À quel point les enquêtes israéliennes sur la guerre sont-elles efficaces et à qui profitent-elles exactement?

Cette photo prise lors d’une tournée médiatique organisée par l’armée israélienne le 8 janvier 2024, montre des troupes opérant dans la zone d’al-Bureij dans le centre de la bande de Gaza. (AFP)
Cette photo prise lors d’une tournée médiatique organisée par l’armée israélienne le 8 janvier 2024, montre des troupes opérant dans la zone d’al-Bureij dans le centre de la bande de Gaza. (AFP)
Malgré la portée limitée de l’enquête, les organisations humanitaires ont salué la volonté de l’armée de rendre des comptes. (AP)
Malgré la portée limitée de l’enquête, les organisations humanitaires ont salué la volonté de l’armée de rendre des comptes. (AP)
Malgré la portée limitée de l’enquête, les organisations humanitaires ont salué la volonté de l’armée de rendre des comptes. (AP)
Malgré la portée limitée de l’enquête, les organisations humanitaires ont salué la volonté de l’armée de rendre des comptes. (AP)
Malgré la portée limitée de l’enquête, les organisations humanitaires ont salué la volonté de l’armée de rendre des comptes. (AP)
Malgré la portée limitée de l’enquête, les organisations humanitaires ont salué la volonté de l’armée de rendre des comptes. (AP)
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Publié le Dimanche 21 janvier 2024

À quel point les enquêtes israéliennes sur la guerre sont-elles efficaces et à qui profitent-elles exactement?

  • L’enquête menée par l’armée israélienne sur les défaillances des services de renseignement et de sécurité avant le 7 octobre a révélé de profondes divergences au sein de l’élite israélienne
  • Les experts juridiques affirment que de telles enquêtes existent pour blanchir la réputation d’Israël et semblent avoir peu de conséquences

LONDRES: Les tensions entre les dirigeants israéliens ont récemment été mises en évidence lorsque l’armée israélienne aannoncé qu’elles procédait à une enquête sur les défaillances des services de renseignement et de sécurité avant l’attaque du Hamas du 7 octobre.

Cette décision marque une rupture importante avec la position précédemment unifiée des élites politiques et militaires israéliennes, qui affirmaient qu’aucune enquête de ce type n’aurait lieu tant que la guerre à Gaza serait en cours.

Or, l’enquête n’a pas pour but de se pencher sur le nombre de victimes civiles du conflit, mais plutôt de déterminer, selon les termes d’un porte-parole de l’armée, comment «minimiser les pertes pour nos forces».

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Des soldats de l’armée israélienne prennent position lors d’un raid militaire dans le camp de réfugiés d’Askar, près de la ville de Naplouse en Cisjordanie, le 31 décembre 2023. (AP)

Hassan ben Imrane, avocat et membre du conseil d’administration de Law for Palestine, a déclaré qu’il n’était pas surpris que l’enquête de l’armée israélienne ne se concentre pas sur le nombre élevé de morts palestiniens à Gaza, qui a désormais dépassé les 24 000, selon le ministère de la Santé dirigé par le Hamas.

«Je n'ai connaissance d’aucun cas où les victimes palestiniennes d’enquêtes ou de procédures judiciaires israéliennes ont eu à répondre de leurs actes», confie M. Imrane à Arab News. 

Néanmoins, l’ouverture de l'enquête par Herzi Halevi, le chef d’état-major israélien, a créé un schisme entre les ministres et les responsables militaires, les membres de la coalition gouvernementale de Benjamin Netanyahou étant particulièrement vexés que l’armée israélienne mène une enquête sur elle-même.

 

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou visite la ligne de front à Gaza pendant les premiers jours de l’offensive de l’armée israélienne sur Gaza, en octobre 2023. (AP)

 

Malgré la portée limitée de l’enquête, les organisationshumanitaires ont salué la volonté de l’armée de rendre des comptes.

«Évidemment, Oxfam soutient tous les efforts visant à enquêter et à traiter toutes les atrocités criminelles de masse et toutes les violations des droits de l’homme, quel qu’en soit l'auteur», affirme un porte-parole de l’ONG à Arab News. 

L’enquête a également obtenu le soutien des rivaux politiques de M. Netanyahou, notamment Benny Gantz, qui fait partie du cabinet de guerre formé après l’attentat du 7 octobre.

M. Gantz, qui a déjà été à la tête de l’armée israélienne, a qualifié les critiques formulées à l’encontre de l’enquête d’«attaque à motivation politique en pleine guerre», ajoutant qu’il n’avait jamais vu une conduite aussi médiocre après que des échauffourées ont éclaté au sujet de l’enquête lors d’une réunion du cabinet de sécurité, le 4 janvier.

Cette enquête est la deuxième menée par l’armée depuis qu’Israël a lancé son opération militaire contre le groupe militant palestinien Hamas à Gaza, à la suite de l’attaque sans précédent menée par le groupe le 7 octobre, qui a fait quelque 1200 morts et 240 otages.

La première enquête portait sur l’assassinat accidentel par l’armée israélienne de trois otages qui avaient échappé à la captivité du Hamas. Ils ont été assassinés malgré le fait qu’ils brandissaient un drapeau blanc portant l’inscription «SOS» en hébreu et qu’ils s’étaient entièrement dévêtus, à l’exception de leurs sous-vêtements, pour montrer qu’ils n’étaient pas armés.

Marco Sassoli, professeur de droit international à l’Université de Genève, a relevé la rapidité avec laquelle l’enquête sur la mort des otages a été ouverte et conclue.

«Lorsque l’armée israélienne a tué les otages israéliens, elle a immédiatement annoncé l’ouverture d’une enquête. Les conclusions de l’enquête ont été publiées avec la même rapidité», raconte M. Sassoli à Arab News. En effet, l’enquête a publié ses conclusions sur les assassinats du 18 décembre moins d’une semaine plus tard, le 21 décembre.

«Mais nous savons que l’armée israélienne a également tué de nombreux Palestiniens, y compris des combattants du Hamas, qui pourraient éventuellement se rendre et qui doivent alors être respectés. De tels meurtres constitueraient une violation des lois de la guerre.»

 

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Les otages Alon Shamriz (à gauche), Samer Al-Talalka (au centre) et Yotam Haim ont été tués par des soldats israéliens alors qu’ils s’étaient fait identifier comme otages. (Photo, AP)

 

Pour Hassan ben Imrane et Marco Sassoli, le caractère limité de la dernière enquête sur les défaillances des services derenseignement reflète la réticence de l’armée, du gouvernement et du système judiciaire israéliens à examiner le comportement de leurs troupes et la conduite de la guerre.

Cette réticence est commune à de nombreux gouvernements, a précisé M. Sassoli, rappelant que les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie n’ont pas enquêté immédiatement sur les allégations de mauvaise conduite de leurs propres troupes en temps de guerre.

«Si l’on se penche sur les guerres d’Israël, on peine à trouver des responsables pour le comportement des troupes, des commandants et des hommes politiques qui ont été à l’origine de violations du droit humanitaire international. De même, si l’on se tourne vers les États-Unis, qu’en est-il de la reddition de comptes concernant Guantanamo Bay ?», a-t-il souligné. 

«En vertu du droit international humanitaire, il existe une obligation d’enquêter sur les crimes de guerre — non pas sur chaque acte de guerre, mais sur les épisodes où il semble qu’un crime de guerre ait pu être commis.»

 

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L’avocat palestinien Hassan ben Imrane a déclaré qu’il n’était pas surpris que l’enquête de l’armée israélienne ne se concentre pas sur le nombre élevé de morts palestiniens à Gaza. (AP)

 

Obligé ou non, Israël semble peu enclin à lancer une telle enquête, du moins dans l’immédiat. Toutefois, rappelant les précédentes enquêtes menées par les Israéliens sur des actes commis à l’encontre de Palestiniens, M. Imrane a assuré qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter.

«Israël a tendance à utiliser son système judiciaire d’une manière qui pourrait être assimilée à l’idée du “bon flic/mauvais flic”», a-t-il expliqué.

«Essentiellement, les tribunaux et les enquêtes existent pour un but et ce but est de  blanchir la mauvaise réputation d’Israël. Il y a une affaire sur laquelle ils se focalisent particulièrement, celle des colons israéliens qui ont tué la famille Dawabsheh et brûlé vif leur fils de 18 mois.»

Dans cette affaire, l’un des auteurs de l’incendie criminel a été condamné à perpétuité et un autre, mineur au moment des faits, à une peine de 42 mois.

Cependant, même dans cette affaire, M. Imrane a indiqué que l’enquête n’était pas «sérieuse», mais qu’il s’agissait plutôt d’une décision politique destinée à rendre le gouvernement israélien plus présentable sur la scène internationale.

«Il existe des exemples plus récents de ce blanchiment de réputation, notamment lorsque la Cour suprême a érigé en infraction pénale l’incitation au génocide», a-t-il ajouté. 

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Le caractère limité de la dernière enquête sur les défaillances des services de renseignement reflète la réticence de l’armée, du gouvernement et du système judiciaire israéliens à examiner le comportement de leurs troupes et la conduite de la guerre, estime Marco Sassoli, professeur de droit international à l’Université de Genève. (Photo, AFP)

 

«Mais cela n’a été réalisé qu’après 95 jours d’actes et de déclarations génocidaires de la part de tous les Israéliens, et après que l’Afrique du Sud a engagé des poursuites contre Israël devant la Cour internationale de justice.»

«Il s’agit de soutenir les revendications que l’équipe de défense du gouvernement présentera à la Cour.»

Alexander Hinton, directeur du Centre d’étude des génocides et des droits de l’homme de l’université Rutgers, dans le New Jersey, comprend le sentiment de résignation que de telles enquêtes peuvent susciter.

«Ces enquêtes sont toujours politiques et semblent parfois n’avoir que peu de conséquences. Toutefois, elles sont importantes car elles peuvent avoir un effet dissuasif, exposer les faits, identifier les coupables et, parfois, aboutir à l’obligation de rendre des comptes, voire à un procès», explique-t-il à Arab News.

«Cette possibilité ne plaît pas à certains membres de droite du gouvernement de Netanyahou.»

M. Sassoli est, lui aussi, moins cynique dans son évaluation des avantages des futures enquêtes sur le conflit.

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Un garçon palestinien assis sur les décombres d’un bâtiment détruit après une frappe israélienne à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 29 décembre 2023. (AP)

Bien qu’il ne les considère pas comme un baume pour les victimes, il estime néanmoins qu’il est important de «ne pas perdre espoir» dans la capacité des enquêtes à apporter des changements à l’avenir, tout en reconnaissant que pour ce faire, il est nécessaire d’élargir leur portée.

«C’est le cas pour les enquêtes militaires en général, mais en ce qui concerne Israël et la Palestine, le contexte est essentiel», a-t-il noté.

«D’un point de vue académique et humanitaire, une véritable enquête aborderait les questions relatives aux blocus, aux colonies et peut-être aussi au manque de perspective accordé à la population israélienne dans son environnement médiatique.»

En l'absence d'une telle portée, M. Sassoli estime que ces enquêtes revêtent quand même une certaine importance et qu’elles exercent une certaine pression sur les dirigeants politiques d’Israël.

Lorsqu’on lui demande si cette pression se traduit par des différences opérationnelles sur le terrain, il admet qu’il est«difficile de répondre à cette question». Si on lui avait posé la question il y a six mois, il aurait été enclin à répondre par l’affirmative.

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Des proches pleurent le corps de Hamza al-Dahdouh, journaliste de la chaîne de télévision Al Jazeera, tué lors d’une frappe aérienne israélienne à Rafah, dans la bande de Gaza, le 7 janvier 2024. Une enquête est en cours sur la conduite de la guerre de l’armée israélienne. (AFP)
 

«Mais aujourd’hui, on assiste à quelque chose qui s’apparente à la réponse des États-Unis à la guerre contre le terrorisme, au cours de laquelle les politiciens ont essentiellement imposé une approche “sans gants”», observe M. Sassoli, faisant référence aux allégations entourant l’utilisation de techniques d’interrogatoire renforcées et de restitutions extraordinaires au cours de la période qui a suivi les attentats du 11 septembre 2001 à Washington et à New York.

«D'une certaine manière, j’estime qu’il est très important de comprendre cela. Si l’on reprend l’exemple des États-Unis, l’armée américaine s’est montrée incroyablement réticente à utiliser la torture préconisée par (l’ancien secrétaire à la défense Donald) Rumsfeld, et ce n’est que sous l’effet d’une pression politique massive que l’armée a accepté de telles techniques.» 

«Je pense que les revendications de Gaza indiquent que les violations du droit international par l’armée israélienne sont le résultat de pressions politiques. Ce sont les hommes politiques et certains avocats militaires qui posent problème.»

Si c’est le cas, un nouveau groupe d’hommes politiques israéliens pourrait être plus ouvert à mener une enquête qui conduirait à des changements tangibles dans le traitement des Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie par l’armée.

Un tel changement pourrait être imminent, certaines informations suggérant que M. Gantz s’est lassé des incessantesmanœuvres politiciennes au sein du camp de M. Netanyahou.

 

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Pour Benny Gantz, membre du conseil de guerre israélien et ancien chef de l’armée, la critique de l’enquête est «une attaque à motivation politique en pleine guerre». (Photo, AFP)

Le mépris supposé de M. Gantz pour son partenaire de coalition semble découler de la conviction largement répandue selon laquelle l’objectif principal du Premier ministre sortant est de se décharger de sa responsabilité dans l’attaque du Hamas qui a déclenché la guerre, plutôt que de résoudre le conflit avec les Palestiniens.

Cependant, M. Imrane reste sceptique quant au fait qu’une administration, actuelle ou future, puisse lancer une enquête qui bénéficierait aux Palestiniens.

Le gouvernement israélien ne s’occupe des Palestiniens que«lorsqu’ils constituent un problème, au niveau national ou international», a-t-il constaté.

«Les accords d’Oslo, par exemple, n’ont été conclus qu’après la première Intifada. C’est la raison pour laquelle ils ont ressenti le besoin de négocier. Ils ont besoin de se protéger. Le gouvernement israélien est entièrement centré sur lui-même.»

 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Le ministre des Affaires étrangères d'Oman en Iran pour discuter d'Ormuz

Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région"
  • Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux"

TEHERAN: Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz.

M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région", a déclaré lundi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, dans un communiqué.

Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux".

En riposte aux frappes israélo-américaines sur son sol le 28 février, qui ont déclenché la guerre au Moyen-Orient, l'Iran a verrouillé le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel circulait, avant le conflit, un cinquième des hydrocarbures mondiaux.

Téhéran a indiqué qu'il entendait imposer des frais de navigation pour des services aux navires y transitant, ce que refusent fermement les Etats-Unis et certains pays de la région. L'Iran a pris pour cible des navires qui tentent de traverser le détroit sans demander d'autorisation.

De son côté, le président américain Donald Trump martèle avoir le "contrôle total" du détroit et a affirmé qu'il en ferait, après la guerre un "territoire américain".

Il a également menacé de bombarder Oman si le pays se mettait "en travers" du chemin des Etats-Unis.

L'Iran et Oman discutent depuis plusieurs semaines pour établir une nouvelle route de navigation dans le détroit.

Mardi, le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit, les a appelés à conclure leurs négociations, pour permettre de "reprendre" les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran.

Téhéran affirme que la voie maritime restera fermée tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord conclu mi-juin, dont la levée du blocus imposé par les Etats-Unis aux  ports iraniens.


La Syrie dit vouloir désamorcer les tensions avec Israël après l'attaque d'une base

Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
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  • Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie
  • Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie

DAMAS: La Syrie et Israël ont tenu dimanche des discussions de haut niveau en Jordanie, Damas affirmant vouloir désamorcer la crise provoquée par une attaque israélienne et rester à l'écart des tensions entre Israël et la Turquie.

Avec cette frappe sur une base aérienne du nord du pays, vivement condamnée par Damas, Israël avait dit vouloir y empêcher le déploiement de troupes turques. Ankara a démenti toute présence militaire.

Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie.

Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie, selon ces sources qui ont requis l'anonymat.

L'agence de presse officielle syrienne Sana, citant une source au ministère syrien des Affaires étrangères, a confirmé que des pourparlers parrainés par les Etats-Unis avaient eu lieu en Jordanie, dans l'objectif d'"une désescalade après le récent bombardement israélien du territoire syrien".

D'après Sana, un groupe mené par le chef de la diplomatie syrienne s'est entretenu avec une "délégation israélienne de haut niveau". Les discussions devaient, entre autres, "faire en sorte que les tensions actuelles entre les deux pays ne se répercutent pas sur le territoire syrien", de même source.

La Turquie a été le premier pays à majorité musulmane à reconnaître Israël, mais les relations sont tendues avec le président Recep Tayyip Erdogan, qui a été qualifié vendredi par Benjamin Netanyahu de "dictateur antisémite".

Un porte-parole du bureau du Premier ministre israélien a, lui, indiqué à l'AFP ne pas avoir de commentaire à faire à ce sujet.

Selon une source diplomatique, ces négociations entre Israël et la Syrie sont les premières depuis plusieurs mois.

Après l'arrivée au pouvoir fin 2024 de l'islamiste Ahmad al-Chareh, dont la coalition de rebelles a renversé le président Bachar al-Assad, Israël a lancé des centaines de frappes contre la Syrie.

L'armée israélienne a également mené des incursions dans le sud du pays et déployé des troupes dans la zone tampon placée sous surveillance de l'ONU, qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan, où Israël revendique la mise en place d'une "zone de sécurité" qu'il entend maintenir.

"Violation flagrante" 

En parallèle, les deux pays ont tenu, sous la pression des Etats-Unis, plusieurs cycles de discussions directes.

A l'issue de négociations en janvier, les deux pays avaient convenu de mettre en place un mécanisme de partage de renseignements.

Un diplomate arabe à Damas avait indiqué à l'époque à l'AFP qu'une salle d'opérations conjointe basée en Jordanie devait notamment suivre les questions de coordination sécuritaire et de contrôle des frontières.

Tom Barrack, l'envoyé spécial américain en Syrie qui est également ambassadeur en Turquie, a condamné le bombardement israélien de mardi, accusant Israël d'"escalade inutile".

Dans un entretien accordé à l'influenceur Mario Nawfal et diffusé vendredi, il a aussi suggéré que la frappe pourrait avoir cherché à provoquer un conflit avec la Turquie dans le cadre d'une manœuvre électoraliste du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, qui aborde en position difficile les législatives d'octobre en Israël.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a dénoncé des "positions qui contredisent la ligne du président américain Donald Trump".

M. Barrack a également déclaré que le plateau du Golan - un territoire syrien dont Israël s'est emparé en 1967 avant de l'annexer en 1981 - était "occupé" par Israël, alors que les Etats-Unis sont parmi les rares pays à avoir reconnu son annexion par Israël, sous le premier mandat de Donald Trump en 2019.

Les discussions ont par ailleurs eu lieu au lendemain de frappes israéliennes visant, selon Israël, des combattants en Syrie, près du plateau du Golan.

Damas a fait état d'un blessé et dénoncé une "violation flagrante" de sa souveraineté.


De Riyad à Paris : pourquoi les Saoudiens reviennent toujours en France

Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
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  • Pour les voyageurs saoudiens, la France offre bien plus que ses monuments, avec une culture, une histoire et une gastronomie qui laissent une impression durable
  • Des lunes de miel aux carrières dans la pâtisserie, en passant par des années d’études à Paris, les visiteurs racontent des expériences qui continuent de les attirer en France

RIYAD : Le secteur touristique français a franchi une étape remarquable en 2025, en accueillant 102 millions de visiteurs internationaux et en confortant sa position de destination la plus visitée au monde.

Pour de nombreux voyageurs saoudiens, la France n’est pas simplement une destination incontournable : c’est une expérience enrichissante, façonnée par les rencontres avec sa culture, son histoire, sa gastronomie, son art et sa vie intellectuelle.

Les deux pays sont de plus en plus connectés grâce à des liaisons aériennes directes. Saudia assure des vols directs entre Paris et Riyad ainsi qu’entre Paris et Djeddah. Dans le même temps, Air France a lancé sa liaison directe Paris-Riyad à l’été 2025, élargissant les possibilités de voyage entre les deux capitales.

Pour les visiteurs saoudiens, ces liaisons ouvrent la porte aux attractions emblématiques, mais surtout à une ville qui peut se découvrir à travers sa culture, son histoire, ses musées, sa gastronomie et la vie quotidienne.

Marwan Alrasheed, traducteur et consultant culturel, s’est rendu en France à l’automne 2025, animé précisément par cette curiosité.

« Je suis venu découvrir la richesse culturelle de Paris, qu’elle soit artistique, historique, philosophique ou culinaire », a-t-il déclaré à Arab News, décrivant Paris comme occupant « une place prépondérante dans l’histoire de la culture humaine ».

Alrasheed a séjourné pendant dix jours dans le Quartier latin, près de la Sorbonne, l’un des quartiers les plus étroitement associés à l’histoire intellectuelle de la ville.

Son itinéraire, riche et varié, reflétait ces centres d’intérêt. Il s’est notamment rendu aux Deux Magots, le célèbre café associé à des écrivains, artistes et philosophes tels que Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

Il a également exploré le Louvre, où il a admiré la Joconde de Léonard de Vinci et la Victoire de Samothrace.

Alrasheed s’est aussi arrêté à Shakespeare and Company, la librairie anglophone de la rive gauche associée à plusieurs générations d’écrivains, qualifiant son voyage d’« hors du commun et instructif ».

La gastronomie a constitué une autre manière de découvrir la ville.

Passionné d’histoire, Alrasheed a participé à une visite consacrée aux boulangeries historiques parisiennes, explorant l’univers culinaire de la capitale parallèlement à ses visites de musées et de lieux littéraires.

Pris dans leur ensemble, ces expériences ont durablement marqué sa perception de Paris et lui ont donné toutes les raisons d’y revenir. « La gastronomie, la culture, l’art et l’histoire vous invitent tous à revenir », a-t-il déclaré.

Pour Dania Halawani, originaire de Djeddah, la France a offert un autre type de lien personnel. Sa première visite a eu lieu pendant sa lune de miel, lorsqu’elle a passé une semaine à voyager entre Paris, Versailles et Marseille.

« En plus d’être d’une beauté à couper le souffle et incroyablement riche en culture à chaque coin de rue, c’est un pays absolument romantique », a-t-elle déclaré à Arab News.

Versailles a été l’un des temps forts du voyage. « Nous avons parcouru le palais et nous avions l’impression de revivre son histoire et de la respirer », a-t-elle raconté.

Le séjour lui a également permis de se familiariser davantage avec la langue française, l’anglais ne lui permettant pas toujours de communiquer, et elle a commencé à apprendre des mots et des expressions au fil de son voyage.

Pour d’autres visiteurs saoudiens, la France a été une source d’inspiration professionnelle.

Les voyages répétés à Paris de la cheffe pâtissière saoudienne Al-Batoul Al-Maddah l’ont aidée à transformer son intérêt pour la pâtisserie en véritable carrière.

« Je voyageais à Paris à chaque vacances et je découvrais de nouvelles pâtisseries et de nouvelles saveurs, car la pâtisserie ressemble à la mode : tout est question de nouvelles tendances », a-t-elle déclaré à Arab News.

Elle a ensuite choisi d’étudier à Paris, attirée par la culture culinaire de la ville et la créativité de sa scène pâtissière.

« Ma vie étudiante à Paris a été remarquable et j’ai eu la chance d’en apprendre davantage sur ce que j’aime vraiment », a-t-elle déclaré.

Pour Hadeel Al-Nufaiey, l’expérience est allée encore plus loin. Elle a vécu cinq ans à Paris pendant ses études à l’université Paris Descartes, décrivant cette période comme une expérience culturelle, éducative et sociale déterminante.

La vie à Paris l’a amenée à participer à des conversations sur l’Arabie saoudite avec des personnes qui connaissaient peu le Royaume.

Elle a expliqué qu’elle se retrouvait souvent à présenter la société et la culture saoudiennes à des personnes dont la perception était largement façonnée par la couverture médiatique.

« J’ai essayé de contribuer au changement autant que possible et j’espère avoir représenté l’Arabie saoudite de la meilleure manière », a-t-elle déclaré.

À son retour à Riyad, la France était également devenue une partie de sa vie familiale : ses deux jeunes enfants parlent couramment français.

Cafés philosophiques, bibliothèques historiques, pâtisseries et bien d’autres découvertes sont autant d’expériences que les voyageurs saoudiens rapportent de France. Ce qui les relie souvent, c’est le sentiment que le pays offre bien plus qu’une simple liste d’attractions incontournables : il offre la possibilité de découvrir des idées, des goûts et des traditions qui continuent de façonner leurs souvenirs longtemps après la fin du voyage. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com