La guerre entre Israël et le Hamas à Gaza menace de replonger l'Irak dans la guerre

Des Irakiens brandissent des pancartes et des drapeaux palestiniens lors d'une manifestation à Bagdad, le 20 octobre 2023, en soutien au peuple palestinien sur fond de combats entre Israël et des groupes palestiniens (Photo, AFP).
Des Irakiens brandissent des pancartes et des drapeaux palestiniens lors d'une manifestation à Bagdad, le 20 octobre 2023, en soutien au peuple palestinien sur fond de combats entre Israël et des groupes palestiniens (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 31 octobre 2023

La guerre entre Israël et le Hamas à Gaza menace de replonger l'Irak dans la guerre

  • Les troupes américaines en Irak et en Syrie ont déjà été attaquées par des milices, provoquant des représailles
  • Le Premier ministre Al-Sudani a condamné les attaques, mais les analystes s'interrogent sur sa capacité à maîtriser les milices.

ERBIL: Avec ses coffres gonflés par les prix élevés du pétrole et ses politiciens mettant de côté leurs inimitiés, l'Irak semblait bien parti pour connaître une période de stabilité sans précédent depuis des dizaines d'années. Toutefois, la guerre entre Israël et le Hamas qui a éclaté au début du mois d'octobre pourrait compromettre ces modestes progrès, surtout si elle fait flamber la situation régionale et dégénère en un conflit plus large.

Plusieurs milices soutenues par l'Iran au Moyen-Orient ont menacé d'attaquer les intérêts américains dans la région si Washington s'impliquait ouvertement dans la guerre terrestre menée par Israël contre le Hamas dans la bande de Gaza. Ces milices ont déjà attaqué des bases américaines en Irak et en Syrie à l'aide de roquettes et de drones au cours des derniers jours.

Dans une analyse pour le Centre arabe de Washington, Rend al-Rahim, ancienne ambassadrice irakienne aux États-Unis, écrit: «En l'espace d'un peu plus de deux semaines, la guerre d'Israël contre Gaza a bouleversé l'équilibre minutieux des relations extérieures de l'Irak et les efforts déployés par le Premier ministre irakien, Mohammed Shia al-Sudani, depuis un an pour maintenir la stabilité dans le pays.»

Les États-Unis ont ordonné le départ d'Irak de leur personnel «non urgent» et ont déconseillé aux Américains de se rendre dans le pays en raison de la menace élevée. Le Royaume-Uni a également retiré temporairement le personnel de son ambassade à Bagdad et déconseillé aux Britanniques de se rendre en Irak, à l'exception des voyages strictement essentiels au Kurdistan irakien.

Des F/A-18 Super Hornets de la Marine américaine, rattachés au Carrier Air Wing (CVW) 8, se préparent à des opérations de vol sur le pont d'envol du plus grand porte-avions du monde, l'USS Gerald R. Ford (CVN) 78, à l'est de la mer Méditerranée, le 13 octobre 2023 (Photo, AFP).

Environ 2 500 soldats américains sont actuellement stationnés en Irak avec l'autorisation de Bagdad. Ils conseillent et forment les forces irakiennes et kurdes dans la lutte qu'elles mènent contre Daech. Neuf cents autres sont déployés dans le nord-est de la Syrie, en partenariat avec les forces locales dirigées par les Kurdes dans leur propre lutte contre les vestiges du groupe extrémiste.

Depuis le 17 octobre, les troupes américaines ont été la cible d'attaques de roquettes et de drones sur la base aérienne d'Ain al-Asad, dans l'ouest de l'Irak, sur l'aérodrome de Harir, dans le Kurdistan irakien, et sur la garnison d'Al-Tanf, dans le sud de la Syrie. Vingt-et-un membres du personnel américain ont subi des «blessures mineures», mais ont pu reprendre rapidement leurs fonctions, tandis qu'un contractant civil est décédé des suites d'un incident cardiaque survenu lors de l'une de ces attaques.

Jeudi, les États-Unis ont lancé des «frappes d'autodéfense de précision» contre deux installations dans l'est de la Syrie utilisées par le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique de l'Iran et ses alliés locaux. Le secrétaire américain à la Défense, Lloyd Austin, a décrit ces frappes comme une réponse à «une série d'attaques en cours et pour la plupart infructueuses contre le personnel américain en Irak et en Syrie par des milices soutenues par l'Iran».

Ces groupes, dont le Kataib Hezbollah, Asaib Ahl al-Haq et d'autres, ont menacé d'intensifier leurs attaques si Israël lançait une guerre terrestre d'envergure contre le Hamas à Gaza, augmentant ainsi le risque que les troupes américaines soient gravement blessées, voire tuées, et la possibilité d'une riposte plus vigoureuse de la part de l'armée américaine. Une telle escalade pourrait potentiellement déclencher une conflagration incontrôlable qui pourrait replonger l'Irak dans le chaos et la guerre.

M. Al-Sudani a condamné les récentes attaques contre les troupes américaines en Irak, les qualifiant d'«inacceptables», et a ordonné aux forces de sécurité de l'État d'en poursuivre les auteurs.

Un jeune Irakien porte une photo du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, lors d'une manifestation de soutien au peuple palestinien à Bagdad, le 20 octobre 2023 (Photo, AFP).

De nombreuses milices soutenues par l'Iran en Irak font partie des forces paramilitaires de mobilisation populaire sanctionnées par l'État, dont certains dirigeants sont membres du gouvernement Al-Sudani. Malgré cela, M. Al-Sudani n'a peu ou pas de contrôle sur ces groupes armés.

«Des rapports indiquent qu'il (Al-Sudani) a averti les groupes pro-Iran que s'ils s'impliquaient directement à Gaza, les États-Unis et Israël riposteraient contre eux en Irak», a déclaré Joel Wing, auteur du blog Musings on Iraq, à Arab News. «À part cela, il ne peut les contraindre.»

En effet, peu après le début de la guerre entre Israël et le Hamas, l'homme politique irakien Hadi al-Amiri, chef de l'organisation Badr, liée à l'Iran, qui constitue une grande partie des unités de mobilisation populaire, a déclaré: «S'ils (les États-Unis) interviennent, nous interviendrons [...] nous considérerons toutes les cibles américaines comme légitimes.»

Les forces irakiennes et les unités de mobilisation populaire (Hached al-Chaabi) avancent vers la ville d'Al-Qaim, dans l'ouest de la province d'Anbar, à la frontière syrienne, dans leur lutte contre les dernières poches de Daech, le 1er novembre 2017 (Photo, AFP).

Ryan Bohl, analyste principal pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à la société de renseignement sur les risques RANE, pense également que le gouvernement Al-Sudani serait «largement spectateur» en cas d'escalade significative, Téhéran et Washington «menant les événements sur le terrain» plutôt que Bagdad.

«Les manœuvres diplomatiques de l'Irak resteront probablement très critiques à l'égard d'Israël et même des États-Unis à certains moments, bien qu'il ne semble pas encore qu'elles pousseront les troupes américaines à quitter le pays», a indiqué M. Bohl à Arab News.

EN CHIFFRES

42 millions: Population de l'Irak

11 millions: Population active

14,19%: Taux de chômage total

27,2%: Taux de chômage des jeunes

27%: Dette publique en pourcentage du PIB

Moqtada al-Sadr, puissante figure chiite et chef de milice qui s'est à plusieurs reprises opposé aux factions pro-iraniennes en Irak, a déjà rassemblé ses partisans en force pour condamner Israël. Les analystes pensent qu'il pourrait chercher à tirer parti de la crise actuelle pour revenir sur la scène politique et défier ses rivaux soutenus par l'Iran.

Selon M. Wing, Moqtada al-Sadr, comme d'autres dirigeants politiques en Irak, «espère exploiter»  la crise à Gaza à ses propres fins. En effet, les manifestations de rue qu'il a organisées ces derniers jours pourraient marquer le début d'une campagne en vue des élections de décembre.

M. Bohl reconnaît qu'il est probable que Moqtada al-Sadr utilisera la crise pour obtenir «un gain politique au moins marginal». Toutefois, il n'est pas certain que cette question ramènera Al-Sadr sur la scène politique, étant donné que les «facteurs qui l'ont poussé à partir» ne sont pas liés au conflit israélo-palestinien.

«D'un autre côté, en cas d'escalade régionale majeure impliquant l'Irak, Al-Sadr pourrait être l'un des hommes politiques chiites vers lesquels l'Irak se tournerait pour prendre la direction des opérations, étant donné son rôle dans la manière dont le pays aurait été entraîné dans le conflit», a relevé M. Bohl.

Des membres du mouvement musulman chiite irakien Al-Nujaba brandissent le drapeau palestinien lors d'un rassemblement à Bagdad le 8 octobre 2023, pour exprimer leur soutien à l'opération «Déluge d'Al-Aqsa» lancée la veille par les militants du Hamas contre Israël depuis la bande de Gaza (Photo, AFP).

Le risque d'un conflit plus large est considérable. M. Wing affirme que certains groupes irakiens discutent déjà de «l'escalade de leurs attaques en cours» si une guerre terrestre commence à Gaza. Il prédit qu'une telle escalade se traduirait «probablement par des tirs de roquettes et de drones sur l'ambassade américaine» à Bagdad.

«J'ai lu que les factions sont divisées sur la question de savoir s'il faut s'impliquer directement dans le conflit. Et si elles le font, ce sera avec le Hezbollah au Liban et non avec le Hamas à Gaza», a-t-il ajouté.

M. Bohl estime que si une incursion terrestre israélienne dans la bande de Gaza reste une «forte possibilité» d'entraîner une grave instabilité en Irak, «il y a d'autres facteurs à prendre en compte».

«Si ces milices s'en prennent excessivement aux États-Unis, elles pourraient déclencher une réaction régionale des États-Unis à l'égard de l'Iran et de ses mandataires, ce qui ne serait pas dans l'intérêt de l'Iran», a-t-il déclaré.

«Je m'attends à ce qu'elles se livrent à des actes de harcèlement et à des attaques ponctuelles plutôt qu'à des attaques massives destinées à faire de nombreuses victimes.»

Des Syriens brandissent des drapeaux et une pancarte représentant (de gauche à droite) le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah, le président syrien, Bachar al-Assad, le chef des Houthis du Yémen, Abdelmalik al-Houthi, et le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei à Alep, le 7 mai 2021 (Photo, AFP).

Les deux experts estiment que les dernières attaques visent à démontrer la capacité de ces milices à frapper les forces américaines plutôt qu'à leur infliger des pertes.

M. Wing a résumé les attaques actuelles comme étant «complètement symboliques», expliquant que si ces milices voulaient lancer «de véritables assauts pour faire des dégâts», elles «utiliseraient des douzaines de roquettes et de drones».

«Les attaques en cours se limitent à quelques tirs de roquettes et à l'utilisation d'un ou deux drones», a-t-il déclaré. «Si elles causaient de sérieuses pertes américaines, Washington riposterait, et je ne pense pas que les factions irakiennes le souhaitent.»

Pour M. Bohl, il s'agit «d'attaques de harcèlement contre des cibles américaines destinées à gagner en légitimité politique et à signaler aux États-Unis et à Israël les risques d'une escalade de leur part».

La défense aérienne syrienne intercepte un missile israélien dans le ciel de Damas, la capitale de la Syrie, le 24 février 2020 (Photo, AFP).

En février 2021, une attaque à la roquette menée par une milice contre la base américaine de l'aéroport international d'Erbil, dans le Kurdistan irakien, a tué un contractant civil. Les États-Unis ont riposté contre les milices soutenues par l'Iran en Syrie plutôt qu'en Irak, probablement pour éviter de déstabiliser la situation en Irak par des échanges de tirs.

Il n'est pas clair si tel était l'objectif des frappes de représailles de jeudi en Syrie ou si les États-Unis envisageraient des représailles en Irak à l'avenir.

«Je pense que cela dépend entièrement de la situation, notamment du lieu de l'attaque et de la nature des victimes américaines», a déclaré M. Wing. «Plus le nombre de soldats américains tués est élevé, plus la réaction de Washington sera importante.»

«Si beaucoup d'Américains sont tués, on peut s'attendre à des frappes de représailles américaines en Syrie et en Irak. Si un ou deux soldats sont tués, les États-Unis frapperont probablement un dépôt de munitions d'une faction irakienne», a-t-il ajouté.

Un partisan irakien des unités de mobilisation populaire (Hached al-Chaabi) passe devant une affiche représentant le commandant irakien Abu Mahdi al-Muhandis (à droite) et le commandant des Gardiens de la révolution iraniens Qassem Soleimani, dans la capitale Bagdad, le 30 décembre 2020, avant le premier anniversaire de leur assassinat dans une attaque de drone américain (Photo, AFP).

M. Bohl pense également que les futures frappes de représailles américaines «resteront proportionnelles et se concentreront sur les origines des attaques» plutôt que sur une «campagne globale» visant les mandataires de l'Iran dans toute la région.

«Mais cela changerait si les États-Unis estiment que l'Iran se prépare à une escalade dans toute la région, auquel cas les États-Unis essaieraient probablement d'empêcher une telle escalade par une campagne préemptive plus rigoureuse.»

Pour ce qui est de l'avenir, Mme Al-Rahim, ancienne diplomate et analyste irakienne, a déclaré: «Ce qui est certain, c'est que le regain de force des partisans de la ligne dure en Irak se traduira par une ingérence accrue de l'Iran dans les affaires intérieures et les choix de politique étrangère du pays.»

Elle s'attend à ce que les calculs régionaux de Téhéran «déterminent l'ampleur et les modalités de la belligérance de ses alliés irakiens, entraînant une pression accrue» sur M. Al-Sudani et son gouvernement.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Liban: Israël veut s'emparer d'une zone du sud, trois morts près de Beyrouth

Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
Des poupées gisent sur un lit jonché de petits débris sur le site d'une frappe aérienne israélienne menée dans la nuit et qui a visé un appartement à Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • "Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée"
  • Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani

BEYROUTH: Israël a annoncé mardi qu'il allait s'emparer d'une large zone du sud du Liban pour assurer sa sécurité, alors qu'il poursuit ses frappes sur le reste du territoire libanais, faisant trois morts près de Beyrouth et cinq autres dans le sud.

Après avoir envahi le Liban en 1982, Israël avait maintenu une zone tampon de 10 à 20 kilomètres de profondeur, jusqu'à son retrait total en 2000, sous les coups de boutoir du Hezbollah pro-iranien.

Mardi, le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a déclaré que les forces israéliennes "manoeuvraient à l'intérieur du territoire libanais pour s'emparer d'une ligne de défense avancée" jusqu'au fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière.

"Les centaines de milliers de résidents du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord ne retourneront pas au sud du Litani tant que la sécurité des habitants du nord (d'Israël) ne sera pas assurée", a-t-il prévenu.

Depuis que le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale, Israël mène des frappes massives à travers le pays, qui ont fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés.

"La bataille contre le Hezbollah (...) ne fait que commencer", a averti lundi la porte-parole arabophone de l'armée israélienne, Ella Waweya.

Mardi à l'aube, des frappes israéliennes ont tué cinq personnes dans le sud du pays et trois autres dans une zone résidentielle proche de Beyrouth, après des raids sur la banlieue sud de la capitale, bastion du Hezbollah.

"Qu'est-ce que j'ai fait?" 

"Ma maison a été entièrement détruite. Il ne reste plus rien, tout a brûlé", dit à l'AFP Abbas Qassem, 55 ans, dont l'appartement voisin du sien a été visé par la frappe à Bchamoun, au sud-est de Beyrouth.

"Qu'est-ce que j'ai fait pour que ma maison soit détruite? Je suis une personne normale", ajoute-t-il en pleurant, comme sa femme, découvrant l'appartement dévasté.

La frappe a notamment tué une fillette de quatre ans et fait quatre blessés, selon le ministère de la Santé.

Bchamoun n'est pas un bastion du Hezbollah, dont l'armée israélienne dit viser les combattants.

Un journaliste de l'AFP a vu des traces de sang et des restes d'un projectile dans l'appartement visé.

Lundi après-midi, une frappe ciblée avait visé un immeuble de la ville d'Hazmieh, dans une zone résidentielle surplombant Beyrouth, proche du palais présidentiel et abritant de nombreuses ambassades, faisant un mort.

Un porte-parole de l'armée israélienne a affirmé qu'un "terroriste de la force al-Qods", la branche des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, était visé.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a déclaré que des membres des Gardiens de la Révolution iraniens, se trouvant au Liban, dirigeaient les opérations du Hezbollah.

L'accréditation de l'ambassadeur d'Iran a été retirée, Beyrouth lui donnant jusqu'à dimanche pour quitter le pays.

Incursion 

Dans la nuit, une série de frappes a visé des quartiers de la banlieue sud de Beyrouth, selon l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

A Haret Hreik, l'un des quartiers de la banlieue sud désertée par une majorité d'habitants, un photographe de l'AFP a vu des immeubles effondrés et des rues jonchées de débris.

L'Ani a aussi rapporté des frappes sur plusieurs régions de l'est et du sud, où des stations essence de la société al-Amana, qui selon Israël finance le Hezbollah, ont été visées.

Dans le sud, l'armée israélienne a visé la région de la ville côtière de Tyr, faisant cinq morts selon le ministère de la Santé.

Dans le même temps, elle a à nouveau frappé un pont sur le Litani, visé la veille, dans le cadre de son opération de destruction de plusieurs ponts sur ce fleuve reliant une partie du sud au reste du pays.

Le Hezbollah a pour sa part annoncé s'opposer à la progression des forces israéliennes dans des localités frontalières, revendiquant notamment des attaques contre des soldats dans le village de al-Qaouzah ainsi que sur le nord d'Israël.

Selon l'Ani, une unité israélienne a effectué une incursion dans le village frontalier de Halta, où les soldats "ont effectué des perquisitions dans plusieurs maisons et ouvert le feu sur les habitants", tuant l'un d'entre eux et en blessant un autre.

 


Le Liban décide d'expulser l'ambassadeur d'Iran, lui donne jusqu'à dimanche pour partir

Ci-dessus, Mohammad Reza Sheibani, nommé ambassadeur d’Iran au Liban, sur cette photo du 14 juin 2013. (AFP)
Ci-dessus, Mohammad Reza Sheibani, nommé ambassadeur d’Iran au Liban, sur cette photo du 14 juin 2013. (AFP)
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  • Le Liban a déclaré persona non grata l’ambassadeur d’Iran à Beyrouth et lui a donné jusqu’à dimanche pour quitter le pays
  • Cette décision intervient sur fond de tensions, Beyrouth accusant les Gardiens de la Révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah depuis le Liban

BEYROUTH: Le Liban a retiré l'accréditation de l'ambassadeur d'Iran, récemment nommé à Beyrouth, et lui a donné jusqu'à dimanche pour quitter le pays, a annoncé mardi le ministère libanais des Affaires étrangères.

Cette mesure intervient après que Beyrouth a accusé les Gardiens de la Révolution iraniens de diriger les opérations du Hezbollah contre Israël depuis le Liban et annoncé interdire leurs actions sur le territoire libanais.

Le ministère a précisé avoir convoqué le chargé d'affaires iranien et l'avoir informé de la décision des autorités de "considérer persona non grata" l'ambassadeur Mohammad Reza Raeuf Sheibani, nommé en février à ce poste.


Trump évoque des "négociations" avec l'Iran, Téhéran nie et vise de nouveau Israël

Des traînées de roquettes sont visibles dans le ciel au-dessus de la ville côtière israélienne de Netanya, lors d’une nouvelle salve de missiles iraniens le 24 mars 2026. (AFP)
Des traînées de roquettes sont visibles dans le ciel au-dessus de la ville côtière israélienne de Netanya, lors d’une nouvelle salve de missiles iraniens le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Donald Trump annonce un revirement diplomatique avec des « négociations » avec l’Iran et un report de frappes, tandis que les tensions militaires restent vives avec des échanges de missiles et des frappes en Iran et en Israël
  • Au Liban, l’escalade se poursuit avec de nouvelles frappes israéliennes sur la banlieue sud de Beyrouth et Bshamoun, faisant des morts et aggravant une crise humanitaire déjà lourde

TEHERAN: Dans un spectaculaire revirement, le président américain Donald Trump a évoqué des "négociations" avec un responsable iranien non-identifié et suspendu pour cinq jours des frappes qui devaient viser des infrastructures clés de la République islamique, laquelle a lancé de nouveau des missiles vers Israël mardi matin.

L'armée israélienne a dit tenter d'intercepter des projectiles iraniens puis dépêcher des soldats dans le sud du pays en raison du signalement d'impacts. Au fil de la nuit, les forces armées avaient déjà mis en garde contre des salves successives de missiles d'Iran.

La nuit a aussi donné lieu à des raids israéliens dans la banlieue sud de Beyrouth, considérée comme un bastion du mouvement pro-iranien Hezbollah, mais aussi plus au sud, à Bshamoun, faisant deux morts selon le gouvernement libanais.

D'après le site d'informations Axios, le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, se serait entretenu avec les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner. Mais le responsable iranien a démenti, sur X, affirmant que "de fausses informations sont utilisées pour manipuler les marchés financiers et pétroliers et sortir du bourbier dans lequel les Etats-Unis et Israël sont enlisés".

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a, lui, affirmé que Donald Trump estimait possible "de réaliser les objectifs de la guerre dans le cadre d'un accord qui préservera nos intérêts vitaux".

Côté iranien, le ministère des Affaires étrangères a nié lundi "toute négociation avec les Etats-Unis au cours des 24 derniers jours de cette guerre imposée". Il a toutefois reconnu avoir reçu via des "pays amis" des "messages transmettant une demande américaine de négociations" pour faire cesser le conflit.

Selon Axios et l'agence de presse Reuters, MM. Witkoff et Kushner, et possiblement le vice-président JD Vance, pourraient rencontrer une délégation iranienne dès cette semaine au Pakistan.

Interrogée à ce sujet par l'AFP, la porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, n'a pas démenti mais répondu que de telles "spéculations" ne devaient pas "être considérées comme avérées tant qu'elles n'ont pas été officiellement annoncées par la Maison Blanche".

Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif a, lui, promis à Téhéran l'aide d'Islamabad pour ramener la paix dans la région.

- Report de 5 jours -

Sur son réseau Truth Social, le président américain a annoncé un report "de cinq jours" des frappes qu'il menaçait de lancer sur des centrales électriques et autres infrastructures en Iran si la République islamique ne débloquait pas le détroit d'Ormuz, voie stratégique pour l'approvisionnement mondial en hydrocarbures.

Face à la presse, il a ajouté que Washington et Téhéran avaient trouvé des "points d'accord majeurs" lors de négociations menées avec un "haut dirigeant" qui n'est pas le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei.

Donald Trump a toutefois menacé de "continuer à bombarder allègrement" si les négociations échouaient.

Malgré ces déclarations, l'agence de presse iranienne Fars a signalé tôt mardi que des infrastructures énergétiques avaient été visées par des frappes israélo-américaines à Ispahan (centre) et Khorramshahr (sud-ouest).

La volte-face de M. Trump, peu avant l'ouverture de Wall Street lundi, avait débuté avec un premier message, où le président s'était félicité de "très bonnes et productives discussions pour une cessation totale" des hostilités.

En réaction, les cours du pétrole ont brutalement chuté de plus de 10% lundi - avant toutefois de rebondir mardi matin en Asie, le baril de Brent de la mer du Nord, référence mondiale du brut, repassant au-dessus des 100 dollars.

Les marchés asiatiques affichent de leur côté leur soulagement mardi matin, comme les Bourses européennes (hormis Londres) et Wall Street lundi.

- Frappes au Liban -

En réponse à l'ultimatum de M. Trump, l'Iran avait menacé de fermer complètement le détroit d'Ormuz et de cibler "toutes les infrastructures énergétiques, de technologie de l'information et de dessalement d'eau appartenant aux Etats-Unis", selon l'agence Fars citant l'armée iranienne.

De leur côté, les médias d'Etat iraniens ont publié lundi des listes de cibles potentielles au Moyen-Orient, dont les deux principales centrales électriques d'Israël, Orot Rabin et Rutenberg.

Au Liban, où la guerre a fait plus d'un millier de morts et plus d'un million de déplacés, l'armée israélienne a repris ses frappes contre la banlieue sud de Beyrouth.

Sept raids aériens israéliens y ont eu lieu dans la nuit de lundi à mardi, selon l'agence Ani. Lundi soir, déjà, des images de l'AFPTV ont montré d'épais nuages de fumée s'élever au-dessus de cette zone qui n'avait pas été visée depuis vendredi.

Deux personnes ont par ailleurs été tuées et cinq autres blessées dans un raid d'Israël contre le village de Bshamoun, au sud-est de Beyrouth, a annoncé mardi le ministère libanais de la Santé.

Du côté des pays du Golfe visés ces derniers jours par l'Iran, l'Arabie saoudite a détruit mardi au moins une vingtaine de drones, selon son gouvernement, quand l'armée du Koweït a dit agir contre des missiles et drones "hostiles".