Déçus par son soutien à Israël, des électeurs musulmans se détournent de Biden

Selon un sondage du Conseil des relations américano-islamiques, 69% des musulmans ont voté pour Joe Biden en 2020, contre seulement 17% pour Donald Trump. (AFP)
Selon un sondage du Conseil des relations américano-islamiques, 69% des musulmans ont voté pour Joe Biden en 2020, contre seulement 17% pour Donald Trump. (AFP)
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Publié le Vendredi 03 novembre 2023

Déçus par son soutien à Israël, des électeurs musulmans se détournent de Biden

  • A un an de l'élection, le soutien des Américains arabes et musulmans envers Joe Biden menace de s'effondrer en raison de sa politique au Moyen-Orient
  • Avec 4,5 millions de musulmans, la communauté ne représente que 1,3% de la population américaine, selon un recensement religieux américain non officiel

FALLS CHURCH: Linda Shawish n'y va pas par quatre chemins pour qualifier le soutien appuyé de Joe Biden à Israël, qui bombarde sans relâche la bande de Gaza. Pour cette coiffeuse américano-palestinienne, les démocrates "soutiennent un génocide".

Elle a voté démocrate mais ne le fera "absolument pas" à la présidentielle en 2024. "Et si Trump est le candidat républicain, je ne voterai probablement pas du tout", confie cette femme de 45 ans à l'AFP devant Halalco, un magasin musulman populaire de Falls Church, en Virginie (est).

A un an de l'élection, le soutien des Américains arabes et musulmans envers Joe Biden menace de s'effondrer en raison de sa politique au Moyen-Orient, ce qui pourrait faire basculer certains Etats.

Certains de ces électeurs interrogés par l'AFP considèrent que les Etats-Unis ne font pas suffisamment pression sur leur allié israélien pour limiter le nombre de morts parmi la population civile dans la bande de Gaza.

Depuis le début de la guerre, plus de 9.000 personnes dont 3.760 enfants y ont été tuées dans les bombardements israéliens, selon le gouvernement du Hamas, qui contrôle ce territoire palestinien.

Et au moins 1.400 personnes ont été tuées en Israël, d'après les autorités, en majorité des civils le jour de l'attaque sans précédent du Hamas, le 7 octobre.

"Quelque chose s'est profondément brisé dans le cœur de nombreux démocrates américains musulmans et arabes", observe Waleed Shahid, ancien porte-parole du sénateur de gauche Bernie Sanders.

"Pour eux, le président ne traite pas les vies palestiniennes et israéliennes à égalité", dit à l'AFP le militant démocrate.

Avec 4,5 millions de musulmans, la communauté ne représente que 1,3% de la population américaine, selon un recensement religieux américain non officiel.

Mais l'élection présidentielle se fera "à quelques centaines de milliers de voix près dans une poignée d'Etats", fait remarquer Waleed Shahid.

La perte du vote musulman dans le Michigan, la Virginie, la Géorgie ou l'Arizona, quatre Etats qu'il a remportés en 2020, pourrait ainsi coûter cher à Joe Biden l'an prochain.

«Marginalisés»

Pour Hadia Barre, les musulmans étaient déjà "marginalisés" depuis le 11 septembre 2001 et ce soutien à Israël ne fera que "les isoler et les éloigner davantage".

Électrice démocrate depuis 30 ans, cette Américaine d'origine somalienne avait déjà été échaudée par la position des démocrates.

"Je ne voterai ni démocrate ni républicain", assure cette femme de 52 ans.

A Dar Al-Hijrah, une des principales mosquées du nord de la Virginie, l'imam Naeem Baig affirme que la communauté avait placé de grands espoirs en Joe Biden après le mandat douloureux de Donald Trump, qui avait restreint les voyages aux Etats-Unis depuis plusieurs pays musulmans.

"Sur les questions de justice raciale et économique, on sent que les démocrates ont beaucoup plus à offrir", dit-il à l'AFP.

Selon un sondage du Conseil des relations américano-islamiques, 69% des musulmans ont voté pour Joe Biden en 2020, contre seulement 17% pour Donald Trump.

Mais les images glaçantes de Gaza ont provoqué une forme de traumatisme chez les fidèles, selon Naeem Baig. "Pour l'instant, je ne voterai pas pour le président Biden", assure-t-il.

«Plus que les mots»

Né dans un camp de réfugiés de Gaza, Khalid Mekki raconte que des membres de sa propre famille restent injoignables, en raison de coupures des communications par Israël.

"Nous aimons les Etats-Unis, c'est notre pays", confie cet homme d'affaires de 52 ans qui dirige un restaurant à Falls Church. Mais "on ne peut pas avoir du sang sur les mains, pas en mon nom", dit-il.

La déception de certains de ces électeurs a été accentuée par d'autres réactions de Joe Biden.

Le président a mis cinq jours pour appeler la famille d'un enfant américano-palestinien mortellement poignardé à Chicago. Il a aussi publiquement remis en question le bilan des morts fourni par le ministère de la Santé à Gaza, pourtant considéré comme fiable par les organisations internationales par le passé.

Ces derniers jours, la Maison Blanche a adouci son discours en promettant de lancer une stratégie contre l'islamophobie et Joe Biden a montré plus d'empathie vis-à-vis du sort des Palestiniens.

"Les actes parlent plus que les mots", estime Mahdi Bray, un afro-américain musulman de 72 ans, dont la solidarité avec les Palestiniens vient de sa propre expérience de la ségrégation dans le sud des Etats-Unis.

Mais Joe Biden pourrait retrouver grâce à ses yeux, dit-il, s'il exigeait un cessez-le-feu à Gaza, comme une bonne partie de la communauté internationale.


Retrait prochain des soldats américains de Syrie, selon la presse

Retrait prochain des soldats américains de Syrie, selon la presse
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  • Les États-Unis prévoient de retirer leurs 1.000 soldats de Syrie dans les deux prochains mois, selon le Wall Street Journal et CBS, après l’extension du contrôle du gouvernement syrien sur le territoire
  • Washington recentre son attention militaire sur l’Iran, avec des porte-avions déployés dans le Golfe et des frappes envisagées si aucun accord n’est trouvé sur le nucléaire iranien

WASHINGTON: Les Etats-Unis prévoient de retirer l'ensemble de leurs 1.000 soldats de Syrie au cours des deux prochains mois, selon la presse américaine.

Washington mettra fin à sa présence dans le pays, a indiqué le Wall Street Journal, après que le gouvernement syrien a étendu son contrôle sur le territoire et a annoncé fin janvier être parvenu à un accord pour intégrer à l'Etat syrien les Forces démocratiques syriennes (FDS) dirigées par les Kurdes, qui jouaient un rôle clé dans la lutte contre l'Etat islamique (EI).

Le média CBS a également fait état de ce projet, citant des responsables américains sous couverts d'anonymat.

Les forces américaines présentes en Syrie ont récemment amorcé leur retrait, notamment la semaine dernière des bases d'al-Tanf et d'al-Chaddadi, utilisées dans le cadre de la lutte menée par la coalition internationale contre le groupe Etat islamique (EI).

Les Etats-Unis avaient soutenu les forces kurdes dans leur lutte contre les jihadistes de l'EI à partir de 2014.

Mais après le renversement de Bachar al-Assad fin 2024 et l'arrivée au pouvoir de l'islamiste Ahmad al-Chareh, ils ont soutenu le nouveau président dans sa détermination à imposer son autorité sur l'ensemble du territoire.

Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio s'est félicité dimanche de "la trajectoire" suivie par la Syrie, malgré "des jours difficiles".

Dernièrement, les Etats-Unis rassemblent aussi leur attention et leurs capacités militaires autour de l'Iran, qu'ils menacent de frapper si les deux ennemis ne parvenaient pas à conclure un accord au sujet du programme nucléaire iranien.

CNN et CBS ont rapporté mercredi que l'armée américaine était prête à mener des frappes sur l'Iran dès ce week-end, même si Donald Trump n'a selon eux pas encore pris de décision finale.

Washington a dépêché deux porte-avions dans le Golfe et dispose aussi de dizaines de milliers de soldats dans des bases à travers la région.

Sollicité, le Pentagone n'a pas donné de réponse dans l'immédiat à une demande de commentaires.


La médiation saoudienne permet la libération de détenus pakistanais en Afghanistan

Les trois Pakistanais ont été remis à la délégation saoudienne en visite. (X/@Zabehulah_M33)
Les trois Pakistanais ont été remis à la délégation saoudienne en visite. (X/@Zabehulah_M33)
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  • Le porte-parole du gouvernement afghan a indiqué que les détenus ont été libérés en signe de bonne volonté

DUBAÏ : L’Arabie saoudite a facilité la libération de trois détenus pakistanais retenus en Afghanistan, suite à une demande du Royaume et à la visite d’une délégation saoudienne à Kaboul avant le mois sacré du Ramadan.

Le porte-parole du gouvernement afghan, Zabihullah Mujahid, a déclaré mardi que les détenus avaient été libérés en signe de bonne volonté, reflétant la politique de l’Afghanistan de maintenir des relations positives avec les autres pays et en reconnaissance des efforts de médiation saoudiens.

Les trois Pakistanais avaient été capturés lors d’affrontements frontaliers entre les forces afghanes et pakistanaises le 12 octobre 2025, et ont été remis à la délégation saoudienne en visite.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Israël accusé de vouloir étendre Jérusalem vers la Cisjordanie

Des ONG israéliennes ont dénoncé mardi un projet gouvernemental prévoyant la construction d'une nouvelle colonie en bordure de Jérusalem, qui reviendrait selon elles à étendre la ville en empiétant sur la Cisjordanie, occupée depuis 1967. (AFP)
Des ONG israéliennes ont dénoncé mardi un projet gouvernemental prévoyant la construction d'une nouvelle colonie en bordure de Jérusalem, qui reviendrait selon elles à étendre la ville en empiétant sur la Cisjordanie, occupée depuis 1967. (AFP)
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  • Ces mesures ont été qualifiées d'"illégales" par l'ONU et nombre de capitales arabes et occidentales, alors que la croissance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée atteint un niveau record
  • Le ministère de la Construction et du Logement a annoncé le 3 février un projet d'extension vers l'ouest de la colonie de Geva Binyamin, ou Adam, située en Cisjordanie occupée, qui aboutirait à la création d'un nouveau quartier en bordure de Jérusalem-Est

JERUSALEM: Des ONG israéliennes ont dénoncé mardi un projet gouvernemental prévoyant la construction d'une nouvelle colonie en bordure de Jérusalem, qui reviendrait selon elles à étendre la ville en empiétant sur la Cisjordanie, occupée depuis 1967, à l'heure où les critiques se multiplient face à une annexion rampante du territoire.

Ce projet, encore au stade initial, a été publié début février alors que différentes mesures gouvernementales visant à renforcer le contrôle israélien sur la Cisjordanie font redouter une annexion par Israël de ce territoire palestinien.

Ces mesures ont été qualifiées d'"illégales" par l'ONU et nombre de capitales arabes et occidentales, alors que la croissance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée atteint un niveau record.

Le ministère de la Construction et du Logement a annoncé le 3 février un projet d'extension vers l'ouest de la colonie de Geva Binyamin, ou Adam, située en Cisjordanie occupée, qui aboutirait à la création d'un nouveau quartier en bordure de Jérusalem-Est, la partie de la ville sainte occupée et annexée par Israël en 1967 après la conquête de la Cisjordanie.

Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est, dont l'annexion n'est pas reconnue par la communauté internationale, la capitale du futur Etat auquel ils aspirent.

Un projet "symbolique" 

Le nouveau projet, selon le ministère, prévoit la construction de "2.780 unités de logement et une vaste modernisation des infrastructures" dans le cadre de l'extension de Geva Binyamin, pour un montant d'environ 120 millions de shekels (33 millions d'euros).

Mais selon l'ONG La Paix maintenant, opposée à la colonisation, ce projet reviendrait à "une extension" pure et simple de Jérusalem en Cisjordanie, sans précédent depuis 1967.

"Le nouveau quartier sera partie intégrante de la ville de Jérusalem et en particulier de la colonie de Neve Yaakov, construite dans le nord de Jérusalem", a expliqué mardi à l'AFP Lior Amihai, directeur exécutif de La Paix maintenant.

"Ce qui est unique dans ce cas, c'est que le quartier sera relié directement à Jérusalem (...) mais se trouvera intégralement sur le territoire de la Cisjordanie, adjacent à Jérusalem", a-t-il ajouté, en voyant dans ce projet une dimension "symbolique".

"Tout changement touchant à Jérusalem est sensible, pour l'opinion israélienne mais aussi pour les Palestiniens", souligne-t-il.

"Comme des habitants de Jérusalem" 

Aviv Tatarsky, un chercheur de l'ONG Ir Amim, qui travaille sur la place de Jérusalem dans le conflit israélo-palestinien, affirme lui aussi que ce projet équivaut dans les faits à une expansion de la ville.

"Si des gens y vivent, ils vivront là comme des habitants de Jérusalem", a-t-il déclaré à l'AFP. "Dans la pratique, ce n'est pas la colonie qui sera étendue, mais Jérusalem".

A l'heure où une annexion formelle reste difficilement réalisable, "il est beaucoup plus facile de créer une situation de fait sur le terrain", ajoute le chercheur.

La Paix maintenant a souligné, dans un communiqué illustré par une carte, que le nouveau quartier serait séparé de la colonie d'Adam par le mur érigé par Israël dans les années 2000, qui longe la quasi-totalité de la frontière avec la Cisjordanie mais dont le tracé à cet endroit ne suit pas exactement la limite administrative et dévie vers l'est en contournant une colline.

Il n'existera donc "aucune connexion territoriale" entre la nouvelle colonie et celle d'Adam, ajoute l'ONG.

Hormis Jérusalem-Est, plus de 500.000 Israéliens vivent aujourd'hui en Cisjordanie dans des colonies que l'ONU juge illégales au regard du droit international, au milieu de quelque trois millions de Palestiniens.

La colonisation s'est poursuivie sous tous les gouvernements israéliens, de gauche comme de droite depuis 1967. Elle s'est nettement intensifiée sous l'actuel gouvernement dirigé par Benjamin Netanyahu, l'un des plus à droite de l'histoire d'Israël, en particulier depuis le début de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023.

L'expansion de la colonisation juive en Cisjordanie est considérée par l'ONU, avec la poursuite des violences entre populations locales palestiniennes, colons juifs et armée israélienne, comme l'un des principaux obstacles à la résolution du conflit israélo-palestinien.

La croissance des colonies israéliennes en Cisjordanie occupée a atteint en 2025 un niveau record depuis le début du suivi de l'ONU en 2017, selon un rapport de l'ONU.