D'un camp à l'autre, l'errance des migrants à Strasbourg

Un camp de migrants le long de l'Ill sur une place centrale de Strasbourg, le 8 octobre 2023. (Photo, AFP)
Un camp de migrants le long de l'Ill sur une place centrale de Strasbourg, le 8 octobre 2023. (Photo, AFP)
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Publié le Lundi 09 octobre 2023

D'un camp à l'autre, l'errance des migrants à Strasbourg

  • A Strasbourg, 900 personnes appellent chaque semaine le 115 pour espérer obtenir une place en hébergement d'urgence mais 85% des demandes se soldent par une réponse négative
  • Avec cinq autres élus de grandes villes françaises, la maire écologiste Jeanne Barseghian dénonce lundi dans une tribune la "défaillance" de l'Etat en matière d'hébergement d'urgence

STRASBOURG: "Mes professeurs savent mais mes camarades non": comme Temuri, 14 ans, au moins une douzaine d'enfants dorment dans un camp de fortune en plein coeur de Strasbourg (est de la France), souvent une étape de plus dans un parcours d'errance.

Le jeune Géorgien est arrivé avec sa famille en France en octobre 2018. Ils ont tour à tour dormi sous une tente au sud de Strasbourg, à l'hôtel, dans un centre d'accueil de demandeurs d'asile et dans leur voiture. Son père montre une vidéo où l'on voit la famille dormir à poings fermés entassée dans le véhicule.

"Tous les jours on appelle le 115 et ils nous disent qu'il n'y a pas de place", explique l'adolescent qui campe sur les bords de l'Ill, cet affluent du Rhin qui traverse la capitale alsacienne. Chaque matin, il se rend au collège, à Koenigshoffen, à l'ouest de Strasbourg.

"Je suis en troisième, je veux réussir mon brevet et avoir un métier", dit l'adolescent longiligne qui parle couramment français. Mais sa scolarité n'est pas évidente : "des fois je ne dors pas assez".

Sa petite soeur Khatia, scolarisée en CM2, a elle aussi du mal à trouver le sommeil dans ce campement de près de 40 tentes serrées les unes contre les autres.

"Je n'arrive pas à dormir la nuit parce qu'il fait super froid, du coup je suis malade, j'ai mal à la gorge, je tousse", témoigne la petite fille.

Sa famille souhaite rester en France.

"On attend la régularisation, ça fait presque cinq ans qu'on est ici", explique le père, Tamazi, 33 ans, dont les propos sont traduits par son fils. Mais leur situation précaire engendre "beaucoup de stress".

Stress et fatigue

A quelques pas de là, un petit garçon de quatre ans émerge d'une tente. Assise sur une couverture, sa mère, enceinte de cinq mois, se repose.

La jeune femme érythréenne et leurs enfants ont le statut de réfugié, explique le père de famille, Hatfu, 39 ans, papiers à l'appui. "On demande un logement mais c'est en cours... ça prend du temps. C'est difficile".

Non loin, Ibrahim Ahmad Muhiddin montre sa carte de résident et explique qu'il voudrait travailler comme cuisinier. Venu de Somalie qu'il a fui "à cause de la guerre", dit-il en anglais, il a déjà vécu dans un camp place de l'Etoile, à Strasbourg, dont il a été expulsé.

"Les gens vont d'un camp à l'autre, ça dure depuis des mois, et ça va se répéter", peste Tonio Gomez, porte-parole de l'association "D'ailleurs nous sommes d'ici" venu avec une poignée de bénévoles pour distribuer croissants et cafés.

"Ici, il y a des personnes malades, des demandeurs d'asile, des gens qui peuvent travailler... Qu'on les mette à l'abri", réclame-t-il, prônant "la réquisition de tous les logements vides".

A Strasbourg, 900 personnes appellent chaque semaine le 115 pour espérer obtenir une place en hébergement d'urgence mais 85% des demandes se soldent par une réponse négative.

Avec cinq autres élus de grandes villes françaises, la maire écologiste Jeanne Barseghian dénonce lundi dans une tribune la "défaillance" de l'Etat en matière d'hébergement d'urgence.

Confrontés à une explosion du nombre de personnes sans domicile fixe, y compris des enfants et des personnes malades, ces six maires expliquent qu'ils recourent à des solutions d'urgence, en ouvrant par exemple des gymnases, mais plaident pour la mise en place de solutions d'hébergement de plus long terme.

"On ne souhaite plus travailler au coup par coup, dans l'urgence, on pense qu'il est possible de mettre en place un système digne et pérenne mais ça demande véritablement une volonté politique", argumente Jeanne Barseghian.

De son côté Tonio Gomez regrette que la ville et l'Etat "se renvoient la balle".
"Le ping-pong est leur jeu favori mais en attendant on laisse pourrir la situation".


Immigration clandestine: Londres et Paris prolongent un accord, le temps de finaliser leurs négociations

Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat. (AFP)
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  • "Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises en matière de maintien de l'ordre"
  • Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros)

LONDRES: Londres et Paris vont prolonger de deux mois leur accord de coopération sur les contrôles de traversées de migrants par la Manche vers le Royaume-Uni, a annoncé mardi le Home Office britannique, en attendant de finaliser des négociations difficiles sur un nouveau partenariat.

Le traité de Sandhurst, signé en 2018 entre Londres et Paris, prévoit que le Royaume-Uni finance une partie des actions menées par la France pour sécuriser la frontière, car c'est sur le sol français que se déroulent les contrôles des personnes en partance pour le Royaume-Uni.

Il avait été prolongé de trois ans en 2023, et devait expirer ce mardi à minuit.

Depuis des mois, les deux gouvernements négocient âprement une nouvelle prolongation, mais sont en désaccord sur les objectifs la future contribution financière du Royaume-Uni.

"Alors que les négociations en vue de la finalisation d'un accord franco-britannique amélioré se poursuivent, les contrats opérationnels ont été prolongés de deux mois afin de fournir des capacités françaises essentielles en matière de maintien de l'ordre et de surveillance", a indiqué mardi le ministère britannique de l'Intérieur dans un communiqué.

Pour cela, Londres va fournir un financement de 16,2 millions de livres (18,5 millions d'euros), a-t-il précisé.

Depuis 2023, le Royaume-Uni a versé 540 millions d'euros à la France dans le cadre du traité, selon Paris.

L'an passé, 41.472 migrants ont entrepris la traversée périlleuse de la Manche depuis la France, soit le deuxième nombre le plus élevé après le record de 45.774 enregistré en 2022, selon les données du Home Office. Au moins 29 migrants ont péri en mer en 2025, selon un comptage effectué par l'AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques.

Le gouvernement travailliste de Keir Starmer est sous pression pour réduire ces traversées, dans un contexte de montée du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage.

"Notre collaboration avec la France a permis d'empêcher 42.000 tentatives de traversées de la Manche par des migrants illégaux", a rappelé mardi la ministre britannique de l'Intérieur Shabana Mahmood, citée dans le communiqué.

Selon plusieurs médias britanniques, Londres souhaiterait conditionner le versement d'une contribution financière à l'atteinte d'un objectif d'interception d'embarcations supérieur à celui constaté actuellement.

La France s'y oppose, mettant en avant le droit international de la mer qui donne la priorité à la sécurité des embarcations et de leurs passagers.

 


Moyen-Orient : la France «s'étonne» des reproches de Trump sur l'interdiction de survol de son territoire

La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire". (AFP)
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  • "Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux.
  • "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française

PARIS: La France a dit mardi "s'étonner" des reproches de Donald Trump, qui l'a accusée de se montrer "très peu coopérative" dans la guerre contre l'Iran en interdisant le survol de son territoire par "des avions à destination d'Israël chargés d'équipement militaire".

"Nous confirmons cette décision qui est conforme à la position française depuis le début de ce conflit", a dit l'Elysée à la presse en réponse à un message du président sur les réseaux sociaux. "La France n'a pas changé de position depuis le premier jour", a ajouté la présidence française.

"Nous nous étonnons de ce tweet" de Donald Trump, a-t-elle encore affirmé.

Paris n'avait pas annoncé officiellement ou publiquement d'interdiction de survol de son territoire pour les appareils américains impliqués dans le conflit, comme l'a en revanche fait l'Espagne.

La France avait autorisé les Etats-Unis à poser des avions ravitailleurs sur sa base méridionale d'Istres début mars après avoir obtenu la garantie qu'ils ne participaient aux opérations menées en Iran.

"La France n'a pas laissé des avions à destination d'Israël, chargés d'équipement militaire, survoler le territoire français. La France a été TRES PEU COOPERATIVE en ce qui concerne le +boucher iranien+ qui a été éliminé avec succès", a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

 


Macron attendu à Tokyo, le conflit au Moyen-Orient en toile de fond

Le président français Emmanuel Macron à l’Élysée, à Paris, le 24 mars 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron à l’Élysée, à Paris, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron entame une visite au Japon pour renforcer les partenariats franco-japonais dans le nucléaire civil, l’innovation technologique et spatiale, et discuter de la crise au Moyen-Orient
  • Le président Emmanuel Macron entame une visite au Japon pour renforcer les partenariats franco-japonais dans le nucléaire civil, l’innovation technologique et spatiale, et discuter de la crise au Moyen-Orient

TOKYO: Emmanuel Macron doit entamer mardi une visite au Japon qui vise a renforcer les partenariats franco-japonais dans le nucléaire civil ou l'innovation technologique et spatiale, mais qui est aussi percutée par la guerre au Moyen-Orient.

Le président français est attendu à 17H30 locales (08H30 GMT) à Tokyo, avant une soirée dédiée à la culture populaire nippone et une rencontre prévue avec Kunihiko Moriguchi, peintre réputé de kimonos.

Les échanges économiques et politiques auront lieu mercredi tandis que le couple présidentiel déjeunera avec l'Empereur Naruhito et l'Impératrice jeudi.

S'il s'agit de son quatrième déplacement dans l'archipel, c'est la première fois qu'Emmanuel Macron s'y rend pour une visite pleinement consacrée aux relations avec le Japon. Et ce sera mercredi son "premier entretien à part entière" avec la Première ministre japonaise Sanae Takaichi, après un échange en marge du G20 à l'automne, relève un responsable de la diplomatie japonaise.

Ce responsable a évoqué, parmi les attentes, "la poursuite des communications en vue d'un apaisement rapide de la situation en Iran".

"La crise au Moyen-Orient sera au cœur de nos échanges", a confirmé la présidence française avant le voyage. Les deux dirigeants discuteront de la "façon dont on peut essayer de trouver des solutions communes", a-t-elle ajouté, insistant sur une possible coopération autour d'une initiative française pour rallier une coalition de "volontaires" sur le sujet du détroit d'Ormuz.

Le conflit déclenché il y a un mois par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, et la riposte de Téhéran, ont provoqué le blocage de facto de cet étroit passage maritime dans le Golfe par lequel transite, en temps normal, une grande part des importations de pétrole du Japon mais aussi de la Corée du Sud, où Emmanuel Macron doit se rendre ensuite jeudi et vendredi.

- "Attractivité" -

Ces deux pays asiatiques ont signé avec une vingtaine d'autres, dont la France, une déclaration d'Etats se disant "prêts à contribuer aux efforts" pour accompagner la réouverture du détroit, mais quand les armes se seront tues.

Le G7, présidé cette année par la France qui organisera un sommet en juin, et dont est également membre le Japon, multiplie aussi les messages communs, dont une déclaration lundi pour se dire déterminé à "prendre toutes les mesures nécessaires" pour stabiliser le marché de l'énergie face à la flambée des cours du brut.

Emmanuel Macron, qui a longtemps mis en avant sa capacité à discuter avec son homologue américain Donald Trump avec lequel les relations semblent toutefois s'être tendues dernièrement, pourra échanger à cet égard avec Sanae Takaichi.

La dirigeante japonaise, devenue en octobre la première femme à la tête de l'archipel, s'est imposée avec des positions ultranationalistes et conservatrices et n'a pas ménagé ses efforts pour afficher ses affinités avec le milliardaire républicain.

Au-delà de la crise géopolitique, le président français compte sur cette visite pour mettre l'accent sur "l'attractivité de la France", selon son entourage. Accompagné de nombreux chefs d'entreprises françaises, il doit rencontrer mercredi, en marge d'un forum économique, les dirigeants de Softbank, champion des investissements dans l'intelligence artificielle, de Iwatani, l'entreprise japonaise qui a investi dans la start-up lyonnaise Carester, ou encore du fabricant d'équipements pour la recherche Horiba.

Les deux pays entendent aussi signer une feuille de route en matière de nucléaire civil au Japon, dans la lignée d'une coopération déjà bien établie. Et renforcer les partenariats dans le domaine spatial, la recherche et les "technologies de rupture".

En présence de plusieurs ministres français, dont ceux de la Défense et des Affaires étrangères Catherine Vautrin et Jean-Noël Barrot, un volet consacré à la sécurité est aussi prévu.

Emmanuel Macron arrive à Tokyo en plein pic de floraison des emblématiques cerisiers du Japon, moment fort de l'année. Mais l'instant espéré de "hanami", ou observation des fleurs, pourrait être gâché par la pluie attendue trois jours durant dans la capitale japonaise.