Irak: Des élections provinciales pour consolider le pouvoir d'un cran

Les Irakiens éliront le 18 décembre leurs conseils provinciaux, premier scrutin du genre en une décennie (Photo, AP).
Les Irakiens éliront le 18 décembre leurs conseils provinciaux, premier scrutin du genre en une décennie (Photo, AP).
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Publié le Jeudi 14 décembre 2023

Irak: Des élections provinciales pour consolider le pouvoir d'un cran

  • A Bagdad et dans les autres villes, pancartes et banderoles des candidats ont envahi les rues, parfois arrachées par des passants tant la désillusion est grande
  • Mastodonte de la scène politique, le Courant du leader religieux chiite Moqtada Sadr boycotte le scrutin

BAGDAD: Les Irakiens éliront le 18 décembre leurs conseils provinciaux, premier scrutin du genre en une décennie. Dans un pays riche en pétrole et miné par la corruption, ces élections devraient permettre de consolider les partis au pouvoir et les groupes pro-Iran, estiment des experts.

A Bagdad et dans les autres villes, pancartes et banderoles des candidats ont envahi les rues --parfois arrachées par des passants, tant la désillusion est grande.

Mastodonte de la scène politique, le Courant du leader religieux chiite Moqtada Sadr boycotte le scrutin, laissant les coudées franches à ses rivaux du "Cadre de coordination".

Cette coalition alignée sur Téhéran domine déjà le Parlement. Elle réunit des partis islamistes chiites et les factions du Hachd al-Chaabi --anciens paramilitaires intégrés aux forces régulières.

Elus tous les quatre ans, les conseils provinciaux "représentent un butin pour de nombreuses factions politiques cherchant à s'enraciner profondément dans le système, dans les administrations locales, et exploiter les capacités de l'Etat à leur profit", résume Ali Al-Baidar, politologue.

Ces instances "peuvent être un marchepied vers le Parlement", dit-il à l'AFP, en référence aux législatives prévues en 2025.

Instaurés après l'invasion américaine et la chute de Saddam Hussein en 2003, les conseils municipaux jouissent d'importantes prérogatives: élection du gouverneur, allocations des budgets de la santé, des transports ou de l'éducation.

Leurs détracteurs voient dans ces institutions des nids à corruption favorisant le clientélisme.

Pour apaiser les manifestants lors d'un vaste soulèvement contre le pouvoir fin 2019, le Parlement acceptait la dissolution des conseils provinciaux. Mais le gouvernement de l'actuel Premier ministre Mohamed Chia al-Soudani a acté leur rétablissement.

«Projets locaux»

"Les conseils provinciaux sont très importants pour fournir des services publics aux citoyens", estimait récemment Hadi al-Ameri, haut commandant du Hachd qui dirige l'influente organisation Badr.

Député issu de la même majorité, Bahaa al-Nouri souligne à l'AFP le rôle de supervision de ces conseils qui "suivent le travail des gouverneurs, décident des projets locaux, et demandent des comptes aux directeurs des administrations."

Le scrutin sera le premier du genre depuis 2013. Dans le pays de 43 millions d'habitants, les élections concernent 15 des 18 provinces de l'Irak fédéral. Les trois provinces du Kurdistan autonome (nord) ne votent pas.

Près de 17 millions d'électeurs sont appelés aux urnes dans 7.166 bureaux de vote. Ils devront départager 6.000 candidats se disputant 285 sièges dans les provinces concernées. Si le conseil provincial de Bagdad compte 49 élus, celui de Bassora (sud) en compte 22.

Parmi les candidats, 1.600 femmes --un quota de 25% leur étant réservé. Dans un Irak multiconfessionnel et multiethnique, 10 sièges iront aux minorités --chrétienne, yazidie ou sabéenne.

"On peut s'attendre à ce que les plus grands partis et coalitions conservent la main-haute", estime le politologue Sajad Jiyad, sur le site Internet du think-tank IRIS, de l'Université américaine d'Irak-Souleimaniyeh.

"Sur les quinze conseils provinciaux, les neuf provinces du sud et de Bagdad pourraient fort bien être dominées par les partis du Cadre de coordination ou leurs alliés", pronostique-t-il.

«Voter? A quoi bon»

Dans les provinces sunnites, le parti Taqadom pourrait voir sa performance pâlir, la justice ayant retiré à son chef Mohamed al-Halboussi son poste de président du Parlement.

M. Jiyad n'exclut pas "des tensions ethno-confessionnelles" --citant notamment Kirkouk, province du nord riche en pétrole et son "histoire de tensions entre les communautés arabe, kurde et turkmène".

Il s'attend à une participation "proche de 25%" sur le total des électeurs en âge de voter.

"Voter? A quoi bon?", ironise Rachad, commerçant de 45 ans à Bagdad. "Les candidats sont issus des mêmes partis qui ont déjà gagné par le passé", justifie-t-il. "Tous cherchent leur intérêt personnel, ils ne se préoccupent pas des gens".

Parmi les petits partis d'opposition issus du soulèvement de 2019, certains vont boycotter, d'autres tentent l'aventure pour construire une base populaire.

"La classe politique arrivée après 2003 a échoué dans l'administration du pays", accuse Khaled Walid porte-parole du parti "Je descends prendre mon dû".

Toutefois il parie encore sur un changement. "Nous promettons au public d'exercer un véritable contrôle au sein des conseils, pour stopper le gaspillage des fonds publics".


Le CCG déclare que les hostilités iraniennes compromettent le dialogue et les relations régionales

Photo de groupe lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du CCG à Koweït City, le 2 juin 2025. (File/AFP)
Photo de groupe lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du CCG à Koweït City, le 2 juin 2025. (File/AFP)
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  • Le communiqué indique que la poursuite de l'agression iranienne ne fera qu'accentuer l'isolement de l'Iran
  • Affirmation du droit des États du CCG à se défendre conformément au droit international

LONDRES : Un communiqué du Conseil de coopération du Golfe a déclaré mercredi que les hostilités iraniennes sapaient la confiance et fermaient la porte au dialogue.

Le communiqué souligne que "l'agression ne permet pas d'établir des relations ni de favoriser la compréhension ou le rapprochement".

La déclaration ajoute que la poursuite de l'approche agressive de l'Iran ne fera qu'accentuer son isolement, avertissant que de telles politiques affaiblissent la stabilité régionale.

Elle précise également que la porte de la compréhension reste ouverte à ceux "qui choisissent le langage de la sagesse et du bon voisinage".

Le Conseil a réaffirmé son entière solidarité avec le Bahreïn, le Koweït et la Jordanie, soulignant que la sécurité des États du Golfe est indivisible et que toute attaque contre un membre constitue une attaque contre tous.

Le Conseil a condamné les actions de l'Iran, a tenu Téhéran pour responsable de leurs conséquences sur la sécurité régionale, la navigation internationale et l'approvisionnement en énergie, et a appelé la communauté internationale à demander des comptes aux responsables.

Il a également affirmé le droit des États du CCG à se défendre conformément au droit international et à la charte des Nations unies.

Cette déclaration a été faite alors que les ministres des affaires étrangères du CCG participaient à la 167e session du conseil ministériel du CCG à Bahreïn.

La réunion du CCG pour les États arabes du Golfe s'est tenue à Manama sous la présidence du ministre des affaires étrangères de Bahreïn, Abdullatif bin Rashid Al-Zayani.


Liban: au moins 12 morts dans des frappes israéliennes dans le sud

Un ambulancier court devant des voitures calcinées qui ont été touchées lors d'une frappe aérienne israélienne à Sidon, dans le sud du Liban, mercredi. (AP)
Un ambulancier court devant des voitures calcinées qui ont été touchées lors d'une frappe aérienne israélienne à Sidon, dans le sud du Liban, mercredi. (AP)
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  • Malgré l'annonce le 4 juin d'un accord entre Israël et le Liban pour un nouveau cessez-le-feu, l'armée israélienne poursuit ses raids sur le pays, et le Hezbollah revendique des attaques quotidiennes contre ses forces dans le sud
  • "Israël n’est pas en guerre contre vous. Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, qui a pris votre pays en otage (...) Nous aspirons à la paix avec vous, avec le Liban (...). Rejoignez Israël"

BEYROUTH: Israël a poursuivi mercredi ses frappes au Liban, faisant au moins 12 morts, selon une source médicale à l'AFP, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, appelant les Libanais à "rejoindre" la lutte de son pays contre le Hezbollah pro-iranien.

L'armée israélienne a en outre arrêté et enlevé en Israël, pour interrogatoire, deux habitants d'un village frontalier du sud, avant leur remise en liberté dans la soirée.

Malgré l'annonce le 4 juin d'un accord entre Israël et le Liban pour un nouveau cessez-le-feu, l'armée israélienne poursuit ses raids sur le pays, et le Hezbollah revendique des attaques quotidiennes contre ses forces dans le sud.

"Israël n’est pas en guerre contre vous. Nous sommes en guerre contre le Hezbollah, qui a pris votre pays en otage (...) Nous aspirons à la paix avec vous, avec le Liban (...). Rejoignez Israël", a déclaré M. Netanyahu dans un message en anglais adressé au peuple libanais.

Dans le même temps, Donald Trump a douché mercredi les espoirs d'un accord avec Téhéran pour mettre fin à la guerre régionale. Il a affirmé que son armée allait "attaquer" l'Iran dès mercredi, l'accusant de duplicité.

Dans le sud, près de Tyr, huit personnes ont été tuées dans des frappes sur le village de Tayr Debba et quatre autres dans la localité de Deir Qanoun an-Nahr, a indiqué une source médicale à l'AFP.

L'Agence nationale d'information (Ani, officielle) a aussi rapporté d'autres bombardements sur une trentaine de localités dans le sud et l'est du Liban, dont trois villages méridionaux dont Israël avait ordonné plus tôt l'évacuation.

La veille, de violents raids sur la ville de Tyr avaient fait 11 morts et Israël avait ordonné à l'ensemble des habitants de la ville millénaire et de ses environs d'évacuer, provoquant un exode précipité.

Plus au nord, une frappe israélienne a visé une voiture dans le centre de la grande ville côtière de Saïda, porte du sud du Liban, a indiqué l'Ani.

Un correspondant de l'AFP y a vu des secours retirer deux personnes d'un véhicule en feu.

Villages chrétiens isolés 

De son côté, le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre des troupes israéliennes dans des localités qu'elles occupent dans le sud.

Dans la zone frontalière, une patrouille israélienne a enlevé "un membre du conseil municipal de Kfar Chouba et un employé de la municipalité alors qu'ils effectuaient des travaux de pompage d'eau", selon l'Ani.

L'armée israélienne a indiqué pour sa part avoir interpellé et "transféré sur le territoire israélien pour y être interrogés", deux "suspects" qui "s'étaient approchés de la zone où les soldats israéliens mènent des opérations".

La municipalité de Kfar Chouba a annoncé qu'ils étaient revenus libres au village dans la soirée. Affirmant qu'ils "n'avaient aucune intention de s’approcher des forces israéliennes", elle a condamné un "acte hostile envers deux innocents qui accomplissaient une mission humanitaire".

Kfar Chouba est l'un des rares villages frontaliers dont les habitants sont restés malgré les ordres d'évacuation de l'armée israélienne, qui occupe désormais une partie du sud du pays.

Parmi ces villages figure une poignée de localités chrétiennes, dont les représentants ont appelé mardi soir l'État libanais à "ouvrir des couloirs humanitaires".

Le communiqué du "Rassemblement des villages chrétiens frontaliers" souligne que les routes les desservant sont désormais "coupées ou extrêmement dangereuses".

Depuis le début, le 2 mars, de la nouvelle guerre au Liban entre le Hezbollah et Israël, les frappes israéliennes ont fait 3.696 morts, selon le dernier bilan des autorités.

Le mouvement chiite a entraîné le Liban dans cette guerre régionale pour soutenir l'Iran, qui exige que tout accord de paix avec Washington inclut la fin des hostilités sur le front libanais.


Liban: les «négociations directes» avec Israël, seule voie pour sortir de la guerre 

Jean-Pierre Lacroix (à droite), sous-secrétaire général des Nations unies chargé des opérations de paix, serre la main du ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, lors d'une rencontre à Beyrouth le 7 janvier 2026. (AFP)
Jean-Pierre Lacroix (à droite), sous-secrétaire général des Nations unies chargé des opérations de paix, serre la main du ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Raggi, lors d'une rencontre à Beyrouth le 7 janvier 2026. (AFP)
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  • "La prétendue résistance menée par le Hezbollah (pro-iranien) n'a ni libéré Jérusalem, ni pu sauver Gaza, n'a même pas pu défendre le Liban"
  • "Au contraire, ça nous a précipité dans encore plus de violence, encore plus d'occupation (israélienne)"

PARIS: Les "négociations directes" entre le gouvernement libanais et Israël sont "la seule voie" pour rétablir la paix au Liban, a estimé mercredi le ministre libanais des Affaires étrangères lors d'une audition devant l'Assemblée nationale française.

"Le Hezbollah fait tout ce qu'il peut pour empêcher ces négociations directes", a déploré Youssef Raggi, entendu par la Commission des Affaires étrangères. "Mais pour l'Etat libanais, pour le gouvernement, c'est la seule voie pour essayer de voir comment régler le problème dans sa globalité", a-t-il ajouté, appelant au pragmatisme et soulignant que l'option militaire avait "prouvé son inefficacité".

"La prétendue résistance menée par le Hezbollah (pro-iranien) n'a ni libéré Jérusalem, ni pu sauver Gaza, n'a même pas pu défendre le Liban", a également affirmé le ministre libanais, violemment hostile au Hezbollah et à son parrain iranien.

"Au contraire, ça nous a précipité dans encore plus de violence, encore plus d'occupation (israélienne)".

Il a en outre jugé "absurde" l'argumentaire du Hezbollah qui dit défendre "le pays contre l'invasion et contre l'occupation israélienne" puisque Israël a assuré n'avoir "aucune ambition territoriale sur le Liban".

Israël occupe une partie du sud du Liban le long de sa frontière, et a avancé en profondeur dans le Liban comme jamais en près de 30 ans depuis le début de cette nouvelle guerre.

Le ministre a enfin avancé qu'il ne s'agissait pas de désarmer le Hezbollah "pour faire plaisir aux Etats-Unis, ni aux Arabes, ni à la communauté internationale". C'est une demande, c'est une exigence purement libanaise" - également réclamée avec force par Israël.

"Nous voulons que le Hezbollah, comme toutes les autres petites organisations qui lui sont alliées (...) soient désarmées pour que nous puissions enfin vivre dans un pays normal".

Le Hezbollah a entraîné le 2 mars le Liban dans la guerre pour soutenir l'Iran attaqué par les Etats-Unis et Israël.

Les frappes israéliennes ont depuis fait 3.666 morts, selon le dernier bilan des autorités libanaises.