Le Bohémia café, le lieu où les musiciens d’Alkhobar font vibrer la scène tout en sirotant leur café

Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et spécifiquement ceux d'Alkhobar. (Photo AN )
Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et spécifiquement ceux d'Alkhobar. (Photo AN )
Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et spécifiquement ceux d'Alkhobar. (Photo AN )
Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et spécifiquement ceux d'Alkhobar. (Photo AN )
Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et spécifiquement ceux d'Alkhobar. (Photo AN )
Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et spécifiquement ceux d'Alkhobar. (Photo AN )
Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et spécifiquement ceux d'Alkhobar. (Photo AN )
Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et spécifiquement ceux d'Alkhobar. (Photo AN )
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Publié le Mercredi 03 janvier 2024

Le Bohémia café, le lieu où les musiciens d’Alkhobar font vibrer la scène tout en sirotant leur café

  • Le Bohemia café propose de la musique live, contrairement aux autres cafés, indique un artiste local
  • Le lieu se présente comme «un magasin de disques et un café indépendant à Alkhobar», mais c'est bien plus que ça C'est le battement de cœur des musiciens et par excellence de la ville

ALKHOBAR: Le nouveau Bohemia Café ne ressemble à aucun autre dans la région. C’est comme si vous veniez d'arriver chez votre ami dans une atmosphère détendue, au milieu de la petite et paisible allée d’un jardin qui mène à un espace bien conçu, prêt à vous accueillir pour prendre une tasse de café fort, sur fond de musique. 

Ayant ouvert ses portes début 2023, le nouveau Bohemia Café est une version plus accueillante et plus élaborée du Bohemia Café d’origine.

Le premier café, ouvert en 2018, était situé dans un quartier animé de la ville, dans une atmosphère teintée de pittoresque, pétillante et branchée. Cependant, l'espace entièrement vitré, face à la circulation dans un immeuble commercial, souffrait de places de stationnement limitées, et ne concordait pas pleinement avec l'ambiance bohème.

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Le café hybride est l'un des lieux d'achat et de vente de disques vinyles de la ville. (Photo AN)

Lorsque l’ancien espace a fermé ses portes, la scène musicale d’Alkhobar a perdu un pôle communautaire dans lequel fusionnaient les synergies musicales.

Le nouvel emplacement du café, dans la tranquille zone historique du nord d’Alkhobar, correspond davantage à leur rythme. Il est resté proche de ses racines d’Alkhobar, mais a évolué pour devenir une maison indépendante au charme pittoresque, avec un vaste jardin et de nombreux sièges à l'intérieur et à l'extérieur.

Le café hybride, qui est l'un des lieux d'achat et de vente de disques vinyles de la ville, est devenu une sorte de sanctuaire hors des sentiers battus, où les artistes peuvent se retrouver pour écouter de la musique tout en sirotant un café et grignoter les pâtisseries maison.

EN BREF

• Le Bohemia café est peut-être l'un des rares lieux qui accueille tous les talents, de tous genres, et certainement l'un des rares à offrir aux amateurs la possibilité de se produire.

• La plupart de ceux qui viennent au Bohemia lors de ses spectacles live, notamment ceux consacrés à certains chanteurs, ou aux open mics, peuvent s'attendre à de belles surprises.

Contrairement aux lieux tapageurs de Riyad ou sophistiqués de Djeddah, en particulier avec le succès des festivals de musique comme XP et MDLBEAST dans les deux villes, la pittoresque Alkhobar a toujours été une ville plus concentrée et se situant indéniablement en marge des autres.

La côte Est jouit depuis longtemps d’une culture ancrée dans un style de vie plus décontracté. Bohemia Café se présente comme «un magasin de disques et un café indépendant à Alkhobar», mais c'est bien plus que ça C'est le battement de cœur des musiciens et par excellence d'Alkhobar.

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Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et plus spécifiquement d'Alkhobar. (Photo AN)

C'est peut-être l'un des rares lieux à accueillir tous les talents, de différents niveaux, et certainement l'un des rares à offrir aux amateurs la possibilité de se produire. La plupart de ceux qui viennent au Bohemia lors de leurs soirées de spectacles – notamment celles consacrées à certains chanteurs ou aux open mics – peuvent s’attendre à des surprises. Telle une «mixtape », la soirée est un amalgame diversifié: certains joueront d’un instrument de façon remarquable, tandis que d'autres crieront des mots et se déplaceront, un micro à la main. La communauté semble transcender le temps et l'espace.

Avant tout session d’open mic au Bohemia, une annonce est publiée quelques jours à l'avance sur les réseaux sociaux, et les artistes intéressés peuvent s'inscrire directement en envoyant un message. Ceux qui souhaitent simplement siroter une boisson et assister au spectacle doivent acheter un billet, coûtant généralement entre 75 et 100 riyals saoudiens (un RS= 0,24 euro). Celui-ci peut être utilisé comme crédit en magasin le jour du spectacle, pour acheter de la musique ou autre chose.

Fatima, qui se définit comme artiste, aime l'esthétique du café mais surtout la manière dont les talents locaux sont présentés, dans un environnement aussi sain et divertissant.

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Le Bohemia Café est le cœur des musiciens, et spécifiquement d'Alkhobar. (Photo AN)

Comme les nuits d’hiver deviennent longues, elle savoure ses soirées passées dans cet espace, une boisson chaude à la main, éprouvant une sensation d’émerveillement. À chaque fois, elle se plonge dans le vertige d’écouter des voix familières et d’en découvrir de nouvelles.

«Le Bohemia nous apporte de manière singulière quelque chose que les autres cafés n’offrent pas: de la musique live», confie à Arab News Fatima, qui a participé à plusieurs open mics.

«Chaque spectacle en live a sa propre ambiance. La diversité des groupes, des genres choisis, et du public concerné, en disent long sur ce que tout le monde ici a en commun: la passion pour la musique», ajoute-t-elle.

Et, en effet, c’est la musique qui attire – et fait revenir – les gens.

Dana, qui porte le nom de scène de «Farasha», qui signifie papillon en arabe, est tombée par hasard sur le café lors d'une soirée karaoké dans l’ancien Bohemia. Cette expérience exaltante l’a aidée à déployer ses ailes.

«C'est arrivé accidentellement. Une fois, j’ai assisté à une soirée karaoké en 2021 ou 2022 – dans l’ancien café – et j’ai regardé les gens chanter. Je ne m’étais pas inscrite. Et je me suis dit, je veux avoir le micro. Et je l’ai fait», raconte-t-elle à Arab News.

Ses sœurs et amis qui l’accompagnaient l’ont encouragée à faire ce pas et à se lancer. Elle s'est levée et a chanté une chanson bien connue, Hit the road, Jack, parce qu'elle savait que le groupe présent ce jour-là saurait le jouer. Beaucoup l’ont accompagnée dans la chanson. Elle s'est amusée. Pendant qu'elle chantait, elle a déclaré qu'elle avait fait comme son idole, Hannah Montana, un personnage fictif d'une émission populaire de Disney, qui est une adolescente ordinaire, mais aussi une immense pop star. «Moi aussi, je veux m’éclater», lance Farasha.

Fin novembre, elle a interprété plusieurs chansons lors du dernier open mic. Avec une voix juste et une grande confiance en elle, ses mains flottaient gracieusement pendant qu'elle était sur scène. Et, lorsqu'elle oubliait parfois certaines paroles, la foule comblait les vides, la rejoignant à l'unisson.

«La première fois que j’ai chanté, j’étais vraiment nerveuse. Mes sœurs m’y encourageaient énormément. Les gens applaudissaient. Et puis Fawaz, le propriétaire, m'a contactée pour chanter par la suite. J'ai eu une séance rapide à la Ladies Night. C'était une expérience géniale. Ce n’est donc pas la première fois aujourd’hui, c'est, je crois, la troisième ou quatrième fois que je chante», précise-t-elle.

La jeune femme fait référence au propriétaire, omniprésent mais jamais autoritaire, Fawaz Alsoulaim. Si jamais une image devait résumer l’essence même de l’ancien et du nouveau café Bohemia, ce serait celle du propriétaire.

Fawaz Alsoulaim, qui pourrait être décrit comme un homme de la génération Y, silencieux mais pas timide, est souvent assis calmement, respirant la sagesse et, peut-être, la paix intérieure. Il est accessible, mais également évasif. Au cours de l’open mic auquel Arab News a assisté, il s'est assis d’une façon stratégique dans un coin offrant le meilleur point de vue, lançant des signes de tête rassurants aux artistes mais se mettant à peine sous les projecteurs. Avec son attitude calme, son regard aiguisé et son oreille attentive au talent, il est seulement là pour repérer ceux qui ont du potentiel et les encourager.

 

«Nous avons découvert tellement de talents, de personnes qui n'envisageaient même pas de poursuivre une carrière musicale ou de se produire sur scène. Ils se sont produits pour la première fois ici, soit dans le cadre de l’open mic, soit avec juste une guitare, ou même en le faisant à la manière d'un karaoké», assure Alsoulaim à Arab News avec le sourire. «Ils ont eu envie de se produire en live – et beaucoup de gens ont commencé leur carrière musicale de cette façon», déclare-t-il fièrement.

Si vous voulez chanter, mais que vous vous sentez nerveux, Fawaz Alsoulaim sera là pour vous donner des mots d'encouragement sans jamais exercer de pression.

Certains qui choisissent de monter sur scène sont des professionnels aguerris, tandis que d’autres ne se sont produits auparavant qu’avec leur brosse à cheveux dans leur chambre.

Le jour de notre visite, une jeune femme avec une casquette de base-ball et le visage à moitié couvert d'un masque est entrée sur scène. Elle a dit que c'était la première fois qu'elle chantait devant un public, et a demandé que les spectateurs respectent sa demande de ne pas la photographier ou la filmer. Pendant tout son passage sur scène, personne n’a tenu son téléphone. Tout le monde s’est contenté de regarder, de chanter quand elle le demandait, et de l'applaudir.

Certains artistes ont des chansons originales, en anglais ou en arabe. Ce qui est évident, c’est que c’est un lieu où l’expérimentation est la bienvenue. Tant que vous avez le courage de prendre le micro, le public écoute. En moyenne, une dizaine de personnes environ s’inscrivent pour monter sur scène, dont près de la moitié sont généralement des débutants.

«Tout le monde est toujours le bienvenu pour se produire ici, comme il le souhaite. Nous ne refusons jamais personne», explique Fawaz Alsoulaim à Arab News.

Alsoulaim a été fidèle à sa promesse lors de la visite d’Arab News. Après l'annonce du spectacle final, les gens ont commencé à partir. Mais quelqu'un a simplement indiqué une personne assise au premier rang, qui avait hoché la tête et applaudi toute la nuit. Cette personne est volontiers montée sur scène pour une chanson. Puis deux, puis trois. Un grand nombre de ceux qui partaient se sont alors assis.

L'interprète n'était autre que Nader al-Fassam, une véritable légende locale de l'underground d'Alkhobar depuis les années 1990, et un habitué de la scène, et du Bohemia en particulier. Il chante des succès bien connus du top 40, ainsi que des chansons moins connues. Il interprète souvent ses propres créations musicales.

«Je n'étais pas censé chanter ce soir, mais quelqu'un n'est pas venu, et j'ai donc en quelque sorte été tenté de prendre sa place», raconte-t-il à Arab News après son passage sur scène.

Un incontournable des célébrations musicales de la région, Nader al-Fassam est peut-être l'incarnation parfaite de l'ancien et du nouveau Bohemia. Il est le guitariste principal du groupe punk psychédélique saoudien Sound of Ruby. Comme Alsoulaim, il a hâte que la prochaine génération de talents de la province de l’Est se mobilise et se joigne à la fête.

Nader al-Fassam, avant la grande finale de l’Open mic, a annoncé au public qu'il fêterait son 50e  anniversaire au Bohemia Café – ce qui a fait plaisir à tous. Alsoulaim a acquiescé de façon élégante de la tête, et tout le monde – vraisemblablement invité – a applaudi de manière spontanée et frénétique. 

La joie évidente d’Alsoulaim de trouver et de célébrer les talents locaux est devenue une qualité très attachante au sein de la communauté.

Qaund on demande à Fawaz Alsoulaim s’il va chanter au prochain spectacle ou à la fête d’anniversaire d’Al-Fassam, il secoue la tête d’un air espiègle. «Je ne suis malheureusement pas musicien, je vends juste de la musique.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


« Arduna » à AlUla : quand l’art contemporain scelle une coopération culturelle historique entre la France et l’Arabie saoudite

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement. (AFALULA)
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  • Présentée comme un geste artistique fort autant qu’un acte de confiance entre deux nations, Arduna s’inscrit dans la continuité de l’accord intergouvernemental signé en 2018
  • « Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030»

ALULA: L’inauguration de l’exposition Arduna marque une étape fondatrice dans le développement culturel de l’Arabie saoudite et dans la coopération franco-saoudienne. Inédite par son ampleur et première du genre en Arabie saoudite et au Moyen-Orient, cette exposition est le fruit d’un commissariat conjoint entre le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla et le Centre Pompidou, avec le soutien de l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA).

Présent lors de l’inauguration, Jean-Yves Le Drian, président d’AFALULA, a souligné la portée symbolique et politique de l’événement :

« C’est un grand honneur d’être à vos côtés ici ce soir pour inaugurer “Arduna”, exposition fondatrice et inédite dans son ampleur. Je dis fondatrice, parce qu’elle est à la fois un geste artistique majeur, et un geste de confiance entre nos deux pays. »

Un jalon issu de l’accord intergouvernemental de 2018

L’exposition s’inscrit directement dans le prolongement de l’accord intergouvernemental signé en 2018 par la France et l’Arabie saoudite, en présence du Président Emmanuel Macron et de Son Altesse Royale le Prince héritier Mohammed ben Salmane. Cet accord a ouvert une coopération ambitieuse autour du développement culturel, patrimonial, environnemental et humain d’AlUla, en cohérence avec la Vision 2030 du Royaume.

Jean-Yves Le Drian a rappelé la vision commune à l’origine de cet engagement :

« Cette décision de nos chefs d’État s’inscrivait dans une vision partagée : celle du soutien de la France à la transformation de l’Arabie saoudite, initiée par le Prince héritier dans Vision 2030. L’art et la culture, la valorisation du patrimoine comme l’élan de la création y jouent un rôle majeur. »

Aujourd’hui, les résultats de cette coopération sont visibles et concrets, notamment à travers l’inauguration du pavillon d’exposition, première étape vers le futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla prévu à l’horizon 2030.

« Arduna », une exposition ancrée dans son territoire

Intitulée Arduna – « Notre Terre » –, l’exposition revendique un lien étroit avec l’identité d’AlUla. Une approche que Jean-Yves Le Drian a tenu à distinguer de modèles d’expositions décontextualisées :

« “Arduna” n’est pas une exposition “posée” sur un territoire, hors sol. C’est un modèle de programmation à l’écoute de son temps et surtout à l’écoute d’AlUla et de son identité très singulière, celle d’un territoire où la nature, l’archéologie, la mémoire et l’avenir se répondent à chaque instant. »

Il insiste également sur la démarche de co-construction :

« L’idée n’était pas d’importer un récit, mais de co-développer une exposition et, au-delà, une vision, ancrée dans l’exceptionnelle magie de ce lieu. »

Les commissaires de l’exposition, Candida Pestana et Anne Hiddleston Galloni, ont été saluées pour leur travail approfondi et leur implication tout au long de la préparation de cet événement.

Une première concrétisation du futur musée d’art contemporain d’AlUla

Au-delà de l’exposition, Arduna constitue la première réalisation tangible du partenariat stratégique conclu en 2023 entre la Commission Royale pour AlUla et le Centre Pompidou. Ce partenariat vise à accompagner la création du futur Musée d’Art Contemporain d’AlUla, appelé à devenir une institution de référence internationale.

Jean-Yves Le Drian a souligné l’engagement global du Centre Pompidou :

« Je suis reconnaissant au Centre Pompidou d’avoir mobilisé son expertise dans tous les domaines : le commissariat, la scénographie, la production, la médiation, l’édition, mais aussi l’accompagnement architectural du pavillon, ainsi que les actions de formation et de mentorat de la future équipe du musée. »

Le futur musée, conçu par l’architecte Lina Gotmeh, se veut à la fois international et profondément enraciné dans son environnement local, notamment à travers son dialogue avec l’espace voisin de Daïmumah.

Une dynamique culturelle franco-saoudienne durable

L’inauguration de Arduna s’inscrit dans une dynamique plus large de coopération culturelle entre la France et l’Arabie saoudite à AlUla. Jean-Yves Le Drian a rappelé l’ouverture récente de la Villa Hégra, autre jalon majeur de ce partenariat :

« La Villa Hégra témoigne de ce que nous sommes en mesure de construire ensemble : un lieu de création, de recherche, de résidence et de transmission, où les scènes françaises, francophones et saoudiennes se rencontrent et projettent des coopérations fortes. »

La culture comme langage commun

En conclusion, le président d’AFALULA a résumé l’esprit de cette coopération :

« Ce soir, nous inaugurons une exposition. Mais plus profondément, nous célébrons une belle histoire : celle d’un partenariat qui se construit dans la durée, qui investit dans la confiance, et qui choisit la culture comme langage commun. »

L’exposition Arduna illustre ainsi l’ambition partagée de faire d’AlUla un pôle culturel majeur, où le patrimoine exceptionnel du territoire dialogue avec la création contemporaine, au cœur d’un partenariat stratégique entre le Royaume d’Arabie saoudite et la France.


AlUla: l’exposition « Arduna », fonde un socle de dialogue et de culture

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  • AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO
  • Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures

PARIS: Au cœur du nord-ouest de l’Arabie saoudite, à plus de 1 100 kilomètres de Riyad, l’oasis d’AlUla s’impose progressivement comme l’un des laboratoires culturels les plus ambitieux du Moyen-Orient.

Territoire aux paysages spectaculaires et au patrimoine plurimillénaire, marqué par les civilisations lihyanite et nabatéenne, AlUla n’est plus seulement un site archéologique d’exception, mais devient un véritable projet de civilisation.

arduna

L’exposition « Arduna » (Notre terre), présentée dans le cadre de la 5ᵉ édition du Festival des arts d’AlUla, en est aujourd’hui l’une des expressions les plus abouties.

Organisée dans les espaces préfigurateurs du futur musée d’art contemporain saoudien, l’exposition incarne une coopération culturelle structurante entre la France et l’Arabie saoudite, portée conjointement par l’Agence française pour le développement d’AlUla (AFALULA) et la Commission royale pour AlUla (RCU), avec le concours du Centre Pompidou.

Plus qu’un événement artistique, « Arduna » s’inscrit dans une stratégie de long terme visant à faire de l’art un pilier du développement territorial, social et symbolique d’AlUla.

Un dialogue entre patrimoine et création contemporaine

AlUla s’étend sur 22 561 km², mêlant vallée fertile, formations rocheuses monumentales et vestiges historiques uniques, dont Hegra, premier site saoudien inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Carrefour de routes commerciales antiques, la région fut pendant des siècles un lieu de circulation, d’échanges et de dialogue entre les cultures.

C’est dans le cadre de cet héritage que s’inscrit aujourd’hui la politique culturelle conduite par la Commission royale pour AlUla, en lien étroit avec AFALULA, fer de lance de la coopération franco-saoudienne.

L’objectif est clair : préserver le patrimoine tout en l’inscrivant dans le présent, relier l’histoire longue du territoire à la création contemporaine internationale et faire d’AlUla un espace vivant, habité et partagé.

Depuis cinq ans, le Festival des arts d’AlUla joue un rôle central dans cette transformation. Il a progressivement installé la région comme un foyer de création et de rencontres artistiques, en dialogue constant avec le paysage, les habitants et l’histoire du lieu.

Dans ce contexte, l’exposition « Arduna » marque une étape décisive. Conçue par deux commissaires — Anna Hiddleston, du Centre Pompidou, et Candida Pestana, cheffe des commissaires pour les arts contemporains à la RCU —, elle repose sur un principe fort : le dialogue entre les œuvres, les cultures et les récits.

L’exposition est structurée en six sections, chacune mettant en regard des artistes d’horizons différents.

Ainsi, une œuvre de Vassily Kandinsky dialogue avec celles de l’artiste syro-libanaise Etel Adnan, tandis qu’un échange visuel et conceptuel s’opère entre le photographe palestinien Tarek Al-Ghoussein et l’artiste français Cyprien Gaillard.

À ces confrontations s’ajoutent des installations créées spécifiquement pour AlUla par cinq artistes contemporains : Renaud Auguste-Dormeuil, Dana Awartani, Tarek Atoui, Tavares Strachan et Ayman Zedani.

Ces œuvres inédites ancrent l’exposition dans le territoire même d’AlUla, renforçant son caractère non itinérant et profondément contextuel.

« Arduna » constitue une première majeure à plusieurs titres : il s’agit de la première exposition de cette ampleur organisée à AlUla en co-commissariat avec une grande institution internationale, et de la première exportation temporaire d’un ensemble significatif d’œuvres du Centre Pompidou depuis sa fermeture pour rénovation.

Un modèle culturel fondé sur la co-construction

Contrairement à de nombreux projets culturels dans le Golfe fondés sur la simple importation de contenus occidentaux, le modèle retenu ici privilégie la co-construction.

Sur les 75 œuvres présentées, une partie provient de prêts internationaux, tandis qu’une autre appartient à la collection constituée ces dernières années par la Commission royale pour AlUla, reflétant une politique affirmée d’acquisition et de souveraineté culturelle.

La durée de trois mois (du 31 janvier au 15 avril), conforme aux standards internationaux, permet de toucher un public local, régional et international, dans un territoire encore en phase de montée en puissance touristique, mais dont la fréquentation progresse rapidement, notamment grâce à des équipements culturels et de loisirs déjà largement fréquentés par les habitants.

Au-delà de l’exposition elle-même, « Arduna » s’inscrit dans une compétition culturelle internationale intense, alors que des artistes américains, britanniques, italiens, mais aussi de plus en plus chinois, déploient des moyens considérables en Arabie saoudite.

Pour les responsables du projet, l’horizon est clairement fixé à 2030, en cohérence avec les grandes échéances saoudiennes, dont l’Exposition universelle de Riyad. Leur ambition est de créer un pont entre AlUla, les grands sites patrimoniaux, le futur musée d’art contemporain et les grands rendez-vous internationaux, afin de faire rayonner l’oasis bien au-delà de ses frontières.

En préfigurant le futur musée d’art contemporain, « Arduna » dépasse ainsi le cadre d’une exposition temporaire et propose un nouveau modèle culturel, fondé sur le temps long, la création partagée et l’ancrage territorial.

Ce modèle fait de l’art non pas un simple outil d’attractivité touristique, mais un vecteur de sens, de dialogue et de transformation sociale.


Haute couture: ode à la nature pour les premiers pas de Matthieu Blazy chez Chanel

Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
Le créateur de mode belge Matthieu Blazy salue le public à la fin du défilé de la collection Haute Couture printemps-été 2026 de Chanel, dans le cadre de la Fashion Week Haute Couture de Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)
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  • Débuts très attendus de Matthieu Blazy chez Chanel : une première collection haute couture poétique et aérienne, célébrant la nature à travers transparences, plumes et motifs de champignons, sous la verrière du Grand Palais
  • Une semaine marquée par le renouveau des grandes maisons : Jonathan Anderson chez Dior, Armani sans Giorgio pour la première fois, et des défilés spectaculaires signés Rolland et Fournié, illustrant un vaste mercato qui redessine la haute couture

PARIS: Des oiseaux, des champignons et beaucoup de légèreté: Matthieu Blazy a fait mardi à Paris ses débuts en haute couture chez Chanel avec une collection toute en transparence, délicatesse et plumes, véritable ode à la nature et à la poésie.

Sous la verrière du Grand Palais, métamorphosée pour l'occasion en une forêt onirique peuplée de champignons géants et de saules pleureurs roses, le créateur franco-belge de 41 ans a voulu, à travers ce premier vestiaire, "sonder et explorer le coeur de Chanel", explique un communiqué.

Matthieu Blazy réinvente ainsi une nouvelle fois l'emblématique tailleur de la maison dans une superposition de mousseline de soie transparente aux couleurs pastel et aux broderies en forme de champignons, sous laquelle se dessinent d'élégants sous-vêtements.

Le champignon, envoyé sous forme de pendentif en guise d'invitation, se décline dans les talons de certains escarpins.

La transparence et la légèreté s'invitent également dans des robes vaporeuses et des ensembles débardeurs et jupes, assortis d'écharpes qui traînent jusqu'au sol, et même sur un pantalon en jean.

Progressivement, les matières gagnent en densité: les tissus s’épaississent, se structurent, et la collection bascule vers des tailleurs et des manteaux en tweed, dont les extrémités s'ornent de plumes légères.

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Une mannequin défile lors de la présentation de la collection Chanel Haute Couture printemps-été 2026 pour femmes, à Paris, le 27 janvier 2026. (AFP)

Ces plumes, d'abord discrètes, finissent par s'imposer. Elles encerclent les ourlets des robes, soulignent les lignes d'une jupe ou d'un top, avant d'envahir entièrement certains tailleurs et silhouettes du soir, transformant les mannequins en femmes-oiseaux.

Le défilé s'est conclu par la traditionnelle mariée en ensemble jupe et haut à manches longues, entièrement rebrodé comme une nuée de minuscules plumes blanches.

Une première incursion dans la haute couture qui a attiré un parterre de stars, de Nicole Kidman à Dua Lipa, en passant par Penelope Cruz et Tilda Swinton.

- Mercato -

Ce premier défilé était l'un des plus attendus de cette semaine de la haute couture, avec celui de Jonathan Anderson lundi chez Dior.

Le créateur nord-irlandais de 41 ans avait également mis la nature à l'honneur, mais à travers des silhouettes très fleuries à la fois sculpturales et aériennes.

La nomination, ces derniers mois, de ces deux quadragénaires à la tête de deux des plus prestigieuses maisons a été le point d'orgue du vaste mercato qui agite la mode depuis près de deux ans.

Débauché de Bottega Veneta en décembre 2024, Matthieu Blazy avait déjà créé l’événement. Lors de son premier défilé de prêt‑à‑porter en octobre, le créateur avait revisité les codes fondateurs de Chanel en jouant sur les contrastes — tweeds effilochés, mailles colorées, tailleurs déhanchés et jupes en plumes — un passage ovationné et salué par une critique unanime.

- Armani sans Giorgio -

Autre temps fort de cette journée, Armani a présenté en début de soirée la première collection haute couture de la maison italienne sans la supervision de son fondateur Giorgio, décédé début septembre à l'âge de 91 ans.

Cette collection est signée par sa nièce Silvana Armani, qui avait travaillé à ses côtés sur le prêt-à-porter féminin et signe ses premiers pas en haute couture.

Un premier vestiaire, que l'Italienne a voulu "comme du Armani classique, mais avec une touche d'originalité", dans lequel se déclinaient de nombreux tailleurs pantalons souples et satinés, de somptueuses robes du soir scintillantes et des blouses rebrodées de perles, dans une palette noire, blanche, rose nude et vert d'eau.

De son côté, le couturier Stéphane Rolland a investi le Cirque d'hiver pour présenter une nouvelle collection aux silhouettes toujours très structurées, entre robes de soirée, combinaisons ajustées ou aux pantalons bouffants, dans ses couleurs fétiches que sont le rouge, le noir et le blanc.

Incarné par les mannequins Adriana Karembeu et Coco Rocha, le show s'est achevé par un lâcher de colombes et la performance aérienne d'une acrobate, le tout sous le regard de la première dame Brigitte Macron, du chanteur Marc Lavoine et du cinéaste Claude Lelouch.

Julien Fournié a de son côté dévoilé un vestiaire mêlant robes de soirée aux jupes volumineuses, pièces richement ornées de strass et de broderies – parfois inspirées du graffiti, des mangas ou du cinéma de genre – ainsi que des ensembles associant vestes en jean et transparences constellées de strass façon tatouage.