Frankly Speaking: Quels sont les défis auxquels doit faire face le nouveau Premier ministre pakistanais?

Le Dr Ali Awadh Asseri, ancien ambassadeur de l’Arabie saoudite auprès du Liban et du Pakistan, s’adresse à l’animatrice de l’émission d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, Katie Jensen. (Photo AN)
Le Dr Ali Awadh Asseri, ancien ambassadeur de l’Arabie saoudite auprès du Liban et du Pakistan, s’adresse à l’animatrice de l’émission d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, Katie Jensen. (Photo AN)
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Publié le Lundi 11 mars 2024

Frankly Speaking: Quels sont les défis auxquels doit faire face le nouveau Premier ministre pakistanais?

  • M. Sharif a été élu Premier ministre du Pakistan pour la deuxième fois le 3 mars, après avoir obtenu deux cent une voix au Parlement nouvellement formé
  • Les élections ont eu lieu le mois dernier dans un contexte d’inflation galopante, de chômage élevé, de pénurie d’énergie et de hausse du coût des produits de première nécessité

DUBAÏ: Un diplomate saoudien chevronné et observateur attentif de la politique pakistanaise se dit «très optimiste» quant à l’avenir du pays sous la direction de Shehbaz Sharif, le nouveau Premier ministre. 

Invité de l’émission hebdomadaire d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, le Dr Ali Awadh Asseri espère également que le résultat des élections de 2024 renforcera les relations déjà solides entre le Pakistan et l’Arabie saoudite. 

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Le Dr Ali Awadh Asseri, ancien ambassadeur de l’Arabie saoudite auprès du Liban et du Pakistan, s’adresse à l’animatrice de l’émission d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, Katie Jensen. (Photo AN) 

M. Sharif a été élu Premier ministre du Pakistan pour la deuxième fois le 3 mars, après avoir obtenu deux cent une voix au Parlement nouvellement formé. Les élections ont eu lieu le mois dernier dans un contexte d’inflation galopante, de chômage élevé, de pénurie d’énergie et de hausse du coût des produits de première nécessité. 

«Shehbaz Sharif est une personne très expérimentée. Il a été ministre en chef du Pendjab, la plus grande province du Pakistan. Il est doté d’une solide expérience et il semble s’être entouré, jusqu’à présent, d’une très bonne équipe professionnelle», soutient le Dr Asseri, qui a été ambassadeur d’Arabie saoudite auprès du Pakistan de 2001 à 2009. 

Guider le Pakistan à travers ses difficultés économiques ne sera pas une tâche facile. Le pays croule sous le poids de dettes extérieures et intérieures qui s’élèvent à plus de 270 milliards de dollars (1 dollar = 0,92 euro), selon un rapport de février du groupe de réflexion Tabadlab, basé à Islamabad. 

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Shehbaz Sharif, nouveau Premier ministre pakistanais et chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), a occupé le poste de ministre en chef du Pendjab, la plus grande province du pays. (AFP) 

Une série d'inondations en 2022, dont la Banque mondiale estime qu'elles ont causé plus de 30 milliards de dollars de dégâts et de pertes économiques, est venue aggraver les difficultés du Pakistan. Le pays ne s'en est pas encore remis. 

Le Dr Ali Awadh Asseri considère M. Sharif comme l’homme politique le plus à même de diriger le Pakistan dans ces circonstances grâce à «son expérience, son patriotisme, sa loyauté envers son pays et son acceptation par la plupart des gens». 

«La personnalité de Shehbaz Sharif et sa loyauté envers son pays sont des éléments qui m’incitent à faire preuve d’optimisme et à espérer que ses qualités porteront leurs fruits», déclare-t-il à Katie Jensen, l’animatrice de Frankly Speaking

Il poursuit: «Nous espérons que le Pakistan se relèvera et saura gérer son économie. Tel était, me semble-t-il, le slogan lors des élections.» 

M. Sharif a ordonné l’ouverture immédiate de négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) concernant un programme de facilité de financement élargi qui fournirait une aide financière et une période de remboursement plus longue. 

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Des vendeurs ambulants proposent des collations le long de la promenade de Karachi, au Pakistan, le 3 février 2024. Le Pakistan croule sous le poids de dettes extérieures et intérieures qui s’élèvent à plus de 270 milliards de dollars. (AFP) 

Le FMI a accordé vingt-deux prêts au Pakistan depuis la création du pays, ce qui a permis d’éviter les défauts de remboursement des prêts et d’obtenir un accord de confirmation à 3 milliards de dollars du fonds l’année dernière. 

«Je pense que le Pakistan bénéficiera de l’aide du FMI. Le gouvernement est digne de confiance et professionnel, donc je crois que leurs négociations avec le FMI ne seront pas aussi difficiles que dans le passé sans gouvernement», précise le Dr Asseri. 

«Ils sont expérimentés et ils savent quoi faire... je constate de grands progrès dans la sélection des ministres. La pertinence est très importante lorsque vous nommez un ministre à ce poste. Espérons que tout ira pour le mieux.» 

Le Dr Ali Awadh Asseri souligne la nécessité pour Shehbaz Sharif d’adopter une approche multidimensionnelle de la reprise économique, avec une exploitation accrue des ressources, l’industrialisation et le développement d’un commerce et d’investissements internationaux forts. 

«Il y a beaucoup de ressources au Pakistan qui n’ont pas du tout été exploitées (l’industrie manufacturière, à titre d’exemple). L’une des meilleures villes industrielles que j’ai pu observer est Sialkot où sont produits les ballons de la Fifa», indique le Dr Asseri. 

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La fabrication d’armes est considérée comme l’un des points forts de l’économie pakistanaise. (AFP) 

«Ils ont des produits. Ils fabriquent du matériel chirurgical. Donc, s’ils pouvaient se concentrer sur ces éléments et les améliorer, puis attirer des investissements, qu’ils proviennent d’Arabie saoudite ou des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), cela serait très bénéfique.» 

La réélection de M. Sharif intervient après des années de troubles politiques, qui ont commencé en 2022, lorsque Imran Khan a été démis de ses fonctions et emprisonné pour corruption. Cette année-là, la Ligue musulmane du Pakistan – dirigée par Nawaz Sharif, ancien Premier ministre – s’est associée au Parti du peuple pakistanais pour évincer M. Khan de son poste de Premier ministre et installer Shehbaz Sharif comme son successeur. 

Imran Khan et ses partisans affirment que le mandat du peuple a été volé lors des élections du 8 février. Les candidats soutenus par de dernier ont obtenu des résultats remarquables, remportant quatre-vingt-treize sièges, même s’il a fait l’objet de nombreuses accusations criminelles et qu’il a été interdit de tout mandat dans la fonction publique. 

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Des partisans du parti Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) brandissent des portraits de l’ancien Premier ministre pakistanais, Imran Khan, alors qu’ils protestent au sujet des allégations de fraude lors des élections nationales au Pakistan, à Peshawar, le 10 mars 2024. (AFP) 

Interrogé sur l'équité et la transparence des élections, le Dr Ali Awadh Asseri répond: «J’ai passé neuf ans au Pakistan et, lors de chaque élection, l’opposition avait le même slogan. La question qui se pose est la suivante: qui va aider le Pakistan?» 

«Certes, l’opposition trouvera toujours à redire à propos du gouvernement, qu’il s’agisse d’Imran Khan ou de tous les autres.» 

Le Dr Asseri estime que la lutte contre la corruption et l’instauration d’une bonne gouvernance sont nécessaires pour restaurer la confiance du peuple pakistanais dans ses dirigeants et ses responsables. 

Une enquête Gallup, menée le mois dernier, révèle que près de 70% des Pakistanais se méfient des élections de leur pays, 88% de la population estimant que la corruption est répandue au Pakistan. 

«Je pense que, dans le passé, la gouvernance n’était pas aussi bonne et professionnelle qu’elle aurait dû l’être», précise-t-il. 

«Le peuple pakistanais sait exactement ce qui peut l’aider à redresser son économie. Sa monnaie a perdu beaucoup de valeur au cours des trois ou quatre dernières années. La réponse à ces problèmes passe par une bonne gouvernance et l’évolution dont nous sommes aujourd’hui témoins me rend très optimiste.» 

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Les réserves de change désespérément faibles du Pakistan ont été renforcées, en juillet 2023, grâce à un dépôt de 2 milliards de dollars de l’Arabie saoudite, avant une réunion décisive du FMI pour approuver un accord de secours. (AFP) 

Le Dr Ali Awadh Asseri espère également que le résultat des élections renforcera encore plus la relation entre le Pakistan et l’Arabie saoudite – une relation auparavant consolidée et continuellement alimentée par une foi commune. 

«Avec le Pakistan, le fondement de la relation est la force de notre foi. Les Pakistanais forment, par ailleurs, une société musulmane très conservatrice», souligne-t-il. 

Le Dr Asseri se souvient d’une époque où l’un des imams de la Grande Mosquée de La Mecque était en visite au Pakistan. «Cinq cent mille personnes priaient derrière lui, même à l’extérieur de la mosquée d’Islamabad», rapporte-t-il. «Cela reflétait sans doute leur amour et leur affection envers les Lieux saints et l’Arabie saoudite.» 

Il poursuit: «L’Arabie saoudite et le Pakistan entretiennent vraiment d’excellentes relations, depuis 1943, avant même que le Pakistan ne devienne le Pakistan. Le roi Abdelaziz et ses fils se sont rendus à Karachi lorsqu’ils ont subi des inondations pour aider le Pakistan. Avec chaque nouveau dirigeant, leur relation se développe: c’est une relation de peuple à peuple.» 

Lors des inondations dévastatrices de 2022, le Centre d’aide humanitaire et de secours du roi Salmane d’Arabie saoudite a envoyé de grandes quantités d’aide par voie aérienne vers les régions les plus touchées du Pakistan. 

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Dix vols saoudiens chargés de divers biens de secours ont acheminé l’aide et les colis ont été remis à l’Autorité nationale de gestion des catastrophes. (Agence de presse saoudienne) 

Alors que les fortes pluies de cette semaine provoquent des inondations catastrophiques dans le sud-ouest du Pakistan, le centre a une fois de plus organisé des livraisons d’aide humanitaire – 873 tonnes, dont neuf mille colis alimentaires et neuf mille kits d’abris – pour secourir plus de soixante-trois mille personnes victimes des inondations. 

«L’Arabie saoudite n’a jamais laissé tomber le Pakistan en cette période difficile», déclare le Dr Ali Awadh Asseri, soulignant que le prince héritier, Mohammed ben Salmane, s’était rendu au Pakistan à plusieurs reprises «parce qu’il est conscient de l’importance du Pakistan et de notre relation avec le pays». 

À l’avenir, les relations saoudo-pakistanaises pourraient apporter de grands avantages économiques aux deux pays, affirme-t-il. 

Faisant référence au fonds souverain d’Arabie saoudite, il déclare: «Nous avons le Fonds public d’investissement (PIF). Il pourrait investir dans de grandes usines au Pakistan et les moderniser en vue d’une plus grande production.» 

«De nombreux domaines peuvent être exploités avec l’aide des dirigeants dynamiques d’Arabie saoudite et notre stratégie économique. Je pense que nous pouvons aider davantage le Pakistan et qu’il s’aidera aussi.» 

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Des ouvriers moulent des tiges d’acier en fusion dans une aciérie d’Islamabad le 9 février 2023. Le 9 février, le gouvernement pakistanais restait engagé dans des négociations cruciales avec le FMI pour le déblocage d’un plan de sauvetage financier le dernier jour prévu de la visite du prêteur mondial. (AFP) 

Lorsqu’on lui demande quels conseils il donnerait à M. Sharif du point de vue saoudien, le Dr Asseri joue la carte de la franchise: «Examinez l’économie pour trouver la corruption. Essayez de moderniser les villes industrielles, car elles disposent de très bons matériaux. Attirez les investissements. L’économie est la réponse pour aider les Pakistanais et le Pakistan.» 

Le Dr Ali Awadh Asseri s’attarde également sur l’hostilité de longue date entre le Pakistan et son voisin, l’Inde. Il a déjà écrit sur les avantages potentiels de la coopération entre les deux pays. Aujourd’hui, souligne-t-il, de meilleures relations sont encore possibles. 

«Ce qu’il faut, c’est réduire les tensions entre les deux pays, car il y a des liens de parenté entre des familles au Pakistan et d’autres en Inde. Il faut améliorer l’accès et les déplacements entre le Pakistan et l’Inde, pour faciliter les accords commerciaux entre les deux pays.» 

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Les Rangers pakistanais (en noir) et les soldats de la Force de sécurité des frontières indiennes participent à la cérémonie «Battre en retraite» au poste-frontière pakistano-indien de Wagah. Ali Awadh Asseri, ancien envoyé saoudien à Islamabad, affirme que le Pakistan et l’Inde pourraient mutuellement bénéficier d’un apaisement des tensions et d’une coopération accrue. (AFP) 

«Nous espérons que cela conduira à une discussion très constructive entre les deux pays et, à terme, à la paix et à la stabilité.» 

Le Dr Asseri ne doute pas que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) puissent jouer un rôle central dans la médiation entre le Pakistan et l’Inde. 

L’Arabie saoudite et les EAU «entretiennent de très bonnes relations avec les deux pays, l’Inde et le Pakistan», ajoute-t-il. 

«C’est tout un processus qui ne peut pas vraiment se faire en peu de temps. Le processus aboutit finalement à un bon compromis, à une bonne solution entre les deux pays.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 

 


L'armée iranienne prévient qu'elle «ouvrira de nouveaux fronts» en cas de nouvelle attaque américaine

Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
Donald Trump a annoncé lundi avoir renoncé à une attaque contre l'Iran prévue mardi, cela en réponse à une demande de dirigeants de pays du Golfe, et a affirmé que des "négociations sérieuses" avaient lieu. (AFP)
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  • Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour le commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens
  • La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale, faisant flamber les cours du pétrole

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi dans un communiqué qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre l'Iran, interrompues depuis l'entrée en vigueur d'un cessez-le-feu le 8 avril.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a déclaré le porte-parole de l'armée Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Lundi, le président américain Donald Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant ce lundi et un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une nouvelle offensive à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord mais les positions des deux parties restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique et à mettre fin durablement à la guerre au Moyen-Orient.

Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations avec Téhéran, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé" avec Téhéran.

Le chef du commandement des forces armées iraniennes, Ali Abdollahi, avait répondu en mettant en garde "les Etats-Unis et leurs alliés" contre toute nouvelle "erreur stratégique et de calcul".

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a écrit Donald Trump sur son réseau.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" imposées par les Etats-Unis dans leur dernière offre.

Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Washington a également refusé de débloquer "ne serait-ce que 25%" des avoirs ou de verser des compensations pour les dommages subis par l'Iran pendant la guerre, selon la même source.


L'Iran met en garde contre toute nouvelle attaque américaine après les propos de Trump

 M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.  Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord. (AFP)
M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran. Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord. (AFP)
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  • "Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui"
  • Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des EAU

TEHERAN: L'armée iranienne a averti mardi qu'elle "ouvrira de nouveaux fronts" si les Etats-Unis reprennent leurs attaques contre la République islamique, après que le président Donald Trump a dit avoir suspendu une nouvelle offensive.

Dans le même temps, le Qatar a appelé mardi à donner "plus de temps" à la diplomatie pour tenter de trouver un règlement, au-delà du fragile cessez-le feu, à ce conflit qui a fait des milliers de morts et gravement perturbé l'économie mondiale.

La veille, M. Trump avait annoncé avoir annulé au dernier moment une nouvelle attaque contre l'Iran qui aurait dû avoir lieu mardi selon lui, tout en assurant qu'il existait de "très bonnes chances" de parvenir à un accord avec Téhéran.

Il n'avait jamais parlé de ce projet d'attaque avant de publier un message sur sa plateforme Truth Social dans lequel il a expliqué avoir renoncé à une reprise des hostilités à la demande des dirigeants du Qatar, d'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, qui, selon lui, jugent possible la conclusion d'un accord.

"Si l'ennemi commet la bêtise de tomber à nouveau dans le piège des sionistes et de commettre une nouvelle agression contre notre Iran bien-aimé, nous ouvrirons de nouveaux fronts contre lui", a répondu mardi le porte-parole de l'armée iranienne, Mohammad Akraminia, cité par l'agence de presse iranienne Isna.

Positions éloignées 

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril, après quasiment 40 jours de frappes lancées le 28 février par les Etats-Unis et Israël, des tractations sont en cours pour tenter de trouver un accord, mais les positions de Washington et Téhéran restent très éloignées, notamment sur le volet nucléaire.

Une seule session de discussions entre représentants américains et iraniens a eu lieu, le 11 avril à Islamabad, se soldant par un échec.

Lundi matin, la diplomatie iranienne avait déclaré avoir répondu à une nouvelle proposition des Etats-Unis visant à sortir de l'impasse diplomatique. Elle a réitéré ses exigences, réclamant en particulier le déblocage des avoirs iraniens gelés à l'étranger et la levée des sanctions internationales asphyxiant son économie.

Lundi, M. Trump avait estimé devant la presse qu'il avait "de très bonnes chances" de s'entendre avec l'Iran, disant observer une évolution "très positive" des tractations, mais sans fournir aucun détail sur leur contenu.

Il avait toutefois assuré que les Etats-Unis se tenaient prêts à lancer une "attaque totale et à grande échelle contre l'Iran à tout moment, si un accord acceptable n'était pas trouvé".

Pétrole en repli 

L'accord en question doit assurer que l'Iran ne se dote pas de l'arme nucléaire, a prévenu le président américain.

Des médias iraniens avaient déjà dénoncé les "conditions excessives" formulées par les Etats-Unis dans leur dernière offre. Selon l'agence Fars, Washington exige que l'Iran ne maintienne qu'un seul site nucléaire en activité et transfère son stock d'uranium hautement enrichi aux Etats-Unis.

Mardi, le Qatar a affirmé que les négociations entre les Etats-Unis et l'Iran avaient besoin de "plus de temps" pour aboutir.

"Nous soutenons les efforts diplomatiques menés par le Pakistan (...) pour rapprocher les parties et trouver une solution, et nous pensons qu'ils nécessitent plus de temps", a affirmé le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed al-Ansari, lors d'une conférence de presse à Doha.

"Nous voulons protéger les populations de la région, qui seraient les principales perdantes" en cas d'escalade, a-t-il ajouté.

Dans le Golfe, Téhéran continue de contrôler le détroit d'Ormuz, stratégique pour les commerce mondial d'hydrocarbures, tandis que l'armée américaine poursuit le blocus des ports iraniens.

La quasi-paralysie du détroit a secoué l'économie mondiale et fait flamber les cours du pétrole. Toujours à un niveau élevé, ceux-ci se sont toutefois calmés mardi, les marchés préférant retenir les déclarations optimistes de M. Trump: vers 09H40 GMT (11H40 à Paris), le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en juillet, perdait 1,55% à 110,36 dollars.

 


Cuba prévient d'un «bain de sang» en cas d'attaque américaine, nouvelles sanctions de Washington

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel. (AFP)
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  • Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île
  • Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités

LA HAVANE: Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, a averti lundi qu'une attaque américaine contre l'île provoquerait "un bain de sang", tandis que Washington a annoncé avoir sanctionné le renseignement cubain et une dizaine de hauts responsables de l'île communiste.

Miguel Diaz-Canel a aussi souligné le droit "légitime" de son pays à riposter à une éventuelle agression des Etats-Unis, sur fond de fortes tensions entre La Havane et Washington.

Cuba a acquis plus de 300 drones militaires et évalue de possibles scénarios de leur utilisation près de la base américaine de Guantanamo, dans l'est de l'île, a affirmé dimanche le média américain Axios, en citant des renseignements classifiés.

Selon Axios, ces informations ont suscité des inquiétudes à Washington, où des responsables mettent en garde contre une "menace croissante" du fait de la proximité de ces capacités.

Le dirigeant cubain a réaffirmé que son pays "ne représent(ait) pas une menace et n'a(vait) ni plans ni intentions agressives" envers d'autres nations.

La Havane accuse Washington de préparer le terrain politique en vue d'une intervention militaire contre l'île, qui, si elle se matérialisait, "provoquerait un bain de sang aux conséquences incalculables", a dénoncé sur X M. Diaz-Canel.

Sans directement évoquer la détention présumée de drones par son pays, le chef de l'Etat a revendiqué "le droit absolu et légitime de se défendre face à une offensive militaire".

Dans le même temps, le ministère américain des Finances a annoncé lundi avoir ajouté le principal service de renseignement cubain, la Direccion de Inteligencia, ainsi qu'une dizaine de hauts responsables du pays à sa liste des entités et personnes sous sanction.

Le Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) a précisé que le président de l'Assemblée nationale cubaine et du Conseil d'Etat, Estaban Lazo, ainsi que trois ministres, de la Justice, de l'Energie et des Communications, sont visés.

Quatre généraux cubains, dont le chef du contre-espionnage militaire, Jose Miguel Gomez del Vallin, également député, font aussi partie des nouvelles personnes inscrites sur la liste.

Une inscription à la liste de l'OFAC interdit à toute personne ou entreprise américaine, ou ayant une filiale aux Etats-Unis, de commercer ou faire des affaires avec les personnes ou entreprises sanctionnées.

Cela s'applique également aux entreprises ou citoyens étrangers dès lors que les échanges sont réalisés en dollar. Elle entraîne par ailleurs le gel de l'ensemble des avoirs détenus directement ou indirectement aux Etats-Unis.

Aide mexicaine 

Outre l'embargo américain en vigueur depuis 1962, Washington - qui ne cache pas son souhait de voir un changement de régime à La Havane - impose à l'île depuis janvier un blocus pétrolier total, ayant autorisé l'arrivée d'un seul pétrolier russe.

Début mai, M. Trump a aussi approuvé un nouveau paquet de sanctions contre l'île.

Près de quatre mois après la mise en place du blocus, la situation économique et énergétique de l'île s'est fortement dégradée.

La semaine dernière, le gouvernement a reconnu qu'il n'avait plus de diesel ni de fioul pour alimenter les groupes électrogènes qui complètent la production électrique des sept centrales thermoélectriques du pays.

Cette situation a encore aggravé les délestages électriques, avec des coupures qui peuvent dépasser la vingtaine d'heures par jour dans la capitale et durer des journées entières en province.

Ces interminables coupures ont provoqué des manifestations de mécontentement dans plusieurs quartiers de La Havane.

Dans ce contexte particulièrement tendu, une nouvelle cargaison d'aide humanitaire en provenance du Mexique est arrivée lundi à Cuba. Il s'agit du cinquième envoi d'aide humanitaire par Mexico depuis février.

La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, avait annoncé cet envoi la semaine dernière, en précisant que le chargement ne comprenait pas de pétrole.

Le président Donald Trump considère que l'île communiste, située à 150 kilomètres des côtes de la Floride, constitue "une menace exceptionnelle" pour la sécurité nationale des Etats-Unis. Il a multiplié les menaces de "prendre le contrôle" de Cuba et a même évoqué l'envoi d'un porte-avions.

Dans ce contexte, le directeur de la CIA, John Ratcliffe, s'est rendu jeudi à La Havane pour une rencontre exceptionnelle avec de hauts responsables cubains, alors que les deux pays poursuivent leurs discussions, à l'un des moments les plus tendus de leurs relations bilatérales.