À Strasbourg, Borne vante l'Europe comme «la solution»

La Première ministre française Elisabeth Borne prononce un discours lors de la cérémonie du 70e anniversaire du Parlement européen, lors d'une session plénière au Parlement européen à Strasbourg, dans l'est de la France, le 22 novembre 2022 (Photo, AFP).
La Première ministre française Elisabeth Borne prononce un discours lors de la cérémonie du 70e anniversaire du Parlement européen, lors d'une session plénière au Parlement européen à Strasbourg, dans l'est de la France, le 22 novembre 2022 (Photo, AFP).
Short Url
Publié le Mercredi 22 novembre 2023

À Strasbourg, Borne vante l'Europe comme «la solution»

  • «L'Europe, c'est plus que jamais la solution», a-t-elle martelé devant des militants réunis dans un restaurant de Strasbourg
  • «Nous allons repartir en campagne» et «on aura besoin de vous», leur a-t-elle lancé

STRASBOURG: Elisabeth Borne a vanté mardi au Parlement de Strasbourg la "vitalité de la démocratie européenne" et invité les militants de la majorité à "repartir en campagne" pour les élections européennes de juin en attendant la désignation de la tête de liste qui fera face à l'extrême droite, donnée favorite pour ce scrutin.

La Première ministre a appelé à "puiser dans l'exemple" de Simone Veil, première femme présidente du Parlement européen, en inaugurant un bâtiment de l'institution à son nom. Elle a su "faire de blessures indicibles le moteur de son engagement au service de la paix et de l'unité des Européens", a salué la Première ministre.

"L'Europe, c'est plus que jamais la solution", a-t-elle martelé devant des militants réunis dans un restaurant de Strasbourg, en les exhortant à "la porter" et à "la défendre" en vue du scrutin du 9 juin, "face à des extrêmes qui continuent à vouloir moins d'Europe" ou la "détruire".

"Nous allons repartir en campagne" et "on aura besoin de vous", leur a-t-elle lancé.

Dans un sondage OpinionWay paru lundi, la liste du Rassemblement national conduite par son président Jordan Bardella recueille 28% d'intentions de vote, neuf points de plus que celle de la majorité.

La cheffe du gouvernement français a vanté des "décisions" de l'Union européenne "aux effets très concrets": "Les vaccins pour tous, le plan de relance, la réponse forte face à la Russie". "Demain, face aux défis climatiques (et) migratoires, face à la révolution de l'intelligence artificielle, (...) c'est en Européens que nous apporterons les bonnes réponses".

«Pas mon projet»

La cheffe du gouvernement avait auparavant fait la tournée, hors presse, de sa famille européenne et notamment échangé avec le groupe Renew où siègent les eurodéputés macronistes.

Début octobre, elle avait déjà souligné que seuls les partis de la majorité étaient "pro-européens" avant de louer la semaine dernière les valeurs républicaines qui restent "un combat", au moment où les mouvements populistes et d'extrême droite ont le vent en poupe sur le continent.

A Strasbourg, l'eurodéputée Fabienne Keller a salué la "ténacité" et la "robustesse" d'Elisabeth Borne, qui "reste droite, solide, ferme et à l'écoute".

Plusieurs noms circulent par ailleurs pour mener la liste de la majorité: Stéphane Séjourné, qui dirige le parti Renaissance, Thierry Breton, commissaire européen, ou Laurence Boone, secrétaire d'Etat chargée de l'Europe, tous présents mardi.

"Il faut quand même un profil assez politique, mais qui ne soit pas trop 'techno', et qui parle de ce que ça change, l'Europe, dans nos vies. Il faut vraiment arriver à humaniser l'Europe", plaide une ministre, qui préfèrerait qu'Elisabeth Borne reste à Matignon.

Elisabeth Borne exclut d'être tête de liste aux Européennes

"Ce n'est pas mon projet – mais je ne doute pas qu'on aura une bonne tête de liste pour porter des projets auxquels, vous l’aurez compris, nous croyons beaucoup", a déclaré la cheffe du gouvernement dans un entretien avec les lecteurs des Dernières nouvelles d'Alsace en marge d'un déplacement à Strasbourg.

La rumeur d'une candidature d'Elisabeth Borne va de pair avec celle d'un remaniement gouvernemental qui refait surface après de nombreuses semaines de spéculations au printemps et finalement la confirmation de la cheffe du gouvernement en juillet.

«Inégalités»

Outre la tête de liste, promise pour janvier, la stratégie de campagne n'est pas tout à fait arrêtée. "Soit on fait une campagne défensive" et "on fédère notre socle autour de Breton ou Séjourné", soit la campagne est "offensive" et "il faut une tête de liste qui accepte de porter le fer" contre Jordan Bardella, expose une source au sein de l'exécutif.

Cette campagne sera surtout "la dernière" d'Emmanuel Macron, note un autre ministre.

"On n'a pas besoin de connaître la tête de liste, on est au taquet", a assuré à Elisabeth Borne un militant dans le restaurant de tartes flambées, spécialité de la région.

Mais l'Europe ne dominait pas les échanges. Christophe Vautrin, militant à Metz, l'a interrogée sur "les inégalités" qui risquent de ne plus garantir "une société apaisée" tandis que la jeune Salwa a demandé plus "d'humanité" dans le projet de loi sur l'immigration, qui divise la majorité.

Selon la militante, "le travail va être fait", lui a répondu Mme Borne.


Guerre au Moyen-Orient: la gauche française appelle Macron à rester dans une logique défensive

Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Short Url
  • La gauche française appelle à la prudence, demandant au président Emmanuel Macron de rester dans une posture défensive et de ne pas soutenir une guerre jugée « illégale » menée par Donald Trump et Benjamin Netanyahou sans mandat international
  • Malgré le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle et d’autres moyens militaires, plusieurs responsables de gauche (LFI, PS, PCF) réclament un cessez-le-feu immédiat, le respect du droit international et refusent toute escalade régionale

PARIS: La gauche française a appelé mercredi le président Emmanuel Macron à rester dans une logique défensive et à ne pas soutenir "une guerre illégale" après l'annonce du déploiement de moyens militaires pour protéger les intérêts de la France et de ses alliés frappés par la riposte iranienne aux attaques israélo-américaines.

"La France a raison d'honorer ses engagements mais nous ferons très attention à ce que la France ne mette pas un doigt dans une guerre illégale qui a été décidée uniquement par Trump et Netanyahou", a prévenu la cheffe des députés insoumis (LFI, gauche radicale) Mathilde Panot sur France inter.

"La France doit se situer du côté du cessez-le-feu immédiat, du droit international. Je suis très inquiète quand j'entends un ancien Premier ministre, Gabriel Attal, expliquer qu'il faudrait envoyer valser l'ONU qu'il compare à une ONG climatique", a-t-elle plaidé.

Lors de son allocution solennelle mardi soir, Emmanuel Macron a annoncé le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, d'avions Rafale, d'une frégate et de moyens de défense anti-aérienne au Moyen-Orient.

Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a reconnu sur X que "la protection de nos compatriotes, de nos alliés, le respect de nos engagements vis à vis de Chypre, l’intégrité territoriale du Liban ami, doivent être soutenus".

Mais cela ne doit pas "conduire à un soutien implicite à la guerre conduite sans mandat par Trump et Netanyahu", a-t-il ajouté en demandant "le retour du droit international" et "le refus d'une escalade régionale dont personne ne maîtrise l'ampleur".

Le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel a lui jugé que l'envoi du porte-avions Charles de Gaulle "constitue un nouveau palier dans l'escalade militaire".


Moyen-Orient: Macron annonce des renforts militaires dont le Charles de Gaulle

Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
Short Url
  • "J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée"
  • Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran

PARIS: Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée.

"J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée", a affirmé le président dans une allocution télévisée. Il a aussi annoncé l'envoi dans la région d'avions Rafale, de systèmes de défense anti-aérienne et de radar aéroporté, qui ont été déployés "ces dernières heures", ainsi que l'envoi à Chypre de la frégate Languedoc et de moyens anti-aériens.

Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran, et que deux bases françaises avaient subi dans ce conflit des "frappes limitées, ayant causé des dégâts matériels".

 


Dans le quartier de Belleville à Paris, un ramadan entre ferveur et inquiétude

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
Short Url
  • Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne
  • L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré

PARIS: Des étals chargés de pâtisseries, d’épices et d’olives, des pains encore tièdes, des galettes dorées, des montagnes de dattes et des rangées de sodas. Comme chaque année, le traditionnel marché du ramadan a investi les trottoirs du boulevard de Belleville (dans le XIe arrondissement de Paris), transformant le lieu en un vaste théâtre gourmand à ciel ouvert.

Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne. L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré.

belleville

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. Certains restaurants ont même fermé leur salle pour la transformer en cuisine de production, où l’on pétrit du pain à la chaîne, nature ou farci.

Pour les commerçants, c’est le moment le plus intense de l’année : les odeurs de pain grillé et de pâtisseries au miel attirent les passants, souvent sans idée précise de ce qu’ils vont acheter. « On ne sait jamais vraiment ce qu’on vient chercher, mais on trouve toujours ce qui nous plaît », sourit Nahel, venu faire ses courses avec sa fille, dans ses sacs : des feuilles de brick, de la crème et du pain arabe.

À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire

Le marché est devenu bien plus qu’un lieu d’approvisionnement : c’est un rendez-vous collectif, un moment attendu, une tradition solidement ancrée dans la vie du quartier. À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire ; même les commerces qui ne vendent habituellement pas de nourriture participent.

Monsef, gérant d’une boutique de téléphonie, a installé devant sa vitrine des cageots de menthe et de fruits. « Ça ne rapporte pas grand-chose, mais on veut faire partie de la fête », explique-t-il.

Pour beaucoup, le ramadan est avant tout un temps de lien social et de générosité : les repas partagés se multiplient, les dons aussi. « On distribue des repas, on aide les plus démunis, on se rend davantage à la mosquée ; le mois sacré reste un moment de spiritualité et de solidarité », indique un restaurateur.

belleville

Mais cette année, la ferveur est traversée par une inquiétude persistante : les conversations glissent régulièrement vers l’actualité internationale marquée, depuis quelques jours, par la guerre au Proche-Orient. Impossible pour certains de ne pas penser à ce qui se passe à Gaza ou, plus largement, dans l’ensemble de la région. « Quand on voit qu’ici on profite du ramadan et qu’ailleurs certains vivent sous les bombes, ça met mal à l’aise », confie Majid, commerçant.

Les télévisions allumées au moment de la rupture du jeûne en témoignent : certains préfèrent les séries traditionnelles du mois sacré, d’autres suivent en continu les chaînes d’information. La fête existe, mais elle est plus grave, plus retenue, comme si la joie devait désormais cohabiter avec l’inquiétude.

À cela s’ajoute une autre préoccupation : le budget. Car le ramadan reste un mois de générosité et d’abondance, mais cette abondance a un prix. Les commerçants constatent que les habitudes changent : les clients comparent davantage, achètent plus prudemment ; l’inflation est dans tous les esprits. « Les prix ont augmenté comme tout le reste, observe un épicier. Même si les gens ne le disent pas toujours, on sent qu’ils sont touchés. »

Pour beaucoup de familles modestes, le mois sacré exige une véritable préparation financière : certains mettent de l’argent de côté toute l’année pour pouvoir garnir la table plus généreusement qu’à l’ordinaire. Car le ramadan est aussi une fête domestique, rythmée par les invitations, les repas partagés et l’abondance symbolique, mais cette générosité pèse.

« On dépense beaucoup. On est obligés de prévoir, sinon on ne s’en sort pas », reconnaît une habituée du quartier, venue acheter des pâtisseries qui lui rappellent son pays d’origine, la Tunisie, et plus précisément Tunis.

belleville

Pour les habitants issus de l’immigration, le ramadan à Belleville est aussi une manière de recréer un peu du pays quitté : les saveurs, les odeurs, les produits traditionnels permettent de maintenir un lien affectif avec les racines. Certains viennent même de loin pour retrouver cette ambiance. Salma, franco-libanaise, a fait le déplacement simplement pour ressentir cette atmosphère familière, qui la rapproche de ses souvenirs malgré la distance et les inquiétudes liées à l’actualité de sa région d’origine.

Entre abondance et retenue, joie et gravité, le ramadan 2026 s’inscrit dans une époque troublée. À Belleville, on continue de célébrer, de partager, mais cela n’atténue pas le ressentiment face aux souffrances du monde et aux difficultés du quotidien.