L’hiver complique le quotidien des Palestiniens déplacés à Gaza

Des Palestiniens déplacés par l'offensive terrestre israélienne sur la bande de Gaza installent un camp de tentes dans la région de Muasi (Photo, AP).
Des Palestiniens déplacés par l'offensive terrestre israélienne sur la bande de Gaza installent un camp de tentes dans la région de Muasi (Photo, AP).
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Publié le Mardi 19 décembre 2023

L’hiver complique le quotidien des Palestiniens déplacés à Gaza

  • Gaza souffre d’inondations et d’un manque d'abris adéquats lors des pluies torrentielles
  • Des familles entières vivent dans des tentes fragiles et sont exposées aux intempéries

LONDRES: Les vents violents et les fortes pluies qui se sont abattus sur la bande de Gaza au cours de la semaine dernière ont aggravé la situation des quelque deux millions de civils déplacés à l'intérieur du pays. La crainte de voir se déclencher une épidémie de grande ampleur s'accroît alors que les infrastructures en ruine peinent à faire face à la situation.

Même avant les soixante jours de bombardements incessants, les experts avaient prévenu que le système d'évacuation des eaux de Gaza n'était plus adapté. Outre les destructions, les pluies diluviennes ont provoqué des inondations dans de vastes zones de l'enclave palestinienne.

Décrivant la situation comme «plus qu'horrible», une source a déclaré à Arab News que «tout était vrai» et que l'ampleur des destructions avait réduit à néant l'infrastructure d'assainissement du territoire assiégé, qui parvenait à peine à faire face à la situation.

Pour les personnes vivant dans le camp de réfugiés interne érigé à la hâte à Rafah, dans le sud de Gaza, la combinaison du vent et de la pluie a laissé beaucoup d'entre elles encore plus exposées qu'elles ne l'étaient auparavant, les tentes fragiles se retrouvant inondées et déchirées.

S'adressant à l'agence de presse Reuters alors qu'il tentait de réparer la maigre protection de sa famille contre les intempéries, un Palestinien déplacé, Ramadan Mohadad, a déclaré que leur abri, fabriqué à partir de contreplaqué et de bâches en plastique, était «déchiré et que l'eau se déversait sur nous».

Un Palestinien traîne des briques dans un camp de déplacés à Rafah (Photo, AFP).

«Nous avons essayé autant que possible de nous protéger pour que l'eau ne pénètre pas, mais la pluie est passée à travers... ce plastique ne protège en rien les personnes qui dorment dessous», a-t-il ajouté.

La situation de la famille de Mohadad est loin d'être une exception.

La guerre a éclaté le 7 octobre avec une attaque de combattants du Hamas contre le sud d'Israël qui, selon les autorités israéliennes, a entraîné la mort d'environ 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et la prise de près de 240 otages, dont certains ont été libérés au cours d'une brève trêve.

À ce dimanche, l'offensive militaire de représailles menée par Israël avait tué plus de 18 700 Palestiniens et en avait blessé 50 000 autres, selon les responsables de la santé dans le territoire dirigé par le Hamas.

Lorsque les combats entre les Forces de défense israéliennes et le Hamas se sont intensifiés en octobre, de nombreux Palestiniens ont fui leur maison avec les seuls vêtements qu'ils portaient, à une époque où les températures étaient nettement plus élevées.

Alors que le conflit est entré dans son troisième mois, certains d'entre eux ont déclaré à l'agence de presse AFP qu'ils survivaient sans matelas, sans couvertures et sans rien d'autre pour se réchauffer.

Des soldats israéliens se préparent à entrer dans la bande de Gaza, dans une zone de transit près de la frontière entre Israël et Gaza (Photo, AP).

Des vidéos ont été diffusées ce dimanche montrant des foules montant à bord de camions d'aide humanitaire et les poursuivant alors qu'ils pénétraient dans Gaza, dans une situation de plus en plus désespérée pour ces civils pris au piège.

Pour souligner l'ampleur des souffrances, l'Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine (Unrwa) a diffusé sur le réseau X une vidéo dans laquelle la mère d'un enfant de deux ans partageant une tente avec 24 autres personnes explique que leur abri de fortune n'a pas permis de protéger son fils de la pluie.

«Il est essoufflé, sa poitrine est tendue. Il n'y a pas de couverture pour le couvrir. Qamar, ma nièce, a un an et demi. Elle est également malade. Il n'y a ni médicament ni traitement, et à cause du froid, elle est également essoufflée», a indiqué la femme.

«Nous souffrons. Nous sommes 24 personnes dans cette tente. Nous avons froid et nous avons des enfants... La pluie nous arrose et il n'y a pas de couverture, rien pour nous protéger. La nuit dernière, l'eau est entrée à l'intérieur et nous a noyés. Nous gardons les enfants sur les marches», a-t-elle ajouté.

Fikr Shalltoot, directrice de l'organisation caritative Medical Aid for Palestinians à Gaza, a déclaré à Arab News qu'en plus des «graves pénuries» de matériaux de base pour les abris, à savoir les tentes et les bâches en plastique, la pluie avait affecté la capacité des personnes déplacées de Gaza à se nourrir.

«En raison du manque de gaz de cuisine, les gens utilisent du bois pour cuisiner, mais avec la pluie, cela devient impossible pour de nombreuses familles», a précisé Mme Shalltoot.

Résidente de Gaza, Mme Shalltoot s'était rendue en Égypte le 7 octobre et n'a pas été autorisée à y retourner.

Des enfants palestiniens jouent sous la pluie dans un camp de personnes déplacées à Rafah (Photo, AFP).

La question de l'élimination des déchets est toutefois plus préoccupante à long terme. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies a déclaré que les eaux usées étaient devenues «ingérables» en raison de trois problèmes simultanés: la surpopulation dans les sites désignés par Israël comme sûrs pour les civils, les dommages causés aux canalisations et les inondations.

Cette situation a conduit les partenaires humanitaires du Bureau de la coordination des affaires humanitaires à lancer des appels urgents pour que les matériaux de construction soient autorisés à entrer, l'organisme des Nations unies avertissant que «l'incapacité à faire des réparations pourrait entraîner une coupure d'eau dans certaines zones du sud de la bande de Gaza».

Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a signalé en novembre que les infrastructures endommagées, les pénuries de carburant et les restrictions imposées à l'acheminement de l'aide n'avaient laissé que 5% de l'approvisionnement en eau d'avant-guerre.

Gaza ne doit pas non plus s'attendre à une accalmie imminente, les températures devant descendre jusqu'à 10 degrés Celsius en décembre, voire plus bas encore en janvier, tandis que la saison des pluies se prolongera probablement jusqu'en février.

Cette saison des pluies pourrait être pire que la normale, les stations météorologiques proches de la frontière sud entre Gaza et Israël ayant déjà enregistré près de deux fois les précipitations moyennes, ce qui renforce les craintes de voir les crues soudaines contaminer le peu d'eau potable qui reste.

Les organisations humanitaires contactées par Arab News, dont la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ont déclaré qu'elles étaient «préoccupées par le fait que les fortes pluies et les inondations qui touchent de grandes parties de Gaza augmentent encore le risque de maladies d'origine hydrique».

Après les tempêtes, les autorités sanitaires de Gaza ont recensé environ 360 000 cas de maladies infectieuses dans les abris, mais les Nations unies ont depuis lors averti que le nombre réel pourrait être beaucoup plus élevé.

Mme Shalltoot a noté que les responsables de Medical Aid for Palestinians avaient signalé que des maladies infectieuses se propageaient rapidement dans les abris surpeuplés, faisant écho aux inquiétudes concernant les crues soudaines qui présentent un «risque alarmant» pour la vie humaine.

«Sur les 360 000 cas signalés, on compte des infections respiratoires, des diarrhées, des cas de gale et des maladies de peau. Les enfants souffrent de gastro-entérite et de diarrhée, et des cas d'hépatite et de méningite ont également été signalés», a-t-elle alerté.

Julia Roknifard, professeure adjointe à l'école de politique, d'histoire et de relations internationales de l'université de Nottingham, a déclaré: «Il y a aussi le fait que les gens ont une immunité très affaiblie maintenant, ce qui va tout aggraver.»

Le 12 décembre, Philippe Lazzarini, commissaire général de l'Unrwa, s'est rendu à Gaza pour la troisième fois depuis le début de la guerre: «Chaque fois que j'y retourne, je pense que la situation ne peut empirer, mais chaque fois, je suis témoin d'une plus grande misère», a-t-il confié.

«Ce qui a changé par rapport à ma dernière visite, c'est qu'avant, nous avions des abris surpeuplés avec plus d'un million de personnes vivant dans les locaux de l'ONU, lors de ce voyage, lorsque j'ai visité un entrepôt devenu un abri, nous avions des dizaines de milliers de personnes à l'extérieur», a-t-il expliqué.

EN CHIFFRES

1,2 million de réfugiés à Gaza ont accès à l'aide alimentaire de l'Unrwa

1,9 million de réfugiés à Gaza utilisent les services de santé de l'Unrwa

«Les plus chanceux sont ceux qui ont une place à l'intérieur de nos locaux, surtout maintenant que l'hiver a commencé. Mais les autres n'ont absolument nulle part où aller, ils vivent à l'air libre, dans le froid, dans la boue et sous la pluie», a ajouté M. Lazzarini.

Des milliers de personnes n'ont pas encore réussi à atteindre les zones légèrement plus sûres de Gaza. Des vidéos ont été diffusées sur les réseaux sociaux montrant un jeune Palestinien trempé par la pluie, transportant un petit corps enveloppé dans un linceul dans des rues inondées par des eaux qui lui arrivent aux genoux.

La montée des eaux a pratiquement coupé certaines des routes les plus faciles vers le sud. Un habitant de Gaza a déclaré aux journalistes que le voyage déjà périlleux vers les camps de réfugiés était devenu encore plus difficile, un problème qui touche également les personnes travaillant pour les services d'urgence de l'enclave.

Une Palestinienne s'approvisionne en eau à l'extérieur de son abri de fortune dans un camp de personnes déplacées à Rafah (Photo, AFP).

Près de la frontière égyptienne, Rafah est devenu un vaste camp pour les personnes déplacées, avec des centaines de tentes érigées à l'aide de bois et de bâches en plastique.

«Nous avons passé cinq jours dehors. Et maintenant, la pluie a inondé les tentes», a déclaré à l'AFP Bilal al-Qassas, un habitant déplacé.

De nouvelles craintes s'emparent aussi de ceux qui ont rejoint les camps de Rafah: l'intention d'Israël est de continuer à étendre la guerre jusqu'à ce que les combats engloutissent l'ensemble de la bande de Gaza.

Inas, mère de cinq enfants âgée de 38 ans, a déclaré à Reuters qu'elle avait été contrainte de fuir quatre fois depuis le 7 octobre.

Aujourd'hui, elle se dit «terrifiée à l'idée d'être déplacée en Égypte. C'est notre pire cauchemar. Vont-ils étendre la guerre terrestre à Rafah? Si cela se produit, où devrions-nous aller? Vers la mer ou vers le Sinaï?».

Yasmine Mhani a expliqué à Reuters, alors qu'elle étendait des vêtements mouillés pour les faire sécher sur l'abri de la tente, qu'elle avait perdu un enfant dans l’explosion d’une bombe israélienne qui a frappé leur maison. Ayant déménagé cinq fois depuis, elle partage maintenant une seule couverture avec les cinq membres restants de sa famille.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Liban: nouveaux ordres d'évacuation, l'armée israélienne progresse en profondeur

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  • Israël a ordonné l’évacuation de 7 villages du sud du Liban avant de nouvelles frappes et affirme avoir avancé au-delà du Litani
  • Malgré l’escalade, Israël et le Liban poursuivent des discussions à Washington pour tenter d’obtenir un accord de sécurité

BEYROUTH: L'armée israélienne a de nouveau appelé samedi la population de villages du sud du Liban à évacuer, en vue de frappes, alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fait état de la progression plus en profondeur de son armée dans le pays voisin.

L'armée israélienne a intensifié ces derniers jours ses opérations aériennes et terrestres au Liban, où elle dit cibler le Hezbollah pro-iranien.

Israël et le Liban ont tenu vendredi une réunion militaire à Washington, en pleines négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, qui veut inclure le front libanais du conflit dans tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient.

Les frappes de vendredi sur une trentaine localités ont fait 11 morts dans la région de Tyr, dont un secouriste, et blessé huit autres personnes, selon le ministère de la Santé.

L'armée israélienne a appelé samedi la population à évacuer sept villages du sud du Liban, avant d'y mener des frappes, malgré une trêve en vigueur depuis le 17 avril qui n'a jamais été respectée.

Une grande partie de ces villages sont situés à proximité de la ville de Nabatiyé.

Vendredi, le Hezbollah a dit avoir attaqué des troupes israéliennes qui tentaient d'avancer au niveau de la région de la forteresse médiévale de Beaufort, près de Nabatiyé.

Le Hezbollah a également revendiqué plusieurs attaques contre des cibles militaires en Israël, près de la frontière avec le Liban.

Le mouvement chiite à d'abord concentré ses tirs sur les soldats israéliens déployés dans le sud du Liban avant de multiplier les attaques de drones explosifs sur le nord d'Israël après l'assassinat d'un de ses chefs militaires dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth le 6 mai.

Samedi à l'aube, l'armée israélienne a indiqué avoir détruit plusieurs projectiles lancés contre son territoire depuis le sud du Liban, mais que l'un d'entre eux était tombé sans avoir été intercepté, sans faire de blessé.

- La trêve, "passage obligé" -

Israël a dit cette semaine considérer une grande partie du sud du Liban comme une "zone de combat" et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé vendredi que son armée avait "traversé le Litani", fleuve situé à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Liban et Israël ont entamé en avril sous l'égide des Etats-Unis des négociations pour parvenir à un accord de sécurité. Le Hezbollah, dont Israël réclame le désarmement au gouvernement libanais, y est ferment opposé.

A Washington, responsables militaires israéliens et libanais ont tenu vendredi une réunion qualifiée de "constructive" par le Pentagone.

Selon le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby, les discussions serviront "de base au volet politique" en référence à des négociations prévues les 2 et 3 juin à Washington.

Le président libanais Joseph Aoun a affirmé au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio qu'une trêve était "le passage obligé" pour tout progrès dans les négociations.

Vendredi, des centaines de personnes ont afflué vers les quartiers de la vieille ville à Tyr, un mouchoir de poche épargné par les ordres d'évacuation israéliens, beaucoup dormant dans leurs voitures ou des tentes, selon les correspondants de l'AFP.

"J'ai aménagé une douche dans les WC, et il y a des matelas par terre" pour dormir, dit Karam Amin, qui dort avec sa famille de sept personnes dans sa boutique de vêtements du quartier chrétien.

"Tyr est une ville pacifique et touristique, on n'aurait jamais imaginé vivre cela", déplore ce commerçant de 43 ans.

Depuis le début de la guerre, les frappes ont tué au Liban 3.355 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Sur la seule semaine écoulée, 15 enfants ont été tués et 62 blessés, selon l'Unicef.


Israël progresse en profondeur au Liban, réunion "constructive" à Washington

Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
Une trêve destinée à mettre fin aux combats entre Israël et le Hezbollah soutenu par Téhéran est officiellement entrée en vigueur le 17 avril, mais elle n’a jamais été respectée. (AFP)
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  • Israël affirme avoir avancé plus profondément dans le sud du Liban et poursuit ses frappes contre le Hezbollah
  • Des discussions militaires israélo-libanaises jugées « constructives » ont eu lieu à Washington, malgré la poursuite des combats

BEYROUTH: Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé vendredi que son armée avait progressé encore plus en profondeur au Liban parallèlement à ses frappes intensives, au moment où les deux pays tenaient à Washington des discussions militaires jugées "constructives" par les Etats-Unis.

Israël a ordonné l'évacuation de villages et poursuivi ses frappes sur plus de 30 localités dans le sud, certaines proches de la ville millénaire de Tyr, affirmant viser le Hezbollah pro-iranien.

Ces frappes ont fait 11 morts dans trois localités de la région de Tyr, dont un secouriste et un ressortissant syrien, et blessé huit autres, dont un autre secouriste, selon le ministère de la Santé, ce qui porte à au moins 121 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre le 2 mars.

Le Hezbollah a revendiqué pour sa part plusieurs attaques contre des cibles militaires en Israël, près de la frontière avec le Liban.

Dans une série de communiqués, le mouvement islamiste a affirmé avoir visé à l'aide de drones des rassemblements de soldats près d'une localité du nord d'Israël, un autre dans un camp militaire en Galilée ainsi qu'une caserne.

Il a également dit attaquer des troupes israéliennes qui tentent d'avancer au niveau de la région de la forteresse médiévale de Beaufort, près de la ville libanaise de Nabatiyé.

Samedi à l'aube, l'armée israélienne a indiqué avoir détruit plusieurs projectiles lancés contre son territoire depuis le sud du Liban, mais que l'un d'entre eux était tombé sans avoir été intercepté, sans faire de blessé.

Ces affrontements interviennent alors que, sur l'autre front de la guerre au Moyen-Orient, l'incertitude règne sur l'issue des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran, soutien du Hezbollah.

A Washington, responsables militaires israéliens et libanais ont tenu vendredi une réunion qualifiée de "constructive" par le Pentagone.

"Nous avons tenu des discussions constructives entre militaires qui serviront de base au volet politique mené par le département d'Etat la semaine prochaine", a écrit sur le réseau social X le numéro deux du Pentagone, Elbridge Colby.

Liban et Israël ont entamé en avril sous l'égide des Etats-Unis des négociations pour parvenir à un accord de sécurité. Une nouvelle session est prévue les 2 et 3 juin à Washington.

- "Jamais imaginé vivre cela" -

Le Hezbollah est opposé à ces pourparlers et son bloc parlementaire a à nouveau appelé jeudi le Liban à s'en retirer.

Vendredi, des centaines de personnes ont afflué vers les quartiers de la vieille ville à Tyr, un mouchoir de poche épargné par les avertissements israéliens, beaucoup dormant dans leurs voitures ou des tentes, selon les correspondants de l'AFP.

"J'ai aménagé une douche dans les WC, et il y a des matelas par terre" pour dormir, dit Karam Amin, qui dort avec sa famille de sept personnes dans sa boutique de vêtements du quartier chrétien.

"Tyr est une ville pacifique et touristique, on n'aurait jamais imaginé vivre cela", déplore ce commerçant de 43 ans.

Depuis le début de la guerre, les frappes ont tué au Liban 3.355 personnes et fait plus d'un million de déplacés, selon les autorités.

Sur la seule semaine écoulée, 15 enfants ont été tués et 62 blessés, selon l'Unicef. Depuis le début, le 17 avril, du cessez-le-feu, jamais respecté, ils sont 55 enfants à avoir péri dans des bombardements, sur un total de 608 personnes tuées recensées par l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

- "Passage obligé" -

Israël a intensifié ces derniers jours son offensive terrestre et aérienne et dit considérer une grande partie du sud du Liban comme une "zone de combat". En visite dans le nord d'Israël auprès de soldats près de la frontière, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que son armée avait "traversé le Litani", fleuve à une trentaine de kilomètres de la frontière.

Le président libanais Joseph Aoun a affirmé au chef de la diplomatie américaine Marco Rubio qu'une trêve était "le passage obligé" pour tout progrès dans les négociations.

Dans un communiqué distinct, le département d'Etat a indiqué que M. Rubio avait, lors de leur appel, "salué le courage dont fait preuve le président Aoun en poursuivant des négociations directes avec Israël", et réaffirmé que "le Hezbollah était entièrement responsable des combats en cours".

Beyrouth va "insister sur la nécessité de mettre fin aux hostilités et présentera le plan de l'armée visant à étendre l'autorité de l'Etat sur le territoire libanais", a indiqué une source militaire à l'AFP.


Le Liban et Israël au Pentagone vendredi pour des discussions militaires 

Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
Des personnes inspectent le site d'une frappe israélienne à Tyr, au Liban, le 28 mai 2026. (Reuters)
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  • Beyrouth "donne la priorité à l'établissement d'un cessez-le-feu", selon une source officielle
  • Les forces israéliennes ont récemment traversé le fleuve Litani, selon une source militaire libanaise.

BEYROUTH : Une réunion entre les délégations militaires libanaise et israélienne, sous l'égide des Etats-Unis, doit avoir lieu vendredi au Pentagone pour lancer un nouveau cycle de pourparlers sur la sécurité entre les deux parties.

Israël et le Hezbollah ont devancé cette réunion en intensifiant leurs opérations militaires, bien qu'à une échelle inégale. Jeudi, des frappes aériennes israéliennes ont touché la banlieue sud de Beyrouth pour la première fois depuis la prolongation de 45 jours du cessez-le-feu décidée à Washington le 15 mai sous l'égide des États-Unis, ciblant un commandant du Hezbollah.

Une source officielle libanaise a déclaré à Arab News que "les réunions militaires au ministère américain de la Défense à Washington se poursuivent comme prévu sous le parrainage et la facilitation des États-Unis".

"Le Liban donne la priorité, dans ses discussions directes avec la partie israélienne, à l'établissement d'un cessez-le-feu avant de se pencher sur des questions politiques ou de sécurité plus larges", a déclaré cette personne.

Au cours des dernières 48 heures, Israël a étendu ses opérations militaires au Sud-Liban et à la vallée de la Bekaa, forçant les habitants de Tyr et de Nabatieh à fuir, nombre d'entre eux ayant été tués alors qu'ils s'éloignaient en voiture.


Les ordres d'évacuation israéliens au Sud-Liban se sont étendus au-delà de la rivière Zahrani, à environ 40 km de la frontière sud, dans ce qu'une source militaire libanaise a déclaré être un effort "pour isoler une région entière du pays et la dépouiller de toute présence effective de l'État libanais, laissant l'État incapable de réaffirmer son autorité dans cette région, sauf aux conditions israéliennes".

Mohammed Khawaja, membre de la commission parlementaire de la défense nationale et législateur du mouvement Amal, a déclaré : "Israël cherche à tirer parti des attaques limitées de drones lancées par le Hezbollah en direction d'un certain nombre de colonies, malgré la grande disparité entre ces attaques et l'écrasante supériorité militaire d'Israël.

"Israël s'en sert pour justifier l'intensification de ses frappes sur le Sud-Liban et pour se présenter à la communauté internationale comme la victime, alors que les vraies victimes sont les habitants du Sud-Liban", a-t-il déclaré à Arab News.

Israël a affirmé avoir reçu le "feu vert des États-Unis pour mener une opération terrestre de grande envergure dans le sud du Liban, s'étendant jusqu'à la vallée de la Bekaa", sans indiquer de calendrier pour mettre fin à l'opération, a déclaré M. Khawaja.

Les négociations politiques devraient reprendre samedi, à condition que les pourparlers militaires aboutissent à un cessez-le-feu. La délégation libanaise est composée de six officiers dirigés par le général de brigade Georges Rizkallah, directeur des opérations de l'armée libanaise.

"Israël cherche à élargir la zone jaune qu'il avait précédemment désignée pour ses opérations et je pense que l'escalade militaire ne s'arrêtera pas tant qu'Israël ne s'engagera pas à respecter un cessez-le-feu", a déclaré M. Khawaja.

"Le président du Parlement, Nabih Berri, a affirmé à plusieurs reprises qu'en cas de cessez-le-feu, il serait en mesure de persuader le Hezbollah de mettre fin à ses opérations.

Passant en revue les dernières avancées israéliennes, la source militaire libanaise a déclaré : "Les forces israéliennes ont traversé le Litani et avancé vers Zawtar al-Gharbiya et Zawtar al-Sharqiya, tandis que des véhicules télécommandés ont été déployés vers Mayfadoun, une ville surplombant Nabatieh, et vers Shoukin, une autre position surélevée surplombant la ville.

"Ils poussent également vers Yahmar et Arnoun en direction du château de Beaufort (Qalaat al-Shaqif), l'une des positions les plus stratégiques de la région car elle surplombe de vastes étendues du sud, notamment le mont Rihan, la région d'Iqlim al-Tuffah, la route de Khardali, Kfar Tebnit et Ali al-Taher.

"Ces zones sont considérées comme étant sous le contrôle du Hezbollah et contiennent ses positions militaires. Toutes ces zones sont des collines surélevées qui surplombent la rivière Awali et constituent la troisième ligne de défense du Hezbollah. Elles ne peuvent être prises que par une manœuvre de flanc à partir de la vallée de la Bekaa occidentale, qui encerclerait le sud et l'isolerait complètement de la Bekaa."

Fadi Karam, législateur du parti des Forces libanaises et membre de la commission parlementaire de la défense, a déclaré que la guerre dans le sud visait à faire échouer les négociations.

"Nous devons nous rappeler que le Hezbollah, le mandataire de l'Iran qui s'oppose aux pourparlers israélo-libanais, est la partie qui a déclenché ce conflit. L'Iran veut utiliser le Liban comme monnaie d'échange dans ses négociations avec les États-Unis", a-t-il déclaré à Arab News.

"Il n'est pas dans l'intérêt d'Israël que le Hezbollah utilise les négociations comme couverture pour des attaques contre lui. Israël sépare les développements sur le terrain de ce qui se passe à la table des négociations, tandis que l'État et le peuple libanais restent coincés entre les intérêts des gardiens de la révolution et l'agression israélienne."

Lors des réunions du Pentagone, la partie libanaise devrait se concentrer sur la garantie du cessez-le-feu avant d'entamer toute discussion sur les accords de sécurité, compte tenu de l'escalade en cours sur le terrain.

Le commandement de l'armée libanaise a déclaré que "le fait d'aborder les accords de sécurité avant la conclusion d'un cessez-le-feu donnerait pratiquement à Tel-Aviv l'occasion d'imposer ses conditions".

La source militaire s'est inquiétée du fait qu'"Israël n'acceptera probablement pas de restreindre ses opérations militaires dans le sud du Liban et insistera pour préserver la liberté de mouvement sous le prétexte d'empêcher le Hezbollah de se regrouper ou de reconstituer ses capacités".

La source officielle libanaise a déclaré que "lors des contacts intensifs entre le président Joseph Aoun et les États-Unis, Washington a réaffirmé que Beyrouth, la banlieue sud, les infrastructures, les institutions de l'État et l'aéroport international de Beyrouth resteraient épargnés par la nouvelle escalade israélienne, à l'exception des opérations d'assassinat visant les dirigeants du Hezbollah".

La délégation militaire libanaise est une équipe technique de négociation qui n'était pas prévue à l'origine dans les pourparlers. Selon la source officielle, elle agit sur instruction de M. Aoun selon laquelle "la priorité absolue reste d'obtenir un cessez-le-feu et de mettre un terme à la destruction des villes et villages du sud, car le Liban ne peut pas négocier sous le feu alors qu'Israël fait fi de toutes les contraintes".

L'ambassadeur du Liban aux États-Unis, Simon Karam, dirige la délégation en qualité de diplomate et de militaire, ce qui témoigne d'une approche unifiée des négociations en matière de politique et de sécurité.

La source officielle a déclaré que "toute tentative de soulever la question du placement des armes sous le contrôle de l'État avant d'assurer le retrait israélien pourrait déclencher une crise politique intérieure, avec des répercussions potentielles sur la sécurité, car le gouvernement libanais cherche à traiter la question dans le cadre d'un État souverain global plutôt que dans le cadre de la sécurité israélienne".

Mehiedine Chehimi, professeur de droit international et de politique étrangère à l'École supérieure de commerce de Paris, a déclaré : "Il faut distinguer deux types de trêve.

"La première est l'accord actuel qui empêche Israël de cibler les institutions officielles et la capitale, à l'exception des assassinats. Cette condition a été respectée par Israël depuis l'accord de cessez-le-feu de 2024. La seconde est une trêve visant à arrêter les hostilités au Sud-Liban, qui est rejetée par Israël parce qu'elle donnerait au Hezbollah l'occasion de reconstruire ses capacités.

"Cela montre que les États-Unis et Israël traitent différemment l'État libanais et le Hezbollah.

"L'État libanais tente, par le biais de négociations, de restaurer sa souveraineté par des pourparlers directs et de s'assurer que le Liban n'est pas utilisé comme monnaie d'échange entre les mains de ceux qui négocient en son nom", a-t-il déclaré à Arab News.

Il a qualifié la poursuite des négociations libanaises malgré le rejet du Hezbollah de "négociations difficiles, mais elles se poursuivront malgré la situation militaire actuelle, qui devrait s'intensifier".

"Les ambitions et la criminalité d'Israël ne connaissent pas de limites. La bonne chose est que la partie américaine a tracé des frontières pour Israël", a déclaré M. Chehimi.

"D'autre part, le Hezbollah a tout perdu et n'est plus le parti que nous connaissions avant la guerre. Il est devenu une branche des Gardiens de la Révolution et Naim Qassem n'est que son porte-parole, exécutant les ordres des Gardiens de la Révolution. C'est là que réside le danger, car la prise de décision est désormais entre les mains de Téhéran.

"Le Hezbollah tente actuellement de prouver sa supériorité à l'intérieur du Liban afin de conserver le Liban comme carte de pression au service des intérêts iraniens. Le parti ne tient compte ni de son environnement, ni de son peuple, ni de ses pertes", a-t-il déclaré.

"Pendant ce temps, les Israéliens poursuivent l'escalade de leurs crimes parce qu'ils ne sont plus convaincus par les solutions qui ont été essayées précédemment. Aujourd'hui, ils veulent écraser le Hezbollah. Pris entre ces deux dangers, le Liban s'enfonce dans le chaos".

Selon M. Chehimi, pour sortir de l'impasse, l'Etat libanais doit "bénéficier de la médiation d'Islamabad afin de poursuivre sa voie de négociations directes avec Israël, tout en exerçant des pressions par le biais de la communauté internationale sur les parties israélienne et iranienne".

Plus de 3 270 personnes, dont un grand nombre de femmes et d'enfants, ont été tuées et près de 10 000 blessées depuis le début de la guerre, le 2 mars. Les attaques ont visé 16 hôpitaux.

Abdul Rahman Bizri, député de la ville de Sidon, a mis en garde contre les "répercussions sociales de l'escalade militaire dans le sud et le danger que représente la forte division politique".

"Le gouvernement libanais doit contenir les répercussions sociales et économiques de la guerre", a-t-il déclaré à Arab News.

"Un grand nombre de personnes déplacées cherchent refuge à Sidon et ont besoin d'un véritable plan. La densité de population à Sidon a dépassé le triple de son taux normal, ce qui affecte directement la vie quotidienne dans la ville."

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a menacé jeudi de venger la mort du soldat Rotem Yanai, 20 ans, qui a été "tué au cours d'une activité opérationnelle dans le nord d'Israël", affirmant que "le Hezbollah a payé, paie et continuera de payer un lourd tribut pour ses attaques contre Israël et ses citoyens".

Un certain nombre de membres du personnel israélien ont été tués au Liban depuis le début du cessez-le-feu le 17 avril. Le porte-parole du gouvernement israélien a déclaré que 24 d'entre eux avaient été tués lors des récentes attaques du Hezbollah à l'aide de drones explosifs.