La Finlande élit son président, au rôle accru par les tensions avec la Russie

Le candidat à la présidence de la Finlande Alexander Stubb assiste à une conférence de presse au Parlement européen, le 2 octobre 2018 à Strasbourg. (Photo de Frederick Florin AFP)
Le candidat à la présidence de la Finlande Alexander Stubb assiste à une conférence de presse au Parlement européen, le 2 octobre 2018 à Strasbourg. (Photo de Frederick Florin AFP)
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Publié le Dimanche 28 janvier 2024

La Finlande élit son président, au rôle accru par les tensions avec la Russie

  • Restée neutre pendant la Guerre froide, la Finlande est devenue l'an dernier le 31e membre de l'Otan, au grand dam de la Russie avec qui elle partage une frontière longue de 1.340 kilomètres
  • Pour le premier tour de cette présidentielle, deux figures politiques font la course en tête des neuf candidats : l'ancien Premier ministre conservateur Alexander Stubb et l'ancien ministre des Affaires étrangères, Pekka Haavisto, du parti des Verts

HELSINKI, Finlande : Les Finlandais votaient dimanche pour élire leur président, dont le rôle a gagné en importance en raison du net regain de tensions avec la Russie voisine depuis la guerre en Ukraine.

Doté de pouvoirs plus limités que le Premier ministre, le chef de l'Etat dirige toutefois la politique étrangère en étroite coopération avec le gouvernement et il est le commandant suprême des forces armées.

Restée neutre pendant la Guerre froide, la Finlande est devenue l'an dernier le 31e membre de l'Otan, au grand dam de la Russie avec qui elle partage une frontière longue de 1.340 kilomètres.

Pour le premier tour de cette présidentielle, deux figures politiques font la course en tête des neuf candidats, selon les sondages: l'ancien Premier ministre conservateur Alexander Stubb et l'ancien ministre des Affaires étrangères, Pekka Haavisto, du parti des Verts.

Le candidat d'extrême droite du Parti des Finlandais, Jussi Halla-aho, est placé en troisième position dans ces sondages et pourrait jouer les trouble-fêtes, selon les experts.

Les bureaux de vote ont ouvert à 09H00 locales (07H00 GMT) et ferment à 20H00 (18H00 GMT).

Il faudra un président avec des «compétences en matière de leadership, humanité. Bien sûr, il doit aussi être dur quand c'est nécessaire», estime Hannu Kuusitie, électeur venu voter dans un quartier du centre d'Helsinki.

Les relations entre la Finlande et la Russie se sont considérablement détériorées depuis février 2022 et l'offensive russe en Ukraine.

Après l'adhésion de son voisin à l'Otan en avril 2023, Moscou a promis des «contre-mesures». La Finlande a notamment fait face à un afflux de migrants à sa frontière orientale.

- Défense indépendante -

Helsinki a accusé Moscou d'orchestrer une crise migratoire à ses portes et a fermé sa frontière avec la Russie en novembre, une mesure soutenue par l'ensemble des candidats.

«La Russie, et en particulier Vladimir Poutine, utilise les êtres humains comme une arme», a dit Alexander Stubb jeudi soir lors du dernier débat télévisé. «Dans ce cas, nous devons faire passer la sécurité de la Finlande en premier», a-t-il ajouté.

Pour son concurrent principal, Pekka Haavisto, Helsinki devait «envoyer un message clair que cela ne pouvait continuer».

Membre de l'UE et de la zone euro, la Finlande avait privilégié après la Guerre froide le développement des relations économiques avec son grand voisin, dans l'espoir que cela se traduise par un essor démocratique.

Le président sortant Sauli Niinistö, qui se retire après avoir atteint la limite de deux mandats de six ans, s'était enorgueilli d'avoir entretenu des liens étroits avec Vladimir Poutine, avant de devenir l'un des opposants les plus virulents du président russe en Europe.

Dans ce contexte, les candidats à la présidence défendent tous l'indépendance de la Finlande et son nouveau rôle en tant que membre de l'Otan, souligne Hanna Wass, vice-doyenne de la faculté des sciences sociales de l'université d'Helsinki.

«Ils mettent tous l'accent sur l'autosuffisance de la Finlande, à savoir que le pays devrait assumer sa défense de manière indépendante et contribuer activement à la construction d'une défense européenne partagée et d'une coopération nordique», a déclaré Mme Wass à l'AFP.

- Visions proches -

L'élection se jouera plutôt sur la personnalité des candidats, abonde Tuomas Forsberg, professeur de politique étrangères à l'Université de Tampere.

«Les différences relèvent de la nuance» en termes de politique étrangère, dit-il.

«Il s'agira davantage d'élire une personnalité, en tenant compte de sa crédibilité, de sa fiabilité et de ses qualités perçues en tant que dirigeant de la politique étrangère», déclare t-il à l'AFP.

Un sondage publié jeudi par la télévision publique Yle place crédite M. Stubb, 55 ans, dirigeant du parti conservateur Coalition nationale, de 27% des voix, devant M. Haavisto (23%) et M. Halla-aho étant (18%).

Le conservateur Alexander Stubb a été le Premier ministre de Finlande entre 2014 et 2015. Pekka Haavisto a occupé plusieurs postes ministériels.

«Ils ont tous deux une forte expérience en matière de politique intérieure et étrangère, ce que valorisent les électeurs», dit Mme Wass.

Leur vision de la fonction est proche mais leur personnalité diffère, souligne Forsberg.

«Alex (Stubb) est davantage un représentant de la droite et Haavisto de la gauche, même si Haavisto a essayé de souligner qu'il n'avait rien de rouge, qu'il avait emprunté une voie médiane en tant que Vert», selon Forsberg.

En cas de second tour, dimanche 11 février, si aucun candidat n'obtient 50% des voix au premier, «les débats pourraient être décisifs», ajoute le professeur.


Les Etats-Unis frappent l'Iran pour la troisième nuit de suite et vont rétablir le blocus des ports

Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible". (AFP)
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  • Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna
  • Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom

TEHERAN: Les Etats-Unis ont mené une troisième nuit consécutive de frappes contre l'Iran, avant le rétablissement prévu mardi du blocus naval des ports iraniens, même si Donald Trump suggère qu'un accord avec Téhéran est encore "possible".

Pendant une mission de cinq heures, "les forces américaines ont frappé des cibles militaires" dans plusieurs villes portuaires du sud de l'Iran, comme Bouchehr et Bandar Abbas, a détaillé le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) dans la matinée.

Quatre explosions ont été entendues près de Bandar Abbas, ville portuaire située sur le détroit d'Ormuz, selon l'agence de presse iranienne Irna.

Parmi les objectifs ciblés figurent "des systèmes de défense côtière, des installations de drones et de missiles et des moyens maritimes", selon le Centcom.

"Nous allons les frapper fort ce soir, et nous allons les frapper fort demain", avait déclaré lundi Donald Trump dans une interview radio. Pour le président américain, les dirigeants iraniens "ne peuvent absolument rien faire contre" ces frappes.

Comme la veille, les Gardiens de la Révolution iraniens ont, eux, revendiqué une opération à Bahreïn - entre autres contre un bâtiment hébergeant les troupes américaines sur la base de Juffair.

L'armée idéologique iranienne a aussi annoncé avoir ciblé en Jordanie "des installations clé et les forces américaines sur une base aérienne jordanienne", dans un communiqué cité par l'agence Tasnim. L'armée jordanienne a annoncé pour sa part l'interception de quatre missiles iraniens.

Deux tankers attaqués 

Dans le détroit d'Ormuz, les Emirats arabes unis ont déploré des attaques de missiles iraniens contre deux de leurs tankers, tuant un membre d'équipage indien.

Malgré ces échanges de frappes, Donald Trump a tout de même estimé, devant la presse à la Maison Blanche, qu'un accord avec l'Iran était encore "possible".

Avant cela, il avait annoncé sur Truth Social que les Etats-Unis prendraient le contrôle du détroit d'Ormuz et que le blocus des ports iraniens serait rétabli.

Il entrera en vigueur mardi à 20H00 GMT, selon l'armée américaine.

Tout comme Téhéran souhaite instaurer un péage pour traverser Ormuz, le président américain a dit vouloir percevoir en échange de la protection du détroit "une rémunération correspondant à 20% de la valeur des cargaisons", contraire au droit international censé garantir la liberté de navigation.

Le pétrole remonte 

Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, dont le pays a pris le contrôle du détroit au début de la guerre, a rétorqué sur X: "l'Iran a toujours été le gardien du détroit et le restera pour toujours".

Donald Trump "a tout à fait raison. Quiconque assure le passage sûr et sécurisé des navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz devrait être rémunéré", a-t-il ironisé, ajoutant: "20%, c'est évidemment trop. Nous serons équitables".

Les Gardiens de la Révolution iraniens ont accusé les Etats-Unis de mettre en péril l'approvisionnement mondial en pétrole.

Au lendemain d'une envolée spectaculaire de plus de 9%, les cours du pétrole continuaient leur ascension dans ce contexte. Le baril de Brent de la mer du Nord, référence internationale, gagnait 1,19% à 84,29 dollars vers 02H00 GMT.

Après quasiment 40 jours de bombardements dans le conflit déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, un cessez-le-feu était entré en vigueur début avril, avant d'être entériné le 17 juin par un protocole d'accord.

Mais depuis des attaques survenues mardi contre des navires tentant de franchir Ormuz, les affrontements ont repris avec une intensité inédite depuis des semaines, faisant dire à Donald Trump que le cessez-le-feu était "terminé".

La semaine dernière, le président américain a d'ailleurs envoyé une notice officielle au Congrès indiquant que le conflit avec l'Iran avait repris, a confirmé la Maison Blanche à l'AFP.

Et au total, 25 personnes ont été tuées depuis mercredi, selon un décompte de l'AFP à partir des médias iraniens et sources officielles.

 Protocole d'accord "en crise" 

Pour le porte-parole de la diplomatie iranienne Esmaïl Baghaï, "il ne fait aucun doute" que le protocole d'accord "est en crise".

"Mais l'Iran n'a jamais été le premier à violer ses engagements", a-t-il tancé lors d'une conférence de presse lundi à Téhéran à laquelle assistait l'AFP.

Les consultations avec les médiateurs que sont le Qatar, le Pakistan et Oman se poursuivent afin de "prévenir une escalade", a-t-il toutefois assuré.

Le protocole d'accord prévoyait la réouverture du détroit, Téhéran n'autorisant toutefois qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

"Ce passage stratégique est plus important que des dizaines de bombes atomiques, et la République islamique d'Iran le protégera", avait averti dimanche le conseiller militaire du guide suprême, Mohsen Rezaï.


L'armée américaine dit avoir conclu une série de frappes en Iran contre «des dizaines de cibles»

  • L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran
  • Elle a "visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations"

WASHINGTON: L'armée américaine a affirmé avoir conclu dimanche une série de frappes contre "des dizaines de cibles" en Iran, pour la deuxième journée consécutive, se disant prête à "garantir que la liberté de navigation reste assurée" dans le détroit d'Ormuz.

Les forces américaines "ont visé des systèmes iraniens de défense aérienne, des radars côtiers, des capacités de missiles et de drones, ainsi que de petites embarcations", a écrit le commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

 


Le chef de la diplomatie iranienne se rend à Oman au sujet du détroit d'Ormuz

La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
La visite sera axée sur le détroit d'Ormuz et la sécurité de la navigation, a rapporté l'agence de presse officielle iranienne. (AFP)
  • Abbas Araghchi se rend à Oman pour des discussions sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime
  • Malgré le cessez-le-feu avec Washington, le contrôle du détroit d'Ormuz reste une source de tensions

TEHERAN: Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi va se rendre samedi à Oman pour une visite axée "sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime", a annoncé son porte-parole.

La visite "portera principalement sur le détroit d'Ormuz et la sécurité maritime" et s'inscrit "dans le prolongement des consultations que nous avons entamées avec Oman depuis un mois ou deux", a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, selon des propos rapportés par l'agence de presse officielle iranienne IRNA.

Malgré l'accord conclu le 17 juin entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre déclenchée fin février par des attaques américano-israéliennes, la question du détroit demeure un point de contentieux majeur.

L'Iran a profité du conflit pour prendre le contrôle de ce point de passage clef pour le commerce mondial des hydrocarbures et refuse de revenir à la situation antérieure.

Téhéran veut imposer des droits de passage sur les bateaux et autorise uniquement une route longeant ses côtes, dans le nord. Des navires passant au sud, au large d'Oman, ont récemment été attaqués, ce qui a déclenché une reprise des hostilités avec les Etats-Unis.

En mai, le président Donald Trump avait menacé à la surprise générale de "pulvériser" le sultanat d'Oman s'il continuait de discuter avec Téhéran d'une gestion commune du détroit.

"Plusieurs séries de réunions techniques ont eu lieu jusqu'à présent, tant à Téhéran qu'à Mascate, et ce déplacement s'inscrit dans le prolongement de ces consultations, afin de contribuer à faciliter la circulation en toute sécurité dans le détroit d'Ormuz", a également fait savoir le porte-parole de la diplomatie iranienne.