millions de Vénézuéliens à l’exil, y compris au sein de la diaspora libanaise, pourtant historiquement bien intégrée.

Magali Chahine, ancienne journaliste, également née à Caracas dans une famille libanaise, évoque avec émotion le Venezuela de son enfance : « C’était un pays libre, prospère. Ça n’a rien à voir avec ce qu’on voit aujourd’hui. »

Si elle a étudié à l’étranger avant de s’installer aux États-Unis, elle reste profondément attachée à son pays natal. « Toute ma famille est partie à cause de la situation. Mais dès que je pourrai y retourner, j’irai. J’en ai très envie. » Malgré tout, elle refuse le fatalisme : « Rien ne peut être pire que Maduro. J’ai beaucoup d’espoir, même si cela prendra du temps. »

L’annonce spectaculaire, début 2026, de la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis a ravivé ces espoirs mêlés d’effroi parmi les Vénézuéliens, dont fait partie cette diaspora.

Giorgio Nahas, jeune étudiant, décrit une communauté marquée par la peur : « On vit avec cette psychose permanente. Si le régime apprend que vous parlez, ce sont vos proches qui paient. »

Le fracas des bombes et les premières heures de l’opération américaine ont d’abord suscité la terreur, puis, pour certains, un soulagement inattendu. « Je ne soutiens pas Trump, mais pour cet acte précis, je suis d’accord. On n’a jamais été écoutés pendant presque trente ans. »

Pour Nohad Achkar, elle aussi étudiante, l’essentiel est ailleurs : « Après trente années comme celles-là, les Vénézuéliens méritent au moins une chose : choisir eux-mêmes leur président. »

Au-delà des règlements de comptes et des procès à venir, c’est cette aspiration démocratique qui traverse aujourd’hui la diaspora libanaise du Venezuela, partagée entre la douleur, la mémoire d’un pays perdu et le fragile espoir d’une renaissance.


Le droit de manifester "attaqué" au Royaume-Uni, déplore Human Rights Watch

Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
Un manifestant montre un message à travers la vitre d'un fourgon de police après avoir été arrêté lors d'une manifestation « Lift The Ban » (Lève l'interdiction) en soutien au groupe interdit Palestine Action, appelant à la levée de l'interdiction récemment imposée, sur Parliament Square, dans le centre de Londres, le 6 septembre 2025. (AFP)
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  • Human Rights Watch alerte sur une érosion du droit de manifester au Royaume-Uni, dénonçant des lois jugées répressives et contraires aux obligations internationales en matière de droits humains
  • L’ONG critique l’inaction du gouvernement de Keir Starmer et s’inquiète de nouvelles restrictions visant les manifestations pacifiques, y compris via l’usage de lois antiterroristes

LONDRES: Le droit de manifester est "attaqué" au Royaume-Uni après l'adoption de mesures "répressives" qui ont progressivement durci les conditions et les sanctions appliquées aux manifestations pacifiques, dénonce l'ONG Human Rights Watch (HRW) dans un rapport publié jeudi.

Intitulé "Faire taire la rue: le droit de manifester attaqué au Royaume-Uni", ce rapport déplore la mise en place de "restrictions antidémocratiques" au droit de manifester "en violation des obligations internationales en matière de droits humains" du pays.

"Nous voyons une érosion des droits démocratiques fondamentaux se produire sous nos yeux" et "il est absolument crucial d'enrayer cette spirale", a déclaré à l'AFP Yasmine Ahmed, directrice de HRW au Royaume-Uni.

L'ONG déplore que le gouvernement travailliste de Keir Starmer, arrivé au pouvoir en juillet 2024, ne soit pas revenu sur deux lois adoptées sous les précédents gouvernements conservateurs en 2022 et 2023, qui ont par exemple baissé le seuil de définition du trouble à l'ordre public afin de faciliter les arrestations, ou encore permis des arrestations préventives.

Ces lois faisaient suite notamment à la multiplication des actions des groupes écologistes Extinction Rebellion et Just Stop Oil, durant lesquelles leurs militants bloquaient des axes routiers ou s'attachaient à des bâtiments.

Elles ont abouti à davantage d'arrestations, d'inculpations et dans certains cas à l'imposition de peines de prison de plusieurs années, là où précédemment les manifestants n'auraient écopé que d'amendes ou de peines avec sursis, souligne HRW.

Et l'ONG s'inquiète des nouvelles restrictictions prévues dans le projet de loi sur la criminalité et la police (en cours d'examen au Parlement, ndlr) du gouvernement de Keir Starmer, lui-même ancien avocat des droits humains.

Ce texte prévoit des mesures pour réprimer les personnes dissimulant leur visage durant une manifestation, ou encore pour restreindre les rassemblements devant les lieux de culte.

HRW dénonce aussi "le détournement sans précédent de la législation sur le terrorisme, pour cibler et criminaliser des manifestations pacifiques".

En juillet dernier, le gouvernement a interdit le groupe propalestinien Palestine Action en l'inscrivant sur la liste des organisations terroristes, après qu'il a vandalisé une base de l'armée de l'air. Plus de 2.300 personnes ayant manifesté contre cette décision ont depuis été arrêtées.

En octobre, le Conseil de l'Europe a appelé le Royaume-Uni à préserver la liberté de manifester et recommandé un examen complet du cadre juridique relatif aux manifestations afin de s'assurer de sa conformité avec ses obligations internationales.


CNN suggère que de «fausses informations» pourraient être à l'origine des tensions entre les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite

Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
Des images diffusées par une coalition militaire arabe soutenant le gouvernement du Yémen montrent le déchargement de véhicules militaires dans le port de Mukalla après leur arrivée des Émirats arabes unis. (Coalition/Handout)
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  • Abou Dhabi a mobilisé le STC après avoir été faussement informé que Riyad avait demandé des sanctions contre les Émirats arabes unis
  • Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition

RIYAD: Les tensions entre Riyad et Abou Dhabi pourraient avoir été déclenchées par de fausses informations fournies aux Émirats arabes unis au sujet de la récente visite du prince héritier saoudien à Washington, a rapporté CNN.

La chaîne d'information américaine dit avoir appris de ses sources que l'Arabie saoudite pense qu'Abou Dhabi a mobilisé les forces séparatistes du Conseil transitoire du Sud (CTS), qu'elle soutient, dans les provinces limitrophes du royaume, après avoir été faussement informée que le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman avait demandé au président américain Donald Trump, lors d'une visite à la Maison Blanche en novembre, d'imposer des sanctions à Abou Dhabi en raison de son soutien présumé à une partie belligérante dans la guerre civile au Soudan.

Le reportage de CNN suggère également que Riyad a tendu la main aux Émirats arabes unis pour expliquer qu'il n'avait pas fait une telle demande.

Par ailleurs, la chaîne américaine affirme que le fonctionnaire des Émirats arabes unis qui lui a parlé sous le couvert de l'anonymat n'a pas abordé directement la question lorsqu'il a été interrogé sur les allégations de fausses informations.

Lors de sa visite en novembre, le président Trump a annoncé publiquement qu'il avait demandé à son gouvernement d'intervenir pour tenter de résoudre le conflit sanglant en cours au Soudan, à la demande de la Couronne saoudienne.

saoudien. Toutefois, ni les déclarations du président, ni celles du prince héritier, ni aucun rapport publié par les médias saoudiens ou américains n'ont fait référence aux Émirats arabes unis à l'époque.

Le 30 décembre, Riyad a lancé des frappes aériennes sur ce qu'il affirme être une livraison d'équipement militaire des Émirats arabes unis au Yémen, qui n'était pas coordonnée avec la coalition.

Le Royaume a également soutenu l'appel du gouvernement yéménite demandant aux forces des Émirats arabes unis de quitter le pays, ce qu'Abu Dhabi a accepté d'honorer en publiant une déclaration qui insinue qu'il l'a fait de son propre chef.

La déclaration des Émirats arabes unis fait également état d'un engagement inébranlable de la part d'Abou Dhabi en faveur de la sécurité et de la souveraineté de l'Arabie saoudite, rejetant toute action susceptible de menacer le Royaume ou de nuire à la stabilité régionale.

Par ailleurs, CNN croit savoir que de nouvelles frappes saoudiennes visant le STC sont toujours envisagées si les séparatistes ne se retirent pas. Après que les Émirats arabes unis ont retiré leurs troupes du Yémen la semaine dernière, le STC s'est engagé sur la voie de la sécession, mais sous la pression militaire intense de Riyad et de ses alliés locaux, il a perdu des territoires et affirme désormais qu'il est heureux d'entamer un dialogue avec d'autres parties yéménites.

Le Royaume, pour sa part, a réaffirmé à de nombreuses reprises sa conviction que la cause du Sud était juste et a demandé que les différentes parties en discutent à la table des négociations, loin du champ de bataille. L'Arabie saoudite a appelé à un dialogue à Riyad pour discuter de la question de la séparation du Sud, et son appel a été salué par le gouvernement yéménite, les différentes factions yéménites - y compris le CTS lui-même, comme mentionné - et la majorité des pays arabes et musulmans.

Aidarous Al-Zubaidi, président du CTS, est un personnage problématique dans cette équation. Il aurait la double nationalité et de nombreux Yéménites ont publié sur les médias sociaux des images de son passeport des Émirats arabes unis et l'ont dénoncé comme étant inapte à gouverner, affirmant qu'il servait un programme étranger. D'autres ont également publié des vidéos de lui déclarant qu'il serait heureux d'établir des liens avec Israël si le Yémen du Sud obtenait son indépendance. Plus récemment, un message du ministre yéménite des médias, Moammar Eryani, a accusé le STC d'avoir permis le vol et la diffusion d'armes dans les provinces de l'Est.

M. Eryani a ajouté que le STC avait délibérément provoqué le chaos et "utilisé Al-Qaïda comme un épouvantail pour réaliser ses propres gains politiques aux dépens du peuple yéménite". CNN dit également avoir appris que

les préoccupations saoudiennes vont au-delà de l'implication des Émirats arabes unis au Yémen et au Soudan. Selon le rapport, Riyad se méfie également des politiques des EAU dans la Corne de l'Afrique et en Syrie, où il pense qu'Abu Dhabi a cultivé des liens avec des éléments de la communauté druze, dont certains dirigeants ont ouvertement discuté de la sécession.

Bien qu'aucune source saoudienne n'ait été mentionnée dans le reportage, le récit de CNN est conforme à plusieurs déclarations publiques saoudiennes, qui se sont opposées à la récente reconnaissance et à l'approbation par Israël de la séparation du Somaliland de la Somalie, aux tentatives israéliennes de saper et d'attaquer le nouveau gouvernement syrien et à toute tentative d'imposer un État du Yémen du Sud par des moyens militaires.

Israël entretient des relations étroites avec Abou Dhabi, encore plus étroites depuis la signature des accords d'Abraham en 2020, tandis que l'Arabie saoudite refuse toute normalisation avec Tel-Aviv tant que ce dernier ne reconnaît pas un État palestinien et n'adhère pas à une voie crédible et irréversible pour parvenir à une solution à deux États. Cette position saoudienne a été réitérée une fois de plus lors de la visite du prince héritier à Washington en novembre.