Frankly Speaking: Quels sont les défis auxquels doit faire face le nouveau Premier ministre pakistanais?

Le Dr Ali Awadh Asseri, ancien ambassadeur de l’Arabie saoudite auprès du Liban et du Pakistan, s’adresse à l’animatrice de l’émission d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, Katie Jensen. (Photo AN)
Le Dr Ali Awadh Asseri, ancien ambassadeur de l’Arabie saoudite auprès du Liban et du Pakistan, s’adresse à l’animatrice de l’émission d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, Katie Jensen. (Photo AN)
Short Url
Publié le Lundi 11 mars 2024

Frankly Speaking: Quels sont les défis auxquels doit faire face le nouveau Premier ministre pakistanais?

  • M. Sharif a été élu Premier ministre du Pakistan pour la deuxième fois le 3 mars, après avoir obtenu deux cent une voix au Parlement nouvellement formé
  • Les élections ont eu lieu le mois dernier dans un contexte d’inflation galopante, de chômage élevé, de pénurie d’énergie et de hausse du coût des produits de première nécessité

DUBAÏ: Un diplomate saoudien chevronné et observateur attentif de la politique pakistanaise se dit «très optimiste» quant à l’avenir du pays sous la direction de Shehbaz Sharif, le nouveau Premier ministre. 

Invité de l’émission hebdomadaire d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, le Dr Ali Awadh Asseri espère également que le résultat des élections de 2024 renforcera les relations déjà solides entre le Pakistan et l’Arabie saoudite. 

img 1
Le Dr Ali Awadh Asseri, ancien ambassadeur de l’Arabie saoudite auprès du Liban et du Pakistan, s’adresse à l’animatrice de l’émission d’actualités Frankly Speaking d’Arab News, Katie Jensen. (Photo AN) 

M. Sharif a été élu Premier ministre du Pakistan pour la deuxième fois le 3 mars, après avoir obtenu deux cent une voix au Parlement nouvellement formé. Les élections ont eu lieu le mois dernier dans un contexte d’inflation galopante, de chômage élevé, de pénurie d’énergie et de hausse du coût des produits de première nécessité. 

«Shehbaz Sharif est une personne très expérimentée. Il a été ministre en chef du Pendjab, la plus grande province du Pakistan. Il est doté d’une solide expérience et il semble s’être entouré, jusqu’à présent, d’une très bonne équipe professionnelle», soutient le Dr Asseri, qui a été ambassadeur d’Arabie saoudite auprès du Pakistan de 2001 à 2009. 

Guider le Pakistan à travers ses difficultés économiques ne sera pas une tâche facile. Le pays croule sous le poids de dettes extérieures et intérieures qui s’élèvent à plus de 270 milliards de dollars (1 dollar = 0,92 euro), selon un rapport de février du groupe de réflexion Tabadlab, basé à Islamabad. 

img 1
Shehbaz Sharif, nouveau Premier ministre pakistanais et chef de la Ligue musulmane du Pakistan (PML-N), a occupé le poste de ministre en chef du Pendjab, la plus grande province du pays. (AFP) 

Une série d'inondations en 2022, dont la Banque mondiale estime qu'elles ont causé plus de 30 milliards de dollars de dégâts et de pertes économiques, est venue aggraver les difficultés du Pakistan. Le pays ne s'en est pas encore remis. 

Le Dr Ali Awadh Asseri considère M. Sharif comme l’homme politique le plus à même de diriger le Pakistan dans ces circonstances grâce à «son expérience, son patriotisme, sa loyauté envers son pays et son acceptation par la plupart des gens». 

«La personnalité de Shehbaz Sharif et sa loyauté envers son pays sont des éléments qui m’incitent à faire preuve d’optimisme et à espérer que ses qualités porteront leurs fruits», déclare-t-il à Katie Jensen, l’animatrice de Frankly Speaking

Il poursuit: «Nous espérons que le Pakistan se relèvera et saura gérer son économie. Tel était, me semble-t-il, le slogan lors des élections.» 

M. Sharif a ordonné l’ouverture immédiate de négociations avec le Fonds monétaire international (FMI) concernant un programme de facilité de financement élargi qui fournirait une aide financière et une période de remboursement plus longue. 

img 1
Des vendeurs ambulants proposent des collations le long de la promenade de Karachi, au Pakistan, le 3 février 2024. Le Pakistan croule sous le poids de dettes extérieures et intérieures qui s’élèvent à plus de 270 milliards de dollars. (AFP) 

Le FMI a accordé vingt-deux prêts au Pakistan depuis la création du pays, ce qui a permis d’éviter les défauts de remboursement des prêts et d’obtenir un accord de confirmation à 3 milliards de dollars du fonds l’année dernière. 

«Je pense que le Pakistan bénéficiera de l’aide du FMI. Le gouvernement est digne de confiance et professionnel, donc je crois que leurs négociations avec le FMI ne seront pas aussi difficiles que dans le passé sans gouvernement», précise le Dr Asseri. 

«Ils sont expérimentés et ils savent quoi faire... je constate de grands progrès dans la sélection des ministres. La pertinence est très importante lorsque vous nommez un ministre à ce poste. Espérons que tout ira pour le mieux.» 

Le Dr Ali Awadh Asseri souligne la nécessité pour Shehbaz Sharif d’adopter une approche multidimensionnelle de la reprise économique, avec une exploitation accrue des ressources, l’industrialisation et le développement d’un commerce et d’investissements internationaux forts. 

«Il y a beaucoup de ressources au Pakistan qui n’ont pas du tout été exploitées (l’industrie manufacturière, à titre d’exemple). L’une des meilleures villes industrielles que j’ai pu observer est Sialkot où sont produits les ballons de la Fifa», indique le Dr Asseri. 

img 1
La fabrication d’armes est considérée comme l’un des points forts de l’économie pakistanaise. (AFP) 

«Ils ont des produits. Ils fabriquent du matériel chirurgical. Donc, s’ils pouvaient se concentrer sur ces éléments et les améliorer, puis attirer des investissements, qu’ils proviennent d’Arabie saoudite ou des pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), cela serait très bénéfique.» 

La réélection de M. Sharif intervient après des années de troubles politiques, qui ont commencé en 2022, lorsque Imran Khan a été démis de ses fonctions et emprisonné pour corruption. Cette année-là, la Ligue musulmane du Pakistan – dirigée par Nawaz Sharif, ancien Premier ministre – s’est associée au Parti du peuple pakistanais pour évincer M. Khan de son poste de Premier ministre et installer Shehbaz Sharif comme son successeur. 

Imran Khan et ses partisans affirment que le mandat du peuple a été volé lors des élections du 8 février. Les candidats soutenus par de dernier ont obtenu des résultats remarquables, remportant quatre-vingt-treize sièges, même s’il a fait l’objet de nombreuses accusations criminelles et qu’il a été interdit de tout mandat dans la fonction publique. 

img 1
Des partisans du parti Pakistan Tehreek-e-Insaf (PTI) brandissent des portraits de l’ancien Premier ministre pakistanais, Imran Khan, alors qu’ils protestent au sujet des allégations de fraude lors des élections nationales au Pakistan, à Peshawar, le 10 mars 2024. (AFP) 

Interrogé sur l'équité et la transparence des élections, le Dr Ali Awadh Asseri répond: «J’ai passé neuf ans au Pakistan et, lors de chaque élection, l’opposition avait le même slogan. La question qui se pose est la suivante: qui va aider le Pakistan?» 

«Certes, l’opposition trouvera toujours à redire à propos du gouvernement, qu’il s’agisse d’Imran Khan ou de tous les autres.» 

Le Dr Asseri estime que la lutte contre la corruption et l’instauration d’une bonne gouvernance sont nécessaires pour restaurer la confiance du peuple pakistanais dans ses dirigeants et ses responsables. 

Une enquête Gallup, menée le mois dernier, révèle que près de 70% des Pakistanais se méfient des élections de leur pays, 88% de la population estimant que la corruption est répandue au Pakistan. 

«Je pense que, dans le passé, la gouvernance n’était pas aussi bonne et professionnelle qu’elle aurait dû l’être», précise-t-il. 

«Le peuple pakistanais sait exactement ce qui peut l’aider à redresser son économie. Sa monnaie a perdu beaucoup de valeur au cours des trois ou quatre dernières années. La réponse à ces problèmes passe par une bonne gouvernance et l’évolution dont nous sommes aujourd’hui témoins me rend très optimiste.» 

img 1
Les réserves de change désespérément faibles du Pakistan ont été renforcées, en juillet 2023, grâce à un dépôt de 2 milliards de dollars de l’Arabie saoudite, avant une réunion décisive du FMI pour approuver un accord de secours. (AFP) 

Le Dr Ali Awadh Asseri espère également que le résultat des élections renforcera encore plus la relation entre le Pakistan et l’Arabie saoudite – une relation auparavant consolidée et continuellement alimentée par une foi commune. 

«Avec le Pakistan, le fondement de la relation est la force de notre foi. Les Pakistanais forment, par ailleurs, une société musulmane très conservatrice», souligne-t-il. 

Le Dr Asseri se souvient d’une époque où l’un des imams de la Grande Mosquée de La Mecque était en visite au Pakistan. «Cinq cent mille personnes priaient derrière lui, même à l’extérieur de la mosquée d’Islamabad», rapporte-t-il. «Cela reflétait sans doute leur amour et leur affection envers les Lieux saints et l’Arabie saoudite.» 

Il poursuit: «L’Arabie saoudite et le Pakistan entretiennent vraiment d’excellentes relations, depuis 1943, avant même que le Pakistan ne devienne le Pakistan. Le roi Abdelaziz et ses fils se sont rendus à Karachi lorsqu’ils ont subi des inondations pour aider le Pakistan. Avec chaque nouveau dirigeant, leur relation se développe: c’est une relation de peuple à peuple.» 

Lors des inondations dévastatrices de 2022, le Centre d’aide humanitaire et de secours du roi Salmane d’Arabie saoudite a envoyé de grandes quantités d’aide par voie aérienne vers les régions les plus touchées du Pakistan. 

img 1
Dix vols saoudiens chargés de divers biens de secours ont acheminé l’aide et les colis ont été remis à l’Autorité nationale de gestion des catastrophes. (Agence de presse saoudienne) 

Alors que les fortes pluies de cette semaine provoquent des inondations catastrophiques dans le sud-ouest du Pakistan, le centre a une fois de plus organisé des livraisons d’aide humanitaire – 873 tonnes, dont neuf mille colis alimentaires et neuf mille kits d’abris – pour secourir plus de soixante-trois mille personnes victimes des inondations. 

«L’Arabie saoudite n’a jamais laissé tomber le Pakistan en cette période difficile», déclare le Dr Ali Awadh Asseri, soulignant que le prince héritier, Mohammed ben Salmane, s’était rendu au Pakistan à plusieurs reprises «parce qu’il est conscient de l’importance du Pakistan et de notre relation avec le pays». 

À l’avenir, les relations saoudo-pakistanaises pourraient apporter de grands avantages économiques aux deux pays, affirme-t-il. 

Faisant référence au fonds souverain d’Arabie saoudite, il déclare: «Nous avons le Fonds public d’investissement (PIF). Il pourrait investir dans de grandes usines au Pakistan et les moderniser en vue d’une plus grande production.» 

«De nombreux domaines peuvent être exploités avec l’aide des dirigeants dynamiques d’Arabie saoudite et notre stratégie économique. Je pense que nous pouvons aider davantage le Pakistan et qu’il s’aidera aussi.» 

img 1
Des ouvriers moulent des tiges d’acier en fusion dans une aciérie d’Islamabad le 9 février 2023. Le 9 février, le gouvernement pakistanais restait engagé dans des négociations cruciales avec le FMI pour le déblocage d’un plan de sauvetage financier le dernier jour prévu de la visite du prêteur mondial. (AFP) 

Lorsqu’on lui demande quels conseils il donnerait à M. Sharif du point de vue saoudien, le Dr Asseri joue la carte de la franchise: «Examinez l’économie pour trouver la corruption. Essayez de moderniser les villes industrielles, car elles disposent de très bons matériaux. Attirez les investissements. L’économie est la réponse pour aider les Pakistanais et le Pakistan.» 

Le Dr Ali Awadh Asseri s’attarde également sur l’hostilité de longue date entre le Pakistan et son voisin, l’Inde. Il a déjà écrit sur les avantages potentiels de la coopération entre les deux pays. Aujourd’hui, souligne-t-il, de meilleures relations sont encore possibles. 

«Ce qu’il faut, c’est réduire les tensions entre les deux pays, car il y a des liens de parenté entre des familles au Pakistan et d’autres en Inde. Il faut améliorer l’accès et les déplacements entre le Pakistan et l’Inde, pour faciliter les accords commerciaux entre les deux pays.» 

img 1
Les Rangers pakistanais (en noir) et les soldats de la Force de sécurité des frontières indiennes participent à la cérémonie «Battre en retraite» au poste-frontière pakistano-indien de Wagah. Ali Awadh Asseri, ancien envoyé saoudien à Islamabad, affirme que le Pakistan et l’Inde pourraient mutuellement bénéficier d’un apaisement des tensions et d’une coopération accrue. (AFP) 

«Nous espérons que cela conduira à une discussion très constructive entre les deux pays et, à terme, à la paix et à la stabilité.» 

Le Dr Asseri ne doute pas que l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis (EAU) puissent jouer un rôle central dans la médiation entre le Pakistan et l’Inde. 

L’Arabie saoudite et les EAU «entretiennent de très bonnes relations avec les deux pays, l’Inde et le Pakistan», ajoute-t-il. 

«C’est tout un processus qui ne peut pas vraiment se faire en peu de temps. Le processus aboutit finalement à un bon compromis, à une bonne solution entre les deux pays.» 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 

 


L'armée américaine annonce une nouvelle «vague de frappes» mercredi en Iran

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains. (AFP)
Short Url
  • L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines
  • Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi

WASHINGTON: L'armée américaine a annoncé avoir lancé une nouvelle "vague de frappes"  en Iran, à partir de 10H00 GMT mercredi.

"Ces frappes ont pour objectif de réduire encore les capacités militaires des forces iraniennes, utilisées pour attaquer la navigation commerciale dans le détroit d'Ormuz", a détaillé le commandement central américain sur son compte X.

La guerre entre Iran et Etats-Unis s'installe, Ormuz de nouveau paralysé

L'Iran, qui a reverrouillé le détroit d'Ormuz ce weekend, a promis qu'il resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines. Et les Etats-Unis ont rétabli mardi soir leur blocus des ports iraniens, avant de bombarder à nouveau les côtés iraniennes mercredi.

L'Iran a de son côté de nouveau ciblé les pays du Golfe et la Jordanie, minant toujours plus les efforts diplomatiques pour mettre un terme durable à la guerre déclenchée le 28 février par des bombardements israélo-américains.

Les affrontements avaient repris le 7 juillet après des attaques contre des navires dans le Golfe, imputées à l'Iran. Les frappes menées depuis sont sans précédent depuis le cessez-le-feu d'avril, mais Téhéran est pour l'heure épargnée, comme les installations pétrolières et gazières du Golfe.

Et Israël n'y participe pas pour l'instant.

"Tous les jours, je me réveille en me demandant si la situation va s'apaiser ou empirer", témoigne auprès de l'AFP Moustafa Mohammed, un comptable soudanais de 39 ans vivant au Koweït. "L'incertitude étreint tout le monde".

30 civils morts 

Mercredi, la ville portuaire de Bouchehr, où se trouve la seule centrale nucléaire d'Iran, a de nouveau été visée par les Etats-Unis, comme les environs de ville d'Iranshahr (sud-est). Sept militaires y ont été tués dans leur caserne, selon l'armée iranienne qui a recensé 13 tirs de missiles américains.

Téhéran avait déjà rapporté des bombardements la veille puis dans la nuit, notamment dans la région du détroit d'Ormuz - à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm -, et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

L'armée américaine a elle annoncé une nouvelle "vague de frappes" mercredi.

Plus de 30 civils sont morts depuis que la confrontation a repris, selon le gouvernement iranien.

En riposte, Téhéran a ciblé Bahreïn, le Koweït et la Jordanie. Les Gardiens de la Révolution ont notamment dit avoir visé des installations de la Cinquième flotte des Etats-Unis à Bahreïn, et le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine.

"Graves conséquences" 

Dans le détroit d'Ormuz, passage situé dans les eaux iraniennes et omanaises et par lequel transitait d'ordinaire 20% du brut et du gaz liquéfié (GNL) mondial, plusieurs pétroliers ont été attaqués ces derniers jours et le trafic s'est raréfié.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

Le baril de Brent, référence internationale, qui s'est envolé depuis la reprise des hostilités, progressait légèrement mercredi, se situant autour de 85 dollars.

Les Gardiens iraniens, qui ont affirmé que le détroit "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", ont aussi évoqué la possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés", sans détailler.

Avec la réimposition du blocus, le président américain entend lui faire pression sur Téhéran qui veut garder la main sur le détroit et n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée, Donald Trump avait assuré vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation.

Mais il a fait marche arrière mardi, évoquant plutôt "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

"Vraiment mal tourner" 

Le président américain a lancé un nouvel ultimatum aux Iraniens: soit ils reprennent les négociations, soit "la semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", a-t-il dit, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques.

Il avait envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).


Trump fait l'éloge d'un Premier ministre irakien en quête d'investissements

Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
Le président américain Donald Trump écoute le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi s'exprimer dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, à Washington, le 14 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Donald Trump a salué le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi, qui promet de désarmer les groupes armés pro-iraniens d'ici fin septembre et d'ouvrir davantage l'Irak aux investissements américains
  • Bagdad cherche à renforcer son partenariat avec Washington tout en préservant son équilibre diplomatique avec l'Iran, dans un contexte de fortes tensions régionales

WASHINGTON: Donald Trump a salué mardi le leadership du Premier ministre irakien Ali al-Zaidi qui a de son côté promis de désarmer les groupes pro-iraniens présents dans le pays et s'est dit prêt à accueillir les entreprises américaines.

Parlant d'une "formidable alchimie" entre eux, le président américain a jugé que le dirigeant irakien était "un champion".

"Il a remporté une élection que beaucoup de gens n'avaient pas prévue", a-t-il affirmé devant la presse dans le Bureau ovale au côté du dirigeant irakien, insistant sur le fait qu'il l'avait "endossé".

"C'est un grand combattant, et c'est un grand admirateur des Etats-Unis", a ajouté le président américain en rappelant que le pays disposait d'énormes réserves de pétrole.

La visite du Premier ministre irakien -- son premier déplacement à l'étranger depuis sa prise de fonction en avril -- intervient en pleine reprise des affrontements entre les deux grands alliés de l'Irak, l'Iran et les Etats-Unis, dont l'opposition de longue date a fait du pays un terrain d'affrontement par procuration.

Ali al-Zaidi est arrivé lundi aux Etats-Unis pour ce déplacement d'une semaine. Il doit rencontrer également des représentants de compagnies pétrolières et des élus.

L'ex-homme d'affaires, arrivé au pouvoir avec l'appui du président américain, s'est engagé à dynamiser la fragile économie de son pays, qui dépend fortement de ses exportations de pétrole.

Il est surtout sous pression pour désarmer les groupes armés irakiens pro-iraniens, accusés d'avoir mené des centaines d'attaques sur des infrastructures américaines en Irak pendant la guerre au Moyen-Orient, déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l'Iran fin février.

"Il s'agit de ma première visite aux Etats-Unis, non pas d'un simple voyage d'agrément, mais d'une déclaration de partenariat économique", a lancé pour sa part M. Zaidi.

"Le 30 septembre, les forces américaines se retireront et les entreprises américaines s'installeront" en Irak, a-t-il dit en soulignant que le gouvernement prendrait "le monopole sur les armes".

"Après le 30 septembre, les factions n'auront plus lieu d'être (..) et nous n'autoriserons aucune entité à porter des armes en dehors de l'Etat", a-t-il dit, condition indispensable selon lui pour attirer les investissements.

- "Maintenir l'équilibre" -

Son gouvernement a donné aux groupes armés, désignés comme organisations terroristes par les Etats-Unis, jusqu'au 30 septembre pour se désarmer, date coïncidant avec le retrait d'Irak de la coalition internationale dirigée par Washington pour combattre les jihadistes.

Si Bagdad a adopté récemment une position plus favorable aux Etats-Unis, cela ne "signifie pas que l'Irak tourne le dos à l'Iran", a souligné un haut responsable irakien à l'AFP, sous couvert d'anonymat.

L'Irak "doit maintenir l'équilibre en vigueur de longue date" entre ses alliés, a-t-il déclaré.

La semaine dernière, des villes saintes chiites irakiennes ont accueilli d'immenses cortèges à l'occasion des funérailles de l'ancien guide suprême iranien, Ali Khamenei, tué dans les frappes en Iran fin février.

En signe de soutien au dirigeant irakien, Washington a repris les envois de liquidités au titre des revenus pétroliers de l'Irak, gérés par la Réserve fédérale de New York depuis 2003, année de l'invasion américaine de l'Irak qui avait plongé le pays dans des années de violences.

Ces transferts de fonds avaient été suspendus plus tôt cette année pour accentuer la pression sur Bagdad afin qu'il désarme les groupes armés pro-iraniens.

Certains d'entre eux ont dit qu'ils coopéreraient avec le gouvernement irakien, mais d'autres refusent toujours de rendre les armes.

"Tant qu'il y a une guerre dans la région, ni eux ni l'Iran n'accepteront" le désarmement, a estimé le haut responsable irakien.

Ces groupes, dont la puissance politique et financière a augmenté au fil des années, demandent depuis longtemps le retrait des troupes américaines de la coalition antijihadiste, établie en 2014 pour lutter contre l'organisation Etat islamique.

- En quête d'investissements -

L'Irak tente de tourner la page de décennies de violences, mais souffre toujours d'infrastructures et de services publics défaillants et d'une corruption endémique.

"C'est un fardeau qu'il faut partager avec un partenaire stratégique. Le partenaire stratégique le plus important au monde, ce sont les Etats-Unis", a relevé M. Zaidi.

Ces derniers mois, l'Irak a conclu plusieurs accords avec des compagnies pétrolières américaines.

D'autres accords devraient être signés cette semaine à Washington, notamment l'un portant sur la création d'un fonds auquel l'Irak apportera 500.000 barils de pétrole par jour contre l'amélioration de son approvisionnement en électricité.

Pays fondateur de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), l'Irak dépend fortement de ses exportations de brut, qui représentent ordinairement 90% de ses recettes budgétaires et transitent en grande majorité par le détroit d'Ormuz, au coeur des hostilités actuelles.


Nouveaux échanges de frappes au Moyen-Orient, Washington reprend son blocus des ports iraniens

Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
Des navires sont amarrés le long d'un quai du terminal à conteneurs de Khor Fakkan, seul port naturel en eau profonde de la région et l'un des principaux ports à conteneurs de l'émirat de Charjah, sur le golfe d'Oman, le 14 juillet 2026. (AFP)
Short Url
  • Les États-Unis ont repris leurs frappes contre l'Iran et rétabli un blocus naval, tandis que Téhéran affirme maintenir la fermeture du détroit d'Ormuz jusqu'à la fin des attaques américaines
  • L'escalade militaire fragilise le cessez-le-feu et les efforts diplomatiques, avec des risques majeurs pour le commerce mondial de l'énergie et la sécurité régionale

TEHERAN: Les Etats-Unis ont lancé une nouvelle série de frappes contre l'Iran et réimposé un blocus de ses ports, Téhéran promettant mercredi que le détroit maritime d'Ormuz resterait fermé jusqu'à la fin des "agressions" américaines.

La reprise du blocus naval - effective depuis 20H00 GMT mardi - et l'intensification des bombardements minent les efforts diplomatiques pour rendre durable le protocole d'accord signé le 17 juin par les Etats-Unis et l'Iran, qui entérinait le cessez-le-feu conclu en avril.

L'armée américaine a achevé mardi soir "une nouvelle série de frappes" visant des "dizaines de cibles militaires" iraniennes, a déclaré le Commandement central américain (Centcom).

L'Iran, après avoir rapporté des bombardements tous azimuts sur son sol, a riposté mercredi en attaquant des installations américaines dans plusieurs pays du Golfe.

Les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique de la République islamique, ont également affirmé que le détroit d'Ormuz "resterait fermé jusqu'à ce que les Etats-Unis mettent fin à leurs actes d'agression", dans un communiqué diffusé par la télévision d'Etat iranienne.

Sans donner de détails, ils ont aussi évoqué une possible fermeture "d'autres voies d'exportation de pétrole et de gaz qui servent les intérêts des Etats-Unis et de leurs alliés".

Dans le détroit d'Ormuz et ses environs, où le trafic maritime s'est raréfié, plusieurs pétroliers ont été attaqués, faisant au moins deux morts et plusieurs blessés depuis lundi soir, selon l'Organisation maritime internationale.

Outre l'impact sur le commerce mondial d'hydrocarbures, l'ONU s'est alarmée mardi des "graves conséquences socio-économiques et humanitaires" du blocage de cette "voie de passage essentielle dont dépendent des millions de personnes" pour la nourriture, les médicaments et autres produits de première nécessité.

- Protocole "démantelé" -

Après la décision des Etats-Unis de réinstaurer un blocus naval du pays, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Kazem Gharibabadi, a estimé que Washington avait "démantelé" le protocole d'accord.

Donald Trump a, lui, renouvelé ses menaces à l'encontre de Téhéran.

"La semaine prochaine, ça va vraiment mal tourner pour eux", à moins qu'ils ne "s'assoient à la table des négociations", a-t-il déclaré sur Fox News, évoquant la possibilité de bombarder des ponts et des centrales électriques du pays.

Comme Téhéran, qui envisage de faire payer la traversée du détroit d'Ormuz, il avait assuré lundi vouloir prélever une redevance en échange de la protection de cette route maritime, au mépris du droit international et du principe de la liberté de navigation. Mais il a fait marche arrière mardi, remplaçant ce projet par "des accords de commerce et d'investissements" avec les monarchies du Golfe.

- Quatrième nuit de frappes -

Sur le terrain, l'Iran a rapporté tout au long de la journée, puis dans la nuit de mardi à mercredi, des bombardements sur son territoire notamment à Bandar Abbas et sur l'île de Qeshm - sur le détroit d'Ormuz - et dans la ville d'Ahvaz (sud-ouest).

Le Centcom américain a de son côté affirmé que des frappes avaient été menées "sur des sites de missiles et de drones iraniens, des capacités navales et des systèmes de défense côtière".

Il s'agit de la quatrième nuit de frappes américaines d'affilée. Donald Trump a envoyé la semaine dernière une notice officielle au Congrès pour signaler la reprise du conflit, déclenché le 28 février par des bombardements des Etats-Unis et d'Israël contre l'Iran.

Téhéran a, en retour, attaqué des installations américaines dans plusieurs monarchies du Golfe.

Le Koweït, touché mardi par des frappes iraniennes ayant blessé quatre militaires, a fait état dans la nuit de nouvelles attaques de drones. L'Iran a dit y avoir frappé le centre logistique de Mina Abdullah utilisé par l'armée américaine, selon les Gardiens iraniens.

A Bahreïn, où les sirènes d'alerte ont retenti, ces derniers ont affirmé avoir visé des installations de la marine américaine.

En Jordanie, l'armée a déclaré avoir abattu trois missiles lancés par l'Iran qui, selon la télévision d'Etat iranienne, y a mobilisé des drones contre des hangars sur la base Al-Azraq et contre une installation abritant des chasseurs F-18.

- "Pas un seul baril" -

Avec la réimposition du blocus naval, le président américain entend faire pression sur Téhéran, qui veut garder la main sur le détroit où il n'autorise qu'un seul couloir de navigation, le long de ses côtes.

Durant le précédent blocus, décidé en avril en représailles au verrouillage du détroit d'Ormuz par Téhéran, l'Iran n'avait pas pu exporter "un seul baril de pétrole", selon son négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf.

L'opération avait "joué un rôle déterminant dans la conclusion du protocole d'accord", selon l'Institut pour l'étude de la guerre (ISW).