Les Houthis du Yémen jurent d'empêcher le sauvetage d'un navire qui fuit en mer Rouge

Le cargo Rubymar en mer Noire (Photo, Reuters).
Le cargo Rubymar en mer Noire (Photo, Reuters).
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Publié le Dimanche 25 février 2024

Les Houthis du Yémen jurent d'empêcher le sauvetage d'un navire qui fuit en mer Rouge

  • Quelques heures après les frappes américano-britanniques, les Houthis ont déclaré avoir pris pour cible le pétrolier MV Torm Thor
  • Les attaques des Houthis perturbent le canal de Suez, un raccourci commercial vital qui représente environ 12 % du trafic maritime mondial.

AL-MUKALLA : La milice houthie du Yémen s'est engagée à empêcher le sauvetage d'un navire du Royaume-Uni qui fuit en mer Rouge avant que l'aide humanitaire ne puisse atteindre Gaza, ce qui fait craindre qu'elle n'utilise le navire comme moyen de pression. 

Le 18 février, les Houthis ont tiré un missile qui a gravement endommagé un navire appartenant au Royaume-Uni et battant pavillon bélizien, provoquant une marée noire de 18 milles dans la mer Rouge et menaçant d'une catastrophe écologique majeure si sa cargaison de plus de 41 000 tonnes d'engrais se déversait dans la mer, selon le Commandement central américain.

La fuite a poussé le gouvernement yéménite à solliciter l'aide internationale de pays et de groupes de protection de la nature pour sécuriser le navire.

Mohammed Ali Al-Houthi, un dirigeant houthi, a déclaré qu'il n'autoriserait le monde à récupérer le navire qui fuit que si les habitants de Gaza avaient accès à de la nourriture, de l'eau et des médicaments, ce qui a amené les Yéménites à s'inquiéter du fait que les Houthis pourraient utiliser le navire comme monnaie d'échange, comme ils l’avaient précédemment fait avec le pétrolier Safer.

« Le navire britannique en perdition pourrait être remorqué en échange de la livraison de véhicules d'aide à Gaza », a déclaré Al-Houthi sur X. 

Dans la nuit de samedi à dimanche, les armées américaine et britannique ont lancé de nouvelles frappes contre 18 sites du Yémen contrôlé par les Houthis, notamment des installations souterraines de stockage d'armes et de missiles, des systèmes de défense aérienne, des radars, un hélicoptère et des systèmes aériens sans pilote à attaque unilatérale, selon un communiqué du Commandement central américain.

Cela intervient alors que le ministre britannique des Affaires étrangères, David Cameron, s'est engagé dimanche à lancer de nouvelles attaques pour décourager les Houthis de porter atteinte à la liberté de navigation internationale en mer Rouge.

« Malgré des avertissements répétés, les Houthis ont poursuivi leurs attaques contre la navigation en mer Rouge, en prenant notamment pour cible des navires du Royaume-Uni, ce qui compromet la stabilité régionale. Nous avons clairement indiqué que nous allions joindre l'acte à la parole », a-t-il précisé sur X.

À Sanaa, les Houthis ont défié les appels à mettre fin à leurs attaques en mer Rouge en affirmant avoir tiré samedi des missiles sur le pétrolier MV Torm Thor, battant pavillon américain, et des drones sur des navires de l'US Navy dans le golfe d'Aden.

« Les forces armées du Yémen affirment qu'elles contreront l'escalade américano-britannique par des opérations militaires plus qualitatives contre toutes les cibles hostiles en mer Rouge et en mer d'Arabie », a déclaré le porte-parole militaire des Houthis, Yahya Sarea, dans un communiqué. 

Dans le même temps, les responsables et les experts yéménites pensent que les Houthis utiliseraient le navire qui fuit comme moyen de pression pour obtenir des concessions de la part du monde, notamment en matière de légitimité. 

« Nous avons déjà vécu cela auparavant. Les Houthis ont utilisé le Safer comme moyen de pression pendant des années, au mépris total de la catastrophe environnementale potentielle qu'il aurait provoquée en cas de fuite », a indiqué à Arab News Nadwa Al-Dawsari, chercheuse non résidente au Middle East Institute à Washington.

Après des années d'opposition, les Houthis ont accepté en 2023 que les ingénieurs de l'ONU déversent plus d'un million de barils de pétrole du pétrolier flottant FSO Safer, amarré près de la ville de Hodeidah, dans l'ouest du Yémen, évitant ainsi une catastrophe écologique.

Ali Al-Fakih, rédacteur en chef d'Al-Masdar Online, a déclaré que même si l'attention du monde n'est pas aussi concentrée sur le navire britannique qui fuit que sur le Safer, les Houthis continueront à utiliser la fuite pour obtenir une légitimité internationale pour leur milice.

« Les Houthis ne semblent pas se préoccuper des dommages potentiels causés à l'écologie maritime du Yémen ni de la perte des moyens de subsistance de milliers de pêcheurs », a expliqué Al-Fakih à Arab News, avant d'ajouter : « Ils veulent que le monde reconnaisse leur souveraineté sur la mer et dépendent d'eux en tant qu'agents locaux pour sauvegarder les voies navigables, ce qui leur offrirait la légitimité dont ils manquent actuellement ».

 

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com

 


L'ONU contrainte de réduire "considérablement" son aide alimentaire en Syrie

Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
Des employés du Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations unies distribuent des colis d’aide aux Syriens déplacés avant l’arrêt des livraisons d’assistance, dans le camp d’Atmé, en périphérie d’Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie, le 6 décembre 2023. (Archive/AFP)
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  • Le PAM réduit fortement son aide alimentaire en Syrie et dans les pays voisins à cause d’un manque critique de financement, touchant des millions de personnes vulnérables
  • L’assistance passe de 1,3 million à 650 000 bénéficiaires, avec une baisse de couverture de 14 à 7 gouvernorats, alors que 7,2 millions de Syriens restent en insécurité alimentaire aiguë

ROME: Le Programme alimentaire mondial (PAM) de l'ONU a annoncé mercredi avoir dû "réduire considérablement" ses opérations d'aide en Syrie et auprès des réfugiés syriens dans les pays voisins en raison de "pénuries critiques de financement".

"Le PAM a réduit de 50% son assistance alimentaire d’urgence, passant de 1,3 million de personnes à 650.000 en mai, et a mis fin à un programme national de subvention du pain qui soutenait quotidiennement des millions de personnes", souligne l'agence de l'ONU, basée à Rome, dans un communiqué.

"La réduction de l’assistance du PAM est uniquement dictée par les contraintes de financement, et non par une diminution des besoins", a déclaré Marianne Ward, directrice du Programme alimentaire mondial pour la Syrie, citée dans le communiqué.

L'agence de l'ONU rappelle que même s'il y a "des signes de stabilisation dans certaines parties du pays, 7,2 millions de personnes en Syrie restent en insécurité alimentaire aiguë, dont 1,6 million confrontées à des conditions sévères".

Alors qu'en 2025, le PAM a pu aider 5,8 millions de personnes dans les 14 gouvernorats de Syrie via différents programmes, "les contraintes de financement persistantes obligent désormais à réduire davantage la couverture, qui passe de quatorze à seulement sept gouvernorats", ajoute le communiqué.

Les pénuries de financement touchent également les réfugiés syriens se trouvant dans les pays voisins tels que le Liban, la Jordanie ou encore l'Egypte, "où la hausse des coûts, l’instabilité persistante et le manque d’opportunités de revenus accentuent la vulnérabilité", note le PAM.

L'agence de l'ONU dit avoir besoin de "189 millions de dollars pour les six prochains mois (juin–novembre 2026) afin de maintenir et de rétablir une assistance vitale à l’intérieur de la Syrie".

"Un financement rapide permettra au PAM d’atteindre 1,6 million des personnes les plus vulnérables, de maintenir un soutien nutritionnel essentiel, de garantir l’accès à du pain abordable pour des millions d’autres et de contribuer à prévenir une nouvelle détérioration à un moment qui demeure déterminant pour le relèvement de la Syrie", souligne le communiqué. 


Le Koweït dit avoir déjoué une tentative d'«infiltration» de Gardiens de la Révolution iraniens

Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran. (AFP)
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  • Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan"
  • Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source

KOWEIT: Le Koweït a annoncé mardi que quatre personnes arrêtées début mai alors qu'elles tentaient de pénétrer dans le pays par voie maritime avaient "avoué" appartenir aux Gardiens de la Révolution iraniens, accusations démenties par l'Iran.

Les quatre hommes, deux colonels de la marine, un capitaine et un lieutenant de vaisseau, ont avoué avoir été chargés par l'armée idéologique de la République islamique d'Iran "d'infiltrer l'île de Bubiyan", a indiqué le ministère de l'Intérieur du Koweït dans un communiqué publié par l'agence nationale Kuna.

Ils ont tenté d'atteindre cette île, la plus grande du Koweït, proche des côtes iraniennes, "le vendredi 1er mai à bord d'un bateau de pêche spécialement affrété pour mener des actions hostiles contre le Koweït", précise le communiqué.

Lors d'échanges de tirs avec les forces armées koweïtiennes stationnées sur l'île, un militaire koweïtien "a été blessé" et deux membres du groupe des Gardiens de la Révolution sont parvenus à "prendre la fuite", selon la même source.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a jugé de son côté "absolument infondées" les "allégations formulées par le Koweït, selon lesquelles l'Iran planifierait de mener des actions hostiles contre le Koweït". Et il a demandé dans un communiqué à pouvoir s'entretenir avec ses ressortissants détenus ainsi que "leur libération immédiate".

Le ministère des Affaires étrangères du Koweït a annoncé de son côté avoir convoqué l'ambassadeur iranien dans le pays, Mohammad Toutounji, "à qui une lettre de protestation a été remise à la suite de l'infiltration sur l'île de Bubiyan d'un groupe armé appartenant aux Gardiens de la Révolution et de son engagement dans des affrontements avec les forces armées koweïtiennes".

Le ministère, qui dénonce un "acte hostile" iranien et une "atteinte flagrante" à sa souveraineté, affirme que le Koweït se réserve pleinement "le droit de se défendre".

Il s'agit de la quatrième convocation de M. Toutounji depuis que l'Iran a commencé à viser les pétromonarchies du Golfe alliées des Etats-Unis en représailles à l'attaque israélo-américaine déclenchée le 28 février.

Le 3 mai, le ministère de la Défense du Koweït avait indiqué avoir appréhendé quatre personnes tentant de rejoindre le Koweït par la mer.

Depuis le début de la guerre, les autorités du Koweït ont multiplié les opérations contre des personnes ou organisations soupçonnées d'être liées à la République islamique ou de la soutenir.

Mi-avril, 24 personnes ont été arrêtées au Koweït pour financement d'entités "terroristes", selon le ministère de l'Intérieur de cette monarchie du Golfe, une source de sécurité précisant que cinq anciens parlementaires faisaient partie des mis en cause.

En mars, le Koweït avait arrêté six personnes soupçonnées de liens avec le Hezbollah libanais, dans le cadre d'une enquête sur des projets "d'assassinats" dans le pays.

Le mouvement islamiste pro-iranien a déjà démenti plusieurs fois toute présence au Koweït.


Tunisie: peine de trois ans et demi de prison confirmée contre deux journalistes 

La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire". (AFP)
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  • La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus
  • En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale"

TUNIS: La Cour d'appel de Tunis a condamné mardi en appel à trois ans et demi de prison Mourad Zeghidi et Borhen Bsaies, deux journalistes connus, dans un procès dénoncé par l'ONG Reporters sans frontières comme "du harcèlement judiciaire".

"Nous sommes très déçus de ce verdict" qui confirme la peine de première instance, a réagi à l'AFP l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi.

En janvier, les deux journalistes avaient été condamnés en première instance à trois ans et demi de prison pour "blanchiment d'argent" et "évasion fiscale".

En début d'audience mardi, le juge a posé de nombreuses questions à MM. Zeghidi et Bsaies, sur leurs biens, leurs sources de revenus et les impôts versés, selon une journaliste de l'AFP.

"Zéro, niente, je n'ai ni biens immobiliers, ni bijoux, ni grosses voitures", a répondu Mourad Zeghidi.

Le magistrat l'a questionné à propos des rétributions tirées de chaque média et chaque émission (radio et télévision) où il apparaissait, sur la gestion de sa société, sur des virements reçus en Tunisie et depuis l'étranger.

Il a aussi demandé à M. Bsaies pourquoi il avait quitté son métier d'enseignant, la profession de son épouse et avec quels moyens elle avait lancé une école.

Dans sa plaidoirie, l'avocat des deux accusés, Sami Ben Ghazi, s'est demandé pourquoi "des déclarations fiscales (jugées) insuffisantes se sont transformées en (une accusation de) blanchiment d'argent".

Avant l'annonce du verdict, le défenseur et d'autres avocats avaient demandé le non-lieu et la libération des accusés.

Des diplomates représentant la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni et l'Union européenne ont assisté à l'audience.

"Acharnement judiciaire" 

Les deux chroniqueurs avaient été emprisonnés en mai 2024 pour des déclarations à la radio et à la télévision considérées comme critiques du président Kais Saied.

Alors qu'ils étaient libérables en janvier 2025 après avoir purgé huit mois de prison, de nouvelles poursuites avaient été lancées pour des malversations financières présumées.

A la veille du procès, le directeur régional de RSF Oussama Bouagila a affirmé dans un communiqué qu'"après 23 mois d'enquête, aucun élément sérieux n'a été établi: ni flux suspect, ni actif caché, ni preuve crédible".

"Cet acharnement judiciaire ne doit pas faire oublier l'essentiel: c'est leur travail journalistique qui est à l'origine de ces poursuites", a-t-il dit.

Un autre journaliste de renom, Zied el-Heni, a été condamné le 7 mai à un an de prison ferme, pour "atteinte à autrui", après de virulentes critiques contre des décisions judiciaires visant des collègues journalistes.

L'ONG Al Khatt, maison-mère du média indépendant d'investigation Inkyfada, risque de disparaître, sous le coup d'une demande de dissolution demandée par le gouvernement à la justice tunisienne.

Les opposants et défenseurs des droits tunisiens ainsi que plusieurs ONG internationales ont dénoncé un recul des droits fondamentaux en Tunisie depuis un coup de force du président Saied à l'été 2021, par lequel il s'est octroyé les pleins pouvoirs.

Dans un communiqué lundi, l'organisation Amnesty International, basée à Londres, a accusé le pouvoir tunisien de "tentatives d'utiliser les moyens judiciaires pour éliminer purement et simplement les ONG".