Manouchian et ses frères d'armes étrangers entrent au Panthéon

Le poète apatride Missak Manouchian et 23 de ses compagnons d'armes entrent mercredi au Panthéon, 80 ans après leur mort, hommage ultime pour ces combattants de l'ombre longtemps oubliés. (AFP)
Le poète apatride Missak Manouchian et 23 de ses compagnons d'armes entrent mercredi au Panthéon, 80 ans après leur mort, hommage ultime pour ces combattants de l'ombre longtemps oubliés. (AFP)
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Publié le Mercredi 21 février 2024

Manouchian et ses frères d'armes étrangers entrent au Panthéon

  • "Juifs, Hongrois, Polonais, Arméniens, communistes, ils ont donné leur vie pour notre pays", a salué le président de la République
  • Macron a provoqué la colère du RN en soulignant que «les forces d'extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes»

PARIS: Aux résistants étrangers, la France reconnaissante: le poète apatride Missak Manouchian et 23 de ses compagnons d'armes entrent mercredi au Panthéon, 80 ans après leur mort, hommage ultime pour ces combattants de l'ombre longtemps oubliés.

"Juifs, Hongrois, Polonais, Arméniens, communistes, ils ont donné leur vie pour notre pays", a salué le président de la République, Emmanuel Macron, dans le quotidien L'Humanité.

Avec eux, "c'est toute la résistance communiste et étrangère" qui entre dans le temple des grandes figures de la Nation, rejoignant ainsi Jean Moulin et la résistance gaulliste, honorés dès les années 1960.

"C’est un honneur que la résistance communiste soit honorée (...) et aussi une réparation", s'est félicité le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, sur franceinfo.

Le chef de l'Etat signe là sa quatrième panthéonisation après celles de l'écrivain Maurice Genevoix, de Simone Veil et de la star du music-hall Joséphine Baker. Il a aussi annoncé celle de Robert Badinter, mort le 9 février.

Comme lors des précédents hommages nationaux, la polémique s'est de nouveau invitée avec la présence annoncée de Marine Le Pen, invitée comme cheffe du groupe du Rassemblement national à l'Assemblée nationale.

"Inacceptable", "insupportable", déplorent le comité de soutien à la panthéonisation de Missak Manouchian et les familles, qui accusent le Front national, dont le RN est l'héritier, d'avoir été fondé par des "nazis et des collaborationnistes".

M. Macron a provoqué la colère du RN en soulignant que "les forces d'extrême droite seraient inspirées de ne pas être présentes".

"Indigne", a répondu le patron du RN Jordan Bardella sur Europe 1/Cnews en reprochant au président "d'utiliser l'histoire nationale pour faire de la politique politicienne".

«L'Affiche rouge»

En plein débat sur l'immigration et le repli identitaire d'une partie de la société, l'hommage à ces combattants étrangers, "Français par le cœur et le sang versé", est aussi tout un symbole.

Missak Manouchian, d'origine arménienne, et ses camarades ont été fusillés par les nazis pour 23 d'entre eux le 21 février 1944 au Mont-Valérien, près de Paris. Ils entrent au Panthéon (dont la devise "Aux grands hommes la Patrie reconnaissante" orne le fronton) 80 ans après, jour pour jour.

A 18H30, les cercueils de Missak Manouchian et de son épouse Mélinée, résistante comme lui et qui lui survécut jusqu'en 1989, vont remonter quelques centaines de mètres jusqu'au Panthéon, portés par des soldats de la Légion étrangère, qui ont aussi fait le choix de la France.

Si le couple reste uni dans la mort - ils reposaient tous deux au cimetière parisien d'Ivry - Mélinée n'est pas elle-même "panthéonisée". Les autres camarades de Manouchian entrent au Panthéon de façon symbolique, avec l'inscription de leur nom sur une plaque.

Comme pour l'entrée de Joséphine Baker en 2021, la cérémonie, qui va durer une heure et demie, comprendra de nombreux flash-backs en images et chansons sur la vie de Missak Manouchian.

Le chanteur Patrick Bruel lira la dernière lettre du résistant à sa bien-aimée et le groupe de rock Feu ! Chatterton entonnera "L'Affiche rouge" de Léo Ferré, qui fit entrer le résistant dans la légende.

«Enfin»

A quelques pas de la mort, Missak Manouchian écrivit: "Bonheur à ceux qui vont nous survivre (...) Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la Liberté sauront honorer notre mémoire dignement".

Rescapé des massacres d'Arméniens dans l'Empire ottoman, réfugié en France en 1925, Missak Manouchian rejoint en 1943 la résistance communiste où il s'illustra dans les rangs des Francs-tireurs partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI), un réseau alors très actif à Paris.

"Enfin on reconnaît au plus haut sommet de l'Etat, l'engagement de ces combattants, ces FTP-MOI qui ont mené la lutte armée en région parisienne", se félicite Denis Peschanski, historien de la résistance étrangère.

Durant le procès de Missak Manouchian et ses camarades, la propagande nazie placarda dans la capitale une affiche avec les photos de dix d'entre eux, présentés comme "l'armée du crime", sur fond rouge, qui donnera son nom à la chanson de Léo Ferré.

Quelque 2.000 personnes ont été invitées à la cérémonie, dont les responsables du Parti communiste, le Premier ministre arménien, Nikol Pachinian, et de nombreux représentants de la communauté arménienne ainsi que 600 élèves.

Mardi soir, plusieurs centaines de personnes se sont aussi réunies au Mont-Valérien, où le cercueil de Missak Manouchian a emprunté, dans une ambiance empreinte d'émotion, le chemin des derniers moments du condamné. Avant de reposer pour la nuit dans la crypte du Mémorial de la France combattante.


Interpellation en Espagne de Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat

Le narcotrafiquant Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat, a été interpellé à Madrid quelques heures après la fin du procès dans lequel il était jugé avec deux chefs présumés de la DZ Mafia, a-t-on appris mercredi de source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde. (AFP)
Le narcotrafiquant Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat, a été interpellé à Madrid quelques heures après la fin du procès dans lequel il était jugé avec deux chefs présumés de la DZ Mafia, a-t-on appris mercredi de source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde. (AFP)
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  • Walid Bara, alias Fondu, est considéré comme l'un des commanditaires du "double homicide du Formule 1" jugé durant plus de trois semaines à Aix
  • Dans le procès, émaillé d'incidents, les juges ont prononcé les condamnations de cinq hommes, dont un des chefs présumés du gang criminel DZ Mafia, Gabriel Ory, tandis qu'un autre chef présumé de cette organisation issue de Marseille

MARSEILLE: Le narcotrafiquant Walid Bara, condamné mardi en France pour un double assassinat, a été interpellé à Madrid quelques heures après la fin du procès dans lequel il était jugé avec deux chefs présumés de la DZ Mafia, a-t-on appris mercredi de source judiciaire, confirmant une information du journal Le Monde.

L'homme de 39 ans, au lourd cursus délinquant, était en fuite et a été condamné en son absence par la cour d'assises d'Aix-en-Provence à une peine de 25 ans de réclusion pour son implication dans un double assassinat commis en 2019 sur fond de rivalités entre trafiquants de drogue.

Les circonstances de son interpellation n'ont pas été précisées.

Walid Bara, alias Fondu, est considéré comme l'un des commanditaires du "double homicide du Formule 1" jugé durant plus de trois semaines à Aix.

Dans le procès, émaillé d'incidents, les juges ont prononcé les condamnations de cinq hommes, dont un des chefs présumés du gang criminel DZ Mafia, Gabriel Ory, tandis qu'un autre chef présumé de cette organisation issue de Marseille mais qui a progressivement étendu son influence, Amine Oualane, a bénéficié d'un acquittement.

Le quotidien La Provence rapportait par ailleurs fin 2024 l'implication de Walid Bara dans un trafic de stupéfiants implanté dans le 15e arrondissement de Marseille. Identifié comme le "patron" de ce trafic, le cas de Walid Bara avait néanmoins été disjoint d'un procès fin 2024.

Interpellé en juillet 2021 et mis en examen dans quatre affaires dont trois de règlements de comptes, il avait été remis en liberté en mai 2024 après une succession de vices de procédure, selon le quotidien.


Armement: Macron et le président indonésien Prabowo discutent d'un renforcement des liens dans la défense

Le président indonésien Prabowo Subianto et son homologue français Emmanuel Macron ont discuté à Paris du renforcement de leur coopération dans le domaine de la défense, a indiqué Jakarta mercredi. (AFP)
Le président indonésien Prabowo Subianto et son homologue français Emmanuel Macron ont discuté à Paris du renforcement de leur coopération dans le domaine de la défense, a indiqué Jakarta mercredi. (AFP)
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  • Les autorités françaises n'ont pas à ce stade communiqué sur cette rencontre qui intervenait au lendemain d'une visite du président indonésien à Moscou
  • L’Indonésie a reçu fin janvier ses trois premiers avions de combat Rafale de fabrication française, dans le cadre d'un contrat de 8,1 milliards de dollars portant sur l’achat de 42 appareils à la France

JAKARTA: Le président indonésien Prabowo Subianto et son homologue français Emmanuel Macron ont discuté à Paris du renforcement de leur coopération dans le domaine de la défense, a indiqué Jakarta mercredi.

Prabowo Subianto a été reçu mardi par son homologue Emmanuel Macron à l'Elysée, et ont "discuté du renforcement de la coopération stratégique", selon un communiqué du gouvernement indonésien.

"Cela inclut l'acquisition d'équipements militaires et le renforcement de l'industrie de la défense", précise le document, citant la France comme un partenaire stratégique de l'Indonésie en Europe.

Les dirigeants sont également convenus de coopérer en matière de "transition énergétique et de développement des énergies nouvelles et renouvelables", peut-on y lire.

Les autorités françaises n'ont pas à ce stade communiqué sur cette rencontre qui intervenait au lendemain d'une visite du président indonésien à Moscou.

L’Indonésie a reçu fin janvier ses trois premiers avions de combat Rafale de fabrication française, dans le cadre d'un contrat de 8,1 milliards de dollars portant sur l’achat de 42 appareils à la France.

Depuis l'arrivée au pouvoir de Prabowo Subianto, l'Indonésie cherche à rajeunir son équipement militaire vieillissant.

Lors de la visite du président français Emmanuel Macron à Jakarta l'année dernière, le ministre français des Armées de l'époque, Sébastien Lecornu, a affirmé que l'Indonésie avait signé une lettre d'intention pour l'achat de nouveaux avions Rafale à la société française Dassault Aviation, sans préciser les chiffres ni le calendrier.

Selon lui, l'Indonésie s'est également engagée à acheter des frégates légères et des sous-marins Scorpène, ainsi que des obusiers Caesar et des munitions au groupe franco-allemand KNDS.

Lundi, le président indonésien s'est entretenu pendant cinq heures avec Vladimir Poutine au Kremlin, d'où il s'est envolé directement pour Paris, selon la même source.

Les deux ont discuté du "renforcement de leur partenariat stratégique, en particulier dans les secteurs de l'énergie, des ressources minérales et du développement industriel national".

Prabowo Subianto, qui s'est récemment rendu en Corée du Sud et au Japon, multiplie les visites à l'étranger.

Jakarta défend une position diplomatique non alignée. Le pays a rejoint l'an dernier le bloc des Brics+, une alliance élargie de pays émergents, aux côtés de la Chine et de la Russie. L'Indonésie fait également partie du "Conseil de Paix" de Donald Trump.


France: jugement pour Lafarge, accusé de financement du terrorisme en Syrie

Bruno Lafont, ancien directeur général de Lafarge, quitte la salle d'audience pour une pause lors de la première journée du procès du groupe cimentier français Lafarge et de huit personnes, dont d'anciens dirigeants, accusés de financement du terrorisme en Syrie, au tribunal de Paris, le 4 novembre 2025. (AFP)
Bruno Lafont, ancien directeur général de Lafarge, quitte la salle d'audience pour une pause lors de la première journée du procès du groupe cimentier français Lafarge et de huit personnes, dont d'anciens dirigeants, accusés de financement du terrorisme en Syrie, au tribunal de Paris, le 4 novembre 2025. (AFP)
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  • L'entreprise française - avalée depuis par le groupe suisse Holcim - et d'anciens responsables sont poursuivis pour le versement en 2013-2014, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), de plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes armés
  • Durant l'âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d'euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières

PARIS: La justice française rend lundi son jugement à l'encontre du cimentier Lafarge et huit anciens responsables du groupe accusés de financement du terrorisme pour avoir payé des groupes jihadistes afin qu'ils laissent tourner une usine au milieu de la guerre en Syrie

Dans ce dossier à la croisée du monde international des affaires, de la géopolitique et des eaux troubles du renseignement, l'affaire Lafarge raconte la retentissante compromission d'une grande entreprise pour préserver ses intérêts économiques dans une Syrie à feu et à sang, que les autres multinationales avaient quittée.

"C'est l'histoire d'un dérapage, d'un dévoiement qui fait que la société Lafarge, fleuron de l'industrie française, en est venue à financer des organisations terroristes, dans une seule visée: mercantile", avait fustigé le parquet national antiterroriste (Pnat) dans ses réquisitions en décembre dernier.

L'entreprise française - avalée depuis par le groupe suisse Holcim - et d'anciens responsables sont poursuivis pour le versement en 2013-2014, via la filiale syrienne Lafarge Cement Syria (LCS), de plusieurs millions d'euros à des groupes jihadistes armés afin de maintenir l'activité d'une cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

Durant l'âpre procès en novembre-décembre, la défense a cherché à casser le narratif selon lequel la cimenterie de Jalabiya, investissement flambant neuf de 680 millions d'euros, a été maintenue en activité pour des raisons purement financières, au détriment de la sécurité de son millier de salariés.

"On peut se laver les mains et partir, mais que seraient devenus les salariés de l'usine si nous étions partis?", a soutenu en interrogatoire Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge. "On avait le choix entre deux mauvaises solutions, la pire et la moins pire."

Décortiquant échanges de mails, comptes-rendus de réunions et relevés bancaires, le tribunal correctionnel de Paris s'est plongé de longues semaines durant dans l'engrenage des paiements de Lafarge, via son intermédiaire syrien Firas Tlass, aux groupes Etat islamique (EI) et Jabhat al-Nosra.

Pour le Pnat, les versements aux entités classées comme "terroristes" ont atteint un montant minimal de près de 4,7 millions d'euros.

"Ahurissant de cynisme" 

Ce système prévoyait le versement d'argent pour, d'une part, financer l'acquisition d'intrants destinés à la production de ciment, tels que les hydrocarbures ou la pouzzolane, et, d'autre part, assurer des "paiements de sécurité" et permettre aux employés de la cimenterie et aux marchandises de passer les barrages dans la région.

Si les prévenus ont soutenu avoir été victimes de "racket", le terme a fait tiquer la présidente du tribunal Isabelle Prévost-Desprez, plusieurs messages internes à Lafarge faisant plutôt état de "négociations" ou d'"accords".

"Il y avait cette conviction que (la guerre) n'allait pas durer. Si on ne comprend pas ça, on ne comprend pas certaines décisions qui ont été prises", a expliqué Bruno Pescheux, l'un des protagonistes du dossier en tant que directeur de la filiale syrienne de Lafarge de 2008 à l'été 2014.

"Cette crise était un tunnel. Tout le monde nous disait que cette crise serait courte, qu'on allait voir la lumière. Mais en fait, la lumière n'est jamais venue", a-t-il dit.

A l'audience, les deux procureures du Pnat ont souligné "l'absence totale d'adhésion à l'idéologie jihadiste" des prévenus, mais noté leur "absence de reconnaissance" et de "regrets" sur les faits.

Elles ont requis à l'encontre de la société Lafarge l'amende maximale de 1,125 million d'euros ainsi qu'une confiscation partielle du patrimoine à hauteur de 30 millions d'euros.

Contre l'ex-PDG du groupe, Bruno Lafont, qui nie mordicus avoir été au courant des versements illicites, le parquet a demandé six ans d'emprisonnement avec mandat de dépôt différé mais sans exécution provisoire.

Le Pnat estime que Bruno Lafont était bien informé et qu'il a "donné des directives claires" pour maintenir l'activité de l'usine, "un choix purement économique, ahurissant de cynisme".

Malgré les millions versés, la cimenterie de Jalabiya est finalement évacuée par Lafarge dans l'urgence et l'impréparation la plus totale le 18 septembre 2014 face à l'avancée de l'EI. Le lendemain, elle tombe aux mains des jihadistes.

Particularité de ce dossier, des victimes des attentats jihadistes du 13 novembre 2015 à Paris et ses environs se sont constituées parties civiles, voyant dans cette affaire l'un des "rouages" des attaques qui ont ensanglanté la France les années suivantes.