Aux assises de Seine-Saint-Denis, la vie arrêtée de Théo Luhaka

Théo Luhaka s'exprime pour la première fois depuis le début du procès (Photo, AFP).
Théo Luhaka s'exprime pour la première fois depuis le début du procès (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 16 janvier 2024

Aux assises de Seine-Saint-Denis, la vie arrêtée de Théo Luhaka

  • «J'ai plus de vie, je ne fais que regarder ‘Monk’ encore et encore, un policier intègre, digne de ce nom», déclare Théo Luhaka
  • Lors de l'empoignade, Théodore Luhaka, alors âgé de 22 ans, est grièvement blessé à l'anus par un violent coup porté avec la pointe du bâton télescopique d'un agent

BOBIGNY: Il se projetait "grand footballeur" mais depuis son interpellation violente, en 2017, Théo Luhaka se sent comme "un mort-vivant" qui s'enferme dans sa chambre pour regarder en boucle la même série policière, a-t-il confié lundi devant les assises de Seine-Saint-Denis, où trois policiers sont jugés pour violences.

"J'ai plus de vie, je ne fais que regarder ‘Monk’ encore et encore, un policier intègre, digne de ce nom", déclare Théo Luhaka, s'exprimant pour la première fois depuis le début du procès.

Tout au long de son audition, la victime fait ainsi référence à "Monk", série américaine du début des années 2000, qui met en scène un détective privé loufoque et tourmenté par des troubles obsessionnels compulsifs.

Le 2 février 2017, le jeune homme profitait justement de "la coupure publicité" de sa série préférée pour réaliser une course pour sa soeur à la cité des 3.000 à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Il va alors "saluer" des amis, selon son récit, mais se retrouve contrôlé par la police, avec le groupe.

Le plus "petit prend une gifle" qui conduit Théo à s'"interposer", raconte-t-il à la barre, emmitouflé dans une doudoune rouge, sous le regard de ses parents, de ses cinq frères et ses deux soeurs.

Lors de l'empoignade, Théodore Luhaka, alors âgé de 22 ans, est grièvement blessé à l'anus par un violent coup porté avec la pointe du bâton télescopique de défense (BTD) d'un agent.

La scène, filmée par la vidéosurveillance de la ville, le montre dos au mur et pris en étau par deux fonctionnaires de police avant de recevoir le coup d'estoc qui provoquera une rupture de son sphincter (muscle annulaire), et une plaie de dix centimètres de profondeur.

Malgré deux opérations chirurgicales, Théo Luhaka souffre toujours d'incontinence et garde des séquelles irréversibles, selon les experts médicaux.

"Ils m’ont mis une matraque dans les fesses. Je me suis senti violé", a dit le jeune homme qui a célébré sa 29e année le jour de l'ouverture du procès.

Le principal accusé, auteur du coup de matraque, est poursuivi pour des violences volontaires ayant entraîné infirmité permanente. Les deux autres sont jugés pour violences volontaires avec circonstances aggravantes.

"A la base, je voulais être un grand footballeur", raconte Théo Luhaka. L'ancien milieu de terrain avait signé avec un club de troisième division en Belgique.

"Je n'ai jamais repris le sport", regrette-t-il du haut de son 1m94 pour 94 kilos, vêtu d'un élégant ensemble beige et d'un collier argenté en maille de grain de café.

«Un métier noble»

Après être longuement resté debout à l'audience, il se résout à prendre une chaise et y installe un coussin rapporté de sa maison - désormais son refuge.

Son quotidien: "des gaz, des fuites de selles" et une vie de "mort-vivant", dit-il. "Je m’enferme dans ma chambre à regarder Monk".

Il revient également en détails sur "les coups", l'"humiliation", les "insultes racistes" mais aussi sur les policiers qui lui "ont sauvé la vie" en appelant les secours pour l'emmener aux urgences.

Dans son quartier, sur les réseaux sociaux, auprès de ses amis, son image "est ternie", pense-t-il: "peu importe ce que je fais, je suis celui qui s'est fait violer".

Dépressif, le jeune homme est réticent à faire la rééducation de son sphincter car "ce n'est pas possible" de "retrouver mon corps d'avant".

"Je suis mort le 2 février 2017", dit-il. "Dans les manifestations on met mon nom aux côtés de (ceux de) Zyed, Bouna, Adama Traoré", décédés de violences policières en 2005 et 2016.

- "On vous a volé votre jeunesse?, l'interroge l'avocat général.

- C'est exactement cela", répond Théo Luhaka pour qui ce procès "est une très grosse épreuve". Sans le soutien de sa famille et de son avocat, il confie qu'il ne se serait pas présenté tous les jours.

- "Qu'est-ce que vous attendez de ce procès ?

- Une punition pour ce qu’ils ont fait. Policier, c’est un métier très très noble", conclut le jeune homme dont Monk est le héros. Et d'ajouter: "Qu’ils ne regrettent pas ce qu'ils ont fait, c’est très triste".

Le verdict est attendu le 19 janvier.


Guerre au Moyen-Orient: la gauche française appelle Macron à rester dans une logique défensive

Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
Mathilde Panot (2e à droite), présidente du groupe LFI–NFP, s’exprime après le premier vote sur les motions de censure contre le budget 2026, adopté via le 49.3, à l’Assemblée nationale à Paris, le 2 février 2026. (AFP)
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  • La gauche française appelle à la prudence, demandant au président Emmanuel Macron de rester dans une posture défensive et de ne pas soutenir une guerre jugée « illégale » menée par Donald Trump et Benjamin Netanyahou sans mandat international
  • Malgré le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle et d’autres moyens militaires, plusieurs responsables de gauche (LFI, PS, PCF) réclament un cessez-le-feu immédiat, le respect du droit international et refusent toute escalade régionale

PARIS: La gauche française a appelé mercredi le président Emmanuel Macron à rester dans une logique défensive et à ne pas soutenir "une guerre illégale" après l'annonce du déploiement de moyens militaires pour protéger les intérêts de la France et de ses alliés frappés par la riposte iranienne aux attaques israélo-américaines.

"La France a raison d'honorer ses engagements mais nous ferons très attention à ce que la France ne mette pas un doigt dans une guerre illégale qui a été décidée uniquement par Trump et Netanyahou", a prévenu la cheffe des députés insoumis (LFI, gauche radicale) Mathilde Panot sur France inter.

"La France doit se situer du côté du cessez-le-feu immédiat, du droit international. Je suis très inquiète quand j'entends un ancien Premier ministre, Gabriel Attal, expliquer qu'il faudrait envoyer valser l'ONU qu'il compare à une ONG climatique", a-t-elle plaidé.

Lors de son allocution solennelle mardi soir, Emmanuel Macron a annoncé le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle, d'avions Rafale, d'une frégate et de moyens de défense anti-aérienne au Moyen-Orient.

Le Premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure a reconnu sur X que "la protection de nos compatriotes, de nos alliés, le respect de nos engagements vis à vis de Chypre, l’intégrité territoriale du Liban ami, doivent être soutenus".

Mais cela ne doit pas "conduire à un soutien implicite à la guerre conduite sans mandat par Trump et Netanyahu", a-t-il ajouté en demandant "le retour du droit international" et "le refus d'une escalade régionale dont personne ne maîtrise l'ampleur".

Le secrétaire national du Parti communiste Fabien Roussel a lui jugé que l'envoi du porte-avions Charles de Gaulle "constitue un nouveau palier dans l'escalade militaire".


Moyen-Orient: Macron annonce des renforts militaires dont le Charles de Gaulle

Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée. (AFP)
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  • "J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée"
  • Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran

PARIS: Emmanuel Macron a annoncé mardi des renforts militaires au Moyen-Orient en guerre, dont le porte-avions Charles de Gaulle et son escorte de frégates qui vont "faire route" vers la Méditerranée.

"J’ai donné l’ordre au porte-avions Charles de Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée", a affirmé le président dans une allocution télévisée. Il a aussi annoncé l'envoi dans la région d'avions Rafale, de systèmes de défense anti-aérienne et de radar aéroporté, qui ont été déployés "ces dernières heures", ainsi que l'envoi à Chypre de la frégate Languedoc et de moyens anti-aériens.

Le chef de l'Etat a dit que la France avait abattu des drones "en légitime défense", "dès les premières heures" du conflit qui oppose Israël et les Etats-Unis à l'Iran, et que deux bases françaises avaient subi dans ce conflit des "frappes limitées, ayant causé des dégâts matériels".

 


Dans le quartier de Belleville à Paris, un ramadan entre ferveur et inquiétude

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. (AFP)
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  • Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne
  • L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré

PARIS: Des étals chargés de pâtisseries, d’épices et d’olives, des pains encore tièdes, des galettes dorées, des montagnes de dattes et des rangées de sodas. Comme chaque année, le traditionnel marché du ramadan a investi les trottoirs du boulevard de Belleville (dans le XIe arrondissement de Paris), transformant le lieu en un vaste théâtre gourmand à ciel ouvert.

Les commerçants installent leurs tables devant les boutiques, les passants déambulent sacs à la main et la foule compacte se presse pour préparer la rupture du jeûne. L’atmosphère est festive, vibrante, presque irréelle. Pourtant, derrière l’abondance et les odeurs alléchantes, une gravité inhabituelle imprègne ce mois sacré.

belleville

Pendant tout le ramadan, Belleville vit au rythme des préparatifs de l’iftar : les plateaux croulent sous les victuailles, les files s’allongent devant les boucheries halal et les pâtisseries. Certains restaurants ont même fermé leur salle pour la transformer en cuisine de production, où l’on pétrit du pain à la chaîne, nature ou farci.

Pour les commerçants, c’est le moment le plus intense de l’année : les odeurs de pain grillé et de pâtisseries au miel attirent les passants, souvent sans idée précise de ce qu’ils vont acheter. « On ne sait jamais vraiment ce qu’on vient chercher, mais on trouve toujours ce qui nous plaît », sourit Nahel, venu faire ses courses avec sa fille, dans ses sacs : des feuilles de brick, de la crème et du pain arabe.

À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire

Le marché est devenu bien plus qu’un lieu d’approvisionnement : c’est un rendez-vous collectif, un moment attendu, une tradition solidement ancrée dans la vie du quartier. À Belleville, la fête déborde largement du cadre culinaire ; même les commerces qui ne vendent habituellement pas de nourriture participent.

Monsef, gérant d’une boutique de téléphonie, a installé devant sa vitrine des cageots de menthe et de fruits. « Ça ne rapporte pas grand-chose, mais on veut faire partie de la fête », explique-t-il.

Pour beaucoup, le ramadan est avant tout un temps de lien social et de générosité : les repas partagés se multiplient, les dons aussi. « On distribue des repas, on aide les plus démunis, on se rend davantage à la mosquée ; le mois sacré reste un moment de spiritualité et de solidarité », indique un restaurateur.

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Mais cette année, la ferveur est traversée par une inquiétude persistante : les conversations glissent régulièrement vers l’actualité internationale marquée, depuis quelques jours, par la guerre au Proche-Orient. Impossible pour certains de ne pas penser à ce qui se passe à Gaza ou, plus largement, dans l’ensemble de la région. « Quand on voit qu’ici on profite du ramadan et qu’ailleurs certains vivent sous les bombes, ça met mal à l’aise », confie Majid, commerçant.

Les télévisions allumées au moment de la rupture du jeûne en témoignent : certains préfèrent les séries traditionnelles du mois sacré, d’autres suivent en continu les chaînes d’information. La fête existe, mais elle est plus grave, plus retenue, comme si la joie devait désormais cohabiter avec l’inquiétude.

À cela s’ajoute une autre préoccupation : le budget. Car le ramadan reste un mois de générosité et d’abondance, mais cette abondance a un prix. Les commerçants constatent que les habitudes changent : les clients comparent davantage, achètent plus prudemment ; l’inflation est dans tous les esprits. « Les prix ont augmenté comme tout le reste, observe un épicier. Même si les gens ne le disent pas toujours, on sent qu’ils sont touchés. »

Pour beaucoup de familles modestes, le mois sacré exige une véritable préparation financière : certains mettent de l’argent de côté toute l’année pour pouvoir garnir la table plus généreusement qu’à l’ordinaire. Car le ramadan est aussi une fête domestique, rythmée par les invitations, les repas partagés et l’abondance symbolique, mais cette générosité pèse.

« On dépense beaucoup. On est obligés de prévoir, sinon on ne s’en sort pas », reconnaît une habituée du quartier, venue acheter des pâtisseries qui lui rappellent son pays d’origine, la Tunisie, et plus précisément Tunis.

belleville

Pour les habitants issus de l’immigration, le ramadan à Belleville est aussi une manière de recréer un peu du pays quitté : les saveurs, les odeurs, les produits traditionnels permettent de maintenir un lien affectif avec les racines. Certains viennent même de loin pour retrouver cette ambiance. Salma, franco-libanaise, a fait le déplacement simplement pour ressentir cette atmosphère familière, qui la rapproche de ses souvenirs malgré la distance et les inquiétudes liées à l’actualité de sa région d’origine.

Entre abondance et retenue, joie et gravité, le ramadan 2026 s’inscrit dans une époque troublée. À Belleville, on continue de célébrer, de partager, mais cela n’atténue pas le ressentiment face aux souffrances du monde et aux difficultés du quotidien.