Au Portugal, une fin de campagne aux airs de fin de règne socialiste

Le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa fait une déclaration après la réunion du conseil d'État au palais de Belém à Lisbonne, le 9 novembre 2023. (AFP)
Le président portugais Marcelo Rebelo de Sousa fait une déclaration après la réunion du conseil d'État au palais de Belém à Lisbonne, le 9 novembre 2023. (AFP)
Short Url
Publié le Vendredi 08 mars 2024

Au Portugal, une fin de campagne aux airs de fin de règne socialiste

  • «Cette élection est très importante, car elle peut marquer un tournant vers une certaine convergence du Portugal avec le panorama des partis en Europe», observe une politologue
  • Cette tendance est marquée par «un déclin de la social-démocratie, un renforcement de la droite et, surtout, un renforcement de l'extrême droite»

LISBONNE: Au pouvoir depuis fin 2015, les socialistes portugais risquent d'être détrônés par l'opposition de centre droit, elle-même menacée par la montée des populistes à l'issue de la campagne qui se termine vendredi soir, à deux jours du scrutin législatif.

"Cette élection est très importante, car elle peut marquer un tournant vers une certaine convergence du Portugal avec le panorama des partis en Europe", observe la politologue Marina Costa Lobo, directrice de l'Institut des sciences sociales de l'Université de Lisbonne (ICS).

Cette tendance est marquée par "un déclin de la social-démocratie, un renforcement de la droite et, surtout, un renforcement de l'extrême droite qui pose ses conditions à la droite modérée pour la formation du gouvernement", précise-t-elle à l'AFP.

Mais, tempère cette analyste, le résultat du scrutin de dimanche, qui sera précédé samedi par une journée de réflexion, reste "particulièrement ouvert" en raison du nombre important d'électeurs toujours indécis.

Après la publication des dernières enquêtes, l'agrégateur de sondages de la Radio Renascença créditait l'Alliance démocratique de centre droit de 32,6% des intentions de vote, contre 27,9% pour le Parti socialiste.

En embuscade, le jeune parti d'extrême droite Chega pourrait réaliser une nouvelle percée et confirmer son statut de troisième force politique du pays, en recueillant 16,8% des suffrages, après un score de 7,2% aux précédentes législatives.

«Besoin d'alternance»

Avec l'Initiative libérale, petite formation créée récemment elle aussi et qui pourrait obtenir 5,4% des voix, l'ensemble de la droite serait en mesure de devenir nettement majoritaire dans le prochain Parlement portugais.

Le Premier ministre sortant, le socialiste Antonio Costa, 62 ans, qui avait remporté une majorité absolue en janvier 2022 avec 41,4% des voix, a provoqué ces élections en démissionnant fin novembre. Il a refusé de briguer un nouveau mandat, après avoir été cité dans une enquête pour trafic d'influence.

Pour un électeur de gauche comme Rui Santos, programmateur de 42 ans, le Portugal traverse "une phase politique très compliquée", car "la corruption est très élevée" et, "à cause des problèmes qu'a connus le PS récemment, beaucoup de gens ne savent pas pour qui voter".

"Je pense qu'à ce stade, nous ressentons tous un besoin d'alternance", témoigne, pour sa part, Susana Teixeira, électrice de centre-droit et consultante en communication de 51 ans, après avoir voté par anticipation dimanche dernier à Lisbonne.

Les enquêtes confirment une "insatisfaction" croissante envers le gouvernement sortant, en dépit de ses bons résultats en matière de finances publiques, de croissance ou d'emploi, relève Marina Costa Lobo.

"Ce contexte macroéconomique positif ne se reflète pas dans la qualité de vie des Portugais à cause de l'inflation, des bas salaires ou des problèmes de fonctionnement de l'Etat", notamment dans les domaines de la santé et de l'enseignement, explique cette analyste.

Risque d'impasse 

Pris de court par la démission de M. Costa, le Parti socialiste s'est rassemblé autour de Pedro Nuno Santos, un ancien ministre de 46 ans issu de son aile gauche.

Le chef de l'opposition de centre-droit, Luis Montenegro, un parlementaire chevronné de 51 ans, dirige son parti depuis presque deux ans, mais ne fait pas l'unanimité dans son propre camp.

Il a notamment fait le pari de refuser d'emblée de former un gouvernement avec le soutien de l'extrême droite, au risque de provoquer une impasse s'il n'est pas en mesure de mettre sur pied une coalition majoritaire sans elle.

"On ne peut pas laisser le PS gouverner s'il y a une majorité de droite", a fait valoir le dirigeant populiste de Chega, André Ventura, professeur de droit et ancien commentateur de football de 41 ans, qui se dit prêt à participer à une coalition gouvernementale.

Le parti "ultra-personnalisé" qu'il a fondé en 2019 "agrège une série de mécontentements présents dans la société portugaise depuis longtemps", note Mme Costa Lobo.

Cette formation antisystème, précise la politologue, est portée par son discours contre la corruption et les minorités, ainsi que par "une certaine nostalgie" du régime dictatorial renversé par la "Révolution des Œillets", dont le Portugal célébrera le mois prochain le 50e anniversaire.


Erdogan et Netanyahu s'écharpent sur le Proche-Orient

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé Benjamin Netanyahu de « suivre la voie d’Hitler » jeudi, après que le dirigeant israélien a affirmé qu’il était un « dictateur antisémite » ayant commis un « génocide » contre les Kurdes. (AFP/archives)
Short Url
  • Recep Tayyip Erdogan a vivement accusé Benjamin Netanyahu de “marcher sur les pas d’Hitler”, dénonçant la politique israélienne à Gaza comme une “usine à souffrance” et un “réseau génocidaire”
  • Les échanges verbaux se sont durcis : Israël a répliqué en qualifiant Erdogan de “dictateur antisémite”, tandis que les tensions s’intensifient autour de Gaza, du Liban et de la sécurité régionale

ISTANBUL: Le président turc Recep Tayyip Erdogan a accusé jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu de "marcher sur les pas d'Hitler", les deux dirigeants se renvoyant le qualificatif de "génocidaire" par discours et communiqués interposés.

Affirmant qu'Israël s'est mué en une "usine à créer de la souffrance" se nourrissant "de sang et de larmes", le chef de l'Etat turc a à nouveau comparé M. Netanyahu à Adolf Hitler, lui prédisant "le même sort que celui des autres tyrans de l'histoire".

Mercredi, le président Erdogan, à couteaux tirés avec Benjamin Netanyahu depuis le déclenchement de la guerre à Gaza fin 2023, avait déjà déclaré que "la sécurité de la Turquie commence (...) à Alep, Damas et Beyrouth", estimant que le Premier ministre israélien et "sa clique criminelle" menacent également la Turquie.

"Nous ne tolérerons aucun fait accompli dans les pays frères et ne resterons pas les bras croisés face aux attaques", a-t-il ajouté face aux députés de son parti. En soulignant que l'armée israélienne "refuse de se retirer du Liban", où ses frappes ont fait quelque 3.700 morts depuis le déclenchement le 2 mars de sa nouvelle guerre contre le Hezbollah, selon les autorités locales.

Le bureau de Benjamin Netanyahu a rétorqué mercredi soir dans un communiqué en accusant "le dictateur antisémite Erdogan, auteur d'un génocide contre les Kurdes", de soutenir le Hamas et d'emprisonner ses opposants, jugeant qu'"il est bien le dernier à pouvoir donner des leçons de morale à Israël".

Revenant à la charge, Recep Tayyip Erdogan a dénoncé jeudi les méfaits à Gaza du "réseau génocidaire sioniste dirigé par Netanyahu".

"Ceux qui s'attaquent à notre région comme des requins assoiffés de sang devront un jour répondre de leurs actes", a-t-il conclu.


Médiation Etats-Unis/Iran : le Premier ministre du Pakistan affirme qu'un accord sur un texte de paix a été "atteint"

Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Le président américain Donald Trump a déclaré vendredi que les commentaires divulgués de l’Iran sur un accord avec les États-Unis ne correspondent pas à ce qui a été convenu par écrit. (Photo d’archive Reuters)
Short Url
  • Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif affirme qu’un accord sur le texte final d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran aurait été atteint, le Pakistan jouant un rôle de médiation entre les deux parties
  • Malgré des tensions et des accusations de désinformation, l’Iran estime que la conclusion d’un accord avec les États-Unis n’a jamais été aussi proche, tandis que Donald Trump conteste des fuites et nie qu’un texte corresponde à ce qui a été convenu

ISLAMABAD: Le Premier ministre du Pakistan Shehbaz Sharif a déclaré vendredi qu'un accord avait été "atteint" sur le texte d'un accord de paix entre les Etats-Unis et l'Iran.

"Nous pouvons confirmer qu'un accord sur le texte final de l'accord de paix a été atteint et que le Pakistan maintenant travaille avec les deux parties pour finaliser les étapes suivantes", a écrit M. Sharif sur X.

"La paix n'a jamais été aussi proche qu'aujourd'hui", a-t-il dit.

L'Iran a lui-même affirmé vendredi qu'un accord avec les Etats-Unis n'avait "jamais été aussi proche", semblant vouloir calmer le jeu après un message furieux de Donald Trump accusant Téhéran de faire circuler un faux texte.

"Alors que le Pakistan déploie d'intenses efforts de médiation, nous avons pleinement conscience du fait qu'une campagne de désinformation incessante est menée par ceux qui veulent saboter l'accord de paix", a encore déclaré le ministre pakistanais.


Téhéran dit ne pas avoir tranché sur un accord brandi par Trump après l'annulation de frappes

Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime dans le Bureau ovale de la White House, jeudi. (Reuters)
Le président des États-Unis, Donald Trump, s'exprime dans le Bureau ovale de la White House, jeudi. (Reuters)
Short Url
  • Donald Trump affirme qu’un accord avec l’Iran est proche et a annulé des frappes américaines prévues
  • Téhéran assure qu’aucune décision finale n’a encore été prise concernant cet accord

TEHERAN: Téhéran a indiqué vendredi ne pas avoir encore tranché sur l'accord annoncé par le président américain pour mettre fin à la guerre, tempérant cette nouvelle annonce de Donald Trump qui a évoqué une signature dès "ce week-end".

Donald Trump a annulé jeudi des frappes américaines qu'il avait menacées de lancer dans la soirée contre l'Iran, assurant qu'un terrain d'entente avait été trouvé.

"Nous venons de trouver un très bon accord pour mettre fin à la guerre avec l'Iran et, une fois les documents finalisés, ce qui devrait être fait dans les prochains jours, nous aurons probablement une signature, peut-être en Europe", a déclaré le président américain depuis le Bureau ovale.

La diplomatie iranienne a toutefois peu après assuré que Téhéran n'avoir pas encore décidé de signer.

"Jusqu'à présent, l'Iran n'a pas encore abouti à une conclusion définitive concernant l'accord", a déclaré le porte-parole Esmaeil Baqaei aux médias d'Etat iraniens.

Le dirigeant républicain a dit penser que le guide suprême iranien, Mojtaba Khamenei, avait validé ce qu'il a qualifié "d'accord-cadre très solide" avec les Etats-Unis et avancé que son vice-président, JD Vance, le signerait possiblement dès "ce week-end".

Mais il n'a donné aucun détail sur le contenu de ce compromis, si ce n'est qu'il assurait une réouverture immédiate du détroit d'Ormuz après la signature, et l'impossibilité pour l'Iran de se doter de l'arme nucléaire.

Selon un message sur X du bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, Donald Trump avait promis que tout accord final inclurait "l'élimination de l'uranium enrichi" de Téhéran.

Cet espoir de résolution du conflit a entraîné à la baisse le pétrole, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, cédant 1,11% à 89,37 dollars vers 2H30 GMT. Rassérénés, les marchés asiatiques bondissent aussi vendredi matin, l'indice Nikkei à Tokyo grimpant de presque 4%, et le Kospi à Séoul flambant de plus de 7%.

- Terminal pétrolier menacé -

Jeudi, Donald Trump avait promis de frapper "très fort" l'Iran dans la soirée, menaçant notamment de "prendre l'île de Kharg", son principal terminal pétrolier.

Mais "prenant acte du fait que les discussions avec la République islamique d'Iran ont été vues et approuvées par les plus hautes autorités iraniennes", il a annoncé plus tard avoir "annulé les frappes et les bombardements qui étaient prévus contre l'Iran", sur son réseau Truth Social.

Mardi, Donald Trump avait déjà promis un accord imminent avec l'Iran, pour la 38e fois depuis le début du conflit, selon un décompte de CNN.

L'Egypte a appelé Washington et Téhéran à saisir "l'opportunité" d'un accord pour mettre fin à la guerre, après l'annulation des frappes sur l'Iran, dans un communiqué publié tard jeudi.

Le cessez-le-feu au Moyen-Orient, entré en vigueur le 8 avril, a globalement été respecté jusqu'au week-end dernier, mais cette semaine a été marquée par une reprise marquée des hostilités, plus de trois mois après le début du conflit.

L'armée américaine a indiqué avoir ciblé dans la nuit de mercredi à jeudi "des installations de surveillance militaire, des systèmes de communication et des sites de défense aérienne iraniens à travers tout le pays".

L'Iran a riposté en tirant une vingtaine de missiles vers une base américaine à Azraq en Jordanie - tous interceptés - et a à nouveau ciblé les monarchies du Golfe avec des drones. A Bahreïn, une enfant a été blessée par des débris.

- Ormuz fermé -

Le détroit d'Ormuz, par lequel passait avant la guerre un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, a concentré les tensions: l'autorité maritime iranienne a annoncé le fermer totalement "jusqu'à nouvel ordre", alors que le passage d'une vingtaine de navires par jour était jusque-là autorisé.

L'Iran le verrouille depuis le début du conflit le 28 février, les Etats-Unis imposant en retour un blocus des ports iraniens.

Le conflit avait repris dimanche quand l'Iran a lancé des missiles sur Israël, pour la première fois depuis le début de la fragile trêve, en représailles à des frappes israéliennes sur Beyrouth.

Téhéran, parrain du Hezbollah libanais, insiste pour que tout accord pour mettre fin à la guerre au Moyen-Orient inclue le Liban, dont Washington voudrait traiter le sort à part.

Israël avait riposté aux missiles iraniens, avant que les deux ennemis n'annoncent suspendre les hostilités, comme réclamé par Donald Trump.

Dix membres du personnel d'un hôpital de la ville de Tyr, dans le sud du Liban, ont été blessés dans un bombardement israélien jeudi, a indiqué à l'AFP le directeur de l'établissement.

Le Liban a été entraîné dans la guerre le 2 mars, quand le Hezbollah a visé le territoire israélien en soutien à l'Iran. Depuis, Israël pilonne le pays voisin, disant vouloir "éliminer" le mouvement chiite.

Les opérations israéliennes ont tué plus de 3.700 personnes, principalement dans le sud du pays où son armée occupe désormais une partie du territoire.