JO-2024: En banlieue parisienne, la résistance du «dernier bastion» de migrants

Plus de 400 Africains sans-abri ont trouvé refuge en pleine zone industrielle à Vitry-sur-Seine (Photo, AFP).
Plus de 400 Africains sans-abri ont trouvé refuge en pleine zone industrielle à Vitry-sur-Seine (Photo, AFP).
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Publié le Mercredi 24 janvier 2024

JO-2024: En banlieue parisienne, la résistance du «dernier bastion» de migrants

  • «Ce n'est pas un hasard si les squats majeurs sont expulsés un par un ces derniers mois. C'est totalement lié aux JO. Vitry, c'est le dernier bastion où les migrants à la rue peuvent se replier»
  • «On vit avec l'inquiétude», résume une Ivoirienne de 25 ans, qui a requis l'anonymat

VITRY-SUR-SEINE: Solomon Baray empoigne un sac cabas fatigué et l'étreint tendrement. Quelques vêtements, une crème hydratante, son récépissé de demande d'asile. Si son squat insalubre devait être évacué, à l'approche des Jeux olympiques de Paris, sa "valise" est prête.

Cela fait quelques mois que l’Érythréen de 27 ans, barbe déjà poivre et sel, vivote dans ces bureaux désaffectés de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), en pleine zone industrielle, où ont trouvé refuge plus de 400 Africains sans-abri, acculés par les fermetures successives de lieux de vie informels à six mois des JO-2024 (26 juillet-11 août).

Sous le faux-plafond partiellement éventré, un dédale de couloirs striés par les câbles électriques, envahis d'électroménager, de mousses de matelas et de vêtements étendus, où diffuse l'odeur de repas mijotés sur des réchauds parfois posés sur le sol carrelé.

"C'est mieux que d'être dehors", commente Solomon Baray, appuyé contre l'encadrement de sa porte.

On y tombe malade de douches glacées, raconte-t-il de retour des urgences, en ce vendredi de janvier balayé par des températures négatives.

Quitter ce lieu, où "on vit comme des animaux", oui. "Mais pour aller où ?"

C'est la question qu'une délégation d'habitants, accompagnée d'associations et d'élus LFI, a posée à la préfecture du Val-de-Marne, qui a entamé une procédure d'expulsion.

Surpeuplé

Sollicitée par l'AFP, la préfecture n'a pas souhaité répondre, mais ses interlocuteurs assurent avoir obtenu la garantie d'un sursis jusqu'à avril.

"Ce n'est pas un hasard si les squats majeurs sont expulsés un par un ces derniers mois. C'est totalement lié aux JO. Vitry, c'est le dernier bastion où les migrants à la rue peuvent se replier", observe Paul Alauzy, porte-parole du collectif associatif "Revers de la médaille", qui dénonce le "nettoyage social" de l'Ile-de-France en vue de l'événement sportif.

Des accusations qui n'ont "pas de sens", pour la préfecture de la région d'Ile-de-France. Mais pour les associations, la manœuvre est bien avancée, entre les personnes transférées en province lors des évacuations des campements de rue, les foyers de travailleurs immigrés évincés et les squats proches des sites olympiques fermés.

Fin avril 2023, les autorités ont évacué le plus grand squat de l'époque, l'ancien siège désaffecté d'Unibéton sur L'Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), à proximité du futur village des athlètes.

Depuis, une partie des 500 migrants qui y vivaient ont gonflé les bureaux de Vitry-sur-Seine, où la population a doublé. Les derniers arrivés s'entassent jusque sous les escaliers.

"Doubler la population, ça complique absolument tout" dans ce lieu surpeuplé, au réseau électrique capricieux, où la tension peut vite monter, convient Jhila Prentis, bénévole chez United migrants, réseau militant qui a "ouvert" le lieu.

L'épée de Damoclès des JO rend le climat "anxiogène", explique-t-elle: "Ils (la préfecture) veulent expulser les gens. La question c'est comment ils vont être relogés, parce qu'on a vu avec le squat de L'Ile-Saint-Denis que beaucoup se sont retrouvés ici pour avoir un toit sur la tête".

«Prison»

Abdel, qui a refusé de donner son nom, fait partie des transfuges. "A Unibéton, quand on nous a demandé de partir, on a dit +ok+, c'est à côté du village (olympique). Mais ici on est à 20 kilomètres!", peste le Tchadien.

"On vit avec l'inquiétude", résume une Ivoirienne de 25 ans, qui a requis l'anonymat. Sa "peur": renouer avec les nuits sous les ponts de Paris accompagnée de sa fille, désormais scolarisée à Vitry-sur-Seine.

"J'appelle le 115 (numéro d'urgence dédié aux sans-abri, Ndlr) tout le temps. On me dit +courage+, mais on ne me donne rien", marmonne-t-elle, tête baissée sur son boubou.

"C'est la galère", confirme le Tchado-Soudanais Ahmed Ali, 25 ans, en faisant sa vaisselle sur un point d'eau à l'extérieur du bâtiment. Par -3 degrés, le jet d'eau lui "brûle les doigts".

Accroupi en claquettes, jogging relevé à mi-mollets, cet aide-manœuvre dans le bâtiment, qui a toujours connu les campements depuis son arrivée en France il y a deux ans, confie le surnom qu'il donne au squat: "la prison".

Abdul Brahim Oumar est moins sévère. Présent depuis l'ouverture mi-2021, le manutentionnaire tchadien de 26 ans s'est attaché au lieu, dont il s'est autoproclamé "représentant".

Il reçoit en tenue traditionnelle et calotte dans la "chambre" la mieux décorée, avec écran plat et réfrigérateur: "Oui, ils ont besoin de bâtiments. Mais est-ce qu'ils vont organiser les Jeux olympiques dans ce bâtiment ? Je ne pense pas. On ne gêne personne ici!"


Lecornu ferait un "bon candidat" en 2027 pour 30% des Français (sondage)

Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de la cérémonie marquant le retour des athlètes français des JO d’hiver Milano Cortina 2026, à Albertville, le 23 février 2026, à l’arrivée du drapeau olympique pour les JO 2030. (AFP)
Le Premier ministre Sébastien Lecornu lors de la cérémonie marquant le retour des athlètes français des JO d’hiver Milano Cortina 2026, à Albertville, le 23 février 2026, à l’arrivée du drapeau olympique pour les JO 2030. (AFP)
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  • Selon un sondage Odoxa pour Le Figaro, Sébastien Lecornu serait un « bon candidat » du bloc central en 2027 pour 30% des Français, derrière Édouard Philippe (39%) mais proche de Gabriel Attal (33%) et Gérald Darmanin (28%)
  • Jugé plus humble et compétent qu’Emmanuel Macron, Lecornu souffre toutefois d’une image « d’exécutant » (72% des sondés), tandis qu’Édouard Philippe reste favori, sous réserve des municipales au Havre

PARIS: Le Premier ministre Sébastien Lecornu ferait un "bon candidat" du bloc central à la présidentielle de 2027 pour 30% des Français, à l'image de Gabriel Attal(33%) et Gérald Darmanin (28%) mais loin derrière Edouard Philippe (39%), selon un sondage Odoxa pour Le Figaro paru jeudi.

Le chef du gouvernement, dont la popularité (34%) est supérieure de 13 points à celle d'Emmanuel Macron, est jugé plus humble (+33 points), plus proche des préoccupations des Français (+18) et plus compétent (+17) que le chef de l'Etat, mais aussi moins dynamique (-9).

"Pour renforcer sa stature, il devra peut-être se détacher de son image de simple collaborateur du Président", 72% des Français le qualifiant "d’exécutant", relève encore l'institut.

Sur les réseaux sociaux, les messages sur Emmanuel Macron restent très négatifs alors que la fidélité du "moine soldat" Lecornu est présentée comme une qualité rare, poursuit l'étude.

Edouard Philippe, maire du Havre et premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron, reste le meilleur candidat pour le bloc central, à condition de ne pas perdre les municipales de mars, "une défaite qui pourrait ternir son leadership", poursuit Odoxa.

Un sondage Opinionway publié mercredi le donne pour la première fois perdant dans sa ville contre Jean-Paul Lecoq (PCF) en cas de maintien du candidat RN-UDR au second tour du scrutin.

L'enquête a été réalisée en ligne les 25 et 26 février auprès d’un échantillon de 1.005 Français représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas. Marge d'erreur comprise entre 1,4 et 3,1 points.


Gouvernement: quatre nouveaux entrants dont Catherine Pégard à la Culture

Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
Le gouvernement compte désormais 36 membres. (AFP)
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  • Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin
  • Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats

PARIS: Quatre nouveaux ministres font leur entrée au gouvernement, dont Catherine Pégard, conseillère d'Emmanuel Macron, à la Culture en remplacement de Rachida Dati partie pour faire campagne pour la mairie de Paris, a annoncé jeudi l'Elysée dans un communiqué.

Conseillère culture de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, puis à la tête du château de Versailles avant de revenir au palais présidentiel auprès d'Emmanuel Macron, cette ancienne journaliste de 71 ans arrive rue de Valois avec une excellente connaissance du monde de la culture et un solide carnet d'adresses.

Outre cette nomination attendue, l'ex-ministre macroniste Sabrina Roubache fait son retour en tant que ministre délégué chargée de l'Enseignement et de la Formation professionnels et de l'Apprentissage. Elle avait été chargée de la Ville et de la Citoyenneté entre 2023 et 2024, avant d'être défaite aux législatives post-dissolution de l'Assemblée nationale.

La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, proche de Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin, devient aussi ministre déléguée chargée de l'Energie, domaine dont elle a une expertise en tant qu'ingénieure spécialiste du nucléaire.

Le chef de l'Etat a aussi nommé la députée du groupe macroniste Camille Galliard-Minier ministre déléguée chargée de l’Autonomie et des Personnes handicapées, en remplacement de Charlotte Parmentier-Lecocq qui souhaitait retrouver son siège à l'Assemblée nationale, et le député Les Républicains Jean-Didier Berger auprès du ministre de l'Intérieur Laurent Nunez.

Ces annonces complètent le mini-remaniement du gouvernement de Sébastien Lecornu provoqué par le départ attendu de Rachida Dati et Charlotte Parmentier-Lecocq, et celui d'Amélie de Montchalin, nommée à la tête de la Cour des comptes et remplacée dès dimanche aux Comptes publics par son ex-ministre délégué David Amiel.

Ce dernier n'a pour l'instant pas de ministre délégué à la Fonction publique, le poste qu'il occupait auparavant. Selon une source au sein de l'exécutif, une ministre déléguée sera nommée d’ici à la reprise des travaux parlementaires après les élections municipales.

Une députée qui était pressentie pour la Fonction publique s'est désistée à la dernière minute car son suppléant à l'Assemblée a refusé de siéger pour la remplacer, pour des raisons de cumul des mandats, ce qui aurait provoqué une législative partielle, selon une source au courant des tractations, qui n'a pas précisé son nom.

Parmi les nouveaux entrants, Jean-Didier Berger, maire de Clamart pendant dix ans, avait rejoint l’Assemblée à l’été 2024 après la dissolution, se faisant élire dans les Hauts-de-Seine. A l’Assemblée, il faisait partie des députés du groupe LR en pointe sur le projet de budget de l’Etat.

Il avait également déposé des propositions de loi aux accents régaliens : pour autoriser le traitement algorithmique des images de vidéoprotection dans les transports en commun, ou pour interdire les signes religieux ostentatoires aux mineurs qui participent à des activités d’une association subventionnée.

Camille Galliard-Minier, élue de l'Isère, est avocate de formation et l'ancienne suppléante d'Olivier Véran qu'elle a remplacé au Parlement entre 2020 et 2022 lorsque celui-ci était ministre de la Santé.

Le gouvernement compte désormais 36 membres.


Narcotrafic: pour Amine Kessaci, il faut «protéger» les personnes menacées mais aussi leur «permettre de vivre»

Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai. (AFP)
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  • Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête
  • Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection

PARIS: Pour le militant Amine Kessaci, sous protection policière avec sa famille, il faut "protéger" les personnes menacées par le narcotrafic, mais "aussi leur permettre de vivre", a-t-il appelé jeudi avec des sénateurs écologistes, qui porteront un texte sur ce sujet le 7 mai.

Sans critiquer le dispositif de protection existant, il appelle le gouvernement à "aller plus loin" pour "accompagner" les personnes protégées dans leur quotidien, qu'il s'agisse d'études, d'emploi ou de logement.

Engagé contre le narcotrafic après la mort de son frère Brahim dans un narchomicide il y a cinq ans, Amine Kessaci vit sous protection policière depuis septembre, après qu'un contrat a été placé sur sa tête.

Son petit frère, Mehdi, a été assassiné le 13 novembre, dans un probable "crime d'intimidation" en représailles à son engagement. Sa famille vit depuis aussi sous protection.

Les écologistes ont fait adopter mi-février à l'Assemblée un texte visant à mieux protéger les personnes ciblées par les réseaux de criminalité organisée. Les sénateurs écologistes comptent le reprendre le 7 mai lors d'une journée réservée.

Ce texte "est né uniquement par l'histoire de mon petit frère (...) Mehdi, assassiné pour rien, parce qu'il était mon petit frère", explique Amine Kessaci.

Membre du parti Les Ecologistes, candidat à Marseille sur la liste du maire sortant Benoît Payan, Amine Kessaci a rappelé avoir été exfiltré début février d'un meeting à Aix-en-Provence, face à une menace imminente.

Il a salué jeudi les "policières et policiers" qui ont réagi "avec un calme absolu". "C'est important, quand beaucoup leur jettent tous les maux de la société" qu'on "leur reconnaisse ça".

S'il estime qu'une personne menacée en France "est protégée", le militant de 22 ans considère que la protection ne peut se limiter à la sécurité physique, et doit permettre de poursuivre des études, d'avoir un emploi et un logement. "On a besoin de tout ce qu'il y a à côté".

Ex-veilleur de nuit dans un foyer, il souligne que le service chargé de sa protection, habitué à protéger des personnalités comme des ministres, a fait face à la nécessité nouvelle de protéger des personnes ayant une vie étudiante ou professionnelle classique.

Il explique avoir dû déménager trois fois depuis sa mise sous protection. "J'ai dû me débrouiller", dit-il.

Il a lancé un appel au gouvernement afin qu'il s'empare du texte écologiste et l'amende, précisant avoir déjà eu des échanges avec le ministre de l'Intérieur, Laurent Nunez.