Manouchian au Panthéon: l'émotion des descendants de résistants étrangers en France

Cette photographie prise le 7 novembre 2023 montre la façade du Panthéon conçue par l'architecte français Jacques-Germain Soufflot, à Paris. (AFP).
Cette photographie prise le 7 novembre 2023 montre la façade du Panthéon conçue par l'architecte français Jacques-Germain Soufflot, à Paris. (AFP).
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Publié le Lundi 19 février 2024

Manouchian au Panthéon: l'émotion des descendants de résistants étrangers en France

  • Apatride arménien réfugié en France, Missak Manouchian a formé le "groupe Manouchian", proche du parti communiste français, composé d'une soixantaine de résistants étrangers hommes et femmes
  • Durant l'été et l'automne 1943, il réalisa près d'une centaine d'opérations armées et de sabotages en région parisienne, dont l'exécution à Paris du général SS Julius Ritter

PARIS: L'entrée mercredi de Missak Manouchian au Panthéon à Paris représente un hommage attendu de longue date par les descendants de son groupe de résistants communistes et étrangers exécutés il y a 80 ans par les nazis et longtemps tombés dans l'"oubli".

Joseph Epstein, Celestino Alfonso, Golda Bancic, Marcel Rajman, Rino Della Negra, Thomas Elek... Mercredi, leurs noms seront aussi gravés en lettres d'or à l'entrée du caveau numéro XIII où reposeront les dépouilles de Manouchian et de son épouse Mélinée, au Panthéon, le monument parisien où la France honore les personnalités qui ont marqué son histoire.

Apatride arménien réfugié en France, Missak Manouchian a formé le "groupe Manouchian", proche du parti communiste français, composé d'une soixantaine de résistants étrangers hommes et femmes.

Durant l'été et l'automne 1943, il réalisa près d'une centaine d'opérations armées et de sabotages en région parisienne, dont l'exécution à Paris du général SS Julius Ritter. Il fut démantelé en novembre 1943 et 22 de ses membres, dont Missak Manouchian, furent fusillés au Mont-Valérien, près de Paris, le 21 février 1944.

"Je sais que le 21 je serai au Panthéon. Je ne sais pas dans quel état je serai. Je ne sais pas si je vais pleurer", déclare à l'AFP, ému, Georges Duffau-Epstein, 82 ans. "C'est une grande joie. C'est comme si mon père rentrait au Panthéon", ajoute le seul enfant encore en vie des 24 résistants honorés.

Dans son appartement de la banlieue parisienne, au milieu de livres et de petites statues, cet homme affable retrace la vie de son père Joseph à travers des photos en noir et blanc dans un album vert plastifié: avec les Brigades internationales lors de la guerre d'Espagne, au camp d'internement de Gurs (sud-ouest de la France), avec lui dans les bras lorsqu'il était enfant...

De son père, né en Pologne en 1911, il ne se souvient que de l'avoir vu manger un oignon cru, récolté directement dans le champ, et d'avoir fini en larmes parce qu'il l’avait imité. Après son exécution en France en 1944, alors que son fils avait deux ans, les souvenirs oscillent entre visites au cimetière et hommages.

"Je m'étais fait de mon père une image d'un demi-dieu", confie l'homme qui, jusqu'à sa retraite en 2001, n'a dit qu'à son cercle proche de qui il était le fils. Puis il s'est lancé dans un travail de mémoire qui lui a permis de découvrir "un vrai père, un homme comme les autres qui aimait s'amuser, vivre".

Le Panthéon, tombeau des « Grands Hommes »

Le Panthéon, où Emmanuel Macron va faire entrer mercredi le résistant d'origine arménienne Missak Manouchian, est depuis plus de cent ans la nécropole laïque des "Grands Hommes" français, dont la "patrie reconnaissante" entend honorer la mémoire.

Manouchian n'obtint jamais la nationalité française qu'il avait demandé à deux reprises, et son entrée au Panthéon rend ainsi hommage à toute la "résistance communiste et étrangère", selon l'Elysée.

Un peu d'histoire

Imposant édifice, le Panthéon domine la montagne Sainte-Geneviève, l'une des buttes de Paris. Au Moyen Age, s'y trouvait une abbaye abritant les reliques de Sainte-Geneviève. A la demande de Louis XV, une nouvelle église fut construite entre 1764 et 1790.

Pendant la Révolution française, en 1791, l'Assemblée constituante transforme l'église en nécropole nationale. Le Panthéon, d'un mot grec qui désigne l'ensemble des dieux, devient un temple destiné à "recevoir les grands hommes de l'époque de la liberté française".

Mirabeau, l'un des inspirateurs de la Révolution, est le premier à y entrer le 4 avril 1791, suivi par Voltaire puis Jean-Jacques Rousseau en 1794.

En 1806, Napoléon rend l'édifice au culte, mais sous Louis-Philippe l'église redevient Panthéon, avant que Napoléon III ne lui rende son nom d'église Sainte-Geneviève.

Le 1er juin 1885, l'inhumation de Victor Hugo restitue définitivement son "temple" à la République.

Qui est panthéonisé ?

Des politiques, des écrivains, des scientifiques, des résistants, des religieux et beaucoup de militaires, soit soixante-dix-huit personnalités, dont cinq femmes (depuis 1907).

Quatre autres personnes - bientôt cinq avec Mélinée Manouchian, l'épouse de Missak qui reposera à ses côtés - y sont inhumées sans décret de panthéonisation: l'architecte du monument Jacques Soufflot, Sophie Berthelot aux côtés de son mari, Antoine Veil aux côtés de son épouse, et le père de Victor Schoelcher.

Le philosophe René Descartes attend son transfert depuis plus de deux siècles.

Emile Zola (1908), Marie Curie (1995) ou le père des "Trois mousquetaires" Alexandre Dumas (2002) sont aussi au Panthéon.

Simone Veil a été "honorée" en 2018, puis la vedette franco-américaine du music-hall et résistante Joséphine Baker a été la première personnalité noire, et première artiste, à être panthéonisée fin 2021, même si son corps demeure à Monaco.

Charles de Gaulle a voulu être plutôt enterré dans son village de Colombey-les-Deux-Eglises (Haute-Marne), tandis que l'ancien garde des Sceaux Robert Badinter devrait y faire son entrée.

« Ceux de 14 »

Le président Macron y a fait entrer le 11 novembre 2020 l'écrivain et ancien Poilu Maurice Genevoix, et les noms des 560 écrivains combattants de la Première Guerre mondiale ont été inscrits sur les murs du monument.

Initialement prévue le 11 novembre 2019, l'intronisation de l'auteur de "Ceux de 14", avait été reportée d'un an par l'Elysée afin de l'adosser au centenaire de l'inhumation du Soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe.

Les Justes ou résistants

En 2007, le président Chirac décidait de panthéoniser les 2.700 "Justes de France" et tous les héros anonymes qui ont "incarné l'honneur de la France" en sauvant des milliers de juifs de la mort pendant la Seconde Guerre mondiale.

Manouchian rejoint mercredi d'autres figures françaises de la Résistance, comme Jean Moulin, Pierre Brossolette, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Germaine Tillion ou Jean Zay. Ses 22 compagnons d'armes, plus le chef des FTP Parisiens Joseph Epstein, sont aussi l'objet d'un hommage à travers une inscription.

La volonté du président

En 1791, c'est l'Assemblée constituante qui décide d'inhumer une personnalité au Panthéon. Puis c'est la Convention qui prend le relais en 1794, avec l'entrée de Rousseau, mais le retrait de Mirabeau et de Marat.

Sous le Premier Empire, la décision revient à Napoléon 1er avant d'être confiée aux députés sous la IIIe République.

Aujourd'hui, le choix revient au président, mais la famille du défunt peut refuser. En 2009, celle d'Albert Camus s'était ainsi opposée à cette idée du président Nicolas Sarkozy.

« Grande fierté » familiale

C'est grâce à des livres, que Juana Alfonso découvre aussi une grande partie de l'histoire de son grand-père Celestino, dont la fin tragique a marqué la vie de son père Juan, décédé de chagrin à 33 ans.

Avec tous les regards tournés vers Missak Manouchian, cette directrice de crèche de 57 ans regrette que l'"on ne parle même pas" de ses camarades, comme Celestino. Ce migrant en France qui a décidé de retourner en Espagne pour combattre pendant la guerre civile a ensuite rejoint la Résistance française "depuis le tout début".

Mais elle se dit heureuse que son grand-père "ait enfin cette reconnaissance". "Je suis triste que mon père ne la voie pas", ajoute Juana, dont le fils de 20 ans "ressemble à Celestino" et porte en lui cette "grande fierté" familiale.

La femme appréhende néanmoins l'hommage prévu mardi au Mémorial du Mont-Valérien, où son grand-père a été exécuté avec une partie du "groupe Manouchian". "J'aurais pu y aller depuis longtemps, mais j'avais peur de trop d’émotions", confie-t-elle.

« Oubliés »

Les descendants de ces combattants de la liberté ont dû attendre 80 ans après leur exécution par l'Allemagne nazie pour que la France, qui les avait bannis de la mémoire officielle, leur rende hommage.

"A partir de 1960, au moment où le général De Gaulle décide de structurer cette mémoire de la Seconde guerre mondiale", "on lisse toutes les différences des combattants pour en évoquer finalement que la Résistance avec un grand R", explique Jean-Baptiste Romain, responsable des hauts lieux de la mémoire nationale en région parisienne.

Mais cette mémoire "officielle" était "bien évidemment" centrée sur les résistants "gaullistes", et aujourd'hui, 80 ans plus tard, c'est la "mémoire scientifique" qui permet de "mettre sur le devant de la scène" ceux qui étaient "un peu oubliés": "Les étrangers, les communistes et les juifs", précise-t-il.

Pour symboliser leur retour, le président français Emmanuel Macron a choisi la figure du plus célèbre, l'Arménien Manouchian, mais le choix d'un seul a suscité la colère de nombreux descendants, qui réclamaient son entrée au Panthéon "avec tous ses camarades". L'inscription de leurs noms équivaut à leur panthéonisation, a souligné la présidence française vendredi.

Georges Duffau-Epstein, qui intervient dans les écoles, espère que cet hommage permettra aux jeunes de s'approprier le combat de ces résistants à l'heure où les idées d'extrême droite gagnent du terrain en Europe. Et il rappelle les mots de son père dans sa dernière lettre peu avant sa mort: "Vive la France ! Vive la liberté !".


Le budget de l'Etat de retour à l'Assemblée, au bout du tunnel le 49.3?

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à droite) s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu (à droite) s'exprime lors d'une séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, à Paris, le 6 janvier 2026. (AFP)
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  • L’Assemblée nationale relance l’examen du budget 2026, après l’échec d’un accord avec le Sénat, dans un climat politique tendu et avec la menace croissante d’un recours au 49.3
  • Faute de majorité claire et face à plus de 2 000 amendements, le gouvernement veut aller vite pour adopter un budget d’ici fin janvier et ramener le déficit sous les 5 %

PARIS: Après une première lecture infructueuse, l'Assemblée reprend jeudi en commission l'examen du budget de l'Etat pour 2026, avec l'espoir partagé par le gouvernement et les parlementaires de trouver une issue rapide, quitte à en passer par l'article 49 alinéa 3 de la Constitution.

Le 19 décembre, une commission mixte partiaire - composée de sept députés et sept sénateurs - avait rapidement acté l'impossibilité pour les représentants des deux chambres de s'accorder sur une version du texte, rendant impossible l'adoption du budget avant le 31 décembre.

Le gouvernement a donc dû recourir en fin d'année à une loi spéciale permettant d'assurer la continuité de l'Etat, en reconduisant en 2026 les impôts de 2025. Mettant en suspens notamment l'augmentation des crédits de défense, ou encore quelques mesures agricoles à l'heure où la profession manifeste sa colère.

Le projet de loi de finances est désormais de retour en nouvelle lecture à la chambre basse, d'abord de jeudi à samedi en commission, puis à partir de mardi dans l'hémicycle, théoriquement jusqu'au 23 janvier. En cas d'adoption du texte, il faudra encore, pour qu'elle soit définitive, que le Sénat l'approuve dans les mêmes termes, ou que l'Assemblée statue une troisième fois.

Les députés repartiront de la version du Sénat, en commission comme en séance, puisque sur les textes budgétaires les travaux de la commission ont valeur consultative.

Le gouvernement souhaite quoi qu'il en soit aller vite, afin de doter la France d'un véritable budget d'ici la fin du mois, et de revenir en 2026 sous la barre des 5% de déficit, contre 5,4% en 2025. Le chef des députés PS, Boris Vallaud, a lui aussi estimé dans Libération mercredi qu'il était "temps (...) de sortir de cette séquence budgétaire".

- Le 49.3 débattu à Bercy -

Sur le plan de la méthode, l'utilisation du 49.3, qui permet au gouvernement de faire adopter un texte sans vote en engageant sa responsabilité, semble de plus en plus inéluctable.

Alors que le PCF et les écologistes se dirigent vers un vote "contre", à l'instar de LFI et du RN, il faudrait pour que le texte obtienne une majorité que les socialistes et les indépendants de Liot votent pour. Ce à quoi le PS se refuse, comme l'a redit M. Vallaud.

La voie des ordonnances, inédite, semble elle aussi compromise, le PS y voyant la "pire des solutions".

La question a été agitée lors d'une réunion à Bercy mardi, qui a réuni pendant plus de quatre heures des représentants de la coalition gouvernementale, de Liot et du PS autour des ministres Amélie de Montchalin (Comptes publics) et Roland Lescure (Economie).

Réticente, alors que Sébastien Lecornu s'est engagé auprès du PS en octobre à ne pas utiliser le 49.3, Mme de Montchalin "comprend que c'est la seule solution qui existe aujourd'hui", a rapporté mercredi à l'AFP un participant. Selon une source PS, le gouvernement "a admis que ce sera l'issue".

L'entourage de la ministre conteste cette version, affirmant que Mme de Montchalin a rappelé que la décision revenait au Premier ministre.

Dans Libération, M. Vallaud renvoie aussi la décision au gouvernement, précisant qu'il "devra donner des motifs de ne pas être censuré".

- Plus de 2.000 amendements -

Quels pourraient être les termes d'un pacte de non-censure? Ils sont pour l'heure difficiles à cerner. Le rapporteur général du budget LR Philippe Juvin propose dans un document révélé par Les Echos et consulté par l'AFP une hausse des recettes de 2,93 milliards par rapport à la version du Sénat et une baisse des dépenses de 6,2 milliards.

Bien éloigné du PS, qui souhaite, lui, augmenter les dépenses de neuf milliards d'euros, par rapport à la version initiale du gouvernement.

L'examen en commission devrait en tout donner lieu de nouveau à des débats enflammés, avec plus de 2.000 amendements déposés.

Que ce soit sur le barème de l'impôt sur le revenu - dont les députés LR exigent le dégel total, contrairement aux sénateurs LR -; la surtaxe sur les bénéfices des entreprises - le PS en espère 8 milliards d'euros, LR au maximum 4; ou côté dépenses, sur la réduction des effectifs d'enseignants souhaitée par le gouvernement et que rejettent les socialistes.

Avec de fortes chances selon plusieurs parlementaires d'aboutir au même résultat qu'en première lecture: la commission avait rejeté la partie recettes comme la partie dépenses du budget.


L'accord avec le Mercosur approche, l'UE compte sur le soutien de l'Italie

Des agriculteurs se tiennent à côté de pommes de terre et d'un tracteur garé devant le Parlement européen, lors d'une manifestation agricole visant à dénoncer les réformes de la politique agricole commune (PAC) et les accords commerciaux tels que le Mercosur, à Bruxelles, le 18 décembre 2025, organisée par le Copa-Cogeca, la principale association représentant les agriculteurs et les coopératives agricoles de l'UE. (AFP)
Des agriculteurs se tiennent à côté de pommes de terre et d'un tracteur garé devant le Parlement européen, lors d'une manifestation agricole visant à dénoncer les réformes de la politique agricole commune (PAC) et les accords commerciaux tels que le Mercosur, à Bruxelles, le 18 décembre 2025, organisée par le Copa-Cogeca, la principale association représentant les agriculteurs et les coopératives agricoles de l'UE. (AFP)
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  • L’UE se rapproche d’une signature de l’accord de libre-échange avec le Mercosur, portée par le soutien clé de l’Italie, malgré une forte contestation des agriculteurs, notamment en France
  • Bruxelles multiplie les concessions (engrais, pesticides, garanties agricoles) pour apaiser les tensions, tout en promettant des mécanismes de sauvegarde contre toute déstabilisation du marché

BRUXELLES: La Commission européenne s'est efforcée mercredi d'adresser d'ultimes gestes aux agriculteurs et table sur un soutien de l'Italie pour signer l'accord avec les pays latino-américains du Mercosur dans les prochains jours.

Bruxelles espère obtenir l'aval des États européens vendredi, pour une possible signature de ce traité de libre-échange avec l'Amérique Latine dès lundi au Paraguay.

L'horizon s'est dégagé grâce à la position de plus en plus favorable de l'Italie, décisive dans ce dossier.

Le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani a salué mercredi soir de nouvelles mesures de l'UE en faveur des agriculteurs et "les énormes avantages" du traité avec le Mercosur. "Nous avons toujours soutenu la conclusion de cet accord, en insistant sur la nécessité de prendre dûment en compte les préoccupations légitimes du secteur agricole", a-t-il assuré.

Car l'Union européenne doit composer avec la colère de nombreux agriculteurs européens, notamment en France où la contestation repart de plus belle.

Pour faire avaler la pilule du Mercosur, l'exécutif européen avait spécialement réuni les ministres de l'Agriculture des Vingt-Sept mercredi à Bruxelles.

La Commission a lâché du lest sur certaines revendications agricoles, parfois sans lien direct avec le Mercosur.

Ainsi, pour réduire le coût des engrais, l'UE a par exemple ouvert la voie à une suspension temporaire d'un mécanisme européen de taxe carbone aux frontières sur les fertilisants.

La décision n'est pas encore définitivement prise, mais "la taxe carbone sur les engrais pourra être suspendue avec effet rétroactif au 1er janvier 2026", s'est déjà réjouie la ministre française de l'Agriculture Annie Genevard.

En attendant, l'UE promet de réduire certains droits de douane sur l'engrais azoté et l'ammoniac.

- Interdiction de pesticides -

Concernant les pesticides interdits en Europe, mais dont certaines traces se retrouvent dans les importations, Bruxelles entend interdire tous les résidus pour trois substances: carbendazim, benomyl and thiophanate-methyl, dans des produits comme les agrumes, les mangues ou les papayes.

Paris avait fait monter la pression en publiant un arrêté suspendant les importations en France de produits agricoles sud-américains (avocats, goyaves, mangues...) traités avec des fongicides et herbicides non autorisés dans l'UE, une mesure soumise toutefois à un feu vert de la Commission, dont la décision est attendue dans une dizaine de jours.

Surtout, Ursula von der Leyen avait proposé dès mardi un geste budgétaire dans la future Politique agricole commune (PAC) 2028-2034 de l'Union européenne, en débloquant de façon anticipée 45 milliards d'euros dès 2028.

Mais le traité de libre-échange avec l'Argentine, le Brésil, le Paraguay et l'Uruguay reste un "chiffon rouge" qui pourrait entraîner des "mobilisations plus importantes" encore, ne cesse de marteler le premier syndicat agricole français, la FNSEA.

Convois vers Paris et rassemblements locaux, la contestation est vive en France, où des agriculteurs dénoncent à la fois la concurrence accrue des pays latino-américains et la gestion gouvernementale de l'épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) chez les bovins.

De plus, la tempête politique couve en France. Si Emmanuel Macron soutient le Mercosur, "il prend le risque d'une censure" du gouvernement, a lancé le chef de la droite Bruno Retailleau

A ce stade, Paris maintient son opposition au Mercosur "en l'état", car le "compte n'y est toujours pas", a répété le gouvernement mercredi matin.

Mais sans autres alliées que la Pologne et la Hongrie, la France ne sera pas en mesure de bloquer l'accord, que plébiscitent l'Allemagne et l'Espagne pour relancer l'économie européenne.

La France votera-t-elle contre l'accord ? Politiquement, signer un tel traité contre l'avis de la première puissance agricole d'Europe embarrasserait la Commission.

Bruxelles insiste sur les garanties apportées aux agriculteurs. Les quotas de produits détaxés — bœuf, volaille.... — seront limités, souligne la Commission, et accompagnés de mesures de "sauvegarde" pour les produits agricoles les plus sensibles.

L'exécutif européen promet d'intervenir en cas de déstabilisation du marché, avec la possibilité si nécessaire de rétablir des droits de douane.

L'accord de libre-échange avec les pays du Mercosur permettrait notamment à l'UE d'exporter davantage de voitures, machines, vins et spiritueux. Dans le sens inverse, il faciliterait l'entrée en Europe de viande, sucre, riz, miel et soja sud-américains, ce qui alarme les filières concernées.

Après la signature du traité, il devra encore être ratifié par le Parlement européen, où le scrutin pourrait être serré.


France, Allemagne et Pologne espèrent la signature rapide de l'accord UE-Inde

Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul, le ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski posent pour une photo de famille dans le cadre d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar et de l'Inde au ministère français des Affaires étrangères à Paris, le 7 janvier 2026. (AFP)
Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul, le ministre indien des Affaires étrangères Subrahmanyam Jaishankar, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot et le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslaw Sikorski posent pour une photo de famille dans le cadre d'une réunion des ministres des Affaires étrangères du Triangle de Weimar et de l'Inde au ministère français des Affaires étrangères à Paris, le 7 janvier 2026. (AFP)
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  • L’UE et l’Inde se rapprochent d’un accord majeur de libre-échange et de sécurité, qui pourrait être signé lors du sommet prévu le 27 janvier, marquant une étape clé du partenariat stratégique
  • Face aux tensions géopolitiques et commerciales mondiales, Européens et Indiens cherchent à diversifier leurs partenariats et réduire leurs dépendances économiques et sécuritaires

PARIS: La France, l'Allemagne et la Pologne ont appelé mercredi de leur voeux la signature prochainement d'un accord commercial et sécuritaire entre l'UE et l'Inde, "étape décisive" d'un "rapprochement stratégique", selon le ministre français des Affaires étrangères mercredi.

"Un accord majeur entre l'UE et l'Inde est en passe d'aboutir dans les prochaines semaines avec un sommet qui lui sera consacré à la fin du mois de janvier", a déclaré Jean-Noël Barrot lors d'une conférence de presse avec ses homologues allemand, polonais et indien. Il "marquera une étape décisive dans le rapprochement stratégique entre nos deux espaces", a-t-il ajouté.

L'Inde et l'UE sont depuis longtemps en négociation pour conclure non seulement un accord de libre-échange, mais encore un accord de sécurité. Un sommet est prévu le 27 janvier.

"Il est très important que nous signions rapidement un accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Inde", a déclaré le ministre polonais Radoslaw Sikorski à l'issue d'une réunion au format Weimar (France, Allemagne, Pologne) à laquelle participait aussi le ministre indien, Subrahmanyam Jaishankar, pour qui la relation UE-Inde "a vocation" à se renforcer.

Dans le contexte de brutalisation des relations internationales, "nous devons diversifier davantage et réduire les dépendances afin de ne pas nous rendre vulnérables au chantage", a pour sa part déclaré l'Allemand Johann Wadephul.

"L'accord de libre-échange entre l'Union européenne et l'Inde est une étape importante vers davantage de diversification (...). C'est pourquoi nous travaillons intensément à Bruxelles pour conclure bientôt cet accord", a-t-il poursuivi, ajoutant que le partenariat de sécurité et de défense entre l'UE et l'Inde était "également sur la bonne voie",

L'Inde, qui promeut une doctrine internationale de multi-alignement, et l'Union européenne (UE), escomptaient finaliser un accord de libre-échange commercial avant la fin 2025, dans le contexte de guerre commerciale entre grandes puissances, avec les droits de douane imposés par les Etats-Unis ou la Chine à plusieurs de leurs partenaires.

L'UE est le plus grand partenaire commercial de l'Inde, avec 124 milliards d'euros d'échanges de marchandises en 2023, soit plus de 12% du total du commerce indien, selon Bruxelles.

Bruxelles plaide notamment pour l'ouverture du marché indien à ses voitures et son alcool tandis que l'Inde souhaite vendre plus facilement ses produits textiles ou ses médicaments.

L'accord porterait en outre sur la sécurité.

"Nous espérons étendre le partenariat Union-Inde au domaine de la sécurité et de la défense, et nous espérons qu'un document approprié sera signé lors du sommet Union-Inde le 27" janvier, a indiqué M. Sikorski.

Soulignant l'importance de l'Europe, le ministre indien a estimé qu'il était "également nécessaire que l'Inde renforce sa relation" avec ce continent.

"Je crois que nous pouvons apporter davantage de stabilité, à la fois à l'économie internationale et à la politique mondiale, et c'est vraiment la raison de ma présence ici" à Paris, a-t-il fait valoir.

Preuve d'une volonté partagée de renforcer les liens réciproques, le chancelier allemand Friedrich Merz se rendra en Inde dans les prochains jours, et le président français Emmanuel Macron "bientôt", a-t-il dit.

Plusieurs autres dirigeants européens devraient se rendre en Inde "très prochainement", a-t-il enfin précisé.