En rejoignant l'Otan, la Suède met fin à son non-alignement militaire

Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson (à gauche) et le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, s'adressent à une conférence de presse le 24 octobre 2023 à Stockholm (Photo, AFP).
Le Premier ministre suédois Ulf Kristersson (à gauche) et le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, s'adressent à une conférence de presse le 24 octobre 2023 à Stockholm (Photo, AFP).
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Publié le Lundi 26 février 2024

En rejoignant l'Otan, la Suède met fin à son non-alignement militaire

  • Cette adhésion marque un changement profond pour la défense suédoise, qui s'inscrit désormais dans un collectif, et une évolution géopolitique majeure pour la région
  • L'adhésion bouleverse sa conception traditionnelle des rapports de force en cas de conflit potentiel

STOCKHOLM: L'adhésion de la Suède à l'Otan, processus entamé après l'invasion de l'Ukraine par la Russie et qui doit franchir un dernier obstacle lundi avec le vote du parlement hongrois, mettra fin à 200 ans de non-alignement militaire pour le pays nordique.

Cette adhésion marque un changement profond pour la défense suédoise, qui s'inscrit désormais dans un collectif, et une évolution géopolitique majeure pour la région.

Pourquoi la Suède a décidé de rejoindre l'Otan? 

Après la fin des guerres napoléoniennes au XIXe siècle, la Suède a officiellement adopté une politique de neutralité.

Elle a évolué après la fin de la guerre froide en une politique de non-alignement militaire afin de se tenir à l'écart de tout conflit futur.

Si elle contribue aux forces internationales de maintien de la paix, la Suède n'a ainsi plus connu de guerre depuis le conflit contre la Norvège en 1814.

Malgré sa neutralité, elle a mené une intense activité diplomatique, plaidant pour les droits humains et se trouvant parfois surnommée "superpuissance humanitaire".

Tout en restant à l'extérieur de l'Otan, elle s'est rapprochée de l'Alliance atlantique en rejoignant le Partenariat pour la paix en 1994 et le Conseil de partenariat euro-atlantique en 1997.

Une majorité de Suédois a longtemps été opposée à l'adhésion, vue comme un tabou par les sociaux-démocrates, principal parti suédois.

L'ancien ministre de la Défense social-démocrate Peter Hultqvist déclarait ainsi encore à l'automne 2021 qu'il pouvait "garantir" qu'il ne participerait jamais à un processus d'adhésion.

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a marqué un tournant spectaculaire dans les partis et l'opinion et une nette majorité du parlement a voté en mai 2022 en faveur d'une demande d'adhésion à l'Otan.

Comment la Suède contribue à l'Otan? 

La Suède a longtemps investi massivement dans sa défense pour assumer sa neutralité avant de réduire ses dépenses après la fin de la guerre froide.

Son budget défense a recommencé à augmenter en 2014 après l'annexion de la Crimée par la Russie.

En 1990, ce budget représentait 2,6% du PIB, avant de se réduire jusqu'à 1,2% en 2020, selon le gouvernement, qui assure que l'objectif de l'Otan de 2% du PIB est à nouveau franchi en 2024.

En combinant ses différentes branches, l'armée suédoise peut aligner quelque 50.000 soldats, dont environ la moitié sont des réservistes.

Dans les airs, elle s'appuie sur plus de 90 avions de chasse JAS 39 Gripen, du fabricant suédois Saab, et elle dispose d'une flotte de guerre en mer Baltique qui comprend plusieurs corvettes et sous-marins.

Le Premier ministre suédois, Ulf Kristersson, a également déclaré en janvier que son pays était prêt à fournir des troupes aux forces de l'Otan en Lettonie.

"La Suède est prête à assumer ses responsabilités en matière de sécurité euro-atlantique", a-t-il déclaré lundi après le feu vert hongrois.

L'adhésion de la Suède - et de la Finlande - à l'Otan signifie également que la mer Baltique est désormais entourée de pays membres de l'Alliance, certains analystes la qualifiant de "lac de l'Otan".

"C'est la dernière pièce du puzzle de la carte de l'Otan en Europe du Nord qui se met en place", estime Robert Dalsjö, analyste à l'Agence suédoise de recherche sur la défense (FOI).

Quelles sont les implications pour la défense suédoise?

La Suède doit désormais inscrire sa politique dans un cadre collectif, soulignent les experts.

"La Suède a longtemps travaillé en partant du principe de devoir résoudre la tâche seule", explique à l'AFP Jan Henningson, également chercheur à l'Agence suédoise de recherche sur la défense.

"Nous allons maintenant devoir apprendre à travailler en équipe. Et nous devrons nous adapter au fait que nous ne nous préparons pas à défendre uniquement le territoire suédois, mais aussi le territoire allié", relève de son côté M. Dalsjö.

Dans un contexte où la Finlande ou les pays baltes seraient des champs de bataille, la Suède devra se positionner comme pays de transit pour les troupes de l'Otan.

L'adhésion bouleverse également sa conception traditionnelle des rapports de force en cas de conflit potentiel.

"Traditionnellement, nous pensions que nous étions un petit État et que celui qui nous attaquait était beaucoup plus grand", relève M. Henningson.

Mais en ce qui concerne l'économie et la démographie, "l'Otan est bien plus grande que la Russie", ajoute-t-il. "Nous ne sommes plus David sous aucun aspect".

Ce qui est à l'avantage de Stockholm, selon ses responsables militaires.

"Il s'agira d'une force assez impressionnante avec, espérons-le, la puissance combinée de 32 pays, de la Turquie au sud jusqu'au Svalbard" au nord, a déclaré le chef de l'armée suédoise, Jonny Lindfors, au journal Dagens Nyheter en décembre.


L'Iran et les Etats-Unis jugent un accord proche

Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
Une femme passe devant une fresque antiaméricaine peinte sur le mur de l'ancienne ambassade des États-Unis, aujourd'hui transformée en musée, à Téhéran, le 12 juin 2026. (Photo AP/Vahid Salemi).
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  • L’Iran et les États-Unis se disent proches d’un accord pour mettre fin à plusieurs mois de tensions au Moyen-Orient
  • Des désaccords persistent sur le nucléaire iranien, les sanctions économiques et le dossier libanais

TEHERAN: L'Iran et le médiateur pakistanais ont affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis était proche pour mettre fin à trois mois et demi de conflit au Moyen-Orient, un haut responsable américain affichant également un ton optimiste.

Après des semaines de négociations laborieuses et d'espoirs déçus à plusieurs reprises, est-on dans la dernière ligne droite? Les principaux protagonistes se disent confiants même si la version du texte donnée par les médias iraniens diffère significativement de celle avancée par Washington.

"Dès que les dernières étapes de nos négociations seront achevées, cet accord sera signé et annoncé", a indiqué le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi à la télévision d'Etat.

"Cela pourrait arriver dans les prochains jours. J'ai bon espoir", a-t-il déclaré.

Le ministre a affirmé que le projet d'accord prévoyait la levée du blocus américain des ports iraniens et une nouvelle gestion du détroit d'Ormuz.

Il a cependant accusé Israël de chercher des "prétextes" pour faire "dérailler" un éventuel accord avec Washington.

Même tonalité positive du côté du Premier ministre du Pakistan, principal négociateur dans le conflit. "La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", selon Shehbaz Sharif.

- Signature "à distance" -

Et à Washington, un haut responsable a estimé à "80 à 85%" la probabilité d'un accord-cadre ouvrant une période de 60 jours de discussions techniques, mais "pas 100%". "La ligne d'arrivée n'est pas encore franchie", a-t-il averti, sous le couvert de l'anonymat.

La Suisse a déjà proposé d'accueillir une éventuelle signature, alors qu'un sommet du G7 en présence de Donald Trump doit commencer lundi dans la ville française d'Evian, près de Genève. Mais Téhéran a affirmé qu'une fois finalisé, le protocole d'accord serait signé "à distance".

Les marchés parient de leur côté sur une telle issue, avec un pétrole passé sous la barre des 90 dollars le baril.

Le président américain, qui a déjà annoncé 39 fois un accord imminent selon un décompte de CNN, peine à trouver une issue à cette guerre impopulaire, à l'approche des élections de mi-mandat de novembre et en plein Mondial de football co-organisé par les Etats-Unis.

Il s'est fendu vendredi d'un message furieux sur son réseau Truth Social: "Les termes (d'accord) que l'Iran a fait fuiter aux médias menteurs n'ont RIEN à voir avec les termes dont nous sommes convenus par écrit".

"Ce sont des gens qui n'ont pas d'honneur. Avec eux, il est impossible de négocier de bonne foi", a-t-il écrit aussi.

- Dilution de l'uranium -

L'agence de presse iranienne Mehr avait publié plus tôt ce qu'elle a présenté comme une ébauche de protocole en 14 points, avec des conditions telles que le maintien du contrôle sur le détroit d'Ormuz, le droit à l'enrichissement d'uranium, le déblocage rapide de 24 milliards de dollars de fonds iraniens gelés à l'étranger.

Washington a livré de son côté une toute autre version du texte.

Le compromis doit, selon le responsable américain, mener à la réouverture d'Ormuz, voie maritime stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures.

Il doit aussi aboutir au "démantèlement" du programme nucléaire iranien et permettre aux Etats-Unis de récupérer l'uranium hautement enrichi, qui serait "détruit sur place" puis "sorti" du pays.

Mais Abbas Araghchi a préconisé vendredi une dilution sur le sol iranien de ses stocks d'uranium enrichi à 60%.

Diluer l'uranium à un taux inférieur à 5%, loin des 90% requis pour fabriquer la bombe nucléaire, permettrait d'éloigner considérablement la menace d'un enrichissement à des fins militaires.

Téhéran dément vouloir se doter de l'arme atomique, comme l'en accusent les Etats-Unis et Israël.

- Liban -

Enfin, sur la question des avoirs, "les Iraniens ne recevront pas d'argent et les fonds ne seront pas libérés simplement par une signature d'accord ou la participation à une réunion", a insisté sur X le vice-président américain JD Vance.

Ce point est central pour l'Iran, après des décennies de sanctions qui asphyxient son économie.

Le conflit, déclenché par des frappes américano-israéliennes le 28 février avant l'entrée en vigueur d'une trêve le 8 avril, a embrasé le Moyen-Orient, fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et ébranlé l'économie mondiale.

Autre point d'achoppement majeur, le front libanais.

Selon Washington, l'accord en discussion avec l'Iran inclut bien le Liban, comme réclamé par Téhéran, alors que les Etats-Unis avaient toujours dit vouloir traiter ce dossier séparément.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite. Des frappes qui ont fait plus de 3.700 morts.


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
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  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
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  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.