Ce que l’attaque meurtrière d’Israël sur un camp de réfugiés de Gaza révèle sur la conduite de l’armée israélienne et le choix de ses armes

Après la frappe aérienne de la veille de Noël sur le camp de réfugiés de Maghazi, qui a fait des dizaines de morts parmi les Palestiniens, l’armée israélienne a qualifié le bombardement d’«erreur regrettable» causée par l’utilisation de «munitions incorrectes». (AFP)
Après la frappe aérienne de la veille de Noël sur le camp de réfugiés de Maghazi, qui a fait des dizaines de morts parmi les Palestiniens, l’armée israélienne a qualifié le bombardement d’«erreur regrettable» causée par l’utilisation de «munitions incorrectes». (AFP)
Des Palestiniens portent le corps d’une femme victime d’une frappe israélienne sur une maison du camp de réfugiés de Maghazi, dans le centre de la bande de Gaza, le 3 janvier 2024. (Reuters)
Des Palestiniens portent le corps d’une femme victime d’une frappe israélienne sur une maison du camp de réfugiés de Maghazi, dans le centre de la bande de Gaza, le 3 janvier 2024. (Reuters)
Après la frappe aérienne de la veille de Noël sur le camp de réfugiés de Maghazi, qui a fait des dizaines de morts parmi les Palestiniens, l’armée israélienne a qualifié le bombardement d’«erreur regrettable» causée par l’utilisation de «munitions incorrectes». (AFP)
Après la frappe aérienne de la veille de Noël sur le camp de réfugiés de Maghazi, qui a fait des dizaines de morts parmi les Palestiniens, l’armée israélienne a qualifié le bombardement d’«erreur regrettable» causée par l’utilisation de «munitions incorrectes». (AFP)
Des Palestiniens blessés lors d’une frappe aérienne israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, dans la bande de Gaza, le 6 décembre 2023, se font soigner à l’hôpital Al-Aqsa de Deir Balah. (AFP)
Des Palestiniens blessés lors d’une frappe aérienne israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, dans la bande de Gaza, le 6 décembre 2023, se font soigner à l’hôpital Al-Aqsa de Deir Balah. (AFP)
Des enfants palestiniens déplacés observent, depuis une tente, un homme qui pleure les membres de sa famille tués lors d’une attaque israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, le 25 décembre 2023. (AFP)
Des enfants palestiniens déplacés observent, depuis une tente, un homme qui pleure les membres de sa famille tués lors d’une attaque israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, le 25 décembre 2023. (AFP)
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Publié le Dimanche 07 janvier 2024

Ce que l’attaque meurtrière d’Israël sur un camp de réfugiés de Gaza révèle sur la conduite de l’armée israélienne et le choix de ses armes

  • La frappe aérienne de la veille de Noël sur le camp de réfugiés de Maghazi a fait des dizaines de morts parmi les civils Palestiniens
  • Les autorités israéliennes ont qualifié le bombardement d’«erreur regrettable» causée par l’utilisation de «munitions incorrectes»

LONDRES: Quelques heures avant minuit, la veille de Noël, une frappe aérienne israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, à l’est de Deir Al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, a fait plus de 70 morts, dont 12 femmes et sept enfants, selon les chiffres de l’hôpital Al-Aqsa, situé à proximité.

L’ONU estime que cette frappe a tué au moins 86 personnes, ce qui en fait l’une des plus meurtrières de toute la guerre, dévastant une zone résidentielle surpeuplée et ensevelissant des familles entières sous des tonnes de décombres.

Le Croissant-Rouge palestinien a mentionné que le travail des équipes de secours a été encore plus entravé par les dégâts causés aux routes entre les camps de Bureij, Maghazi et Nuseirat. En raison de la pénurie de carburant servant à alimenter les machines, les sauveteurs ont dû rechercher les survivants à mains nues.

Des Palestiniens pleurent leurs proches, tués lors d’une frappe israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, lors de funérailles collectives à l’hôpital Al-Aqsa à Deir Al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 25 décembre 2023. (AFP)
Des Palestiniens pleurent leurs proches, tués lors d’une frappe israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, lors de funérailles collectives à l’hôpital Al-Aqsa à Deir Al-Balah, dans le centre de la bande de Gaza, le 25 décembre 2023. (AFP)

Le 25 décembre, Médecins sans frontières (MSF) a tweeté que l’hôpital Al-Aqsa de Deir Al-Balah avait admis 209 blessés et 131 morts à la suite des frappes de la veille de Noël sur Maghazi et Bureij.

Le Hamas, groupe palestinien qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, a qualifié l’attaque de «massacre horrible» et de «nouveau crime de guerre». Pour sa part, le gouvernement israélien a indiqué que ce bombardement était une «erreur regrettable» causée par l’utilisation de «munitions incorrectes».

Dans un communiqué publié le 28 décembre, l’armée israélienne a déclaré qu’une enquête préliminaire menée par un comité spécial avait révélé que le bombardement avait détruit des bâtiments qui n’étaient pas des cibles militaires, faisant des dizaines de morts et de blessés parmi les civils.

Des hommes récupèrent le corps d’une victime tuée lors d’une attaque israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, le 25 décembre 2023. (AFP)
Des hommes récupèrent le corps d’une victime tuée lors d’une attaque israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, le 25 décembre 2023. (AFP)

L’armée israélienne a ajouté que les «importants dommages collatéraux qui auraient pu être évités» à Maghazi étaient causés par l’utilisation de munitions inappropriées. «Le type de munition ne correspondait pas à la nature de l’attaque», a expliqué un responsable militaire israélien à la chaîne publique Kan.

L’armée a promis «de tirer les leçons de l’incident». Toutefois, dans une interview accordée à Sky News le 29 décembre, Eylon Levy, porte-parole officiel du gouvernement israélien, a affirmé que son gouvernement refusait de s’excuser d’avoir «mené cette campagne visant à traduire en justice le régime terroriste du Hamas.»

Il a souligné que la «guerre contre le Hamas» se poursuivrait jusqu’à ce que le groupe militant se rende et libère les derniers otages qu’il a pris le 7 octobre, lorsqu’il a perpétré des massacres brutaux et une série d’enlèvements dans le sud d’Israël.

Le Hamas a tué environ 1200 personnes, pour la plupart des civils, et pris 240 otages, parmi lesquels de nombreux ressortissants étrangers, dont 110 ont été libérés par la suite dans le cadre d’une série d’échanges d'otages et de prisonniers.

M. Levy a qualifié le meurtre de civils à Maghazi d’«erreur regrettable», ajoutant que les «erreurs» sont «inévitables» en temps de guerre.

Tahani Mustafa, analyste principale spécialiste de la Palestine à l’International Crisis Group, estime que les déclarations officielles de ce type font partie de la stratégie de relations publiques privilégiée par Israël.

«Israël se défend toujours en disant “nous avons commis des erreurs mais nous ne l’avons pas fait exprès" afin d’atténuer la publicité négative qu’Israël reçoit de plus en plus et qui devient de plus en plus difficile à justifier et à dissimuler», a-t-elle indiqué à Arab News

«Ils ont fait ce qu’ils ont fait lorsqu’ils pensaient pouvoir s’en tirer, et lorsqu’ils n’ont pas pu s’en tirer, ils ont fait des déclarations futiles comme celle-ci pour atténuer les retombées sur le plan des relations publiques.»

Dans cette photo prise depuis une position dans le sud d’Israël, le long de la frontière avec la bande de Gaza, de la fumée s’élève au-dessus du territoire palestinien lors d’un bombardement israélien, le 5 janvier 2024. (AFP)
Dans cette photo prise depuis une position dans le sud d’Israël, le long de la frontière avec la bande de Gaza, de la fumée s’élève au-dessus du territoire palestinien lors d’un bombardement israélien, le 5 janvier 2024. (AFP)

«Si l’on se fie aux expériences précédentes, toute enquête interne sera immédiatement abandonnée dès que l’intérêt du public s’estompera», a-t-elle ajouté.

De plus, Maghazi n’est pas le seul camp de réfugiés de Gaza à avoir subi des bombardements israéliens ces dernières semaines, Bureij et Nuseirat ayant également été touchés. Rien que le 29 décembre, les bombardements israéliens dans le centre de Gaza ont tué au moins 100 Palestiniens et en ont blessé 150 autres.

De telles attaques montrent, soit que les erreurs reconnues par l’armée israélienne et les représentants du gouvernement sont courantes, soit que l’armée a une approche cavalière de la vie des civils et du risque de dommages collatéraux.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) a fait part de ses préoccupations concernant le bombardement du centre de Gaza et de ses camps densément peuplés.

Des soldats israéliens positionnés près de la frontière de la bande de Gaza, le 29 décembre 2023, dans le cadre des combats en cours contre le mouvement palestinien Hamas. (Photo, AP)
Des soldats israéliens positionnés près de la frontière de la bande de Gaza, le 29 décembre 2023, dans le cadre des combats en cours contre le mouvement palestinien Hamas. (Photo, AP)

Établi en 1949, le camp de Maghazi comptait à l’origine une population d’environ 2500 habitants, qui s’est ensuite accrue pour atteindre environ 30 000 personnes, selon les statistiques de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (Unrwa).

Aujourd’hui, en raison du déplacement des familles gazaouies fuyant l’assaut israélien, qui a fait plus de 22 000 morts depuis le 7 octobre, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas, la population du camp s’élève à environ 100 000 personnes.

Si la frappe de la veille de Noël a été la plus meurtrière de l’histoire de Maghazi, elle est loin d’être la première. Les frappes aériennes du 17 octobre, du 5 novembre et du 6 décembre ont également touché le camp densément peuplé, remettant une fois de plus en question la véracité des affirmations israéliennes selon lesquelles la frappe du 24 décembre n’était qu’une erreur ponctuelle.

Lors d’une précédente frappe aérienne israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, le 6 décembre 2023, la plupart des 18 Palestiniens décédés et des 20 blessés étaient des enfants. (Photos, AFP)
Lors d’une précédente frappe aérienne israélienne sur le camp de réfugiés de Maghazi, le 6 décembre 2023, la plupart des 18 Palestiniens décédés et des 20 blessés étaient des enfants. (Photos, AFP)

La première frappe, en octobre, a touché une école gérée par l’Unrwa, tuant six personnes. De même, le ministère de la Santé, dirigé par le Hamas, a précisé que les frappes de novembre avaient fait au moins 45 morts. Selon The Guardian et Al Jazeera, la seule boulangerie du camp a été détruite.

L’armée israélienne poursuit son offensive terrestre, malgré les appels internationaux à un cessez-le-feu immédiat et durable. Les appels de Washington à réduire son agression, ou au moins à donner la priorité à la préservation des vies civiles, semblent également avoir été ignorés.

Le 12 décembre, le président américain Joe Biden a averti qu’en raison de ses «bombardements aveugles» sur Gaza, Israël perdait le soutien de la communauté internationale. Deux jours plus tard, il a déclaré aux journalistes que les forces israéliennes devaient «se concentrer sur la manière de sauver des vies civiles. Elles ne doivent pas cesser de s'en prendre au Hamas, mais doivent faire preuve de plus de prudence.»

Le lendemain de Noël, le porte-parole de l’armée israélienne, le contre-amiral Daniel Hagari, a annoncé que les forces israéliennes avaient «étendu le combat à la zone connue sous le nom de Camps centraux».

Les organisations humanitaires, les agences de l’ONU et de nombreux médias occidentaux ont confirmé que l’armée israélienne a attaqué des zones qu’elle avait auparavant encouragé les déplacés de Gaza à fuir pour aller dans des régions qu’elle avait désignées comme «sûres».

Une analyse de CNN révèle que l’armée israélienne avait mené des frappes à Rafah, qu’Israël avait précédemment qualifiée de zone sûre pour les réfugiés.

Le rapport du 21 décembre montre aussi que les déclarations israéliennes identifiant les «zones sûres» ou les «zones dangereuses» sont souvent contradictoires et prêtent à confusion.

En raison des perturbations des réseaux d’électricité et de télécommunications causées par le conflit, de nombreux Palestiniens ne sont pas en mesure de consulter les cartes délimitant ces zones, qui ne sont accessibles qu’à l’aide de codes QR imprimés sur des brochures.

Les critiques concernant la conduite de l’armée israélienne à Gaza ne se sont pas limitées à l’intensité des raids aériens et terrestres, mais ont également porté sur le choix des armes et des munitions.

Des soldats israéliens préparent des munitions près d’un obusier d’artillerie automotrice dans le sud d’Israël, près de la frontière avec la bande de Gaza, le 16 décembre 2023. (AFP)
Des soldats israéliens préparent des munitions près d’un obusier d’artillerie automotrice dans le sud d’Israël, près de la frontière avec la bande de Gaza, le 16 décembre 2023. (AFP)

Une enquête publiée par le New York Times le 21 décembre révèle que l’armée israélienne a utilisé des bombes de 907 kg fournies par les États-Unis, qui, selon les experts en munitions, ne conviennent pas à une utilisation dans des zones densément peuplées.

Ces bombes ont été larguées dans une région du sud de Gaza où Israël avait ordonné aux civils de se déplacer pour leur «sécurité», d’après l’enquête.

Les habitants de Maghazi ne peuvent qu’espérer une pause dans les combats qui permettrait l’acheminement de l’aide dans le camp, qui a été interrompue par les bombardements réguliers de la région environnante.

Toutefois, le chef d’état-major de l’armée israélienne, Herzi Halevi, a estimé que l’offensive dans la bande de Gaza durerait «encore de nombreux mois».

 

 Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 

 

EN CHIFFRES

86 Nombre de personnes qui ont été tuées lors de l’attaque de Maghazi, chiffre qui, selon certaines estimations, s'élèverait à 106.

33 000 Personnes qui vivaient dans le camp de réfugiés de Maghazi avant le conflit, selon l’ONU.

0,6% Superficie du camp de réfugiés de Maghazi, densément peuplé

22 000+ Nombre de morts à Gaza depuis le 7 octobre, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas.


Gaza: Israël dit avoir tué six combattants dans le sud du territoire

Des personnes inspectent le site où au moins quatre Palestiniens ont trouvé la mort après l'effondrement de murs sur des tentes abritant des personnes déplacées à Gaza, sous une pluie battante et des vents violents, mardi 13 janvier 2026. (AP Photo/Jehad Alshrafi)
Des personnes inspectent le site où au moins quatre Palestiniens ont trouvé la mort après l'effondrement de murs sur des tentes abritant des personnes déplacées à Gaza, sous une pluie battante et des vents violents, mardi 13 janvier 2026. (AP Photo/Jehad Alshrafi)
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  • L’armée israélienne affirme avoir tué six combattants armés à l’ouest de Rafah, qualifiant l’incident de « violation flagrante » d’un cessez-le-feu déjà très fragile dans la bande de Gaza
  • Malgré la trêve entrée en vigueur le 10 octobre, les violences se poursuivent presque quotidiennement, sur fond de crise humanitaire aiguë et d’accusations réciproques de violations

JERUSALEM: L'armée israélienne a annoncé mercredi avoir tué six combattants dans le sud de la bande de Gaza, revoyant à la hausse le bilan d'un affrontement survenu la veille à la suite de ce qu'elle a qualifié de "violation flagrante" du fragile cessez-le-feu dans le territoire palestinien.

"A la suite de l'incident survenu hier (mardi), au cours duquel six terroristes armés ont été repérés dans la zone ouest de Rafah, et après les recherches menées sur place, il est désormais confirmé que des soldats (...) ont éliminé les six terroristes lors d'un échange de tirs", écrit l'armée dans un communiqué.

"Des armes diverses" ont été retrouvées sur eux, ajoute le texte.

Mardi soir, l'armée israélienne avait expliqué avoir identifié des combattants dans l'ouest de Rafah, proches de ses soldats en précisant que ses chars avaient alors ouvert le feu. Elle mentionnait également des frappes aériennes et indiquait qu'au moins deux combattants avaient été tués.

Une source sécuritaire dans la bande de Gaza avait confirmé à l'AFP mardi dans la soirée des tirs israéliens à l'ouest de la ville de Rafah, sans plus de détails.

Aux termes d'un cessez-le-feu très fragile entré en vigueur dans la bande de Gaza le 10 octobre après deux années de guerre entre Israël et le mouvement islamiste palestinien Hamas, l'armée israélienne s'est repliée derrière une "ligne jaune" lui conférant encore le contrôle de plus de la moitié du petit territoire, dont la ville de Rafah.

La trêve entre Israël et le Hamas demeure des plus précaires. Les incidents sont quotidiens, les deux camps s'accusant mutuellement de violer les termes du cessez-le-feu, tandis que la situation humanitaire dans le territoire reste critique.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, au moins 447 Palestiniens, dont 165 mineurs, ont été tués, selon le ministère de la Santé de Gaza, placé sous l'autorité du Hamas. L'armée israélienne a pour sa part fait état de trois soldats tués.


Gaza: au moins 100 enfants tués depuis le cessez-le feu, selon l'Unicef

Au moins 100 enfants ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). (AFP)
Au moins 100 enfants ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). (AFP)
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  • Ces enfants -60 garçons et 40 filles selon l'Unicef- ont été "tués par des frappes aériennes, des frappes de drones, y compris des drones kamikazes. Ils sont tués par des tirs de chars. Ils sont tués par des balles réelles"
  • Un responsable du ministère de la Santé de Gaza, qui tient les registres des victimes, a fait état d'un chiffre plus élevé, soit 165 enfants tués depuis le cessez-le-feu, sur un total de 442 décès

GENEVE: Au moins 100 enfants ont été tués à Gaza depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu avec Israël en octobre, a annoncé mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef).

"Plus de 100 enfants ont été tués à Gaza depuis le cessez-le-feu début octobre. Cela représente environ un garçon ou une fille tué(e) chaque jour pendant le cessez-le-feu", a déclaré depuis Gaza le porte-parole de l'Unicef, James Elder, en direct par visioconférence pour la presse à Genève.

Ces enfants -60 garçons et 40 filles selon l'Unicef- ont été "tués par des frappes aériennes, des frappes de drones, y compris des drones kamikazes. Ils sont tués par des tirs de chars. Ils sont tués par des balles réelles", a-t-il déclaré, ajoutant que le nombre réel était probablement plus élevé.

Un responsable du ministère de la Santé de Gaza, qui tient les registres des victimes, a fait état d'un chiffre plus élevé, soit 165 enfants tués depuis le cessez-le-feu, sur un total de 442 décès. "De plus, sept enfants sont morts d'hypothermie depuis le début de l'année", a déclaré à l'AFP Zaher Al-Wahidi, directeur du département informatique du ministère de la Santé.

Interrogée par l'AFP, l'armée israélienne n'a elle pas été en mesure de réagir dans l'immédiat.

M. Elder a souligné que les enfants de Gaza vivaient "toujours dans la peur. Les traumatismes psychologiques restent non soignés et, plus cela dure, plus ils s'aggravent et deviennent difficiles à guérir", a-t-il prévenu, évoquant une vie qui "reste donc suffocante" et la survie "précaire".

"Un cessez-le-feu qui ralentit les bombardements est un progrès, mais un cessez-le-feu qui continue d'ensevelir des enfants est insuffisant", a-t-il insisté estimant que "ce que le monde appelle aujourd'hui le calme serait considéré comme une crise ailleurs".

En novembre, les autorités de Gaza avaient annoncé que plus de 70.000 personnes ont été tuées depuis le début de la guerre menée par Israël en représailles de l'attaque sans précédent du Hamas contre ce pays le 7 octobre 2023.

Près de 80% des bâtiments de Gaza ont été détruits ou endommagés par la guerre, selon les données de l'ONU.

Par ailleurs, M. Elder a dénoncé la décision d'Israël, le 1er janvier, de suspendre l'accès à la bande de Gaza à 37 organisations humanitaires étrangères qui avaient refusé de communiquer aux autorités palestiniennes la liste de leurs employés.

"Bloquer les ONG internationales, bloquer toute aide humanitaire (...), c'est bloquer une aide vitale", a-t-il protesté.

Bien que l'Unicef soit parvenue à augmenter considérablement l'aide reçue depuis le cessez-le-feu, M. Elder a souligné qu'il fallait "des partenaires sur le terrain".

"Lorsque des ONG clés sont interdites de fournir une aide humanitaire et de témoigner, et que des journalistes étrangers sont bloqués", on peut légitimement se demander si l'objectif n'est pas de "restreindre l'examen des souffrances des enfants", a-t-il ajouté.


Les Etats-Unis désignent les Frères musulmans en Egypte, Liban et Jordanie comme organisations terroristes

 Washington a désigné mardi les Frères musulmans en Egypte, au Liban et en Jordanie comme "organisations terroristes étrangères", répondant ainsi à une demande de longue date de ses alliés arabes. (AFP)
Washington a désigné mardi les Frères musulmans en Egypte, au Liban et en Jordanie comme "organisations terroristes étrangères", répondant ainsi à une demande de longue date de ses alliés arabes. (AFP)
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  • "Les Etats-Unis utiliseront tous les outils à leur disposition pour priver ces branches des Frères musulmans des ressources leur permettant de mener ou soutenir des actes de terrorisme", a-t-il ajouté
  • L'organisation a répondu mardi "rejeter catégoriquement" cette décision, affirmant refuser la violence et ne pas poser de menace envers les Etats-Unis

WASHINGTON: Washington a désigné mardi les Frères musulmans en Egypte, au Liban et en Jordanie comme "organisations terroristes étrangères", répondant ainsi à une demande de longue date de ses alliés arabes.

Fondé en 1928 en Egypte, ce mouvement pan-islamiste sunnite a un temps étendu son influence sur tout le monde arabe, mais a connu un recul ces dernières années sous la pression des grandes puissances arabes.

"Ces classifications reflètent les premières mesures d'une action continue et soutenue pour contrecarrer la violence et la déstabilisation de certaines branches des Frères musulmans partout où elles se trouvent", a justifié dans un communiqué le secrétaire d'Etat américain, Marco Rubio.

"Les Etats-Unis utiliseront tous les outils à leur disposition pour priver ces branches des Frères musulmans des ressources leur permettant de mener ou soutenir des actes de terrorisme", a-t-il ajouté.

L'organisation a répondu mardi "rejeter catégoriquement" cette décision, affirmant refuser la violence et ne pas poser de menace envers les Etats-Unis.

"Cette classification est à la fois déconnectée de la réalité et dépourvue d’éléments de preuves," a-t-elle déclaré dans un communiqué publié en ligne. "C'est le résultat de pressions étrangères, venant particulièrement des Emirats arabes unis et d'Israël", ajoutent les Frères musulmans, qui affirment envisager de contester en justice la décision américaine.

"Menace" 

L'Egypte, où le mouvement est interdit, a salué l'annonce américaine, la qualifiant "d'étape décisive" dans la lutte contre "l'extrémisme" et "la menace directe qu'il fait peser sur la sécurité et la stabilité régionales et internationales".

En novembre, Donald Trump avait signé un décret enclenchant ce processus de classification.

Le texte publié par la Maison Blanche notait que les antennes des Frères musulmans au Liban, en Jordanie et en Egypte "commettaient ou encourageaient et soutenaient des campagnes de violence et de déstabilisation qui nuisent à leurs propres régions, à des citoyens américains ou à des intérêts américains".

La classification comme "organisation terroriste étrangère" permet, outre la pression politique, de prendre une série de mesures financières et administratives: gel des avoirs, interdiction de transactions, interdiction d'entrée sur le territoire américain, etc.

Le Trésor américain a affirmé que les branches égyptienne et jordanienne des Frères musulmans entretenaient des liens avec le mouvement islamiste palestinien Hamas, qui a lancé une attaque sanglante le 7 octobre 2023 contre Israël ayant déclenché deux ans d'offensive militaire dans la bande de Gaza.

Hamas et Hezbollah 

Le Hamas - créé en décembre 1987 par un groupe de militants islamistes se réclamant des Frères musulmans - est lui aussi classé de longue date comme "organisation terroriste" par les Etats-Unis.

Et selon le département d'Etat américain, au Liban les Frères musulmans se sont alliés au mouvement chiite pro-iranien Hezbollah pour frapper Israël.

Les Frères musulmans libanais ont "poussé pour un alignement plus formel avec l'axe Hezbollah-Hamas", a affirmé la diplomatie américaine dans le communiqué.

En avril 2025, la Jordanie a interdit les frères musulmans auxquels elle avait imputé des "activités de nature à déstabiliser le pays", notamment la fabrication et le stockage de roquettes et explosifs, mettant un terme à une relation longtemps ambivalente entre les autorités et l'influente confrérie.

Fondée en 1945, la branche jordanienne des Frères musulmans était la plus ancienne et la plus influente organisation islamique du pays.

La confrérie des Frères musulmans, organisation transnationale implantée dans de nombreux pays, a longtemps été le principal mouvement d'opposition en Egypte malgré des décennies de répression.

Aujourd'hui considérée dans le pays comme une organisation "terroriste", elle a été rayée du paysage politique après le bref mandat d'un an (2012-2013) de l'un des siens, le président d'alors Mohamed Morsi mort en prison en 2019.

La confrérie porte le projet d'un islam politique conservateur. Le mouvement a été interdit dans plusieurs autres pays, dont l'Arabie saoudite.

Les Etats-Unis se sont longtemps abstenus de procéder à cette classification pour ne pas compromettre les relations avec la Turquie, dont le président, Recep Tayyip Erdogan, entretient une affinité idéologique avec les Frères musulmans.