Moyen-Orient: Les conséquences du conflit par procuration entre Washington et Téhéran

L'offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza s'est étendue aux pays voisins (Photo fournie).
L'offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza s'est étendue aux pays voisins (Photo fournie).
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Publié le Vendredi 16 février 2024

Moyen-Orient: Les conséquences du conflit par procuration entre Washington et Téhéran

  • Les analystes estiment que les économies régionales en difficulté pourraient difficilement supporter un conflit résultant d'une escalade à Gaza
  • La violence à la frontière israélo-libanaise pourrait s'étendre aux États arabes vulnérables dans le cadre de la stratégie iranienne d'«unification des arènes»

LONDRES: L'offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza s'est étendue aux pays voisins et a provoqué une onde de choc dans l'ensemble de la région, transformant la Syrie, le Liban, l'Irak et le Yémen en champs de bataille dans une guerre par procuration de plus en plus intense entre les États-Unis et l'Iran.

Cette instabilité croissante a fait des ravages dans les économies de la région, dont beaucoup étaient déjà aux prises avec de profondes récessions, une inflation galopante, un chômage élevé et une instabilité politique, les laissant mal équipées pour résister à un conflit majeur.

Le Fonds monétaire international a revu à la baisse de 0,5% les projections de croissance régionale pour 2024 en octobre, à la suite des attaques menées par le Hamas contre Israël, qui ont fait 1 200 morts et 240 otages, et qui ont déclenché le conflit actuel à Gaza.

Le produit intérieur brut régional devrait croître d'à peine 2,9% cette année, ce qui représente une maigre amélioration par rapport à la modeste croissance de 2% observée en 2023.

Avec leurs économies stagnantes, ces pays pourraient facilement imploser si le conflit s'aggravait.

Des combattants syriens roulent dans un convoi lors d'un exercice militaire de la «Division Suleiman Shah», soutenue par la Turquie, dans la région d'Afrin, tenue par l'opposition, dans le nord de la Syrie (Photo, AFP).

«Le Liban, la Syrie, l'Irak et le Yémen sont tous confrontés à des crises existantes d'une manière ou d'une autre et ne peuvent se permettre de voir les investisseurs économiques fuir à cause des risques élevés de guerre», a déclaré Omar Rahmane, membre du Middle East Council on Global Affairs, à Arab News.

Depuis le lancement de sa campagne militaire à Gaza, Israël a simultanément mené une série de frappes contre des cibles en Syrie et au Liban, dont beaucoup visaient des membres importants du Hamas et de son allié iranien, le Hezbollah.

La plus récente de ces attaques a eu lieu en janvier, lorsqu'une frappe israélienne sur la capitale syrienne Damas a touché un immeuble résidentiel qui aurait été utilisé par des membres du Corps des gardiens de la révolution islamique d'Iran.

«La Syrie est devenue un champ de bataille pour les rivalités entre grandes puissances, tant régionales qu'internationales», a expliqué à Arab News Joshua Landis, directeur du Centre d'études sur le Moyen-Orient et du Centre de la famille Farzaneh pour les études sur l'Iran et le Golfe arabe à l'université d'Oklahoma.

La multiplication des frappes israéliennes sur les bases militaires, les dépôts d'armes et les aéroports syriens, ainsi que le nombre croissant d'assassinats ciblés de hauts responsables iraniens, «signifient plus de mort, de destruction et d'instabilité», a-t-il alerté.

Landis estime que l'escalade de la conflagration régionale, avec Israël et les États-Unis dans un coin et les milices mandataires de l'Iran dans l'autre, a «fourni une couverture à de nombreux combattants locaux pour augmenter le rythme de leurs attaques», aggravant ainsi les multiples problèmes de la Syrie qui se chevauchent.

«Le régime syrien a bombardé les milices du nord-ouest de la Syrie afin de les empêcher de mettre en place des institutions étatiques efficaces dans leur région», a révélé Landis, faisant référence aux groupes d'opposition armés qui contrôlent toujours la province d'Idlib et certaines parties d'Alep.

«La Turquie a intensifié sa campagne d'assassinat contre les principaux responsables des Unités de défense du peuple (YPG) dans le nord-est de la Syrie, et les communautés syriennes locales se sont soulevées contre l'oppression et la mauvaise gestion des autorités locales.

«Les Druzes poursuivent leurs manifestations contre le régime dans le Djebel druze, et les tribus arabes continuent de militer contre les Kurdes dans le nord-est de la Syrie.»

Un homme blessé regarde les décombres et les débris d'un bâtiment détruit après un bombardement israélien sur Rafah, dans la bande de Gaza (Photo, AFP).

Dans ce contexte, le régime de Bachar el-Assad à Damas, longtemps soutenu par l'Iran et le Hezbollah, s'est retrouvé, volontairement ou non, pris au milieu de cette nouvelle crise régionale.

Plus tôt ce mois-ci, les États-Unis ont lancé des frappes contre 85 cibles à sept endroits en Syrie et en Irak en représailles aux attaques de milices soutenues par l’Iran contre les troupes américaines stationnées dans la région, notamment l’incident du 27 janvier au cours duquel trois membres du personnel américain ont été tués et 40 blessés dans une base en Jordanie près de la frontière syrienne.

Et bien qu’il ait déclaré que «les États-Unis ne cherchent pas de conflit au Moyen-Orient ou ailleurs dans le monde», le président, Joe Biden, a promis que sa réponse «se poursuivra aux moments et aux endroits de notre choix».

Pour la population syrienne, cette escalade régionale est synonyme d'une plus grande misère. «Les retombées économiques de cette violence et de cette instabilité ont été graves», a déclaré Landis. «L'économie est gelée. L'inflation continue de ronger le pouvoir d'achat des Syriens, les plongeant dans une pauvreté toujours plus grande.»

Selon les chiffres de l’ONU, 90% de la population syrienne est aux prises avec la pauvreté, dont 80% vivent sous le seuil de pauvreté.

Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies a déclaré en décembre que 16,7 millions de personnes avaient besoin d'une aide humanitaire en Syrie.

Cependant, avec les multiples conflits et crises qui font rage à travers le monde, le secteur de l'aide humanitaire est confronté à une crise de financement qui lui est propre.

Les Nations unies ont demandé 46 milliards de dollars (1 dollar américain = 0,93 euro) de dons pour 2024, soulignant que le déficit actuel laisserait plus de 150 millions de personnes sans aide.

«Le Programme des Nations unies pour le développement et le Programme alimentaire mondial sont en train de vider leurs programmes d’aide humanitaire alors que le regard international est détourné vers Gaza, le Soudan et d’autres points chauds», a expliqué Landis.

Les premiers signes de reprise de l'économie syrienne ont été rapidement enterrés.

En Syrie, le secteur du tourisme «qui a été un positif l’année dernière, ne peut que ralentir dans l’ombre de la guerre de Gaza et de l’instabilité régionale», a jugé Landis.

Des Houthis yéménites armés sont assis à l'arrière d'un véhicule blindé lors d'un rassemblement anti-israélien et anti-américain à Sanaa (Photo, AFP).

Le Liban est confronté à des défis similaires. Sa frontière avec Israël est un point chaud depuis le début du conflit de Gaza en octobre, avec des échanges de tirs sporadiques entre les forces de défense israéliennes et les groupes armés libanais, dont le Hezbollah.

De nombreux Libanais craignent qu'une véritable guerre, encore plus destructrice que la guerre de 2006, n'éclate facilement, avec des conséquences inimaginables pour les civils.

Le ministre israélien de la Défense, Yoav Gallant, a averti en janvier que «la possibilité de parvenir à un règlement politique avec le Liban s'éloigne et que, par conséquent, nous pourrions finir par recourir à une action militaire».

En proie à une crise financière paralysante depuis 2019 et piégé dans un état de paralysie politique, incapable de nommer un nouveau président ou de mettre en place une administration qui fonctionne, le Liban est peut-être particulièrement vulnérable.

«Le Liban, qui est déjà en difficulté sur le plan économique et politique, est confronté à la perspective la plus claire d'un conflit militaire catastrophique, comme en 2006», a prévenu Rahmane.

«C'est pourquoi le Hezbollah est réticent à l'idée d'une escalade majeure avec Israël, en dépit de ses autres penchants», a-t-il ajouté.

Citant la «grande incertitude» engendrée par la guerre de Gaza, la Banque mondiale s'est abstenue de proposer une prévision pour le PIB du Liban en 2024.

Le département des affaires économiques et sociales des Nations unies prévoit quant à lui une croissance modeste de 1,7%.

Eva J. Koulouriotis, analyste politique spécialisée dans le Moyen-Orient, a averti que toute escalade à la frontière israélo-libanaise vers une guerre totale «aurait de graves répercussions».

Cette évolution «dangereuse augmentera la probabilité de son expansion en Syrie et en Irak, ainsi qu'une plus grande escalade au Yémen dans le cadre de ce que les armes régionales de l'Iran appellent la stratégie d'“unification des arènes”» a-t-elle précisé à Arab News.

«Sur le plan politique, au Liban, la division et le désaccord entre les factions politiques vont s'accentuer et le spectre d'une nouvelle guerre civile va resurgir. Cela signifiera un effondrement complet de l'économie», a-t-elle ajouté.

Koulouriotis estime qu'une escalade entre Israël et le Hezbollah, associée à l'impossibilité d'obtenir un cessez-le-feu à Gaza, ne fera qu'alimenter la menace que représente la milice houthie soutenue par l'Iran au Yémen pour la navigation commerciale dans la mer Rouge et le golfe d'Aden.

Des fumées s'élèvent lors d'un bombardement israélien sur le village de Khiam, dans le sud du Liban (Photo, AFP).

Depuis le 19 novembre, les Houthis ont lancé plus de 20 attaques de missiles et de drones contre des navires naviguant dans ces voies d'eau stratégiques, dans le but déclaré de faire pression sur Israël pour qu'il mette fin à sa campagne militaire à Gaza.

Début février, les États-Unis et le Royaume-Uni ont lancé une série de frappes visant 36 positions houthies. Le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Saree, a déclaré que la capitale du Yémen, Sanaa, faisait partie des sites visés.

En proie depuis 2015 à une guerre civile meurtrière entre les Houthis et le gouvernement internationalement reconnu, le Yémen est déjà dans un état de ruine économique, une partie de sa population étant au bord de la famine.

«Déchiré par la guerre, le Yémen est déjà très dépendant de l'aide humanitaire et se trouve au milieu de négociations de longue haleine pour mettre fin à une guerre qui dure depuis huit ans», a déclaré Rahmane, avertissant que «la confrontation actuelle avec les États-Unis et le Royaume-Uni risque de déstabiliser ce processus et de perturber les flux cruciaux d'aide et de redéveloppement économique».

Les États-Unis ont également lancé plusieurs attaques contre des milices soutenues par l'Iran et opérant en Irak. Le 8 février, une frappe de drone américain à Bagdad a tué un haut commandant des Kataeb Hezbollah ainsi que deux de ses gardes.

Le Pentagone a affirmé que ce commandant était responsable de l'attaque mortelle du 27 janvier contre les forces américaines en Jordanie.

EN CHIFFRES

  • 2,9% = Prévisions de croissance du PIB du FMI pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord en 2024.

 

  • 90% = Proportion de la population syrienne confrontée à la pauvreté, selon les chiffres de l'ONU.

 

  • 16,7 millions de personnes ont besoin d'une aide humanitaire en Syrie, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies.

 

  • 1,7% = Croissance prévue du Liban en 2024, selon le Département des affaires économiques et sociales de l'ONU.

Les bases militaires américaines au Moyen-Orient ont été touchées par plus de 165 attaques de roquettes et de drones depuis la mi-octobre.

Sorti de décennies de conflit et d'insurrection, l'Irak montrait des signes de reprise économique, même s'il dépendait encore largement des exportations de pétrole et d'un secteur public hypertrophié.

Bien que l'instabilité régionale soit sans aucun doute malvenue au moment même où les choses semblaient se mettre en place, Rahmane estime que la dernière flambée de violence régionale constitue un «bilan mitigé» pour l'Iraq.

«Dans un sens, son économie dépendante des exportations de pétrole bénéficie de l'instabilité et de la hausse des prix. Les milices alignées sur l'Iran sont également en mesure de faire avancer leur programme, qui consiste à pousser les États-Unis hors du pays», a-t-il expliqué.

«D'autre part, l'Irak est déjà confronté à une précarité politique et économique et risque fort de devenir un point d'ignition majeur, voire une ligne de front, dans une guerre régionale incluant l'Iran, alors qu'il tente de se reconstruire après des décennies de guerre.»

Landis est toutefois optimiste quant aux perspectives de la Syrie si les États-Unis sont poussés à quitter l'Irak. «Si l’Amérique est forcée d’abandonner ses bases en Irak, des pressions s’exerceront pour évacuer la Syrie», a-t-il spécifié.

Des Yéménites organisent un rassemblement propalestinien à Sanaa (Photo, AFP).

«Si Damas retourne dans le nord-est de la Syrie, les possibilités d’une relance économique s’ouvriront.

«Les Kurdes en souffriront, mais la plupart des Syriens qui vivent sous le contrôle du gouvernement retrouveront le pétrole, le gaz et l'électricité. Cela aidera la Syrie à reprendre le contrôle de ses terres et de ses ressources», a estimé Landis.

Les États-Unis ont quelque 2 500 soldats stationnés en Irak, 900 en Syrie et environ 3 000 en Jordanie dans le cadre d'une coalition dirigée par les États-Unis qui vise, selon le Pentagone, à empêcher la résurgence du groupe terroriste Daech.

Bien que la région ressemble de plus en plus à un champ de bataille entre les États-Unis et l'Iran, Koulouriotis doute que la région soit le théâtre d'une confrontation directe entre les deux parties, ce qu'aucune d'entre elles ne prétend vouloir.

«Malgré l'escalade actuelle sur différents fronts dans la région, les deux principales parties au conflit à Washington et à Téhéran ne sont toujours pas intéressées par une confrontation directe et globale», a-t-elle soutenu.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Ce que la première visite en solo du Prince William à Riyadh signifie pour les liens entre le Royaume-Uni et l'Arabie saoudite

Ce que la première visite en solo du Prince William à Riyadh signifie pour les liens entre le Royaume-Uni et l'Arabie saoudite. (Arab News)
Ce que la première visite en solo du Prince William à Riyadh signifie pour les liens entre le Royaume-Uni et l'Arabie saoudite. (Arab News)
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  • L'héritier du trône britannique arrive à Riyad, alors que les liens royaux historiques sous-tendent l'approfondissement de la coopération en matière de commerce et de défense
  • La visite officielle du prince de Galles fait suite à des décennies de liens étroits entre la Maison des Saoud et la famille royale britannique

LONDRES : L'arrivée du prince William à Riyad, lundi, sera l'occasion de réaffirmer le lien spécial entre les monarchies britannique et saoudienne, qui a été forgé au début du règne de sa grand-mère, la reine Élisabeth II, et qui n'a cessé de s'épanouir depuis lors.

Mais pour ce prince de 43 ans, héritier présomptif du trône britannique, sa première visite officielle au Royaume sera également empreinte d'un élément personnel poignant.

William suivra les traces de sa mère, feu Diana, princesse de Galles, qui s'est rendue en Arabie saoudite il y a 40 ans, lors d'une tournée de neuf jours au Moyen-Orient en 1986, avec son mari de l'époque, le prince Charles.
Le couple s'était marié en 1981 et Diana n'avait que 25 ans lors de leur première tournée au Moyen-Orient. Le prince William, leur premier enfant, avait trois ans à l'époque et n'a pas accompagné sa mère lors de cette visite, bien qu'il ait voyagé avec ses parents en Australie et en Nouvelle-Zélande en 1983, alors qu'il n'était âgé que de neuf mois.

William avait 15 ans lorsque sa mère est décédée dans un accident de voiture à Paris en août 1997.

Le prince s'est déjà rendu dans la région. Son premier voyage était chargé d'une signification personnelle. En juin 2018, il a effectué une visite de trois jours en Israël et en Palestine, rencontrant à la fois le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et Mahmoud Abbas, président de l'Autorité palestinienne.

Il s'agissait de la première visite officielle d'un membre important de la famille royale britannique en Israël et dans les territoires palestiniens.

Bien que la visite ait été décrite par la Grande-Bretagne comme strictement apolitique et que William ait visité des lieux saints importants pour les trois religions abrahamiques, il a tenu à assurer publiquement les Palestiniens qu'ils n'avaient pas été oubliés par la Grande-Bretagne, qui avait gouverné la région de 1917 jusqu'à la création d'Israël en 1948, ce qui n'a pas manqué d'agacer certains hommes politiques israéliens.


Mais il y avait aussi un élément de pèlerinage personnel dans le voyage de William. À Jérusalem, il s'est rendu sur la tombe de la princesse Alice de Battenberg et de Grèce, son arrière-grand-mère, une chrétienne fervente qui avait aidé des juifs à échapper à la capture des nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.

Après sa mort en 1969, Israël a honoré sa demande d'être enterrée à Jérusalem, et William s'est rendu sur sa tombe dans une crypte de l'église orthodoxe russe de Marie-Madeleine, sur le mont des Oliviers, à l'extérieur de la vieille ville de Jérusalem.

Le palais de Kensington décrit l'objectif de la première visite en solo du prince William en Arabie saoudite comme "une célébration des liens en matière de commerce, d'énergie et d'investissement".

Ce n'est pas un hasard si la visite du prince, qui a servi pendant plusieurs années comme pilote dans la Royal Air Force britannique, coïncide avec le salon mondial de la défense à Riyad, et avec les espoirs britanniques de voir l'Arabie saoudite devenir le quatrième partenaire national du programme d'avions de combat Tempest de nouvelle génération.


En mai 2025, le ministre saoudien de la défense, le prince Khalid bin Salman, s'est rendu à Londres pour discuter d'une coopération plus étroite avec le ministre britannique de la défense, John Healey, qui a décrit le Royaume comme "un partenaire essentiel du Royaume-Uni pour assurer la sécurité et la stabilité dans le Golfe".

Cependant, les observateurs royaux au Royaume-Uni ont donné une autre signification à la visite du prince William. Pour Tatler, le journal de la haute société britannique, la visite de celui qu'il décrit comme "l'un des plus grands diplomates britanniques" est perçue comme "une nouvelle étape dans sa préparation au trône".

Cette visite intervient à un moment charnière pour la famille royale britannique.

La reine Élisabeth II, qui est devenue reine à l'âge de 25 ans à la mort de son père, le roi George VI, le 6 février 1952, a régné pendant 70 ans. Lorsqu'elle est décédée le 8 septembre 2022, à l'âge de 96 ans, c'est son fils aîné, le prince Charles, qui lui a succédé.

À l'avènement du roi Charles III, le prince William, connu auparavant sous le nom de duc de Cambridge, a hérité des titres précédents de son père, le prince de Galles et le duc de Cornouailles.


Mais en février 2024, à peine neuf mois après le couronnement du roi, Buckingham Palace a annoncé que Charles III avait été diagnostiqué avec une forme non divulguée de cancer.

Les craintes concernant sa santé ont persisté depuis, bien qu'en décembre 2025, le monarque de 77 ans ait révélé que "grâce à un diagnostic précoce, à une intervention efficace et au respect des ordres des médecins, mon propre calendrier de traitement du cancer peut être réduit au cours de la nouvelle année."

Néanmoins, en tant qu'héritier présomptif, toutes les tâches du prince William sont désormais conçues en gardant à l'esprit ses futures responsabilités.

Sa visite cette semaine reflète l'importance que la Grande-Bretagne accorde non seulement à ses relations avec l'Arabie saoudite en tant qu'important partenaire commercial, mais aussi aux liens personnels qui unissent les deux familles royales depuis plus d'un siècle.
L'amitié entre les familles royales britannique et saoudienne remonte à 1919, lorsque le prince Faisal, troisième fils d'Abdulaziz bin Abdulrahman, futur fondateur et roi d'Arabie saoudite, âgé de 13 ans, est devenu le premier membre de la famille royale saoudienne à se rendre en Grande-Bretagne.

L'invitation avait été envoyée à son père, le roi du Najd, connu en Occident sous le nom d'Ibn Saoud et reconnu par le gouvernement britannique, après la défaite de l'Empire ottoman lors de la Première Guerre mondiale, comme la force politique montante de la péninsule arabique.

Toujours aux prises avec l'impact sur ses territoires de l'épidémie de grippe de 1919, qui allait faire plus de victimes dans le monde que la Première Guerre mondiale qui l'avait précédée, le roi a choisi son fils aîné, le prince Turki, pour le représenter en Angleterre.

Mais la tragédie s'en mêle. Turki est victime de l'épidémie et, à la dernière minute, le prince Faisal est nommé à sa place en tant que chef symbolique de la délégation saoudienne à Londres.

Ce choix s'est avéré judicieux. Bien que jeune, le prince a conquis ses hôtes lors d'une visite cordiale qui a donné le ton d'une relation entre les deux familles royales qui n'a jamais cessé depuis.

Lors de son séjour à Londres, le prince Faisal a visité le palais de Buckingham, où il a rencontré le roi George V, a visité la Chambre des communes et la Chambre des lords, et a été emmené dans ce qui a dû être une sombre visite des champs de bataille du nord de la France, où plus de 3,5 millions de soldats alliés et allemands ont été tués au cours de la guerre qui s'est achevée seulement un an auparavant.

En juin 1953, le prince Fahd, un autre fils du roi Abdulaziz, a représenté son père, âgé de 78 ans, au couronnement de la reine Élisabeth II. Le roi Abdulaziz n'a plus que cinq mois à vivre et, le 9 novembre 1953, le prince héritier Saoud, son deuxième fils, lui succédera.

Sous le règne de la reine Élisabeth II, les rois d'Arabie saoudite ont effectué pas moins de quatre visites d'État en Grande-Bretagne, un nombre égal à celui des chefs d'État de seulement quatre autres pays, dont les voisins immédiats du Royaume-Uni, la France et l'Allemagne.


Le premier à s'y rendre fut le roi Fayçal, qui, jeune prince, avait visité l'Angleterre en 1919 et avait succédé au roi Saoud en 1964. En mai 1967, il est arrivé à Londres pour une visite mémorable de huit jours, au début de laquelle il a été accueilli par l'État et a parcouru les rues de Londres dans une calèche aux côtés de la reine Élisabeth II.

Le roi Faisal a été suivi par le roi Khalid en 1981, le roi Fahd en 1987 et le roi Abdullah en 2007 lors de ses visites d'État en Grande-Bretagne.

La circulation royale entre les deux royaumes a toujours été à double sens.

En février 1979, arrivant à bord du jet supersonique Concorde, la reine Élisabeth II s'est rendue à Riyad et à Dhahran au cours d'une tournée dans le Golfe qui l'a également conduite au Koweït, à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats arabes unis et à Oman.

En Arabie saoudite, elle a été accueillie par le roi Khalid et a participé à une série d'événements, dont un pique-nique dans le désert et un dîner d'État au palais Maathar à Riyad. En retour, elle et son mari ont organisé un dîner pour la famille royale saoudienne à bord du yacht Britannia de Sa Majesté.


Les relations entre les deux familles royales ne se sont pas limitées aux grandes occasions d'État.

La circulaire de la Cour publiée par le palais de Buckingham révèle qu'entre 2011 et 2021 seulement, plusieurs membres de la famille royale britannique ont rencontré des monarques du Golfe plus de 200 fois - soit une fois tous les quinze jours - et que 40 de ces rencontres informelles ont eu lieu avec des membres de la Maison des Saoud.

En janvier 2015, le père du prince William, le prince Charles de l'époque, s'est envolé pour Riyad afin de rendre hommage au roi Abdallah, tandis que les drapeaux des bâtiments royaux et gouvernementaux de Londres étaient mis en berne.

En mars 2018, le prince héritier Mohammed bin Salman a eu une audience privée et un déjeuner avec la reine Élisabeth II au palais de Buckingham lors d'une visite officielle au Royaume-Uni. Au cours de cette visite, il a également dîné avec le prince de Galles - aujourd'hui le roi Charles III - et son fils, le prince William.

Cette semaine, avec l'arrivée de William en Arabie saoudite en tant que prince de Galles, les deux hommes reprendront contact, cette fois-ci en tant qu'héritiers présomptifs.

Le prince William est réputé pour sa simplicité et son côté terre-à-terre. Il est très à l'aise lorsqu'il rencontre des membres du public, que ce soit dans son pays ou lors de ses déplacements à l'étranger.

L'itinéraire précis qu'il suivra pendant son séjour en Arabie saoudite n'est pas clair. Le palais de Buckingham insiste sur le fait qu'il n'y a pas de code de conduite obligatoire lorsqu'on rencontre un membre de la famille royale.

Toutefois, il conseille à ceux qui "souhaitent respecter les formes traditionnelles" de s'adresser au prince William d'abord en l'appelant "Votre Altesse Royale", puis en l'appelant "Monsieur".


Les Émirats assurent que la rupture de l’accord aérien par l’Algérie n’affectera pas immédiatement les vols

Les passagers quittent la salle de récupération des bagages du terminal 3 de l’aéroport international de Dubaï, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 25 octobre 2022. (AP)
Les passagers quittent la salle de récupération des bagages du terminal 3 de l’aéroport international de Dubaï, à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 25 octobre 2022. (AP)
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  • L’Algérie a lancé la procédure de résiliation de son accord de transport aérien avec les Émirats arabes unis, conclu en 2013
  • Les autorités émiraties assurent que cette décision n’aura pas d’effet immédiat sur les vols, l’accord restant valide durant le préavis légal

ABOU DHABI : Les Émirats arabes unis ont déclaré que la notification par l’Algérie de la résiliation de l’accord de services aériens entre les deux pays n’aurait aucun « impact immédiat sur les opérations de vol », a rapporté dimanche l’agence de presse officielle WAM, citant l’Autorité générale de l’aviation civile (GCAA).

Samedi, l’Algérie a annoncé avoir engagé le processus d’annulation de cet accord de services aériens avec les Émirats arabes unis, signé à Abou Dhabi en 2013.

La GCAA a précisé que l’accord restait en vigueur « pendant la période de préavis légalement requise », sans fournir davantage de détails.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Entre peur et attente: au Maroc, des habitants évacués sous le choc des inondations

Dans certaines localités, des enfants et des personnes âgées ont attendu les secours sur les toits de leurs habitations, encerclées par les eaux, avant d'être évacués par la gendarmerie royale à l'aide de petites embarcations. (AFP)
Dans certaines localités, des enfants et des personnes âgées ont attendu les secours sur les toits de leurs habitations, encerclées par les eaux, avant d'être évacués par la gendarmerie royale à l'aide de petites embarcations. (AFP)
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  • Près de Kénitra, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Rabat, les autorités ont installé un vaste campement où s'alignent à perte de vue de petites tentes bleues accueillant la population déplacée par les récentes inondations
  • Plus de 7.800 familles, soit plus de 38.700 personnes, y ont trouvé refuge

KENITRA: Dans son village de l'ouest du Maroc, Kasia El Selami a compris qu'il fallait fuir lorsque les haut-parleurs de la mosquée ont appelé à évacuer en raison des intempéries. Rapidement, elle s'est retrouvée dans un immense camp provisoire, sans visibilité sur son retour.

"Nous avons ressenti une grande peur (...) surtout pour nos enfants", raconte à l'AFP cette Marocaine de 67 ans originaire d'Ouled Ameur, en étendant une couverture sur un fil tendu devant sa tente.

Près de Kénitra, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Rabat, les autorités ont installé un vaste campement où s'alignent à perte de vue de petites tentes bleues accueillant la population déplacée par les récentes inondations, liées à des épisodes de précipitations exceptionnels.

Plus de 7.800 familles, soit plus de 38.700 personnes, y ont trouvé refuge.

Au total, plus de 150.000 habitants ont été évacués depuis la semaine dernière dans le nord-ouest du pays. Dimanche, les autorités locales de Tétouan (nord) ont annoncé la mort de quatre personnes dans des crues soudaines.

Dans certaines localités, des enfants et des personnes âgées ont attendu les secours sur les toits de leurs habitations, encerclées par les eaux, avant d'être évacués par la gendarmerie royale à l'aide de petites embarcations.

Des distributions d'aide humanitaire ont également été effectuées par hélicoptère, de nombreuses routes restant submergées.

"L'eau continue de monter" 

De fortes pluies, des averses orageuses avec risque de grêle et de fortes rafales de vent ont encore été annoncées dimanche jusqu'à mardi dans plusieurs provinces par la Direction générale de la météorologie (DGM).

Autour des tentes du camp près de Kénitra, la vie s'organise. Une femme frotte son linge dans une bassine avec une planche à laver à quelques mètres d'enclos abritant vaches, chevaux, poules et moutons, eux aussi déplacés par les eaux.

Sur place, des vétérinaires administrent piqûres et traitements aux animaux affaiblis. Près du campement, une brebis et son agneau gisent, morts.

Plus loin, une longue file s'étire devant une clinique mobile qui reçoit des personnes malades ou légèrement blessées.

"La hauteur de l'eau était d'environ un mètre et demi", se souvient Ali El Aouni, assis sous sa toile de tente, entouré de sa famille et de quelques ustensiles dont des verres à thé, un tajine et plusieurs assiettes.

"Nous avons peur de retourner (dans notre village, NDLR), de crainte que l'eau ne revienne", raconte le sexagénaire originaire d'une commune dans les environs de Kénitra.

Il évoque des "jours très difficiles", marqués par le froid et l'angoisse. Ses enfants, dit-il, étaient "terrifiés".

Son fils aîné a voulu rester pour surveiller leur propriété. Il "communique avec nous par téléphone, nous disant que l'eau continue de monter", explique-t-il.

Secouristes en jet-ski 

A quelques kilomètres de là, au dernier endroit accessible depuis Kénitra en direction de Tanger par la route nationale, le trafic est interrompu. Seule l'autoroute reste ouverte.

Des membres de la protection civile avancent dans les eaux en bateau ou en jet-ski. Dans les zones submergées, seules dépassent les cimes des arbres.

L'Espagne et le Portugal ont aussi subi des intempéries ces derniers jours. En cause, selon la DGM: la rencontre d'air froid venu du nord et d'air chaud et humide du sud, qui déstabilise l'atmosphère et favorise des pluies abondantes.

Au Maroc, les apports hydriques enregistrés au cours des cinq derniers mois ont dépassé la moyenne annuelle des dix dernières années, avait indiqué fin janvier le ministère de l'Eau à l'AFP, après sept années consécutives d'une grave sécheresse.

Dans le camp provisoire, la protection civile distribue des sacs de provisions.

"Des tentes, couvertures et matelas ont été fournis, ainsi que des aides alimentaires et des fournitures essentielles pour les personnes affectées, en plus de soins de santé et de suivi vétérinaire pour le bétail", rapporte Adil Al-Khatabi, un responsable de la province de Kénitra sur place.

Kasia El Selami, elle, ne pense qu'à regagner son foyer: "Nous attendons que cette épreuve prenne fin au plus vite afin de pouvoir rentrer chez nous."