La périlleuse prise de parole d'Israéliens sur le sort des Palestiniens

Des personnes évaluent les dommages causés par les bombardements israéliens à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 février 2024. (AFP).
Des personnes évaluent les dommages causés par les bombardements israéliens à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 9 février 2024. (AFP).
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Publié le Vendredi 09 février 2024

La périlleuse prise de parole d'Israéliens sur le sort des Palestiniens

  • Dans un éditorial, le quotidien de gauche Haaretz a estimé que l'affaire avait "été utilisée pour envoyer un message politique
  • L'objectif de son arrestation était la dissuasion -- réduire au silence toute critique ou soupçon de protestation contre la politique israélienne"

JERUSALEM: Licencié par son lycée, incarcéré comme "détenu à haut risque": Meir Baruchin, un enseignant en histoire près de Tel-Aviv, a déclenché une tornade en diffusant, le lendemain de l'attaque du Hamas en Israël, une photo censée dénoncer la guerre à Gaza.

Aujourd'hui provisoirement autorisé par la justice à enseigner à ses élèves du lycée Ytzakh Shamir de Petach Tikva, mais via des cours enregistrés pour éviter les incidents, cet Israélien de 62 ans déplore qu'évoquer le sort des Palestiniens à Gaza soit passible de poursuites.

Le 7 octobre, Israël a basculé dans le cauchemar lorsque des commandos du mouvement islamiste palestinien Hamas venus de la bande de Gaza ont semé mort et destruction sur leur passage, prenant en otages quelque 250 personnes dont une centaine sont toujours retenues.

L'attaque a entraîné la mort de plus de 1.160 personnes, en majorité des civils, selon un décompte de l'AFP réalisé à partir de données officielles israéliennes.

Elle a laissé la société israélienne en état de choc, avec pour impératif le retour des otages et l'unité nationale. Le soutien est quasiment unanime envers l'armée, intimement liée à la Nation depuis la création du pays en 1948, et à qui le gouvernement de Benjamin Netanyahu a demandé d'"anéantir le Hamas".

Selon le ministère de la Santé du Hamas, les opérations militaires israéliennes ont fait à ce jour plus de 27.700 morts, essentiellement des femmes et des enfants.

En Israël, "il y a des gens qui disent: 'on s'en fiche de la mort de civils innocents à Gaza après ce que le Hamas nous a fait, c'est bien mérité'. D'autres disent: +c'est dommage de tuer des civils innocents mais c'est la faute du Hamas, Israël n'est pas responsable", résume Meir Baruchin lors d'un entretien avec l'AFP.

"Pour moi, c'est inacceptable. En tant qu'Israélien, on a une responsabilité. Mon propre gouvernement fait de moi un meurtrier", dit l'enseignant, membre de l'organisation "Looking the occupation in the eye", qui dénonce la situation des Palestiniens dans les territoires occupés.

« Soutien du Hamas »

L'attaque du 7 octobre l'a laissé "choqué, horrifié", dit-il d'une voix trahissant une vive émotion. "Et si le chef du Hamas Yahya Sinouar retrouve le diable, vous ne me verrez pas pleurer", ajoute ce père de jumeaux de 19 ans, enrôlés dans l'armée en décembre.

Mais l'opération militaire à Gaza "ne sert pas la sécurité d'Israël. Au contraire, les jours (que nous vivons) créent de la haine pour des générations", affirme celui qui milite pour une solution politique au conflit israélo-palestinien.

Après la diffusion de la photo d'une famille palestinienne tuée, dont des bébés, sur sa page Facebook, la municipalité de Petach Tikva, dirigée par un membre du parti de Netanyahu, l'a accusé de "sédition" et "incitation au terrorisme".

La police l'a arrêté le 18 octobre. Le lycée l'a licencié le lendemain. Le 9 novembre, il était incarcéré à l'isolement à Jérusalem, sans fenêtre ni montre, pour "intention de commettre un acte de trahison" et "intention de trouble à l'ordre public".

Le 14 novembre, la justice a abandonné ces accusations et l'a autorisé à reprendre son métier d'enseignant, en attendant une décision aux prud'hommes fin mars.

Mais lorsqu'il a reparu à l'école le 19 novembre, ses élèves ont refusé d'entrer en classe. "Ils me voyaient comme un soutien du Hamas".

Les collègues de l'enseignant lui ont apporté un timide soutien. "Ils m'ont dit: +Meir, je suis pleinement avec toi mais j'ai une hypothèque/je marie ma femme/j'ai des travaux à la maison+. Ils ont peur de parler".

« Un seul et même côté »

Dans un éditorial, le quotidien de gauche Haaretz a estimé que l'affaire avait "été utilisée pour envoyer un message politique. L'objectif de son arrestation était la dissuasion -- réduire au silence toute critique ou soupçon de protestation contre la politique israélienne".

Yaël Noy, elle, continue à agir selon ses convictions, mais dans la discrétion.

Elle dirige "Road to recovery" (En route vers la guérison), une ONG de bénévoles israéliens qui conduisent des Palestiniens malades, en majorité des enfants, depuis les barrages de Cisjordanie occupée ou, avant la guerre, de la bande de Gaza, jusqu'aux hôpitaux israéliens pour y être soignés.

Dans son entourage, on l'accuse de "pactiser avec l’ennemi". De 1.300 bénévoles avant l'attaque, l'organisation n'en compte plus que 400.

"Je fais plus attention lorsque je parle car je pense que cela peut être dangereux", dit-elle.

S'il n'est "pas question de changer d'état d'esprit", elle admet, au bord des larmes, ne pas vouloir s'étendre. Pour ne pas "ajouter chez les Israéliens de la douleur à la douleur".


Les ministres des AE du CCG affirment le droit de leurs États à répondre à toute agression

Le Conseil ministériel du Conseil de coopération du Golfe a tenu sa 50e réunion extraordinaire par vidéoconférence le dimanche 1er mars 2026. (CCG)
Le Conseil ministériel du Conseil de coopération du Golfe a tenu sa 50e réunion extraordinaire par vidéoconférence le dimanche 1er mars 2026. (CCG)
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  • Une réunion virtuelle d'urgence dirigée par Bahreïn pour discuter des récentes attaques iraniennes
  • Malgré les nombreux efforts diplomatiques déployés par les pays du CCG pour éviter l'escalade et leur confirmation que leurs territoires ne seront pas utilisés pour lancer une attaque contre la République islamique d'Iran

MANAMA : Le Conseil ministériel du Conseil de coopération du Golfe (CCG) a tenu sa 50e réunion extraordinaire par vidéoconférence le dimanche 1er mars 2026, sous la présidence du Dr Abdullatif bin Rashid Al Zayani, ministre des Affaires étrangères du Royaume de Bahreïn et président en exercice du Conseil ministériel du CCG.

La réunion a porté sur les attaques de missiles et de drones iraniens contre les Émirats arabes unis, le Royaume de Bahreïn, le Royaume d'Arabie saoudite, le Sultanat d'Oman, l'État du Qatar et l'État du Koweït, qui ont débuté le samedi 28 février 2026.

Le Conseil a exprimé son rejet et sa condamnation la plus ferme de ces attaques iraniennes odieuses visant les pays du CCG, ainsi que le Royaume hachémite de Jordanie, qui constituent une grave violation de la souveraineté de ces pays et des principes de bon voisinage, ainsi qu'une violation manifeste du droit international et de la Charte des Nations unies, quels que soient les prétextes et les justifications avancés. Le fait de prendre pour cible des civils et des biens de caractère civil constitue une grave violation du droit humanitaire international.

Le Conseil a exprimé la solidarité totale des pays du CCG, qui font front commun contre ces attaques, soulignant que la sécurité de ses États est indivisible et que toute agression contre un État membre est une attaque directe contre tous les pays du CCG, conformément à la charte du CCG et à l'accord de défense commune. Le Conseil a affirmé le droit légal des pays du CCG à réagir, conformément à l'article 51 de la Charte des Nations unies, qui garantit le droit à la légitime défense individuelle et collective en cas d'agression, et à prendre toutes les mesures nécessaires pour préserver leur souveraineté, leur sécurité et leur stabilité.

Le Conseil ministériel a souligné qu'à la lumière de cette agression iranienne injustifiée contre les pays du CCG, ces derniers prendront toutes les mesures nécessaires pour défendre leur sécurité, leur stabilité et protéger leurs territoires, leurs citoyens et leurs résidents, y compris l'option de répondre à l'agression.

Malgré les nombreux efforts diplomatiques déployés par les pays du CCG pour éviter l'escalade et leur confirmation que leurs territoires ne seront pas utilisés pour lancer une attaque contre la République islamique d'Iran, l'Iran a continué à mener des opérations militaires contre les pays du CCG, prenant pour cible de nombreuses installations civiles et résidentielles.

Le conseil ministériel a souligné la nécessité de mettre fin immédiatement à ces attaques afin de rétablir la sécurité, la paix et la stabilité dans la région, en insistant sur l'importance de préserver la sécurité aérienne, maritime et fluviale dans la région, la sécurité des chaînes d'approvisionnement et la stabilité des marchés mondiaux de l'énergie. La stabilité de la région du Golfe n'est pas seulement une question régionale, mais un pilier fondamental pour la stabilité économique mondiale et la navigation maritime.

Le conseil ministériel a appelé la communauté internationale à condamner fermement ces attaques et a exhorté le Conseil de sécurité à assumer ses responsabilités en adoptant une position immédiate et ferme pour empêcher ces violations qui mettent en danger la vie des habitants et pour empêcher qu'elles ne se reproduisent, en raison de leurs graves implications pour la paix régionale et internationale.


Le prince héritier saoudien discute de l'escalade militaire régionale avec plusieurs dirigeants

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne. (AN)
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  • Erdogan affirme son soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité
  • Le président du Conseil de souveraineté transitoire du Soudan, le général Al-Burhan, exprime sa solidarité avec le Royaume

RIYADH : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a discuté de l'escalade militaire dans la région et de ses implications pour la sécurité régionale et internationale avec plusieurs dirigeants et responsables dimanche, a rapporté l'Agence de presse saoudienne.

Le prince héritier a tenu des appels téléphoniques distincts avec le président turc Recep Tayyip Erdogan, le président du Conseil transitoire de souveraineté du Soudan, le général Abdel Fattah Al-Burhan, le président algérien Abdelmadjid Tebboune, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen.

Les responsables ont condamné l'agression iranienne visant le Royaume et leur rejet de tout ce qui porte atteinte à la souveraineté et à la stabilité du Royaume.

Ils ont également affirmé leur soutien à toutes les mesures prises par le Royaume pour protéger sa sécurité et ses citoyens.


A Beyrouth, des partisans du Hezbollah pleurent Khamenei

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  • "Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem
  • "Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime"

BEYROUTH: Drapeaux iraniens et portrait de l'ayatollah Ali Khamenei en main, des milliers de partisans du Hezbollah se sont rassemblés dimanche à Beyrouth pour pleurer la mort du guide suprême iranien, tué dans l'opération militaire américano-israélienne lancée la veille.

"Mort à l'Amérique", "Mort à Israël", ont-ils scandé à l'unisson, tous habillés de noir et brandissant aussi des drapeaux de leur mouvement, dans son bastion de la banlieue sud de Beyrouth.

Le poing levé, certains étaient en pleurs, a constaté une équipe de l'AFP, sur la grande place où a eu lieu le rassemblement.

"Quels que soient les sacrifices, nous ne quitterons pas (...) le terrain de la résistance", a assuré le chef du mouvement libanais pro-iranien, Naïm Qassem.

"Nous accomplirons notre devoir en faisant face à l'agression", a-t-il encore dit, dans un communiqué, qualifiant la mort de l'ayatollah Khamenei de "summum du crime".

"Sa mort est très douloureuse, c'est une tragédie", déplore aussi Zainab al Moussawi, une enseignante de 23 ans, à Beyrouth.

"On se sent comme après la mort du Sayyed, tombé en martyr", poursuit-elle en référence à l'ex-chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, tué par Israël en 2024.

"Entrer en guerre" 

Les dirigeants libanais redoutent une implication du Hezbollah dans le conflit régional, même si lors des raids israéliens et américains sur l'Iran en juin dernier, il n'était pas intervenu.

La formation chiite est sortie affaiblie d'une guerre avec Israël, qui continue de la frapper malgré un cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024 et l'accuse de se réarmer.

"Je demande à cheikh Naïm (Qassem) d'entrer en guerre", lance à Beyrouth Hassan Jaber, un partisan.

S'il ne s'est pas joint à la riposte iranienne, le mouvement a appelé des mosquées à organiser des cérémonies en mémoire du guide suprême iranien, dans la banlieue sud de la capitale libanaise et dans d'autres zones du pays dans lequel il est ancré.

Mais au Liban, pays très divisé, l'ayatollah Khamenei n'était pas soutenu par tous.

"Il était tout le temps en train de menacer (...) les pays arabes et avait des relais partout", déclare à l'AFP Hassan Harouq, un infirmier de 44 ans.

Lui dit ne vouloir qu'un pays "stable et qui ferait la paix avec le reste de la région", car "il est temps pour le Liban d'être de nouveau sur le droit chemin".

"Le peuple libanais est fatigué", ajoute-t-il.

Dimanche, le président Joseph Aoun, après une réunion d'urgence du Conseil supérieur de la Défense, a souligné que "la décision de guerre et de paix relève exclusivement de l'Etat libanais".

La présidence libanaise a indiqué avoir reçu, par l'entremise des Etats-Unis, l'assurance qu'Israël n'entraînera pas le Liban dans une "escalade" tant que son territoire ne sera pas visé par des attaques depuis le Liban.

Peu de temps avant le début de l'offensive israélo-américaine, Israël avait frappé des positions du Hezbollah dans le sud du Liban.

Beyrouth n'acceptera pas d'être "entraîné" dans le conflit avec l'Iran, a assuré le Premier ministre Nawaf Salam.