Kaboul sous le règne taliban: Plus sûre et plus sombre

Sur cette photo prise le 21 novembre 2023, des navetteurs se frayent un chemin dans la circulation alors que des ouvriers du bâtiment travaillent sur une route dans le quartier de Sara-e-Shamali à Kaboul. (AFP)
Sur cette photo prise le 21 novembre 2023, des navetteurs se frayent un chemin dans la circulation alors que des ouvriers du bâtiment travaillent sur une route dans le quartier de Sara-e-Shamali à Kaboul. (AFP)
Short Url
Publié le Jeudi 30 novembre 2023

Kaboul sous le règne taliban: Plus sûre et plus sombre

  • Grouillante, polluée et ultra-sécurisée, Kaboul «était conçue au départ pour 500.000 habitants mais elle en compte près de 7 millions», déclare le conseiller à la municipalité pour les affaires culturelles
  • La sécurité est leur «plus grand accomplissement». «Ceux qui étaient à l'origine de l'insécurité sont maintenant chargés de la sécurité!»

KABOUL: Plus propres et plus sûres, mais aussi plus sombres, les rues de Kaboul ont changé de visage depuis que les talibans se sont réinstallés dans la capitale de l'Afghanistan, expliquent la municipalité et des habitants.

Grouillante, polluée et ultra-sécurisée, Kaboul "était conçue au départ pour 500.000 habitants mais elle en compte près de 7 millions", déclare Nematullah Barakzai, conseiller à la municipalité pour les affaires culturelles.

Depuis leur reconquête éclair de Kaboul, en août 2021, les talibans ont accordé la priorité à la propreté et à la sécurité.

Ils ont fait "un effort visible sur le nettoyage des rues, le ramassage des ordures ménagères, l'évacuation" des eaux usées, indique Amin Karim, architecte urbaniste et ancien conseiller de l'ex-président Ashraf Ghani.

Mais la sécurité est leur "plus grand accomplissement". "Ceux qui étaient à l'origine de l'insécurité sont maintenant chargés de la sécurité!", ironise-t-il.

Sur un marché de la capitale, Khalilullah, un vendeur de pommes de 21 ans, dit pouvoir désormais "aller travailler et rentrer à la maison même tard dans la nuit".

Kaboul est quadrillée par 620 000 caméras de vidéosurveillance. "Pour empêcher la criminalité", selon le ministère de l'Intérieur. Pour les surveiller, estiment de nombreux Kaboulis.

Ramisha, une peintre de 26 ans rencontrée dans l'ouest de Kaboul, se dit soulagée de ne plus craindre "les vols, enlèvements ou attentats".

Pour déjouer les attaques des djihadistes de l'Etat islamique, les talibans ont laissé en place les checkpoints censés autrefois empêcher leurs propres attentats.

Deux ans après, de nombreux quartiers de Kaboul restent "bunkérisés". L'accès est filtré par des chevaux de frise, des chicanes de béton, des barrières, et des hommes cagoulés et armés.

Un million de fleurs

Les dirigeants de l'Emirat islamique ont aussi rendu aux Kaboulis des kilomètres de rues bloquées par les puissants de l'ancien régime: seigneurs de guerre, ministres ou députés.

"Plus d'une centaine de rues qui étaient fermées au public ont été rouvertes" à la circulation, se félicite M. Barakzai.

Planté au milieu d'un carrefour de la "zone verte", le responsable municipal montre avec d'amples gestes l'avenue où a été détruite la résidence de la fille d'un ex-président.

En deux ans, plus de 100 kilomètres de routes ou rues ont été construites à Kaboul.

Les coffres de la capitale se sont remplis. La municipalité talibane a récupéré les taxes foncières sans coup férir, et rétroactivement. Une nouveauté à Kaboul, qui était par ailleurs gangrénée par la corruption.

L'administration talibane s'efforce également de verdir la métropole poussiéreuse.

Dans le parc réaménagé du quartier de Shar-e Naw, des pelouses étonnamment grasses défient l'aridité ambiante.

Sous des serres vont pousser un million de fleurs qui seront plantées au printemps dans la capitale.

Les parcs étant interdits aux femmes, seuls des hommes se prélassent sous les pins majestueux, à quelques jets de pierre d'une rue où des pelleteuses démolissent les salons de beauté fermés autoritairement en juillet.

Le "nettoyage" de Kaboul a aussi vidé ses rues de milliers de drogués.

Embouteillages monstres

Mais les embouteillages comme la pollution s'avèrent des défis plus compliqués.

A la sortie nord de Kaboul, un vieil homme enturbanné passe à cheval près des puissantes pelleteuses qui construisent une voie express de 4 km, le long de taudis de briques accrochés à un flanc de montagne pelé.

Une centaine de maisons a été rasée pour le projet de 370 millions d'afghanis (4,9 millions d'euros) pour le premier des deux axes de six voies censés fluidifier l'entrée et la sortie de Kaboul.

En deux ans, 24 ronds-points ont été aménagés pour discipliner la circulation. Mais des voitures les négocient par la gauche.

"On a toujours des problèmes de circulation, mais on va pouvoir les régler", assure M. Barakzai, "on a une vision stratégique sur 10 ans".

Devant l'ancien lycée français Esteqlal où un roi et des chefs de guerre ont étudié, ce sont des embouteillages monstres. Et la pollution qui va avec.

Vieilles guimbardes, essence frelatée, chauffage domestique au charbon et même au plastique, Kaboul suffoque.

Une ville masculine 

L'atmosphère dans la capitale a beaucoup changé.

Kaboul a perdu ses couleurs alors que les femmes étaient sommées de revêtir l'abaya, cette longue tenue descendant jusqu'aux pieds, généralement noire.

Le soir, les rues sont sombres et désertes, comme si la capitale vivait sous couvre-feu.

"Avant, les jeudis après-midi et les vendredis jusque tard dans la nuit, le centre grouillait de monde. Les restaurants étaient pleins, on entendait de la musique partout", se souvient Amin Karim.

Pour Humaira, une employée de 29 ans, avant son interdiction "la musique était un loisir agréable". Mais "les gens en écoutent encore en voiture. Ils l'éteignent aux checkpoints".

Si elle trouve aussi que "les vêtements des femmes ont beaucoup changé", elle ajoute toutefois se sentir "plus en sécurité" car elle n'est plus "harcelée dans la rue".

Exclues de l'enseignement secondaire et universitaire comme d'une partie du marché du travail, les Kaboulies sont plus rares dans les rues. "La capitale est devenue une ville quasi exclusivement masculine (...) une prison pour les femmes", estime Amin Karim.

"On ne peut plus aller dans les jardins de Babur, au zoo de Kaboul et dans plein d'autres parcs", regrette Ramisha, la peintre.

Cependant, "la tristesse sur le visage d'une femme ou d'un homme vient des difficultés économiques", dit-elle: le chômage a explosé et la capitale s'est paupérisée.


Andy Burnham inaugure son Downing Street "du Nord" à Manchester

Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
Le Premier ministre britannique Andy Burnham (au centre) pose pour une photo avec la ministre d'État au Cabinet Office, Louise Haigh (à gauche), et le chancelier de l'Échiquier, John Healey (à droite), lors d'une visite pour l'inauguration officielle du No. 10 North à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 24 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Andy Burnham inaugure un bureau gouvernemental à Manchester pour renforcer la décentralisation et rapprocher l'État des régions
  • Des experts estiment toutefois que cette initiative reste surtout symbolique, sans réel transfert de pouvoirs

LONDRES: Le Premier ministre britannique Andy Burnham a inauguré vendredi ses nouveaux bureaux situés à Manchester, où il travaillera au moins une fois par semaine, symbole de sa promesse aux contours encore flous d'accentuer la décentralisation en Angleterre.

Le travailliste de 56 ans, qui a pris ses fonctions lundi et a succédé à Keir Starmer, a promis de redonner du pouvoir et d'apporter "la croissance économique à chaque région" pendant son mandat.

Sa première mesure est la création de ce bureau baptisé "No. 10 North" ("N°10 du Nord") dans cette ville du nord-ouest de l'Angleterre, dont il était maire il y a encore quelques semaines. Une référence au 10, Downing Street à Londres, lieu de travail et résidence officielle du Premier ministre.

S'adressant au personnel de cette nouvelle entité, installée dans un immeuble du centre de Manchester, Andy Burnham a évoqué la création d'un "pôle Nord qui fera contrepoids au pôle Sud", et permettra de "donner le sentiment d'un pays plus équilibré".

Il prévoit de travailler au moins une fois par semaine dans les bâtiments du "No. 10 North", où l'agence britannique du cyber-renseignement GCHQ était déjà installée, et d'y être régulièrement rejoint par ses ministres, répétant qu'il ne s'agit pas d'une mesure "gadget".

"Ce n'est pas juste un nouveau bureau (...) c'est une façon différente de gouverner" le Royaume-Uni, a insisté le dirigeant travailliste, en présence notamment du ministre des Finances, John Healey.

Andy Burnham a présidé dans l'après-midi la première réunion du Conseil économique national, une instance créée en 2008 pour soutenir la relance après la crise financière, et qu'il a décidé de réactiver, rassemblant plusieurs ministres et les maires à la tête de grandes agglomérations ou régions d'Angleterre.

Il a promis aux édiles que le gouvernement serait "entièrement mobilisé" derrière eux "car c'est sur le terrain que la croissance se concrétise".

Le nouveau chef de l'exécutif soutient que l'agglomération de Manchester, dont les performances économiques dépassent la moyenne nationale et où le maire est élu depuis 2017, constitue un modèle pour les autres régions d'Angleterre.

- Signal positif -

Les experts interrogés par l'AFP se montrent plus sceptiques et notent que la création d'une annexe du gouvernement central ne relève pas en soi d'une véritable politique de décentralisation.

"C'est ce qu'on appelle la +déconcentration+, très courante même dans des États très centralisés, et qui ne signifie pas en elle-même un transfert de pouvoir", explique Alan Trench, universitaire et conseiller en politiques publiques.

Le Royaume-Uni - composé de l'Angleterre, de l'Écosse, du pays de Galles et de l'Irlande du Nord - a connu à la fin des années 1990 d'importantes réformes constitutionnelles - baptisées "dévolution" - qui ont permis la création de parlements à Édimbourg, Cardiff et Belfast.

Andy Burnham, qui a rencontré jeudi les Premiers ministres indépendantistes écossais et gallois, s'est dit favorable à accentuer la décentralisation, sans donner davantage de détails, mais en excluant tout soutien à des référendums d'indépendance.

En Angleterre, malgré la création de mairies régionales et d'autres structures locales ces dix dernières années, le territoire reste l'un des plus centralisés d'Europe.

"Il n'existe aucun pouvoir législatif décentralisé en Angleterre", souligne Alan Trench.

Andy Burnham a lui-même été confronté aux limites du système : à Manchester, ses responsabilités étaient cantonnées à quelques domaines de compétence, comme les transports, en plus d'être partagées avec dix autres responsables locaux élus.

- Contrepoids au Trésor -

Désormais à la tête du gouvernement, il a demandé à plusieurs ministères, dont le puissant Trésor, de "transférer certaines fonctions stratégiques" au "No. 10 North".

Un signal "positif", indique Nicola McEwen, professeure à l'université de Glasgow. Pour réussir, avance-t-elle, cette structure devra être capable de "dialoguer avec les institutions décentralisées, de favoriser leur développement", mais également d'exercer une influence sur le pouvoir central à Londres, afin que celui-ci "s'adapte à cette vision" nouvelle.

L'idée n'est pas inédite, notent aussi ces experts: des fonctionnaires travaillent déjà dans des pôles administratifs délocalisés à Glasgow (Écosse), Sheffield (nord de l'Angleterre), ou à Darlington (nord-est).

Michael Keating, professeur de sciences politiques à l'université d'Aberdeen, en Ecosse, doute surtout de la capacité de cette structure à créer un véritable "contrepoids" au puissant ministère des Finances.

"Cela a déjà été tenté et le Trésor finit toujours par l'emporter. Il ne renoncera pas au contrôle des finances publiques", affirme-t-il à l'AFP.


Washington prévoit d'annoncer un accord sur le nucléaire avec Ryad 

L'administration du président Donald Trump a affirmé que cet arrangement permettrait au secteur nucléaire américain de bénéficier de l'apport de milliards de dollars. (AP)
L'administration du président Donald Trump a affirmé que cet arrangement permettrait au secteur nucléaire américain de bénéficier de l'apport de milliards de dollars. (AP)
Short Url
  • Le New York Times, citant deux responsables américains non identifiés, a rapporté mardi que le gouvernement avait l'intention de signer officiellement et d'annoncer l'accord avec Ryad mercredi
  • L'administration du président Donald Trump a affirmé que cet arrangement permettrait au secteur nucléaire américain de bénéficier de l'apport de milliards de dollars

WASHINGTON: Les Etats-Unis prévoient d'annoncer mercredi un accord avec l'Arabie saoudite qui doterait le royaume d'un programme nucléaire civil, selon des médias américains.

L'annonce interviendrait alors que les Etats-Unis ont repris leur guerre contre l'Iran, un rival de Ryad, qui avait notamment été déclenchée en raison de la crainte américaine que le programme nucléaire iranien ne vise à doter le pays de la bombe atomique.

Le New York Times, citant deux responsables américains non identifiés, a rapporté mardi que le gouvernement avait l'intention de signer officiellement et d'annoncer l'accord avec Ryad mercredi.

L'administration du président Donald Trump a affirmé que cet arrangement permettrait au secteur nucléaire américain de bénéficier de l'apport de milliards de dollars.

En effet, une clause de l'accord, qui serait valable pendant 30 ans, prévoit que des entreprises américaines construisent un complexe d'enrichissement d'uranium en Arabie saoudite, si une étude conjointe établit qu'il est justifié, a annoncé le Wall Street Journal.

Toutefois, des parlementaires américains républicains et démocrates, ainsi que des responsables israéliens, ont exprimé leur opposition à tout projet nucléaire civil en Arabie saoudite, craignant qu'il ne serve finalement à développer des armes nucléaires.

Interrogé à ce sujet mercredi à Manille, en marge d'une réunion de l'Asean, le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio s'est refusé à confirmer un tel accord, renvoyant toute éventuelle annonce à la Maison Blanche.

Pressé de questions par des journalistes et visiblement un peu dans l'embarras, il a cependant assuré que les Etats-Unis "ne conclueraient jamais d'accord avec un pays dans le monde qui conduirait à un risque de prolifération" nucléaire.

Tensions régionales 

L'accord devrait être soumis au Congrès américain dans les prochains jours, mais son approbation n'est pas nécessaire pour qu'il soit entériné.

L'Arabie saoudite insiste depuis longtemps sur son droit au nucléaire civil.

Ces dernières années, Washington a cherché à intégrer tout accord concernant le nucléaire dans une stratégie plus large, qui inclurait la normalisation des relations avec Israël et la signature d'un pacte de défense.

Washington a signé un accord nucléaire en 2009 avec un voisin de l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, qui n'enrichissent toutefois pas d'uranium.

 


Le ministre américain de la Défense estime à 37,5 milliards de dollars le coût de la guerre en Iran

Une Iranienne passe devant une immense fresque antiaméricaine et anti-israélienne représentant le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à Téhéran, le 19 juillet 2026. (AFP)
Une Iranienne passe devant une immense fresque antiaméricaine et anti-israélienne représentant le président américain Donald Trump et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à Téhéran, le 19 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Le Pentagone estime à 37,5 milliards de dollars le coût de la guerre en Iran et demande 67 milliards supplémentaires
  • Des sénateurs contestent cette demande et réclament plus de transparence sur la stratégie américaine

WASHINGTON: Le ministre américain de la Défense a estimé mardi que la guerre en Iran a coûté jusqu'à présent 37,5 milliards de dollars aux Etats-Unis, une hausse de près de 30% par rapport au dernier chiffre de 29 milliards.

"L'estimation que nous avons à ce jour est de 37,5 milliards de dollars", a déclaré Pete Hegseth devant une commission du Sénat américain, en précisant que ce montant incluait certains coûts anticipés jusqu'à fin septembre.

Le ministre a également défendu la demande du gouvernement Trump d'une rallonge budgétaire de 67 milliards de dollars pour le Pentagone.

M. Hegseth, ainsi que le chef d'état-major de l'armée américaine, le général Dan Caine, ont affirmé que cette rallonge était "urgente" et "nécessaire".

Mais la sénatrice démocrate Jeanne Shaheen a contesté cette évaluation, affirmant que le ministre disposait encore de 75 milliards de dollars non dépensés.

"Pourquoi demandez-vous au peuple américain d'assumer le coût d'une guerre qu'il ne soutient pas, au lieu de solliciter une autorisation de transfert de fonds déjà votés mais non dépensés?", a-t-elle demandé.

Selon le ministre, cet argent a été "affecté" à d'autres projets du président Donald Trump comme le "Dôme d'or américain" ou encore d'autres investissements dans l'armement.

Les fonds demandés ne prennent par ailleurs pas en compte le coût de la reconstruction des bases militaires américaines au Moyen-Orient.

D'autres sénateurs ont exprimé leur frustration, réclamant plus de détails sur la stratégie de Donald Trump afin de remporter la guerre au Moyen-Orient.

"Nous avons besoin de réponses claires et d'un discours franc", a estimé le sénateur John Kennedy, un républicain, tout en interrogeant les responsables sur ce qui se passerait si les Etats-Unis quittaient le détroit d'Ormuz.

Pete Hegseth et Dan Caine n'ont pas précisé si l'Iran imposerait des droits de passage aux navires souhaitant emprunter le détroit.