Une catastrophe sanitaire exacerbe la crise humanitaire à Gaza

Des Palestiniens blessés attendant d'être soignés à l'hôpital Al-Shifa à Gaza, le 16 décembre 2023  (Photo, AFP).
Des Palestiniens blessés attendant d'être soignés à l'hôpital Al-Shifa à Gaza, le 16 décembre 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 12 mars 2024

Une catastrophe sanitaire exacerbe la crise humanitaire à Gaza

  • Des scènes apocalyptiques se déroulent dans les rares hôpitaux et cliniques encore en activité dans l'enclave
  • De nombreux médecins et infirmiers ont fui, ont été blessés ou tués lors des combats

DUBAÏ: Les enfants gisent en rangées sur les sols des hôpitaux et sur les trottoirs devant des cliniques bondées, attendant désespérément l'attention de médecins épuisés. Nombre d’entre eux sont recouverts de poussière, mêlée au sang et aux larmes, et leurs blessures non traitées risquent de s'infecter à mesure que le temps passe.

Dans le même temps, des hommes et des femmes recherchent frénétiquement leurs proches disparus ou implorent les médecins pour obtenir des soins médicaux, tandis que des mères bercent des nourrissons mourants. Avec la pénurie de matériel médical, nombre d’entre eux sont bandés avec des morceaux de tissu de fortune.

Privés d'antiseptiques et même d'eau propre, les médecins se voient contraints de pratiquer des opérations et des amputations sans disposer d’équipements stérilisés, ce qui entraîne des infections pour lesquelles il n'y a pas d'antibiotiques. Ces scènes infernales se déroulent dans les rares hôpitaux et cliniques en activité à travers la bande de Gaza, qui subit des mois de bombardements et de siège effectif depuis qu’Israël a lancé sa riposte à l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre.

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 Les enfants palestiniens souffrant de malnutrition reçoivent des soins dans un centre de santé à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 5 mars 2024. (AFP)

«Il y a encore des patients et des victimes qui doivent être opérés, mais qui ne peuvent pas l'être faute d’équipements, de médicaments anesthésiants, et de groupes électrogènes dans ces hôpitaux», déclare Hisham Mhanna, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) basé à Rafah, à Arab News.

«C'est un tel désastre, c'est une catastrophe

Cette situation tragique se produit alors que les médecins et les infirmières ont fui, ont été blessés ou même tués lors des bombardements. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), seuls 30% des professionnels de la santé de Gaza sont encore en activité, nombre d'entre eux étant au bord de l’épuisement.

«Ils sont confrontés aux victimes qui affluent aux urgences après les frappes aériennes», indique M. Mhanna. «Ils s'ajoutent aux centaines de milliers de patients et de groupes vulnérables, notamment les patients atteints de cancer, les personnes handicapées, les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies chroniques.»

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Une mère palestinienne réconforte ses enfants alors qu'ils attendent d’être pris en charge à l'hôpital dans la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 12 octobre 2023. (AFP)

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, près de 30 900 Palestiniens ont été tués, 70 500 ont été blessés et 7 000 sont portés disparus depuis le début des violences. Face à un tel carnage, le système de santé local est sous pression.

Le 18 février, l'OMS a déclaré que l'hôpital Nasser à Khan Younès, la plus grande ville du sud de Gaza, où les combats se poursuivent, n'était plus fonctionnel.

«L'hôpital européen de Gaza est le seul hôpital fonctionnel capable de fournir des services de santé avancés tels que les chirurgies, les soins intensifs et les radiographies», déclare Jessica Moussan, porte-parole du CICR basé à Dubaï, à Arab News.

«Il existe quelques autres hôpitaux partiellement fonctionnels qui ont reçu quelques équipements.»

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 Une photo des dégâts à l'hôpital Nasser et dans les environs à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 26 février 2024. (AFP)

À la fin du mois de janvier, le CICR a averti: «Gaza est sur le point de subir une paralysie médicale totale sans une action urgente pour préserver les services.»

Dans un communiqué, William Schomburg, chef du bureau du CICR à Gaza, indique: «Chaque hôpital de la bande de Gaza est surchargé et manque cruellement de fournitures médicales, de carburant, de nourriture et d'eau. De nombreux d’hôpitaux accueillent des milliers de familles déplacées. De plus, nous risquons de perdre deux autres installations à cause des combats. L'impact cumulatif sur le système de santé est dévastateur et des mesures urgentes doivent être prises.»

Quelques chiffres:

- 30 900: Le nombre de Palestiniens tués à Gaza depuis le 7 octobre, selon les autorités sanitaires locales.

- 1,3%: La proportion de la population de Gaza d’avant la guerre, soit 2,3 millions, tuée dans le conflit.

- 70 500: Le nombre de personnes enregistrées comme blessées, bien que le véritable chiffre soit probablement beaucoup plus élevé.

Seulement 9 des 36 établissements de santé de Gaza sont encore opérationnels, et nombreux sont ceux qui fonctionnent partiellement, tous étant surchargés bien au-delà de leur capacité initiale. La présence de familles déplacées campant dans les enceintes des hôpitaux, pensant y être en sécurité contre les bombardements israéliens, ne fait qu’aggraver la situation.

«Même les hôpitaux qui continuent de fonctionner luttent quotidiennement avec un affluximportant de victimes, sans compter la pression causée par les milliers de familles de déplacés internes qui se retrouvent dans les hôpitaux», souligne Hisham Mhanna.

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 Des Palestiniens courent se mettre à l’abri à proximité de dépouilles après une frappe aérienne israélienne près de l'hôpital Kamal Adwan à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 22 novembre 2023. (AFP)

Le déplacement massif de quelque 85% des 2,3 millions d'habitants de Gaza vers des camps de réfugiés surpeuplés a rendu la population, en particulier les jeunes enfants, très vulnérable aux maladies d'origine hydrique, mettant ainsi une pression supplémentaire sur les services de santé déjà sous tension.

Par ailleurs, la propagation de maladies causées en temps de guerre est en hausse, précise M. Mhanna.

«À certains moments, les égouts inondaient les hôpitaux. Il n'y a également aucune intimité, et les gens ne peuvent pas se permettre d'acheter de la nourriture.»

«Leur priorité est d’acheter de la nourriture plutôt que des articles d'hygiène, générant ainsi un environnement propice pour une crise de santé publique avec la propagation de maladies d'origine hydrique telles que le choléra. Nous avons aussi des cas d'hépatites, de varicelles et degrippes, en raison du froid qu’il fait ici.»

En outre, ceux qui souffrent de maladies chroniques telles que les maladies cardiaques, le diabète et le cancer, sont privés d’accès aux traitements et aux thérapies essentielles depuis le début de la crise, sans oublier ceux qui ont besoin de physiothérapie et de soutien en matière de santé mentale, qui sont confrontés aux mêmes difficultés.

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Des enfants blessés lors d'une frappe israélienne sont transportés en urgence à l'hôpital Al-Shifa à Gaza le 15 octobre 2023. (AFP)

Parmi les plus vulnérables, on compte les femmes enceintes et les nouveau-nés, qui n’ont pasaccès aux sages-femmes, aux chirurgiens et aux incubateurs, ainsi qu'aux analgésiques et aux antiseptiques, ce qui rend les complications encore plus probables.

Les critiques affirment que ces destructions massives sont la preuve que les attaques israéliennes sont disproportionnées et ne parviennent pas à limiter le nombre de victimes civiles. «Les hôpitaux, censés être des sanctuaires... se sont souvent transformés en pièges mortels», soulignele groupe de surveillance israélien Physicians for Human Rights dans un rapport publié en février.

Le gouvernement israélien affirme que son armée ne vise ni les civils ni les hôpitaux et accuse le Hamas de mener des opérations militaires et de lancer des roquettes depuis des zones résidentielles densément peuplées.

Les responsables israéliens ont également contesté les affirmations d'une crise alimentaire croissante à Gaza. Un responsable, récemment cité par Bloomberg, a déclaré «qu'il n'y a pas de pénurie de nourriture ou d'eau dans la bande de Gaza pour le moment», et «ce n'est tout simplement pas vrai que la famine menace».

Les organisations humanitaires affirment que les restrictions imposées par l'armée israélienne sur la quantité d'aide humanitaire autorisée à entrer à Gaza ont conduit à une malnutrition généralisée, rendant la tâche des médecins encore plus difficile faute de ressources suffisantes pour traiter cette situation.

Malgré les mises en garde répétées des agences d'aide concernant une famine imminente, plusieurs habitants de Gaza auraient succombé à la famine.

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Les organisations humanitaires affirment que les restrictions imposées par l'armée israélienne sur la quantité d'aide humanitaire autorisée à entrer à Gaza ont conduit à une malnutrition généralisée (AFP)

Dans le nord de Gaza, où près de 300 000 personnes seraient restées, quelque 16% des enfants de moins de deux ans souffraient de malnutrition aiguë en janvier, selon les données des Nations unies. L'organisation a signalé un taux de déclin nutritionnel «sans précédent» parmi les habitants de Gaza.

Les groupes d'aide opérant dans la zone affirment qu'il est devenu presque impossible de livrer des fournitures en raison des inspections et des formalités administratives imposées par l'armée israélienne, ainsi que des combats en cours et de l'effondrement total de l'ordre public.

Même lorsque l'aide parvient à être livrée, des foules de Palestiniens désespérés se ruent sur les convois avant que l'aide puisse être distribuée et rationnée aux plus vulnérables. Ces rassemblements ont entraîné des bousculades, causant davantage de décès et de blessures.

L'un de ces incidents, survenu le 29 février, au cours duquel plus de 100 Palestiniens qui s'étaient précipités sur un convoi d'aide ont été tués – nombre d'entre eux ayant apparemment été abattus par les forces israéliennes – a incité les États-Unis à larguer 38 000 rations alimentaires par avion dans l'enclave le 2 mars.

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Un homme pleure à l'hôpital Al-Shifa de Gaza, près des corps des Palestiniens tués lors d'un incident survenu tôt le matin, lorsque des résidents se sont précipités vers des camions d'aide, le 29 février 2024. (AFP)
 

Dans un communiqué publié lundi, le porte-parole du département d'État, Matthew Miller, a déclaré que les États-Unis s’efforçaient d’augmenter la livraison d'aide humanitaire aux civils de Gaza «par tous les moyens possibles», notamment en multipliant les largages aériens, car «la situation est tout simplement intolérable».

«Les gens ont désespérément besoin de nourriture et d'eau», déclare M. Miller. «Les parents sont confrontés à des choix impossibles quant à la manière de nourrir leurs enfants. Nombreux sont ceux qui ne savent pas d'où viendra le prochain repas, ou s'il viendra tout court.»

Bien que les largages aériens apportent une aide dont ils ont désespérément besoin, Hisham Mhanna a relevé que de nombreuses caisses parachutées atterrissaient dans des endroits dangereux où elles étaient souvent prises d'assaut par des foules désespérées, engendrant accidents, blessures et bagarres.

«Ces largages aériens sont notre dernier recours pour fournir de l'aide», précise-t-il. «Nous les avons vus atterrir sur les toits, dans les rues. Et dès qu’ils touchent le sol, les gens se précipitent pour être les premiers à atteindre l’aide, se battant parfois pour y accéder.»

«C'est pourquoi le cessez-le-feu est plus urgent que jamais. Nous avons besoin de ces espaces sûrs pour accéder à l'aide humanitaire.»

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L'ONU a déclaré que près de 16% des enfants de moins de deux ans dans le nord de Gaza souffrent de malnutrition aiguë, selon les données de janvier. (AFP)

Bien que l’instauration d’un cessez-le-feu soulagerait le fardeau des blessures supplémentaires et que l’acheminement d'une aide supplémentaire permettrait aux secouristes de sauver davantage de vies, la reconstruction du système de santé de Gaza prendra probablement des années.

En effet, même si le conflit devait prendre fin maintenant, 8 000 personnes de plus pourraient encore mourir au cours des six prochains mois en raison de la crise sanitaire, selon un rapport de la London School of Hygiene and Tropical Medicine et du Johns Hopkins Center for Humanitarian Health.

«Même en cas de cessez-le-feu, le système de santé et ses travailleurs ne pourront pas se rétablirrapidement», précise M. Mhanna. «Les travailleurs de la santé sont exsangues depuis des mois. Je ne vois pas comment ils pourraient répondre à des besoins aussi importants.»


« Le Hezbollah doit choisir entre le Liban et l’Iran », affirme Jean-Yves le Drian

Jean-Yves le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
Jean-Yves le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères. (Photo: Huda Bashatah, Arab News)
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  • Les frappes sur Beyrouth marquent une escalade majeure malgré une trêve censée s’appliquer à toute la région
  • Jean-Yves le Drian insiste sur une issue diplomatique, incluant la sécurité régionale et la libre circulation maritime dans le détroit d’Ormuz

DUBAÏ : Au lendemain de frappes israéliennes inédite sur Beyrouth, la communauté internationale s’inquiète d’une nouvelle phase d’escalade au Proche-Orient. En dix minutes, une centaine de frappes ont visé la capitale libanaise, sans avertissement, causant des centaines de morts et de blessés.

Pour Jean-Yves le Drian, Président exécutif de l’Agence française pour le Développement d’AlUla et envoyé personnel du Président de la République française pour le Liban, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, la violence de l’attaque marque un seuil critique, lors d’un entretien accordé à Arab News en français.

Il évoque « un carnage effrayant » et juge ces frappes « intolérable[s] », rappelant qu’elles interviennent alors même qu’une trêve venait d’être acceptée par les principales parties, notamment les États-Unis et l’Iran.

Au cœur de la crise, la trêve apparaît à la fois essentielle et déjà compromise. Selon l’ancien ministre, celle-ci est « claire dans ses principes, sans ambiguïté, et devait s’appliquer à l’ensemble de la région, incluant le Liban ».

Mais la poursuite des opérations militaires en vide largement la portée. En frappant Beyrouth, Israël agit, selon lui, à rebours de la dynamique diplomatique qui avait permis l’instauration de ce cessez-le-feu. Une contradiction qui rend la situation « extrêmement grave » et alimente une méfiance généralisée entre les acteurs.

Dans ce contexte, le Liban apparaît comme un théâtre secondaire d’un affrontement régional qui le dépasse. Jean-Yves le Drian insiste sur ce point : les combats se poursuivent sur le sol libanais alors même que les protagonistes principaux ne sont pas directement liés au pays.

Cette situation met en péril des éléments fondamentaux de l’État libanais. « Ce qui est en cause aujourd'hui, c'est l'intégrité et la souveraineté du Liban », souligne-t-il, décrivant un pays pris au piège d’une confrontation extérieure.

Malgré ses failles, la trêve reste, selon lui, une nécessité stratégique. Elle devait permettre de stopper une spirale jugée « inacceptable », tant pour la stabilité régionale que pour l’économie mondiale.

Mais sa fragilité est évidente. « Chacun suspecte l'autre de mensonge, de mauvaise interprétation ou de cacher son jeu », explique M. le Drian, ajoutant que la poursuite des frappes sur le Liban empêche toute stabilisation réelle.

Dans cette crise, Jean-Yves le Drian désigne clairement le rôle du Hezbollah, qu’il considère comme à l’origine de l’engrenage initial des frappes contre Israël, en lien avec l’Iran. Mais il dénonce simultanément la riposte israélienne, qu’il juge « complètement disproportionnée ».

Cette dynamique crée une situation paradoxale : loin d’affaiblir le Hezbollah, l’intensification des frappes pourrait renforcer son influence.

« L'aggravation des tensions aujourd'hui et l'aggravation du conflit renforcent indirectement le rôle du Hezbollah qui est en train de s'ériger en protecteur de la nation », ajoute M. le Drian.

C’est dans ce contexte qu’il formule une mise en garde centrale : « Il faut que le Hezbollah choisisse ou c'est le Liban, ou c'est l'Iran. Il n'y a pas d'alternative. » Un choix qu’il espère voir tranché en faveur de l’État libanais, notamment par une partie de la population chiite.

Il souligne toutefois que le Liban dispose aujourd’hui d’un « gouvernement de qualité », qu’il décrit comme responsable et engagé dans le renforcement de l’État. Celui-ci a notamment affirmé que « seul l'État a le monopole des armes ».

Mais « ce gouvernement est aujourd'hui en difficulté face à l'aggravation de la crise », explique M. le Drian, insistant sur la nécessité de le soutenir, notamment par les partenaires internationaux et les pays du Golfe.

Malgré l’intensité des combats, une voie politique demeure envisageable. Le gouvernement libanais a récemment proposé l’ouverture de discussions directes avec Israël, une initiative que Jean-Yves le Drian qualifie d’effort « considérable ».

Il y voit une opportunité rare, estimant que cette initiative pourrait constituer un tournant si elle était saisie. Dans un contexte où la guerre ne produit pas de solution durable, il insiste sur la nécessité de redonner toute sa place à la négociation.

Les pays du Golfe apparaissent également comme des acteurs clés dans cette tentative de désescalade. Indirectement affectés par le conflit, ils ont soutenu les efforts de médiation.

« Il y a eu une offre de négociation […] avec le soutien de plusieurs pays du Golfe, en particulier avec le soutien de l'Arabie saoudite », explique M. le Drian.

Pour Jean-Yves le Drian, cette implication ouvre la voie à une redéfinition plus large de la sécurité régionale, fondée sur « une sécurité collective ».

Concernant les opérations israéliennes dans le sud du Liban, M. le Drian met en garde : « toute intervention d'occupation de la part d'Israël sur le Liban est contraire au droit international. »

Il rappelle que les précédentes opérations de ce type ont favorisé le renforcement du Hezbollah, une dynamique qu’il estime à ne pas reproduire.

Au-delà des enjeux stratégiques, la situation humanitaire se dégrade rapidement. « L'intervention israélienne a mis sur la rue quasiment un million de déplacés qui aujourd'hui survivent », explique M. le Drian.

Jean-Yves le Drian alerte sur le risque d’une aggravation rapide, avec des conséquences potentiellement graves pour la cohésion interne du pays.

Face à cette crise, la France maintient son engagement. Elle soutient les forces armées libanaises, notamment par la livraison récente de véhicules blindés, et poursuit son action humanitaire.

L’objectif est clair : renforcer l’État libanais dans ses fonctions régaliennes, en particulier sa capacité à assurer le monopole de la force.

Pour Jean-Yves le Drian, la poursuite du conflit ne peut mener qu’à une impasse. Tous les acteurs en sont conscients, estime-t-il, ce qui rend d’autant plus urgente la reprise des discussions.

Il réaffirme la nécessité d’une solution diplomatique : « La France a toujours considéré qu'il fallait régler les conflits par la voie de la négociation. »

Les paramètres d’un accord existent déjà : « C'est sur la table, il faut en discuter. »

Dans ce contexte, il élargit la réflexion aux enjeux régionaux et internationaux, en particulier la liberté de circulation maritime. « La libre circulation maritime dans le détroit d'Ormuz est essentielle », explique-t-il, avertissant que toute perturbation engendre « des difficultés considérables pour l'économie mondiale ».

Il souligne enfin que des initiatives sont déjà envisagées pour sécuriser cette zone stratégique, notamment par des dispositifs d’escorte maritime, une fois la désescalade suffisamment engagée. À cet égard, le président français, Emmanuel Macron, et le Premier ministre britannique, Keir Starmer, ont permis de mobiliser un ensemble de pays volontaires pour accompagner la sécurisation du trafic maritime dans le Golfe.

Dans une région sous tension, le Liban apparaît ainsi à un moment décisif de son histoire — entre effondrement et sortie de crise par la diplomatie, sur fond d’équilibres régionaux et économiques encore fragiles.


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre britannique discutent des développements régionaux

Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
Starmer a été reçu par le prince héritier Mohammed ben Salmane. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz. (SPA)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a rencontré le Premier ministre britannique Keir Starmer pour renforcer la coopération stratégique entre leurs deux pays
  • Les discussions ont porté sur les enjeux régionaux, avec un soutien commun à la stabilité et à un cessez-le-feu durable, notamment concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a reçu mercredi à Djeddah le Premier ministre britannique Keir Starmer.

Au cours de la rencontre, ils ont passé en revue les relations entre leurs deux pays et examiné les moyens de renforcer davantage leur partenariat stratégique dans divers domaines.

Ils ont également abordé les derniers développements régionaux et internationaux, notamment les évolutions dans la région ainsi que leurs implications en matière de sécurité et d’économie.

Les deux parties ont affirmé leur soutien à tous les efforts visant à renforcer la sécurité et la stabilité de la région. Plusieurs questions d’intérêt commun ont également été discutées.

Keir Starmer est arrivé dans le Royaume plus tôt dans la journée, où il a été accueilli à l’aéroport de Djeddah par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, selon des photos diffusées par l’Agence de presse saoudienne.

Lors de sa visite, Starmer a salué le cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis, tout en soulignant qu’il restait « beaucoup de travail à faire » pour garantir sa pérennité.

« Il reste également beaucoup à faire concernant le détroit d’Ormuz, qui a un impact à l’échelle mondiale », a-t-il ajouté. 

À son arrivée à Djeddah, Keir Starmer a été accueilli par le gouverneur de la région de La Mecque, le prince Saud ben Mishaal ben Abdulaziz, a rapporté l’Agence de presse saoudienne. Les ambassadeurs respectifs des deux pays étaient également présents.

*Avec SPA, Reuters 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: Israël dit avoir mené mercredi sa "plus grande frappe coordonnée" contre le Hezbollah depuis le 28 février

« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
« De la fumée s’élève du site d’une frappe israélienne ayant visé une zone à Beyrouth le 8 avril 2026. Israël a lancé une série de frappes sur Beyrouth le 8 avril, l’attaque la plus violente contre la capitale libanaise depuis le début de la guerre. (AFP)
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  • L’armée israélienne a mené la plus vaste frappe coordonnée contre le Hezbollah depuis le début du conflit, visant une centaine de cibles à Beyrouth, dans la Bekaa et le sud du Liban
  • Malgré le cessez-le-feu avec l’Iran, Israël confirme que le Liban n’est pas concerné et que les opérations contre le Hezbollah vont se poursuivre

BEYROUTH: L'armée israélienne a annoncé avoir frappé mercredi une centaine d'objectifs du Hezbollah à travers le Liban, affirmant qu'il s'agissait de "la plus grande frappe coordonnée" contre le mouvement pro-iranien depuis le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre l'Iran, le 28 février.

"En l'espace de 10 minutes et simultanément dans plusieurs zones, [les forces israéliennes ont attaqué] une centaine de postes de commandement et d'infrastructures militaires" du mouvement islamiste libanais à travers le pays voisin, indique un communiqué militaire israélien.

Les frappes ont visé des objectifs à Beyrouth, dans la plaine de la Bekaa (est du Liban) ainsi que dans le sud du pays, selon l'armée israélienne.

Les frappes israéliennes sur Beyrouth, les plus violentes depuis le début de la guerre, ont provoqué des scènes de panique dans la capitale à une heure de grande affluence, selon des journalistes de l'AFP.

Ennemi d'Israël et allié de Téhéran, le Hezbollah s'était joint le 2 mars à la guerre régionale.

Le cessez-le-feu de 15 jours avec l'Iran décrété dans la nuit par le président américain Donald Trump "n'inclut pas le Liban", a affirmé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. "La bataille continue au Liban, a ensuite déclaré l'armée israélienne

"Nous continuerons de frapper l'organisation terroriste Hezbollah et exploiterons chaque occasion qui se présente sur le plan opérationnel", a dit le lieutenant-général Eyal Zamir, chef d'état-major de l'armée, cité dans un communiqué militaire.

"Nous ne transigerons pas sur la sécurité des habitants du nord d'Israël [et] nous continuerons de frapper avec détermination", a-t-il ajouté.

L'armée israélienne avait annoncé mardi avoir achevé dans le sud du Liban le déploiement de ses troupes au sol jusqu'à une "ligne de défense avancée" destinée à maintenir le nord d'Israël à l'abri des tirs de roquettes antichars du Hezbollah, dont la portée est évaluée à une dizaine de kilomètres.