Comment Macron a fait le pari jeune avec Attal, pour renouer avec sa «révolution»

Le Premier ministre français Gabriel Attal arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet au palais présidentiel de l'Elysée à Paris, le 12 janvier 2024. (Photo Ludovic Marin AFP)
Le Premier ministre français Gabriel Attal arrive à la réunion hebdomadaire du cabinet au palais présidentiel de l'Elysée à Paris, le 12 janvier 2024. (Photo Ludovic Marin AFP)
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Publié le Samedi 13 janvier 2024

Comment Macron a fait le pari jeune avec Attal, pour renouer avec sa «révolution»

  • Mardi, «le plus jeune président de la République de l'histoire nomme le plus jeune Premier ministre de l'histoire», dit lui-même Gabriel Attal, 34 ans, pour signifier un choix fait aussi pour marquer les esprits
  • Emmanuel Macron invoquait vendredi «l'esprit de 2017» devant ses ministres et, comme en écho à «Révolution», son livre-programme avant sa première élection, leur demandait d'être des «révolutionnaires», pas «des gestionnaires»

PARIS : L'automne dernier, à l'Elysée. Emmanuel Macron commence à s'interroger sur un changement à la tête du gouvernement. Les options sont passées en revue, mais régulièrement le président demande: «Et Gabriel? Et Attal?».

A l'époque, peu sont ceux autour de lui qui prennent cette piste au sérieux. «Trop jeune», l'argument revient en boucle pour l'écarter, jusqu'au week-end dernier.

Mais dans «un coin de sa tête», disent deux proches, le nom du ministre de l'Education fait son chemin. Pour sa jeunesse, justement, et sa popularité dans laquelle le chef de l'Etat décide finalement de puiser pour renouer avec l'esprit «révolutionnaire» qu'il avait voulu insuffler en 2017 et qui s'était perdu en chemin.

En cette année où, aux Etats-Unis, devrait se rejouer le duel entre Joe Biden, 81 ans, et Donald Trump, 77 ans, le contraste est saisissant. Mardi, «le plus jeune président de la République de l'histoire nomme le plus jeune Premier ministre de l'histoire», dit lui-même Gabriel Attal, 34 ans, pour signifier un choix fait aussi pour marquer les esprits.

L'opération Attal est narrée par les communicants du palais sous la houlette d'un revenant, Jonathan Guémas, lui aussi trentenaire. Chargé des discours du premier quinquennat, il a été appelé à la rescousse pour cette nouvelle étape, et il imprime sa marque après un début de mandat manquant cruellement de récit, de l'avis quasi-unanime de la Macronie.

Le message est clair: cette «jeunesse», elle rime avec «audace», «dynamisme», «mouvement», «vitesse».

A cet égard, explique l'entourage présidentiel, la promotion du premier chef de gouvernement de la «génération Macron» est synonyme de «retour aux sources».

- Bride courte -

Emmanuel Macron invoque d'ailleurs vendredi «l'esprit de 2017» devant ses ministres et, comme en écho à «Révolution», son livre-programme avant sa première élection, leur demande d'être des «révolutionnaires», pas «des gestionnaires».

Un discours offensif qui, en creux, dit crûment ce que le chef de l'Etat et sa garde rapprochée ont nié vingt mois durant: oui, le second quinquennat manquait jusqu'ici de souffle; oui, le président se sentait comme corseté avec une Première ministre, Elisabeth Borne, qui n'avait pas été son premier choix.

Avec elle, «c'était le devoir, pas le combat», grince un proche, évoquant une volonté de rupture par rapport à ces débuts cahoteux.

Dans un étonnant mimétisme, le duo exécutif s'adonne au même rythme ternaire pour claironner ses mots d'ordre.

«De l'action, de l'action, de l'action», martèle Gabriel Attal sur TF1, jeudi, avant de scander vendredi sa priorité pour «l'école, l'école, l'école». «Des résultats, des résultats, des résultats», renchérit Emmanuel Macron, dont l'entourage ajoute: «travail, travail, travail».

Mais le récit élyséen veut peut-être aussi suggérer que, s'il s'en remet à ce Premier ministre plus populaire que lui, le président garde la main. Celui qui privilégiait des profils d'exécutants prend le risque de travailler avec un as de la communication susceptible de prendre la lumière, mais les premières décisions montrent qu'il lui tient la bride courte.

De l'avis général, la composition gouvernementale porte la patte d'Emmanuel Macron, avec les autres présidentiables Bruno Le Maire et Gérald Darmanin confortés, et l'arrivée des sarkozystes Rachida Dati et Catherine Vautrin. L'équipe se réunira dorénavant dans le «Salon vert», jouxtant le bureau du président.

Et si Gabriel Attal est censé incarner le «dépassement» du clivage droite-gauche cher aux marcheurs historiques, son gouvernement penche plus à droite que jamais -- dans la ligne du macronisme, déplorent les représentants de l'aile gauche.

- «Pas de rente» -

Pour comprendre la surprise Attal, l'entourage d'Emmanuel Macron estime a posteriori qu'il suffisait de lire les indices semés en décembre, lorsqu'il arrive à la conclusion «que janvier serait un moment décisif pour son quinquennat». Il promet alors un «rendez-vous avec la Nation» pour ce début d'année, loue sur France 5 «l'énergie» et «le courage» de l'ambitieux ministre, et énonce lors des voeux ses maîtres-mots pour 2024: «réarmement» et «régénération».

Début janvier pourtant, il brouille encore les pistes, laissant filtrer le profil d'autres favoris pour Matignon.

«Je ne pense pas qu'il jouait», décrypte un conseiller. «Mais il a tiré le fil des voeux et s'est dit: +si je suis sincère avec ce que j'ai dit, Gabriel Attal est une évidence+».

Selon plusieurs sources macronistes, c'est avant le week-end dernier que le chef de l'Etat évoque avec son futur Premier ministre sa possible promotion. Pas encore avec ses alliés du Modem et d'Horizons, ni ses plus proches compagnons de route, Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée, et Richard Ferrand, l'ancien président de l'Assemblée nationale.

Tentent-ils de faire capoter la nomination quand le président dévoile ses cartes, lundi? Un proche parle de «pressions», François Bayrou reconnaît des «interrogations», notamment sur «l'expérience nécessaire», tandis que «personne n'a posé la question» à Edouard Philippe, d'après un de ses amis.

Et c'est peut-être l'une des clés. Emmanuel Macron a pris son monde par surprise, et puis lui a tenu tête.

«En Macronie, il n'y a pas de rente», sourit un conseiller.

Un autre familier va plus loin en décrivant un président comme libéré, qui a enfin imposé ses choix au puissant Alexis Kohler: l'arrivée de Gabriel Attal, mais aussi son propre casting, avec des noms pas forcément au goût de son bras droit, de Rachida Dati à Catherine Vautrin en passant par Stéphane Séjourné.

 


Conflit au Proche-Orient: Paris tente de rassurer et de protéger

Une photo prise le 1er mars 2026 à la base de la Royal Air Force (RAF) à Akrotiri, à Chypre, et publiée par le ministère britannique de la Défense (MOD) le 3 mars 2026, montre un avion Typhoon de la Royal Air Force (RAF) britannique décollant pour des opérations au Moyen-Orient. (AFP)
Une photo prise le 1er mars 2026 à la base de la Royal Air Force (RAF) à Akrotiri, à Chypre, et publiée par le ministère britannique de la Défense (MOD) le 3 mars 2026, montre un avion Typhoon de la Royal Air Force (RAF) britannique décollant pour des opérations au Moyen-Orient. (AFP)
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  • Derrière cette prise de parole, cartes à l’appui, se dessine une doctrine qui consiste à ne pas entrer dans la guerre et à tenter de ne pas laisser la guerre s’étendre
  • L’annonce la plus structurante concerne la constitution d’une coalition destinée à assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Hormuz

PARIS: Quatre jours après l’embrasement régional consécutif aux frappes visant l’Iran, la France a choisi de clarifier sa stratégie.

Dans une brève allocution aux Français, le président Emmanuel Macron a défini les trois piliers de l’action française : protéger les ressortissants dans la région, soutenir les pays amis et alliés et défendre les intérêts nationaux.

« Cette guerre contre l’Iran n’est pas la nôtre », a indiqué le président, mais la France ne peut se permettre l’indifférence.

En effet, cette crise s’ajoute à la guerre en Ukraine, accentuant l’instabilité stratégique autour de l’Europe, alors que les partenaires méditerranéens et du Golfe sont directement exposés, tout comme les intérêts économiques, énergétiques et commerciaux français.

Derrière cette prise de parole, cartes à l’appui, se dessine une doctrine qui consiste à ne pas entrer dans la guerre et à tenter de ne pas laisser la guerre s’étendre.

L’annonce la plus structurante concerne la constitution d’une coalition destinée à assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Hormuz.

Ce passage stratégique, par lequel transite près d’un tiers du pétrole mondial transporté par mer, s’est de facto vidé de ses navires commerciaux, les compagnies refusant de courir le risque d’attaques.

Du point de vue français, l’objectif semble clair : il s’agit de rassurer afin de rétablir les flux.

Paris dispose déjà de moyens navals dans la zone et participe à l’opération européenne EUNAVFOR Aspides, consacrée à la protection de la navigation.

L’escorte de navires, la dissuasion d’attaques, voire la neutralisation de menaces immédiates font partie des options opérationnelles, alors que deux frégates françaises pourraient renforcer le dispositif.

La France exclut toutefois toute intégration dans une opération américaine. Les précédents existent : lors de tensions antérieures dans le Golfe, Européens et Américains avaient conduit des opérations parallèles, coordonnées mais distinctes. Il en sera de même aujourd’hui, affirme Paris.

Cette autonomie stratégique n’est pas une posture, mais vise à préserver la crédibilité française auprès des pays du Golfe — Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar — en agissant dans le cadre du droit international et des engagements de défense existants, sans s’associer à des opérations jugées contraires à ce cadre.

Au-delà d’Hormuz, Paris rappelle l’existence de trois « goulets d’étranglement » essentiels à la sécurité énergétique européenne : Hormuz, Bab el-Mandeb et Suez. Une flambée durable des cours du pétrole ou du gaz se répercuterait en effet en quelques jours à la pompe.

De ce point de vue, la sécurisation maritime n’est pas seulement un enjeu stratégique : elle est aussi sociale et économique.

La déclaration conjointe des pays du format E3 (France, Allemagne, Royaume-Uni), évoquant la possibilité d’actions « défensives, y compris à la source », a suscité des interrogations, mais Paris insiste : il n’existe aucun scénario d’action planifiée contre l’Iran.

En revanche, dans un contexte militaire, la défense active ne peut exclure par principe la neutralisation d’une menace immédiate visant des forces françaises ou celles d’un partenaire lié par un accord de défense.

Vue de Paris, la nuance est d’importance : il ne s’agit pas d’une initiative offensive, mais d’autoprotection.

Par ailleurs, si le Golfe concentre l’attention maritime, le Levant demeure le principal point de fragilité terrestre, d’où la mise en garde du président français contre toute extension de l’offensive israélienne dans le sud du Liban.

Les provocations du Hezbollah exposent l’ensemble de la population libanaise, souligne Paris, mais Israël ne saurait espérer « le moindre soutien » s’il s’engageait dans une nouvelle occupation.

La France se trouve ici dans une position singulière : présente au sud du Liban dans le cadre de la FINUL, elle dispose d’un levier diplomatique et militaire.

En même temps, elle soutient les annonces du Premier ministre libanais Nawaf Salam sur le déploiement de l’armée libanaise et la reprise du contrôle effectif du territoire, y compris dans les zones d’influence du Hezbollah.

La conférence internationale destinée à renforcer l’équipement des forces armées libanaises a été reportée, mais pour Paris l’engagement demeure. L’objectif est clair : permettre aux autorités légitimes d’exercer leur souveraineté, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité de 2006, qui prévoit le désarmement des milices et le déploiement exclusif de l’armée régulière au sud du pays.

Paris adopte ici une position d’équilibre, consistant à exiger des autorités libanaises qu’elles assument leurs responsabilités, tout en reconnaissant la complexité interne et les interférences régionales.

L’expérience historique pèse lourdement dans les calculs israéliens comme dans ceux de la communauté internationale, ce qui incite Paris à mettre en garde : une nouvelle invasion du Liban serait coûteuse et potentiellement déstabilisatrice pour l’ensemble de la région.

La France entend mobiliser tous ses canaux diplomatiques, y compris un échange direct avec le Premier ministre israélien, pour éviter ce scénario.

En réalité, c’est une architecture régionale que Paris cherche à préserver, en tâchant de rassurer Chypre en Méditerranée orientale, de soutenir la Jordanie et les partenaires du Golfe dans la protection de leur espace aérien, de maintenir ouverts les corridors maritimes, tout en préservant le Liban, maillon le plus faible de la région.


Guerre au Moyen-Orient: la gauche française appelle Macron à rester dans une logique défensive

Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
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  • La gauche française appelle à la prudence, demandant au président Emmanuel Macron de rester dans une posture défensive et de ne pas soutenir une guerre jugée « illégale » menée par Donald Trump et Benjamin Netanyahou sans mandat international
  • Malgré le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle et d’autres moyens militaires, plusieurs responsables de gauche (LFI, PS, PCF) réclament un cessez-le-feu immédiat, le respect du droit international et refusent toute escalade régionale

PARIS: La gauche française a appelé mercredi le président Emmanuel Macron à rester dans une logique défensive et à ne pas soutenir "une guerre illégale" après l'annonce du déploiement de moyens militaires pour protéger les intérêts de la France et de ses alliés frappés par la riposte iranienne aux attaques israélo-américaines.

"La France a raison d'honorer ses engagements mais nous ferons très attention à ce que la France ne mette pas un doigt dans une guerre illégale qui a été décidée uniquement par Trump et Netanyahou", a prévenu la cheffe des députés insoumis (LFI, gauche radicale) Mathilde Panot sur France inter.

"La France doit se situer du côté du cessez-le-feu immédiat, du droit international. Je suis très inquiète quand j'entends un ancien Premier ministre, Gabriel Attal, expliquer qu'il faudrait envoyer valser l'ONU qu'il compare à une ONG climatique", a-t-elle plaidé.

Lors de son allocution solennelle mardi soir, Emmanuel Macron a annoncé le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, d'avions Rafale, d'une frégate et de moyens de défense anti-aérienne au Moyen-Orient.

Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a reconnu sur X que "la protection de nos compatriotes, de nos alliés, le respect de nos engagements vis à vis de Chypre, l’intégrité territoriale du Liban ami, doivent être soutenus".

Mais cela ne doit pas "conduire à un soutien implicite à la guerre conduite sans mandat par Trump et Netanyahu", a-t-il ajouté en demandant "le retour du droit international" et "le refus d'une escalade régionale dont personne ne maîtrise l'ampleur".

Le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel a lui jugé que l'envoi du porte-avions Charles de Gaulle "constitue un nouveau palier dans l'escalade militaire".


Moyen-Orient: Macron annonce des renforts militaires dont le Charles de Gaulle

Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
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  • "J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée"
  • Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran

PARIS: Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée.

"J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée", a affirmé le président dans une allocution télévisée. Il a aussi annoncé l'envoi dans la région d'avions Rafale, de systèmes de défense anti-aérienne et de radar aéroporté, qui ont été déployés "ces dernières heures", ainsi que l'envoi à Chypre de la frégate Languedoc et de moyens anti-aériens.

Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran, et que deux bases françaises avaient subi dans ce conflit des "frappes limitées, ayant causé des dégâts matériels".