Une catastrophe sanitaire exacerbe la crise humanitaire à Gaza

Des Palestiniens blessés attendant d'être soignés à l'hôpital Al-Shifa à Gaza, le 16 décembre 2023  (Photo, AFP).
Des Palestiniens blessés attendant d'être soignés à l'hôpital Al-Shifa à Gaza, le 16 décembre 2023 (Photo, AFP).
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Publié le Mardi 12 mars 2024

Une catastrophe sanitaire exacerbe la crise humanitaire à Gaza

  • Des scènes apocalyptiques se déroulent dans les rares hôpitaux et cliniques encore en activité dans l'enclave
  • De nombreux médecins et infirmiers ont fui, ont été blessés ou tués lors des combats

DUBAÏ: Les enfants gisent en rangées sur les sols des hôpitaux et sur les trottoirs devant des cliniques bondées, attendant désespérément l'attention de médecins épuisés. Nombre d’entre eux sont recouverts de poussière, mêlée au sang et aux larmes, et leurs blessures non traitées risquent de s'infecter à mesure que le temps passe.

Dans le même temps, des hommes et des femmes recherchent frénétiquement leurs proches disparus ou implorent les médecins pour obtenir des soins médicaux, tandis que des mères bercent des nourrissons mourants. Avec la pénurie de matériel médical, nombre d’entre eux sont bandés avec des morceaux de tissu de fortune.

Privés d'antiseptiques et même d'eau propre, les médecins se voient contraints de pratiquer des opérations et des amputations sans disposer d’équipements stérilisés, ce qui entraîne des infections pour lesquelles il n'y a pas d'antibiotiques. Ces scènes infernales se déroulent dans les rares hôpitaux et cliniques en activité à travers la bande de Gaza, qui subit des mois de bombardements et de siège effectif depuis qu’Israël a lancé sa riposte à l'attaque menée par le Hamas le 7 octobre.

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 Les enfants palestiniens souffrant de malnutrition reçoivent des soins dans un centre de santé à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 5 mars 2024. (AFP)

«Il y a encore des patients et des victimes qui doivent être opérés, mais qui ne peuvent pas l'être faute d’équipements, de médicaments anesthésiants, et de groupes électrogènes dans ces hôpitaux», déclare Hisham Mhanna, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) basé à Rafah, à Arab News.

«C'est un tel désastre, c'est une catastrophe

Cette situation tragique se produit alors que les médecins et les infirmières ont fui, ont été blessés ou même tués lors des bombardements. Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), seuls 30% des professionnels de la santé de Gaza sont encore en activité, nombre d'entre eux étant au bord de l’épuisement.

«Ils sont confrontés aux victimes qui affluent aux urgences après les frappes aériennes», indique M. Mhanna. «Ils s'ajoutent aux centaines de milliers de patients et de groupes vulnérables, notamment les patients atteints de cancer, les personnes handicapées, les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies chroniques.»

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Une mère palestinienne réconforte ses enfants alors qu'ils attendent d’être pris en charge à l'hôpital dans la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, le 12 octobre 2023. (AFP)

Selon le ministère de la Santé de Gaza, dirigé par le Hamas, près de 30 900 Palestiniens ont été tués, 70 500 ont été blessés et 7 000 sont portés disparus depuis le début des violences. Face à un tel carnage, le système de santé local est sous pression.

Le 18 février, l'OMS a déclaré que l'hôpital Nasser à Khan Younès, la plus grande ville du sud de Gaza, où les combats se poursuivent, n'était plus fonctionnel.

«L'hôpital européen de Gaza est le seul hôpital fonctionnel capable de fournir des services de santé avancés tels que les chirurgies, les soins intensifs et les radiographies», déclare Jessica Moussan, porte-parole du CICR basé à Dubaï, à Arab News.

«Il existe quelques autres hôpitaux partiellement fonctionnels qui ont reçu quelques équipements.»

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 Une photo des dégâts à l'hôpital Nasser et dans les environs à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, le 26 février 2024. (AFP)

À la fin du mois de janvier, le CICR a averti: «Gaza est sur le point de subir une paralysie médicale totale sans une action urgente pour préserver les services.»

Dans un communiqué, William Schomburg, chef du bureau du CICR à Gaza, indique: «Chaque hôpital de la bande de Gaza est surchargé et manque cruellement de fournitures médicales, de carburant, de nourriture et d'eau. De nombreux d’hôpitaux accueillent des milliers de familles déplacées. De plus, nous risquons de perdre deux autres installations à cause des combats. L'impact cumulatif sur le système de santé est dévastateur et des mesures urgentes doivent être prises.»

Quelques chiffres:

- 30 900: Le nombre de Palestiniens tués à Gaza depuis le 7 octobre, selon les autorités sanitaires locales.

- 1,3%: La proportion de la population de Gaza d’avant la guerre, soit 2,3 millions, tuée dans le conflit.

- 70 500: Le nombre de personnes enregistrées comme blessées, bien que le véritable chiffre soit probablement beaucoup plus élevé.

Seulement 9 des 36 établissements de santé de Gaza sont encore opérationnels, et nombreux sont ceux qui fonctionnent partiellement, tous étant surchargés bien au-delà de leur capacité initiale. La présence de familles déplacées campant dans les enceintes des hôpitaux, pensant y être en sécurité contre les bombardements israéliens, ne fait qu’aggraver la situation.

«Même les hôpitaux qui continuent de fonctionner luttent quotidiennement avec un affluximportant de victimes, sans compter la pression causée par les milliers de familles de déplacés internes qui se retrouvent dans les hôpitaux», souligne Hisham Mhanna.

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 Des Palestiniens courent se mettre à l’abri à proximité de dépouilles après une frappe aérienne israélienne près de l'hôpital Kamal Adwan à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 22 novembre 2023. (AFP)

Le déplacement massif de quelque 85% des 2,3 millions d'habitants de Gaza vers des camps de réfugiés surpeuplés a rendu la population, en particulier les jeunes enfants, très vulnérable aux maladies d'origine hydrique, mettant ainsi une pression supplémentaire sur les services de santé déjà sous tension.

Par ailleurs, la propagation de maladies causées en temps de guerre est en hausse, précise M. Mhanna.

«À certains moments, les égouts inondaient les hôpitaux. Il n'y a également aucune intimité, et les gens ne peuvent pas se permettre d'acheter de la nourriture.»

«Leur priorité est d’acheter de la nourriture plutôt que des articles d'hygiène, générant ainsi un environnement propice pour une crise de santé publique avec la propagation de maladies d'origine hydrique telles que le choléra. Nous avons aussi des cas d'hépatites, de varicelles et degrippes, en raison du froid qu’il fait ici.»

En outre, ceux qui souffrent de maladies chroniques telles que les maladies cardiaques, le diabète et le cancer, sont privés d’accès aux traitements et aux thérapies essentielles depuis le début de la crise, sans oublier ceux qui ont besoin de physiothérapie et de soutien en matière de santé mentale, qui sont confrontés aux mêmes difficultés.

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Des enfants blessés lors d'une frappe israélienne sont transportés en urgence à l'hôpital Al-Shifa à Gaza le 15 octobre 2023. (AFP)

Parmi les plus vulnérables, on compte les femmes enceintes et les nouveau-nés, qui n’ont pasaccès aux sages-femmes, aux chirurgiens et aux incubateurs, ainsi qu'aux analgésiques et aux antiseptiques, ce qui rend les complications encore plus probables.

Les critiques affirment que ces destructions massives sont la preuve que les attaques israéliennes sont disproportionnées et ne parviennent pas à limiter le nombre de victimes civiles. «Les hôpitaux, censés être des sanctuaires... se sont souvent transformés en pièges mortels», soulignele groupe de surveillance israélien Physicians for Human Rights dans un rapport publié en février.

Le gouvernement israélien affirme que son armée ne vise ni les civils ni les hôpitaux et accuse le Hamas de mener des opérations militaires et de lancer des roquettes depuis des zones résidentielles densément peuplées.

Les responsables israéliens ont également contesté les affirmations d'une crise alimentaire croissante à Gaza. Un responsable, récemment cité par Bloomberg, a déclaré «qu'il n'y a pas de pénurie de nourriture ou d'eau dans la bande de Gaza pour le moment», et «ce n'est tout simplement pas vrai que la famine menace».

Les organisations humanitaires affirment que les restrictions imposées par l'armée israélienne sur la quantité d'aide humanitaire autorisée à entrer à Gaza ont conduit à une malnutrition généralisée, rendant la tâche des médecins encore plus difficile faute de ressources suffisantes pour traiter cette situation.

Malgré les mises en garde répétées des agences d'aide concernant une famine imminente, plusieurs habitants de Gaza auraient succombé à la famine.

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Les organisations humanitaires affirment que les restrictions imposées par l'armée israélienne sur la quantité d'aide humanitaire autorisée à entrer à Gaza ont conduit à une malnutrition généralisée (AFP)

Dans le nord de Gaza, où près de 300 000 personnes seraient restées, quelque 16% des enfants de moins de deux ans souffraient de malnutrition aiguë en janvier, selon les données des Nations unies. L'organisation a signalé un taux de déclin nutritionnel «sans précédent» parmi les habitants de Gaza.

Les groupes d'aide opérant dans la zone affirment qu'il est devenu presque impossible de livrer des fournitures en raison des inspections et des formalités administratives imposées par l'armée israélienne, ainsi que des combats en cours et de l'effondrement total de l'ordre public.

Même lorsque l'aide parvient à être livrée, des foules de Palestiniens désespérés se ruent sur les convois avant que l'aide puisse être distribuée et rationnée aux plus vulnérables. Ces rassemblements ont entraîné des bousculades, causant davantage de décès et de blessures.

L'un de ces incidents, survenu le 29 février, au cours duquel plus de 100 Palestiniens qui s'étaient précipités sur un convoi d'aide ont été tués – nombre d'entre eux ayant apparemment été abattus par les forces israéliennes – a incité les États-Unis à larguer 38 000 rations alimentaires par avion dans l'enclave le 2 mars.

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Un homme pleure à l'hôpital Al-Shifa de Gaza, près des corps des Palestiniens tués lors d'un incident survenu tôt le matin, lorsque des résidents se sont précipités vers des camions d'aide, le 29 février 2024. (AFP)
 

Dans un communiqué publié lundi, le porte-parole du département d'État, Matthew Miller, a déclaré que les États-Unis s’efforçaient d’augmenter la livraison d'aide humanitaire aux civils de Gaza «par tous les moyens possibles», notamment en multipliant les largages aériens, car «la situation est tout simplement intolérable».

«Les gens ont désespérément besoin de nourriture et d'eau», déclare M. Miller. «Les parents sont confrontés à des choix impossibles quant à la manière de nourrir leurs enfants. Nombreux sont ceux qui ne savent pas d'où viendra le prochain repas, ou s'il viendra tout court.»

Bien que les largages aériens apportent une aide dont ils ont désespérément besoin, Hisham Mhanna a relevé que de nombreuses caisses parachutées atterrissaient dans des endroits dangereux où elles étaient souvent prises d'assaut par des foules désespérées, engendrant accidents, blessures et bagarres.

«Ces largages aériens sont notre dernier recours pour fournir de l'aide», précise-t-il. «Nous les avons vus atterrir sur les toits, dans les rues. Et dès qu’ils touchent le sol, les gens se précipitent pour être les premiers à atteindre l’aide, se battant parfois pour y accéder.»

«C'est pourquoi le cessez-le-feu est plus urgent que jamais. Nous avons besoin de ces espaces sûrs pour accéder à l'aide humanitaire.»

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L'ONU a déclaré que près de 16% des enfants de moins de deux ans dans le nord de Gaza souffrent de malnutrition aiguë, selon les données de janvier. (AFP)

Bien que l’instauration d’un cessez-le-feu soulagerait le fardeau des blessures supplémentaires et que l’acheminement d'une aide supplémentaire permettrait aux secouristes de sauver davantage de vies, la reconstruction du système de santé de Gaza prendra probablement des années.

En effet, même si le conflit devait prendre fin maintenant, 8 000 personnes de plus pourraient encore mourir au cours des six prochains mois en raison de la crise sanitaire, selon un rapport de la London School of Hygiene and Tropical Medicine et du Johns Hopkins Center for Humanitarian Health.

«Même en cas de cessez-le-feu, le système de santé et ses travailleurs ne pourront pas se rétablirrapidement», précise M. Mhanna. «Les travailleurs de la santé sont exsangues depuis des mois. Je ne vois pas comment ils pourraient répondre à des besoins aussi importants.»


Moustapha Barghouti : la loi israélienne sur la peine de mort est un permis de tuer des Palestiniens

Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
Des manifestants se rassemblent devant la Knesset, le parlement israélien, à Jérusalem, le 31 mars 2026, lors d’une manifestation contre l’adoption d’une loi autorisant la peine de mort contre les Palestiniens. (AFP)
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  • La nouvelle loi israélienne sur la peine de mort pour les Palestiniens est perçue par Moustapha Barghouti comme un instrument légal autorisant des exécutions extrajudiciaires et approfondissant l’apartheid 
  • Barghouti appelle à la résilience palestinienne et à une pression internationale concrète, notamment sanctions et boycott, pour contrecarrer la politique israélienne 

PARIS : Au milieu du fracas de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, la question palestinienne semble occultée. Pourtant, sur le terrain, aussi bien à Gaza qu’en Cisjordanie, Israël poursuit son entreprise de destruction et de déshumanisation du peuple palestinien, affranchi de toute contrainte.

Profitant du tumulte mondial, le gouvernement israélien a adopté récemment une loi instaurant la peine de mort par pendaison pour des Palestiniens détenus dans ses prisons. Que signifie pratiquement cette loi pour les Palestiniens, et que cherche Israël par son instauration ?

Le secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne, Moustapha Barghouti, explique à Arab News en français que cette loi « marque un tournant d’une gravité historique ».

D’une voix calme, mais empreinte de conviction et de fermeté, le médecin et dirigeant politique palestinien ne mâche pas ses mots : « Cette loi n’est pas seulement un instrument juridique supplémentaire dans l’arsenal israélien, mais l’expression d’une dérive politique profonde qui autorise ouvertement l’élimination des Palestiniens. »

« Ce qui se passe n’est pas simplement l’adoption d’une loi », insiste-t-il. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une dérive fasciste en Israël. »

À la tête de l’Initiative nationale palestinienne, qui n’a pas d’aile armée, Barghouti s’est imposé au fil du temps comme le porte-voix de la cause palestinienne, avec comme marque de fabrique une intonation de voix douce et incisive à la fois, souvent déstabilisante pour ses contradicteurs.

Barghouti attribue l’initiative de ce texte de loi au ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben Gvir, figure de l’extrême droite radicale, mais il souligne que « le problème dépasse largement un seul homme. »

Selon ce communiquant hors pair, doublé d’un homme politique d’une profonde connaissance des arcanes de la politique israélienne, la véritable alerte réside dans le soutien massif dont la loi a bénéficié au Parlement israélien.

« Près des deux tiers des députés de la Knesset ont voté en sa faveur, y compris certains représentants de l’opposition, comme Avigdor Lieberman », un consensus qui révèle, selon lui, « une transformation plus profonde de la société israélienne. »

« La loi n’est qu’un symptôme, car la dérive fasciste de la société israélienne est aujourd’hui très avancée », affirme-t-il.

Cette évolution se manifeste à travers plusieurs phénomènes simultanés : la guerre menée à Gaza, l’intensification de la colonisation en Cisjordanie et, désormais, l’adoption d’une législation qui viserait spécifiquement les prisonniers palestiniens.

Pour Barghouti, la portée réelle de la loi dépasse la question de la peine de mort elle-même, car dans les faits, elle institue « une justice fondamentalement discriminatoire ». « Cette loi approfondit le système d’apartheid », affirme-t-il.

Selon cette logique, un Palestinien accusé d’avoir tué un Israélien pourrait être condamné à mort, mais lorsqu’un Israélien tue un Palestinien, affirme Barghouti, « l’impunité est souvent la règle. »

Pour lui, la loi fonctionne comme « un permis de tuer des Palestiniens » et légitime également, selon lui, « les exécutions extrajudiciaires déjà observées sur le terrain. »

Barghouti estime qu’entre mille et deux mille Palestiniens à Gaza ont déjà été victimes d’exécutions extrajudiciaires, de même en Cisjordanie, où il évoque de nombreux cas de tirs mortels sans poursuites judiciaires, dont l’assassinat récent d’une famille civile dans la région de Tubas.

Interrogé sur les détenus concernés par la loi, Barghouti se montre catégorique : « Tous les prisonniers palestiniens sont menacés », affirme-t-il. Même ceux qui ont déjà été jugés pourraient voir leurs dossiers rouverts si « les autorités israéliennes décident de réexaminer certaines affaires. »

Environ 10 000 Palestiniens sont aujourd’hui détenus dans les prisons israéliennes, parmi lesquels 300 enfants et 75 femmes. Un grand nombre d’entre eux sont détenus sous le régime de la détention administrative, qui permet d’emprisonner une personne sans inculpation ni procès, pour des périodes renouvelables.

Les conditions de détention sont particulièrement dures : « Ils sont privés de soins, soumis à la faim, aux abus et à des conditions extrêmement difficiles », explique Barghouti.

Depuis le 7 octobre, affirme-t-il, 90 prisonniers palestiniens seraient morts en détention. Depuis 1967, le nombre total de détenus morts dans les prisons israéliennes atteindrait 322.

La situation dans la bande de Gaza reste, selon Mustafa Barghouti, catastrophique. Il affirme qu’Israël n’a jamais véritablement respecté le cessez-le-feu annoncé.

Depuis son entrée en vigueur, 720 Palestiniens auraient été tués et plus de 2 000 blessés, alors que les bombardements continuent quotidiennement, y compris au cœur de la ville de Gaza.

Mais l’aspect le plus dramatique, selon lui, concerne la situation humanitaire. L’accord de cessez-le-feu prévoyait l’entrée de 600 camions d’aide humanitaire par jour ; or, selon Barghouti, les livraisons restent très en deçà de ce chiffre, puisque certains jours, explique-t-il, à peine 56 camions ont été autorisés à entrer.

Plus grave encore, aucun matériel médical n’aurait été autorisé à entrer depuis le début du cessez-le-feu : « Des hôpitaux entiers risquent de cesser de fonctionner », avertit-il. Même les dentistes, dit-il, ont récemment lancé un appel pour signaler qu’ils ne disposaient plus de matériel de base pour traiter leurs patients.

En Cisjordanie, la situation n’est guère plus réjouissante. Barghouti décrit une situation d’escalade permanente : les raids militaires et les arrestations se poursuivent quotidiennement, et les attaques de colons armés se multiplient.

Barghouti assure que ces groupes agissent avec la protection de l’armée israélienne et affirme que 71 communautés palestiniennes ont déjà été expulsées de leurs terres.

Ces expulsions, souligne-t-il, s’inscrivent dans une stratégie visant à s’emparer progressivement de la Cisjordanie, dont « Israël contrôle désormais plus de 40 % ».

Face à cette situation, Mustafa Barghouti balaye du revers de la main un changement interne en Israël : « Cette société s’est tournée vers le fascisme », affirme-t-il.

Pour lui, deux facteurs seront déterminants pour l’avenir. Le premier est la résilience du peuple palestinien sur sa terre, car « le projet sioniste ne peut réussir que s’il parvient à expulser les Palestiniens de leur terre, comme en 1948. »

Le second facteur est la pression internationale. Barghouti estime que les déclarations et condamnations ne suffisent plus : « Israël ne se laissera pas dissuader par des discours. »

La seule solution, selon lui, serait l’imposition de sanctions internationales et d’un boycott global d’Israël.

Malgré la dureté du contexte, Barghouti affirme ne pas se sentir seul : « Ma relation n’est pas avec les gouvernements », conclut-il, « ma relation est avec les peuples, et je sais que les peuples comprennent ce qui se passe. »


Des débris tombent près d’installations énergétiques saoudiennes après l’interception de missiles balistiques

Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
Tôt mardi matin, heure locale, le ministère n’avait pas précisé quelles installations énergétiques étaient en cours d’évaluation. (AFP/Archives)
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  • L’Iran poursuit ses attaques contre les pays du Golfe alors que l’ultimatum du président américain Donald Trump approche
  • Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne mardi matin, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte missile

RIYAD : L’évaluation des dégâts était toujours en cours tôt mardi, l’Arabie saoudite indiquant que des débris de missiles balistiques interceptés étaient tombés « à proximité » d’installations énergétiques.

« Le porte-parole du ministère de la Défense, le général de division Turki Al-Malki, a déclaré que sept missiles balistiques lancés en direction de la région orientale ont été interceptés et détruits, et que des débris sont tombés à proximité d’installations énergétiques », a rapporté l’agence de presse saoudienne.

Outre ces sept missiles, le ministère de la Défense du royaume a indiqué que trois autres missiles balistiques visant la province orientale avaient également été interceptés, dans un message publié sur les réseaux sociaux.

L’Iran tire des missiles et des drones contre le royaume et d’autres pays arabes du Golfe depuis que Israël et les États-Unis ont lancé des frappes militaires contre Téhéran le 28 février.

Téhéran a partiellement assoupli son blocage du détroit d’Ormuz pour certains trafics, mais ses actions dans cette voie maritime stratégique ont fait grimper les prix de l’énergie, avec des répercussions sur les économies mondiales.

Les pays du Golfe ont condamné les attaques iraniennes contre des infrastructures énergétiques vitales, tandis que de nombreux autres États ont critiqué les méthodes de Téhéran durant le conflit.

L’Iran a également visé Israël ainsi que des intérêts américains dans la région.

Le président américain Donald Trump a fixé un ultimatum à l’Iran pour accepter un accord, menaçant de « représailles sévères » en cas de non-respect de l’échéance fixée à mardi 20h (EDT).

« Nous avons un plan, et grâce à la puissance de notre armée, chaque pont en Iran pourrait être détruit d’ici demain minuit », a-t-il déclaré.

L’Iran a rejeté la pression américaine pour rouvrir rapidement le détroit, tout en affirmant vouloir une solution durable au conflit.

Attaques matinales

Des militants ont signalé de nouvelles frappes visant la capitale iranienne, Téhéran, tôt mardi matin.

Les Émirats arabes unis ont activé leur défense aérienne, tandis que Bahreïn a déclenché ses sirènes d’alerte face à une nouvelle salve de tirs iraniens.

Deux personnes ont été tuées dans la région kurde d’Irak après qu’un drone, que les autorités attribuent à l’Iran, a frappé une habitation.

Le drone a frappé une maison dans le village de Zargazawi, dans la province d’Erbil, tôt mardi, a déclaré la Direction de la lutte contre le terrorisme de la région kurde du nord dans un communiqué. Les autorités ont condamné cette attaque, la qualifiant de violation du droit international.

Cette frappe intervient alors que les forces iraniennes et des milices alliées ciblent plusieurs zones du Kurdistan irakien avec une vague de drones, roquettes et missiles. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com 


Une frappe vise la banlieue sud de Beyrouth après un avertissement israélien

Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
Des personnes déplacées sont assises devant leurs tentes dans un campement informel installé le long du front de mer de Beyrouth, le 6 avril 2026. (AFP)
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  • Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits
  • Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues

BEYROUTH: Israël a visé lundi la banlieue sud de Beyrouth, au lendemain de raids meurtriers sur la capitale et ses environs, alors que le bilan humain de la guerre avec le Hezbollah approche des 1.500 morts.

Un épais panache de fumée s'est élevé de la banlieue sud, sous contrôle du Hezbollah et vidée de la quasi-totalité de ses habitants depuis le 2 mars.

L'armée israélienne a affirmé avoir visé "des cibles terroristes du Hezbollah à Beyrouth".

Dans la banlieue sud, seuls quelques commerces restent ouverts, selon une journaliste de l'AFP sur place.

Plusieurs immeubles visés par de récentes frappes sont totalement détruits. Des employés municipaux balayent les débris de verre sur les trottoirs et d'autres fragments jonchent certaines rues.

Une station-service de la compagnie al-Amana, accusée par Israël d'être contrôlée par le Hezbollah, est calcinée.

Des portraits de l'ayatollah Ali Khamenei, tué au début de la guerre dans une frappe américano-israélienne en Iran et présenté comme le "martyr de la nation", ornent les principales artères.

Le long de la route menant à la banlieue sud, des habitants ont installé des tentes où ils dorment, allant inspecter leurs maisons entre deux avertissements israéliens.

Dimanche, Israël avait intensifié ses bombardements sur la banlieue sud et la capitale elle-même. Une frappe en face du principal hôpital public du Liban avait fait cinq morts, selon le ministère de la Santé.

"Force al-Qods" 

Une autre frappe sur un appartement dans une zone à l'est de la capitale, jusque-là épargnée par les violences, a tué trois personnes, dont un responsable local des Forces libanaises (FL), un parti chrétien opposé au Hezbollah, et sa femme.

Le chef des FL Samir Geagea a affirmé que "les Israéliens visaient un membre de la force al-Qods", chargée des opérations extérieures des Gardiens de la Révolution iraniens, qui semble avoir échappé à la frappe.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam avait déclaré que les Gardiens de la Révolution dirigeaient les opérations du Hezbollah dans sa guerre contre Israël.

L'armée israélienne a affirmé lundi qu'elle avait frappé une "cible terroriste" à l'est de Beyrouth et ajouté qu'elle examinait l'incident "après des informations sur des victimes parmi des civils libanais non impliqués dans les combats".

Le Hezbollah a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles à la mort d'Ali Khamenei.

Depuis, Israël mène des frappes massives sur le pays ayant fait 1.497 morts et plus de 4.600 blessées, selon les autorités, et déplacé plus d'un million de personnes.

"Maisons inhabitables" 

Des frappes israéliennes ont également visé le sud et l'est du Liban. Dans le sud, quatre personnes ont été tuées dans un raid sur une voiture à Kfar Roummane, près de Nabatiyeh, a indiqué le ministère de la Santé.

Dans la localité de Bourj Rahal, près de Tyr, un correspondant de l'AFP a vu des immeubles détruits et des débris jonchant les rues.

"Le premier bilan est de 15 maisons endommagées, qui ne sont plus habitables", a dit à l'AFP le maire de la ville Daoud Ezzedine.

"Les habitants veulent revenir chez eux, mais ils ne pourront pas malheureusement", a-t-il ajouté.

Le ministère de la Santé a aussi annoncé que deux secouristes du Comité islamique de la santé, affilié au Hezbollah, avaient été tués par une frappe israélienne dimanche, portant à 57 le nombre de secouristes tués depuis le début de la guerre.

Le chef de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a affirmé sur X que l'OMS avait enregistré "92 attaques contre des établissements de santé, des véhicules médicaux, du personnel soignant et des entrepôts" depuis le début de la guerre.

Par ailleurs, le principal poste-frontière reliant le Liban à la Syrie, point de passage vital entre les deux pays, était toujours fermé lundi, après des menaces israéliennes de le viser samedi soir.

Ce passage "restera fermé, jusqu'à ce qu'on reçoive des garanties qu'il ne sera pas visé", a dit à l'AFP un responsable du ministère libanais des Transports, Ahmad Tamer.