Taïwan vote mais Washington parie que les tensions ne s'envoleront pas

La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen lors d'un rassemblement électoral avant les élections présidentielles taïwanaises à Taipei le 11 janvier 2024. (Photo de Sam Yeh / AFP)
La présidente taïwanaise Tsai Ing-wen lors d'un rassemblement électoral avant les élections présidentielles taïwanaises à Taipei le 11 janvier 2024. (Photo de Sam Yeh / AFP)
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Publié le Jeudi 11 janvier 2024

Taïwan vote mais Washington parie que les tensions ne s'envoleront pas

  • Au Congrès américain, le soutien à Taïwan est particulièrement marqué
  • Le dialogue entre Washington et Pékin s'est un peu réchauffé ces derniers temps au moment où le président chinois Xi Jinping se concentre sur les difficultés économiques de son pays

WASHINGTON: Les élections à Taïwan ne sont jamais anodines pour les Etats-Unis, qui craignent l'affrontement avec la Chine. Mais avant le scrutin de samedi, Washington estime pouvoir éviter l'escalade immédiate même si sur le long terme, rien n'est exclu.

Le président Joe Biden prévoit d'envoyer une délégation à Taïwan après la présidentielle et la coopération militaire et commerciale des Etats-Unis avec l'île autonome revendiquée par Pékin n'accusera aucune faiblesse, selon des responsables américains.

Le dialogue entre Washington et Pékin s'est un peu réchauffé ces derniers temps au moment où le président chinois Xi Jinping se concentre sur les difficultés économiques de son pays.

Mais depuis 2022, Pékin a mené deux exercices militaires d'ampleur en rétorsion au soutien apporté à Taïwan par des présidents de la Chambre des représentants américaine et dénigre le favori de la présidentielle, Lai Ching-te, issu du Parti démocratique progressiste (DPP).

Un responsable américain a demandé à Pékin de s'abstenir de toute "provocation".

Dans le territoire même, le fossé partisan autrefois profond sur l'attitude à avoir envers la Chine s'est un peu comblé face à l'agressivité de Pékin, sa répression à Hong Kong et l'invasion de l'Ukraine par la Russie.

Le moment est historiquement important mais "cette élection aura moins d'impact" sur la politique américaine envers Taïwan, juge Oriana Skylar Mastro, spécialiste de l'île à l'Université Stanford.

Les principaux candidats ont pris du recul par rapport aux objectifs de leurs prédécesseurs, qu'il s'agisse d'évoquer ouvertement l'indépendance ou l'intégration économique avec le géant asiatique.

Dans son rapport annuel, le cabinet d'études Eurasia Group minimise les risques de conflit, mettant en avant un certain apaisement des tensions entre la Chine et les Etats-Unis et les déclaration prudentes de Lai Ching-te.

"La probabilité d'une attaque de la Chine contre Taïwan est négligeable en 2024", juge le président d'Eurasia Group Ian Bremmer.

Dans une récente étude, trois spécialistes, Bonnie Glaser, Jessica Chen Weiss et Thomas Christensen, estiment que Washington doit rassurer la Chine en proclamant haut et fort son opposition à l'indépendance de l'île de 23 millions d'habitants.

Le président Biden a déclaré que les troupes américaines défendraient Taïwan -- à rebours de la politique d’ambiguïté traditionnelle de Washington -- et son gouvernement a, fait inédit, donné directement des armes au territoire, lequel les achetait auparavant.

Au Congrès américain, le soutien à Taïwan est particulièrement marqué. Le président républicain de la Chambre Mike Johnson a promis "d'aider à la défense de Taïwan" lors d'une rencontre avec un diplomate taïwanais à Washington.

"Nous voulons dissuader le Parti communiste chinois de toute provocation militaire", lui a-t-il dit mardi.

L'ancien président Donald Trump, grand favori des primaires républicaines pour la présidentielle américaine de novembre, a également fait de l'opposition à la Chine un cheval de bataille tout en se gardant de s'engager sur un soutien militaire.

Le parti de M. Lai a mis en exergue l'idée d'une identité séparée de l'île gouvernée par un système démocratique, que Pékin considère toutefois comme partie intégrante de son territoire.

Parmi ses rivaux, Hou Yu-ih, du Kuomintang, les héritiers des nationalistes chinois défaits en 1949 qui ont prôné un rapprochement avec la Chine et l'ancien maire de Taipei, Ko Wen-je, partisan d'une troisième voie.

"L'administration Biden n'a vraiment pas de favori dans cette course", juge Scott Kennedy, du Centre des études stratégiques et internationales.

"Je me demande si d'un autre côté, il n'y aura pas de la déception au Congrès en cas de défaite de M. Lai", poursuit-il, n'excluant pas des changements dans l'interventionisme de la Chine.

"Il ne faut pas reporter les actions défensives de peur de provoquer la Chine car cela ne ferait que les encourager à être plus agressifs", a-t-il dit récemment sur Fox.

Le directeur de la CIA Bill Burns avait déclaré l'année dernière que la Chine souhaitait être capable de prendre Taïwan d'ici 2027 mais que les difficultés de la Russie en Ukraine avaient pu freiner ses ardeurs.

Pour Oriana Skylar Mastro, l'élection ne devrait pas toutefois modifier les objectifs à long terme de Pékin.

La Chine veut contrôler l'île officiellement "et je ne pense pas que cela se produirait sans utilisation de la force sous une forme ou une autre", ajoute-t-elle. "C'est comme une histoire de violences domestiques." Une "lune de miel" est possible à un moment "mais si vous pensez qu'il ne va pas recommencer, vous êtes dingue".


Trump semble repousser à nouveau son ultimatum à l'Iran, désormais pour «mardi 20H00»

onald Trump a semblé dimanche à nouveau repousser de 24 heures son ultimatum à l'Iran, fixé à présent à "mardi 20H00" heure de Washington (00H00 GMT mercredi). (AFP)
onald Trump a semblé dimanche à nouveau repousser de 24 heures son ultimatum à l'Iran, fixé à présent à "mardi 20H00" heure de Washington (00H00 GMT mercredi). (AFP)
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  • Fin mars, le président américain - qui exige notamment de Téhéran la réouverture du détroit d'Ormuz - avait déjà repoussé de 10 jours son ultimatum, qui devait expirer lundi
  • Plus tôt dimanche, il a également estimé auprès de Fox News qu'il existait de "bonnes chances" de parvenir à un accord avec l'Iran lundi

WASHINGTON: Donald Trump a semblé dimanche à nouveau repousser de 24 heures son ultimatum à l'Iran, fixé à présent à "mardi 20H00" heure de Washington (00H00 GMT mercredi).

"Mardi, 20H00 heure de la côte Est!", a-t-il simplement écrit sur sa plateforme Truth Social.

Fin mars, le président américain - qui exige notamment de Téhéran la réouverture du détroit d'Ormuz - avait déjà repoussé de 10 jours son ultimatum, qui devait expirer lundi.

Plus tôt dimanche, il a également estimé auprès de Fox News qu'il existait de "bonnes chances" de parvenir à un accord avec l'Iran lundi.

"Je pense qu'il y a de bonnes chances demain" d'avoir un accord, a déclaré le président américain lors d'un entretien par téléphone avec un journaliste de la chaîne. Sans accord, "vous allez voir des ponts et des centrales électriques s'effondrer à travers tout le pays", a-t-il de nouveau menacé.

Lors du même entretien, Donald Trump a affirmé avoir garanti "l'immunité" aux négociateurs iraniens, afin qu'ils ne soient pas visés par des frappes américano-israéliennes.

Selon le président, les négociations ne portent pas sur la possibilité pour l'Iran de développer une arme nucléaire, puisque Téhéran aurait abandonné cette idée.

"Le point important, c'est qu'ils n'auront pas d'arme nucléaire. Ils ne négocient même pas sur cette question, c'est tellement facile. Ça a déjà été concédé. La plupart des sujets ont été concédés", a-t-il assuré, selon le journaliste Trey Yingst de Fox News.

Détroit d'Ormuz 

Donald Trump, qui a fait une tournée des médias américains par téléphone dimanche matin, a également exhorté à nouveau Téhéran à rouvrir le détroit d'Ormuz dans une interview au Wall Street Journal.

"S'ils veulent le garder fermé, ils vont perdre toute centrale électrique et toute autre centrale qu'ils ont dans le pays", a-t-il déclaré.

Interrogé sur quand il envisageait une fin au conflit, Donald Trump a répondu: "Je vous le ferai savoir bientôt."

"Mais nous sommes dans une position qui est très forte et ce pays aura besoin de 20 ans pour se reconstruire, s'ils ont de la chance, s'ils ont encore un pays", a-t-il ajouté.

"Et s'ils ne font pas quelque chose d'ici mardi soir, ils n'auront pas de centrales électriques, et ils n'auront plus de ponts encore debout."

Dans un entretien à ABC, le président américain a aussi affirmé que la fin de la guerre était une question de jours et non de semaines, mais qu'en l'absence d'accord, il procéderait à une vaste campagne de frappes.

Interrogé pour savoir s'il se fixait des limites pour ces frappes, Donald Trump a répondu: "Très peu".

Kurdes 

Dans une brève interview par téléphone au média The Hill, le milliardaire républicain n'a pas non plus exclu l'envoi de troupes au sol en Iran. Interrogé pour savoir s'il excluait cette possibilité, Donald Trump a répondu "Non". Et ajouté: "Des gens normaux concluraient un accord, des gens intelligents concluraient un accord. S'ils étaient intelligents ils concluraient un accord".

Auprès de Fox News, il a également affirmé que les Etats-Unis avaient tenté - à une date non précisée - d'envoyer des armes aux manifestants en Iran contre le pouvoir en place, par l'intermédiaire des groupes kurdes dans la région.

Un mouvement de contestation avait éclaté fin décembre en Iran en raison de la hausse du coût de la vie, avant de se propager et d'évoluer en rassemblements antigouvernementaux. En janvier, Donald Trump avait promis aux protestataires: "l'aide est en route".

"On a envoyé des armes aux manifestants, beaucoup", a-t-il déclaré dimanche, avant d'ajouter: "Je pense que les Kurdes ont pris les armes".

Fin mars, un haut responsable du Kurdistan d'Irak avait assuré dans un entretien à l'AFP que Washington n'armait pas les groupes kurdes iraniens exilés dans la région.

"Nous n'avons vu aucune tentative des Etats-Unis, d'une quelconque branche des Etats-Unis, d'armer les groupes de l'opposition iranienne au Kurdistan, absolument pas", avait déclaré Qubad Talabani, Premier ministre adjoint du Kurdistan autonome.


Détroit d'Ormuz: l'Iran met en garde le Conseil de sécurité de l'ONU contre toute «action provocatrice»

 Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février
  • "M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation"

TEHERAN: Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a mis en garde contre toute "action provocatrice" avant un vote prévu du Conseil de sécurité de l'ONU sur un usage de la force pour débloquer le détroit d'Ormuz.

M. Araghchi s'exprimait jeudi et le vote était initialement prévu vendredi, avant l'annonce de son report sine die.

Le détroit d'Ormuz, passage stratégique du marché mondial des hydrocarbures, est quasiment totalement bloqué par l'Iran en réaction à l'attaque américano-israélienne contre son territoire le 28 février.

"M. Araghchi souligne que toute action provocatrice des agresseurs et de leurs soutiens, y compris au Conseil de sécurité de l'ONU concernant la situation dans le détroit d'Ormuz, ne fera que compliquer davantage la situation", selon un communiqué de son ministère.

Porté par Bahreïn, le texte fait l'objet de discussions par les 15 membres du Conseil depuis dix jours, reflétant leurs divergences.

Le dernier projet de résolution insiste sur le fait que le Conseil autoriserait tout Etat ou toute coalition d'Etats à utiliser des moyens "défensifs" pour assurer la sécurité des navires. Une stipulation de mandat défensif absente au départ.

Mais il n'est pas certain que cela soit suffisant à convaincre la Russie et la Chine, qui ont un droit de veto.

"L'Iran a fermé le détroit d'Ormuz, empêchant les navires commerciaux et les pétroliers de passer et posant des conditions pour permettre le passage de certains", a dénoncé jeudi le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jassem Al-Budaiwi, au nom de cette organisation qui regroupe l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et Oman.

"Nous appelons le Conseil de sécurité à prendre toutes ses responsabilités et à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les couloirs maritimes et assurer la poursuite en toute sécurité de la navigation internationale", a-t-il insisté à New York, avant l'annonce du report.


Le patron du Pentagone obtient le départ du chef d'état-major de l'armée de terre

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde. (AFP)
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  • Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George
  • Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite"

WASHINGTON: Le ministre américain de la Défense, Pete Hegseth, a obtenu le départ immédiat du chef d'état-major de l'armée de terre, le général Randy George, a fait savoir un responsable américain à propos de ce limogeage qui survient en pleine guerre contre l'Iran.

Ce très haut gradé "va quitter ses fonctions de 41e chef d'état-major de l'armée de terre, avec effet immédiat", a écrit sur la plateforme X Sean Parnell, le porte-parole du Pentagone, lui souhaitant "une belle retraite."

Il ne donne pas la raison de ce départ soudain.

CBS News, qui a révélé l'information, cite un responsable américain anonyme affirmant que Pete Hegseth souhaite nommer à sa place quelqu'un qui pourra appliquer la vision de Donald Trump et de son ministre pour l'armée de terre.

Le général Randy George, diplômé de la prestigieuse académie militaire de West Point, qui a servi en Irak et en Afghanistan, avait été nommé à ce poste en 2023, sous le mandat du président démocrate, Joe Biden.

Il s'agit d'un départ forcé de plus chez les plus hauts gradés de l'armée américaine depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

Le président américain avait, sans explication, limogé début 2025 Charles "CQ" Brown, le chef d'état-major des armées, pour le remplacer par Dan Caine.

Depuis, ce sont les chefs de la marine, des gardes-côtes, de l'agence d'espionnage NSA, ainsi que de nombreux autres, qui ont été poussés vers la sortie par le gouvernement de Donald Trump.

Selon le Washington Post et CBS, deux autres généraux, David Hodne, chargé du Commandement de la transformation et de l'entraînement de l'armée, et William Green Jr, à la tête du corps des aumôniers militaires, ont par ailleurs été mis à l'écart en même temps que le général George.

Pete Hegseth, à la tête d'un ministère qu'il a renommé "ministère de la Guerre", a assuré qu'il choisissait tout simplement les chefs qu'il veut pour diriger l'armée au plus grand budget du monde.

Des parlementaires de l'opposition démocrate se sont inquiétés d'une potentielle politisation de l'armée, traditionnellement plus isolée des batailles politiciennes que le reste de l'appareil d'Etat américain.

Pete Hegseth a aussi décidé l'an passé de réduire le nombre de plus hauts gradés de l'ensemble de l'armée.