Le ministre des AE du Costa Rica: «Nous sommes en faveur d'un cessez-le-feu immédiat à Gaza»

Arnoldo Tinoco, ministre des Affaires étrangères du Costa Rica (Photo, AN /Huda Bashatah).
Arnoldo Tinoco, ministre des Affaires étrangères du Costa Rica (Photo, AN /Huda Bashatah).
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Publié le Jeudi 25 janvier 2024

Le ministre des AE du Costa Rica: «Nous sommes en faveur d'un cessez-le-feu immédiat à Gaza»

  • Le chef de la diplomatie du pays d’Amérique centrale déclare que son gouvernement soutient la position de l'ONU sur la solution à deux États
  • En visite à Riyad, Tinoco se prononce en faveur d'un engagement accru avec l'Arabie saoudite en matière de transition écologique et d'infrastructures

RIYAD: Le Costa Rica est favorable à un cessez-le-feu dans le conflit entre Israël et le Hamas, à la libre circulation de l'aide humanitaire à Gaza et à une solution à deux États pour le conflit israélo-palestinien, a déclaré son ministre des Affaires étrangères.

Arnoldo Andre Tinoco a fait ces déclarations lors d'une interview accordée à Arab News mardi à Riyad, au cours de sa visite officielle en Arabie saoudite.

«Nous avons clairement indiqué que nous étions en faveur d'un cessez-le-feu immédiat et de l'entrée de l'aide humanitaire dans la bande de Gaza», a-t-il précisé.

«Nous nous prononçons en faveur de la libération des otages et, bien sûr, de la solution à deux États – en paix et ensemble, comme cela a été résolu à maintes reprises par les Nations unies», a-t-il ajouté.

Israël a lancé sa campagne militaire à Gaza en réponse à l'attaque du Hamas du 7 octobre contre le sud d'Israël, au cours de laquelle des militants palestiniens ont tué quelque 1 200 personnes, pour la plupart des civils, et pris 240 autres en otage, dont de nombreux ressortissants étrangers.

Depuis lors, l'armée israélienne a mené une campagne aérienne et terrestre féroce contre le Hamas, qui contrôle la bande de Gaza depuis 2007, tuant plus de 25 000 Palestiniens, selon le ministère de la Santé de Gaza.

Tinoco a souligné que le rejet du militarisme par le Costa Rica et son soutien à la diplomatie signifiaient que le pays croyait fermement en l'autorité des Nations unies et en l'importance du droit international.

Des familles palestiniennes fuient Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 22 janvier 2024, au milieu des bombardements israéliens, alors que la guerre de Gaza se poursuit (Photo, AFP).

«Le Costa Rica est un pays sans armée. Nous avons aboli les forces armées il y a soixante-quinze ans et, par conséquent, toute notre politique étrangère et nos efforts diplomatiques reposent sur le droit international», a-t-il indiqué.

«Par conséquent, les résolutions de l'ONU constituent une très bonne ligne directrice sur la manière dont les États doivent se comporter vis-à-vis de ce conflit.»

Tinoco était à Riyad pour rencontrer des responsables saoudiens, notamment le ministre d'État aux Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, à un moment où le Costa Rica développe ses relations diplomatiques et commerciales avec le Moyen-Orient.

Le ministre des Affaires étrangères du Costa Rica, Arnoldo Andre Tinoco, rencontre le ministre d'État saoudien aux Affaires étrangères, Adel al-Jubeir (Photo fournie).

Pendant plus de deux décennies, le pays d'Amérique centrale a eu peu d'échanges avec le monde arabe en raison de la décision de l'ancien président Luis Alberto Monge de transférer l'ambassade du pays en Israël de Tel Aviv à Jérusalem en 1982.

En 2006, l'ambassade est retournée à Tel Aviv, favorisant la reprise des relations avec les pays du Moyen-Orient, notamment l'Arabie saoudite.

«Au cours de notre administration – nous avons pris le pouvoir en mai 2022 – les relations se sont développées et ont été renforcées par des visites constantes de vos ministres et des visites constantes de ma personne et bientôt d'autres ministres à Riyad afin d'améliorer les relations et de trouver des moyens concrets de coopérer les uns avec les autres dans les différents domaines», a expliqué Tinoco.

«J'ai rencontré, bien sûr, le ministre des Affaires étrangères. Je me suis également entretenu avec le ministre de l'Investissement, le ministre de l'Agriculture, le ministre du Commerce et bien d'autres autorités, ce qui nous permet d'avoir une vue d'ensemble de ce qui se passe ici en Arabie saoudite.»

Le ministre des Affaires étrangères du Costa Rica, Arnoldo Andre Tinoco, s'est entretenu avec la rédactrice en chef adjointe d'Arab News, Noor Nugali, après avoir rencontré des responsables saoudiens (Photo, AN / Huda Bashatah).

Interrogé sur la Vision 2030, le plan de réforme sociale et de diversification économique de l’Arabie saoudite lancé en 2016 pour affranchir l'Arabie saoudite de sa dépendance au pétrole et se développer dans de nouveaux secteurs, Tinoco a signalé que le rythme des progrès est vraiment louable.

«C'est très impressionnant. Ce qui m'a été expliqué il y a un an et ce que nous voyons aujourd'hui un an plus tard, les efforts, la rigueur, l'investissement, la passion avec laquelle le gouvernement saoudien et son peuple cherchent un changement, fascine tout le monde», a-t-il indiqué.

«On voit de nouvelles choses partout. Vous voyez de nouvelles idées partout. Vous voyez le progrès. Vous voyez la croissance du nombre de touristes qui visitent le pays et vous voyez les progrès réalisés chaque jour», a-t-il ajouté.

«Je sais que c'est un pays très jeune. Je sais que plus de 70% de la population a moins de 35 ans et que cela aide, évidemment, une société à changer et à progresser beaucoup plus rapidement que d'autres.»

Le Costa Rica exporte principalement des produits agricoles tels que des bananes et du café vers l'Arabie saoudite, ainsi que des équipements médicaux. En développant les relations avec les économies du Golfe, Tinoco espère que le commerce bilatéral pourra se développer et se diversifier.

Une plantation de café bordée de bananes sur les pentes fertiles du volcan Poas, dans les hautes terres centrales du Costa Rica (Photo, Shutterstock).

«Nous avons ouvert nos relations entre le milieu des années 2010 et 2015 et avons commencé à explorer de nouvelles voies vers le Moyen-Orient. Aujourd'hui, nous avons des ambassades officielles présentes dans plusieurs pays, notamment aux Émirats arabes unis, ainsi qu'en Arabie saoudite et au Qatar, qui sont les premiers pays où nous nous établissons dans la région», a-t-il déclaré.

«Nous sommes si différents, mais nous sommes complémentaires. Comme vous le savez, nous sommes un pays tropical où l'eau coule sous forme de pluie et de rivières, tandis que vous êtes beaucoup plus secs, de sorte que nos produits sont demandés sur les marchés. Et nous pouvons, bien sûr, acheter vos produits saoudiens.»

Le Costa Rica est particulièrement désireux d'attirer les investissements saoudiens dans ses grands projets d'infrastructure. Au cours de sa visite, Tinoco a rencontré des représentants des fonds d'investissement saoudien pour discuter de plusieurs de ces opportunités.

«Nous sommes encore un pays à revenu moyen, qui a encore besoin d'infrastructures, et il existe donc des opportunités pour les institutions financières d'Arabie saoudite de placer leurs ressources dans des projets d'infrastructures solides et de qualité», a-t-il estimé.

«Nous avons notamment des routes, des ports et des aéroports à construire. Nous avons de nombreuses opportunités auxquelles les fonds saoudiens pourraient éventuellement s'intéresser», a mentionné Tinoco.

L'un des domaines de coopération que les deux pays semblent vouloir explorer est la transition verte, en s'appuyant sur l'expertise du Costa Rica en matière d'énergie propre. Environ 99% de l'énergie du pays provient de sources renouvelables, notamment l'hydroélectricité et la géothermie.

Une vue de la centrale géothermique de Las Pailas à Guanacaste, au Costa Rica (Photo, Shutterstock).

«Nous avons proposé l'échange de bonnes pratiques, ce qui est un bon moyen de coopérer entre les pays», a-t-il éclairci.

«Nous avons été bénis par Dieu en ayant ces rivières dans les montagnes, ce qui nous a permis de développer des centrales hydroélectriques pour produire de l'électricité de manière renouvelable, ainsi que des centrales géothermiques qui tirent parti de la chaleur générée par les volcans pour produire de l'électricité à partir de l'eau chauffée qu'ils génèrent.

«Nous avons proposé, bien sûr, de partager cette technologie avec les Saoudiens qui s'y intéressent», a-t-il dévoilé.

Le Costa Rica est également réputé pour ses efforts de protection de l'environnement et son industrie de l'écotourisme. Sa campagne de reforestation, en particulier, a connu un énorme succès, renforçant la riche biodiversité de la région et contribuant à éliminer le carbone de l'atmosphère.

Une belle vue aérienne de la rivière Bananito dans la forêt tropicale de la région de Talamanca, au Costa Rica (Photo, Shutterstock).

«En ce qui concerne la durabilité, nous avons inversé le taux de déforestation du pays qui, dans les années 1970 et 1980, couvrait environ 30% de la surface, contre 60% aujourd'hui. Nous avons donc doublé la couverture forestière au cours des quarante dernières années, ce qui est remarquable», a affirmé Tinoco.

«Cela a été fait en donnant une valeur aux arbres, en donnant une valeur à la forêt, en reconnaissant également la valeur des forêts dans les mains de particuliers. Cette politique a été couronnée de succès et nous pouvons, bien entendu, la partager avec l'Arabie saoudite», a-t-il reconnu.

L'Initiative verte saoudienne et l'Initiative verte du Moyen-Orient, lancées par le prince héritier, Mohammed ben Salmane, en 2021, se sont fixé pour objectif de planter environ 10 milliards d'arbres dans le Royaume et 50 milliards dans l'ensemble du Moyen-Orient.

L'écologisation de cette région essentiellement désertique sera une entreprise de grande envergure, qui fera appel à de nouvelles technologies de gestion de l'eau et à l'expertise environnementale la plus récente, mais Tinoco est persuadé que les initiatives seront couronnées de succès.

«Certes, cela nécessite une technologie de pointe à cause du manque d'eau», a-t-il expliqué. «Toute plante en croissance a besoin de beaucoup d'eau et d'engrais. Si la technologie arrive à maturité, ce serait bien sûr une révolution de voir ces zones sablonneuses transformées en zones très vertes. Nous sommes impatients de voir cela se produire.»

Dans le cadre de l'initiative verte saoudienne, l’Arabie saoudite a pour objectif de planter 10 milliards d'arbres (Photo fournie).

La réponse à la crise climatique est une préoccupation majeure pour le Costa Rica, qui est bordé par les Caraïbes à l'est et le Pacifique à l'ouest. Le groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat a prévu que le niveau de la mer pourrait augmenter de plus d'un mètre au Costa Rica d'ici 2100.

Cependant, Tinoco estime que les petits pays, en particulier les États de faible altitude et vulnérables au climat dans les Amériques, ne reçoivent pas l'aide financière du monde industrialisé dont elles ont besoin pour s'adapter.

«Le dilemme avec le changement climatique n'est plus tant de contenir le changement climatique que de prendre des mesures d'adaptation, car le changement climatique est là et il affecte de nombreux pays, principalement les petites îles du Pacifique qui disparaîtront avec l'élévation du niveau de la mer, et nos régions et l'Amérique centrale seront également touchées», a-t-il indiqué.

«Néanmoins, le financement international ne s'adresse pas toujours aux pays qui en ont besoin pour mettre en œuvre, dans les délais, des mesures d'adaptation», a-t-il estimé.

«Bien entendu, nous sommes préoccupés par le fait que les principaux pollueurs de la planète, à savoir les pays industrialisés, les États-Unis, la Chine, l'Inde et d'autres pays développés, ne mettent pas en œuvre rapidement les mesures nécessaires pour limiter les émissions, de sorte que les mesures prises par les petits pays n'ont que très peu d'effet.»

L'Amérique latine n'a pas été épargnée par les turbulences économiques de ces dernières années, ni par la montée mondiale des leaders populistes de gauche et de droite. Dans plusieurs de ces pays, le trafic de drogue et la faiblesse institutionnelle ont également conduit à une explosion du crime organisé.

Du point de vue du Costa Rica, pays relativement prospère et stable, Tinoco a déclaré que son gouvernement continuerait à s'engager avec ces pays, quelles que soient leurs tendances politiques, tant qu'ils continueraient à respecter les normes internationales.

«Nous respectons, bien sûr, chaque État et nous respectons la forme sous laquelle les citoyens de chaque État décident de s'organiser en gouvernement et en société», a-t-il insisté.

Les tendances politiques de la région pourraient toutefois bientôt changer, plusieurs élections générales étant prévues cette année dans les Amériques – aux États-Unis, au Mexique, au Salvador, en République dominicaine, au Panama et en Uruguay.

Évoquant le thème de l'adhésion au droit international, Tinoco a soutenu que le Costa Rica suivrait de près l'évolution de la situation dans la région afin de garantir le respect des droits de l'homme et des principes démocratiques.

«Ce que nous disons dans notre région, c'est que nous respectons les autres mais, bien sûr, que nous veillons à la protection des civils, à la protection des droits de l'homme de chacun», a-t-il souligné.

La majorité doit gouverner, mais les minorités doivent également être protégées», a conclu Tinoco.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Le ministre des Affaires étrangères d'Oman en Iran pour discuter d'Ormuz

Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz. (AFP)
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  • M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région"
  • Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux"

TEHERAN: Le ministre des Affaires étrangères d'Oman, Badr al-Busaidi est attendu mardi en Iran, ont annoncé les autorités iraniennes, alors que Téhéran et Mascate discutent depuis des semaines d'un accord sur les modalités de passage dans le détroit d'Ormuz.

M. al-Busaidi mènera les "consultations politiques en cours entre les deux parties, en tant qu'États riverains du détroit d'Ormuz, afin de contribuer à renforcer la paix et la sécurité dans la région", a déclaré lundi le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, dans un communiqué.

Le ministre omanais doit également rencontrer son homologue iranien Abbas Araghchi, pour "renforcer la coopération bilatérale" et "discuter des enjeux régionaux".

En riposte aux frappes israélo-américaines sur son sol le 28 février, qui ont déclenché la guerre au Moyen-Orient, l'Iran a verrouillé le stratégique détroit d'Ormuz, par lequel circulait, avant le conflit, un cinquième des hydrocarbures mondiaux.

Téhéran a indiqué qu'il entendait imposer des frais de navigation pour des services aux navires y transitant, ce que refusent fermement les Etats-Unis et certains pays de la région. L'Iran a pris pour cible des navires qui tentent de traverser le détroit sans demander d'autorisation.

De son côté, le président américain Donald Trump martèle avoir le "contrôle total" du détroit et a affirmé qu'il en ferait, après la guerre un "territoire américain".

Il a également menacé de bombarder Oman si le pays se mettait "en travers" du chemin des Etats-Unis.

L'Iran et Oman discutent depuis plusieurs semaines pour établir une nouvelle route de navigation dans le détroit.

Mardi, le Qatar, un des pays médiateurs dans le conflit, les a appelés à conclure leurs négociations, pour permettre de "reprendre" les discussions entre les Etats-Unis et l'Iran.

Téhéran affirme que la voie maritime restera fermée tant que Washington n'aura pas rempli ses engagements prévus par le protocole d'accord conclu mi-juin, dont la levée du blocus imposé par les Etats-Unis aux  ports iraniens.


La Syrie dit vouloir désamorcer les tensions avec Israël après l'attaque d'une base

Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
Cette photo, diffusée par la page Telegram de la présidence syrienne, montre le président syrien Ahmed al-Sharaa (à droite) serrant la main de l'envoyé américain Tom Barrack au palais présidentiel de Damas, le 18 janvier 2026. (AFP)
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  • Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie
  • Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie

DAMAS: La Syrie et Israël ont tenu dimanche des discussions de haut niveau en Jordanie, Damas affirmant vouloir désamorcer la crise provoquée par une attaque israélienne et rester à l'écart des tensions entre Israël et la Turquie.

Avec cette frappe sur une base aérienne du nord du pays, vivement condamnée par Damas, Israël avait dit vouloir y empêcher le déploiement de troupes turques. Ankara a démenti toute présence militaire.

Selon des sources interrogées par l'AFP, le chef de la diplomatie syrienne, Assaad al-Chaibani, et le chef du Mossad, les services de renseignement extérieur israéliens, Roman Gofman, se sont rencontrés en Jordanie.

Ils ont abordé, entre autres, la question de la mise en place d'une "salle des opérations spéciales" en Jordanie, sous supervision américaine, afin d'éviter tout affrontement en Syrie, y compris avec la Turquie, selon ces sources qui ont requis l'anonymat.

L'agence de presse officielle syrienne Sana, citant une source au ministère syrien des Affaires étrangères, a confirmé que des pourparlers parrainés par les Etats-Unis avaient eu lieu en Jordanie, dans l'objectif d'"une désescalade après le récent bombardement israélien du territoire syrien".

D'après Sana, un groupe mené par le chef de la diplomatie syrienne s'est entretenu avec une "délégation israélienne de haut niveau". Les discussions devaient, entre autres, "faire en sorte que les tensions actuelles entre les deux pays ne se répercutent pas sur le territoire syrien", de même source.

La Turquie a été le premier pays à majorité musulmane à reconnaître Israël, mais les relations sont tendues avec le président Recep Tayyip Erdogan, qui a été qualifié vendredi par Benjamin Netanyahu de "dictateur antisémite".

Un porte-parole du bureau du Premier ministre israélien a, lui, indiqué à l'AFP ne pas avoir de commentaire à faire à ce sujet.

Selon une source diplomatique, ces négociations entre Israël et la Syrie sont les premières depuis plusieurs mois.

Après l'arrivée au pouvoir fin 2024 de l'islamiste Ahmad al-Chareh, dont la coalition de rebelles a renversé le président Bachar al-Assad, Israël a lancé des centaines de frappes contre la Syrie.

L'armée israélienne a également mené des incursions dans le sud du pays et déployé des troupes dans la zone tampon placée sous surveillance de l'ONU, qui séparait les forces israéliennes et syriennes sur le plateau du Golan, où Israël revendique la mise en place d'une "zone de sécurité" qu'il entend maintenir.

"Violation flagrante" 

En parallèle, les deux pays ont tenu, sous la pression des Etats-Unis, plusieurs cycles de discussions directes.

A l'issue de négociations en janvier, les deux pays avaient convenu de mettre en place un mécanisme de partage de renseignements.

Un diplomate arabe à Damas avait indiqué à l'époque à l'AFP qu'une salle d'opérations conjointe basée en Jordanie devait notamment suivre les questions de coordination sécuritaire et de contrôle des frontières.

Tom Barrack, l'envoyé spécial américain en Syrie qui est également ambassadeur en Turquie, a condamné le bombardement israélien de mardi, accusant Israël d'"escalade inutile".

Dans un entretien accordé à l'influenceur Mario Nawfal et diffusé vendredi, il a aussi suggéré que la frappe pourrait avoir cherché à provoquer un conflit avec la Turquie dans le cadre d'une manœuvre électoraliste du Premier ministre, Benjamin Netanyahu, qui aborde en position difficile les législatives d'octobre en Israël.

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a dénoncé des "positions qui contredisent la ligne du président américain Donald Trump".

M. Barrack a également déclaré que le plateau du Golan - un territoire syrien dont Israël s'est emparé en 1967 avant de l'annexer en 1981 - était "occupé" par Israël, alors que les Etats-Unis sont parmi les rares pays à avoir reconnu son annexion par Israël, sous le premier mandat de Donald Trump en 2019.

Les discussions ont par ailleurs eu lieu au lendemain de frappes israéliennes visant, selon Israël, des combattants en Syrie, près du plateau du Golan.

Damas a fait état d'un blessé et dénoncé une "violation flagrante" de sa souveraineté.


De Riyad à Paris : pourquoi les Saoudiens reviennent toujours en France

Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
Paris reste une destination attractive pour les touristes saoudiens, les amateurs de gastronomie et les passionnés de culture. (Shutterbox)
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  • Pour les voyageurs saoudiens, la France offre bien plus que ses monuments, avec une culture, une histoire et une gastronomie qui laissent une impression durable
  • Des lunes de miel aux carrières dans la pâtisserie, en passant par des années d’études à Paris, les visiteurs racontent des expériences qui continuent de les attirer en France

RIYAD : Le secteur touristique français a franchi une étape remarquable en 2025, en accueillant 102 millions de visiteurs internationaux et en confortant sa position de destination la plus visitée au monde.

Pour de nombreux voyageurs saoudiens, la France n’est pas simplement une destination incontournable : c’est une expérience enrichissante, façonnée par les rencontres avec sa culture, son histoire, sa gastronomie, son art et sa vie intellectuelle.

Les deux pays sont de plus en plus connectés grâce à des liaisons aériennes directes. Saudia assure des vols directs entre Paris et Riyad ainsi qu’entre Paris et Djeddah. Dans le même temps, Air France a lancé sa liaison directe Paris-Riyad à l’été 2025, élargissant les possibilités de voyage entre les deux capitales.

Pour les visiteurs saoudiens, ces liaisons ouvrent la porte aux attractions emblématiques, mais surtout à une ville qui peut se découvrir à travers sa culture, son histoire, ses musées, sa gastronomie et la vie quotidienne.

Marwan Alrasheed, traducteur et consultant culturel, s’est rendu en France à l’automne 2025, animé précisément par cette curiosité.

« Je suis venu découvrir la richesse culturelle de Paris, qu’elle soit artistique, historique, philosophique ou culinaire », a-t-il déclaré à Arab News, décrivant Paris comme occupant « une place prépondérante dans l’histoire de la culture humaine ».

Alrasheed a séjourné pendant dix jours dans le Quartier latin, près de la Sorbonne, l’un des quartiers les plus étroitement associés à l’histoire intellectuelle de la ville.

Son itinéraire, riche et varié, reflétait ces centres d’intérêt. Il s’est notamment rendu aux Deux Magots, le célèbre café associé à des écrivains, artistes et philosophes tels que Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Albert Camus.

Il a également exploré le Louvre, où il a admiré la Joconde de Léonard de Vinci et la Victoire de Samothrace.

Alrasheed s’est aussi arrêté à Shakespeare and Company, la librairie anglophone de la rive gauche associée à plusieurs générations d’écrivains, qualifiant son voyage d’« hors du commun et instructif ».

La gastronomie a constitué une autre manière de découvrir la ville.

Passionné d’histoire, Alrasheed a participé à une visite consacrée aux boulangeries historiques parisiennes, explorant l’univers culinaire de la capitale parallèlement à ses visites de musées et de lieux littéraires.

Pris dans leur ensemble, ces expériences ont durablement marqué sa perception de Paris et lui ont donné toutes les raisons d’y revenir. « La gastronomie, la culture, l’art et l’histoire vous invitent tous à revenir », a-t-il déclaré.

Pour Dania Halawani, originaire de Djeddah, la France a offert un autre type de lien personnel. Sa première visite a eu lieu pendant sa lune de miel, lorsqu’elle a passé une semaine à voyager entre Paris, Versailles et Marseille.

« En plus d’être d’une beauté à couper le souffle et incroyablement riche en culture à chaque coin de rue, c’est un pays absolument romantique », a-t-elle déclaré à Arab News.

Versailles a été l’un des temps forts du voyage. « Nous avons parcouru le palais et nous avions l’impression de revivre son histoire et de la respirer », a-t-elle raconté.

Le séjour lui a également permis de se familiariser davantage avec la langue française, l’anglais ne lui permettant pas toujours de communiquer, et elle a commencé à apprendre des mots et des expressions au fil de son voyage.

Pour d’autres visiteurs saoudiens, la France a été une source d’inspiration professionnelle.

Les voyages répétés à Paris de la cheffe pâtissière saoudienne Al-Batoul Al-Maddah l’ont aidée à transformer son intérêt pour la pâtisserie en véritable carrière.

« Je voyageais à Paris à chaque vacances et je découvrais de nouvelles pâtisseries et de nouvelles saveurs, car la pâtisserie ressemble à la mode : tout est question de nouvelles tendances », a-t-elle déclaré à Arab News.

Elle a ensuite choisi d’étudier à Paris, attirée par la culture culinaire de la ville et la créativité de sa scène pâtissière.

« Ma vie étudiante à Paris a été remarquable et j’ai eu la chance d’en apprendre davantage sur ce que j’aime vraiment », a-t-elle déclaré.

Pour Hadeel Al-Nufaiey, l’expérience est allée encore plus loin. Elle a vécu cinq ans à Paris pendant ses études à l’université Paris Descartes, décrivant cette période comme une expérience culturelle, éducative et sociale déterminante.

La vie à Paris l’a amenée à participer à des conversations sur l’Arabie saoudite avec des personnes qui connaissaient peu le Royaume.

Elle a expliqué qu’elle se retrouvait souvent à présenter la société et la culture saoudiennes à des personnes dont la perception était largement façonnée par la couverture médiatique.

« J’ai essayé de contribuer au changement autant que possible et j’espère avoir représenté l’Arabie saoudite de la meilleure manière », a-t-elle déclaré.

À son retour à Riyad, la France était également devenue une partie de sa vie familiale : ses deux jeunes enfants parlent couramment français.

Cafés philosophiques, bibliothèques historiques, pâtisseries et bien d’autres découvertes sont autant d’expériences que les voyageurs saoudiens rapportent de France. Ce qui les relie souvent, c’est le sentiment que le pays offre bien plus qu’une simple liste d’attractions incontournables : il offre la possibilité de découvrir des idées, des goûts et des traditions qui continuent de façonner leurs souvenirs longtemps après la fin du voyage. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com