Passer de la parole aux actes, le défi de Gabriel Attal

Le Premier ministre français Gabriel Attal s'adresse à la presse lors d'une visite au collège Mathurin Régnier de Chartres, dans le centre-nord de la France, le 14 mars 2024. (Photo, AFP)
Le Premier ministre français Gabriel Attal s'adresse à la presse lors d'une visite au collège Mathurin Régnier de Chartres, dans le centre-nord de la France, le 14 mars 2024. (Photo, AFP)
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Publié le Vendredi 15 mars 2024

Passer de la parole aux actes, le défi de Gabriel Attal

  • «C'est un porte-parole, pas un chef de gouvernement», cingle un responsable de la majorité
  • Gabriel Attal, «il est nickel, rien qui dépasse. Il est en contrôle absolu», selon un macroniste de la première heure

PARIS: Gabriel Attal en fait-il trop ? Sa communication tous azimuts interroge jusque dans la majorité et place le jeune Premier ministre habile à capter la lumière au défi d'obtenir des résultats, et de sortir du champ de l'Education qu'il occupait déjà auparavant.

"Son enjeu, c’est de passer de la communication à la concrétisation. Si ça ne marche pas pour lui, ça ne marche pas pour nous", même s'il a encore besoin "de temps", met en garde un cadre de la majorité.

Ses talents de communicant sont loués au regard de sa précédesseure à Matignon Elisabeth Borne, une polytechnicienne attachée davantage aux dossiers qu'au service après-vente.

Elisabeth Borne "était plus impliquée dans les dossiers, elle m'interrogeait plus sur le fond", témoigne un ministre qui a connu les deux locataires de Matignon. Mais "je ne pense pas que la stratégie de Borne de ne rien incarner servait à quelque chose", ajoute un autre.

Gabriel Attal "a toujours joué la distinction par rapport à ses prédécesseurs", Sibeth Ndiaye au porte-parolat, Pap Ndiaye à l'Education et Elisabeth Borne à Matignon, note Frédéric Dabi, directeur de l'institut de sondages Ifop.

Sur la crise agricole ou les inondations dans le Pas-de-Calais, il a "une capacité de positionnement qui fonctionne très bien: on écoute, on répond et on revient" faire le bilan des avancées, fait valoir une ministre.

Et grâce aux déplacements qu'il affectionne et multiplie, "il crée un lien de confiance qui fonctionne avec les élus, les habitants", ajoute-t-elle.

«De la gentillesse»

Mais "de l’excellente communication à l’excellent politique, il a encore toutes ses preuves à faire", selon le spécialiste de la communication politique Philippe Moreau-Chevrolet.

Car pour l'instant "il parle plus qu’il ne fait" en "saturant l'espace médiatique" avec un événement par jour, sa chienne Volta souvent à ses côtés, estime le communicant. A l'instar de la "parole performative" vantée par l'entourage lui-même du Premier ministre.

Dans les enquêtes qualitatives, des questionnements émergent: "+est-ce que ce n'est pas que de la com' ? est-ce que Macron lui laisse des marges de manœuvres?", selon M. Dabi.

"C'est un porte-parole, pas un chef de gouvernement", cingle un responsable de la majorité.

A l'Elysée, le choix semble assumé. Quand Emmanuel Macron a nommé Gabriel Attal, "il m'a dit: +j'ai soigné mon ego, je veux que ce soit lui qui prenne toute la lumière. Comme il aime ça, ça tombe bien+", rapporte un proche du chef de l'Etat.

Cette exposition médiatique permet au populaire Premier ministre de marquer sa différence avec un président omniprésent. "Il a de la gentillesse, ce n'est pas quelqu'un qui va être lointain, cassant, il a un style plus direct, plus proche des gens, c’est sa différence et sa complémentarité avec Emmanuel Macron", note M. Moreau-Chevrolet.

«Contrôle absolu»

L'intéressé défend lui "l’importance d'expliquer ce qu’on fait" mais il admet que la communication doit rester "au service de décisions, de réformes et d'actions" et vante ses engagements pour les agriculteurs, tenus selon lui à 85%.

Le plus jeune Premier ministre de la Ve République, qui aura 35 ans samedi, doit surtout convaincre les électeurs.

Présenté comme l'arme anti Jordan Bardella aux européennes de juin, ces derniers ont d'abord l'intention de voter pour le président du Rassemblement national, dont la liste est donnée à plus de dix points devant celle de la majorité.

Sa gageure reste aussi de sortir de son sujet phare, l'éducation, qu'il a tenu à "emmener" à Matignon après avoir marqué les esprits avec l'interdiction de l'abaya ou la lutte contre le harcèlement scolaire.

Il a consacré cette semaine à ce dossier, avant de mettre la focale sur la santé. Une manière pour lui d'assoir son autorité sur les poids-lourds du gouvernement, tenus eux aussi de communiquer davantage --être des "révolutionnaires" et pas des "gestionnaires", leur a demandé Emmanuel Macron--, au risque de préempter certaines annonces du chef du gouvernement.

Gabriel Attal, "il est nickel, rien qui dépasse. Il est en contrôle absolu", selon un macroniste de la première heure. Pour un dessein plus lointain ? "Ca n’existe pas Matignon sans ambition", rappelle le même.


Un hommage national rendu au militaire français tué en Irak

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. (AFP)
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  • "La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital"
  • Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France

VARCES-ALLIERES-ET- RISSET: Emmanuel Macron a salué mardi, au début d'un conseil de défense sur le conflit au Moyen-Orient, la mémoire du major Arnaud Frion "mort pour la France" en Irak, auquel la ministre des Armées Catherine Vautrin a aussi rendu un hommage solennel au 7e bataillon de chasseurs alpins de Varces (Isère) où il servait.

"Le major Frion est mort pour la France en Irak en fin de semaine dernière lors d'une attaque de drones perpétrée par une milice pro-iranienne, alors qu'il œuvrait à la lutte contre le terrorisme, au combat contre Daech (État islamique, NDLR), à la défense de la souveraineté irakienne et, ce faisant, à notre sécurité", a déclaré le chef de l’État.

"La Nation se tient aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses frères d'armes. Et j'ai évidemment aussi une pensée particulière pour nos militaires blessés qui sont encore, pour certains, dans les soins intensifs en ce moment-même à l'hôpital", a-t-il ajouté.

Arnaud Frion, 42 ans, a été tué jeudi soir dans une frappe de drone qui a également blessé six militaires français, depuis rapatriés et hospitalisés en France.

"La France n'oubliera pas le prix de la vie d'Arnaud Frion (...) ce prix douloureux, c'est celui de notre sécurité, de notre souveraineté, de notre liberté", a également affirmé Catherine Vautrin à Varces.

Face à elle, le cercueil du major est recouvert du drapeau bleu blanc rouge et de trois coussins sur lesquels reposent ses décorations, la croix de chevalier de la Légion d'honneur reçue à titre posthume et la tarte, béret distinctif des chasseurs alpins.

"Le parcours d'Arnaud Frion raconte un homme qui était devenu par le travail, par la valeur, par l'exemple, l'une des plus belles figures du soldat français", a salué la ministre au côté du chef d'état-major de l'armée de Terre, le général Pierre Schill.

L'adjudant-chef Frion a été promu au grade de major à titre posthume. Il avait rejoint les chasseurs alpins de Haute-Savoie en 2004 et avait par la suite été projeté au Tchad, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan, au Mali, au Niger et en Estonie. Marié et père d'un enfant, il avait reçu la médaille militaire le 31 décembre 2021.

Il a été frappé avec ses compagnons d'armes alors qu'il se trouvait dans une base placée sous l'autorité des combattants kurdes peshmergas, située au sud-ouest d'Erbil, à Mala Qara, dans le Kurdistan irakien. Ils y étaient déployés dans le cadre de la coalition internationale mise en place en 2014 contre le groupe jihadiste État islamique.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le Kurdistan irakien et Erbil ont essuyé de multiples attaques de drones Shahed imputées à des factions pro-iraniennes, visant notamment les dispositifs militaires américains dans la région. Ces attaques ont été pour la plupart neutralisées par la défense antiaérienne.


Macron convoque un nouveau conseil de défense mardi après-midi sur la situation au Moyen-Orient

Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
Emmanuel Macron lors d’une conférence de presse avec Volodymyr Zelensky à l’Élysée, le 13 mars 2026, après des discussions sur le soutien à l’Ukraine et la pression sur la Russie. (AFP)
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  • Le président Emmanuel Macron convoque un conseil de défense sur la situation en Iran et au Moyen-Orient, dans un contexte de pressions de Donald Trump concernant la sécurisation du détroit d’Ormuz
  • Isaac Herzog appelle les pays européens à agir contre le Hezbollah, tandis que la France propose une médiation entre le Liban et Israël pour éviter une escalade régionale

PARIS: Le président Emmanuel Macron a convoqué un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale mardi après-midi "sur la situation en Iran et au Moyen-Orient", a annoncé l'Elysée.

Ce nouveau conseil de défense réunissant les ministres et responsables chargés des questions de sécurité - le dernier remonte au 10 mars - intervient alors que Donald Trump fait pression sur la France pour qu'elle réponde positivement à sa demande d'aide pour la sécurisation du détroit d'Ormuz.

Le président israélien Isaac Herzog a de son côté appelé lundi les pays européens à "soutenir tout effort visant à éradiquer" le mouvement islamiste libanais Hezbollah, allié de l'Iran.

Il a aussi salué l'offre française de faciliter des discussions directes entre le Liban et Israël qui a lancé des frappes aériennes massives et des "opérations terrestres limitées" contre le Hezbollah.

Le Liban a été entraîné dans la guerre au Moyen-Orient lorsque le Hezbollah a attaqué Israël le 2 mars pour venger l'assassinat du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, tué deux jours plus tôt par une frappe israélienne à Téhéran.

Emmanuel Macron a appelé samedi Israël à accepter des "discussions directes" avec l'exécutif libanais et "toutes les composantes" du Liban, qu'il s'est dit prêt à "faciliter" en "les accueillant à Paris", afin d'empêcher que "le Liban ne sombre dans le chaos".

Israël a poursuivi mardi ses bombardements sur Téhéran et contre le Hezbollah pro-iranien dans la banlieue sud de Beyrouth, au 18e jour de la guerre au Moyen-Orient qui embrase aussi l'Irak, théâtre de nombreuses attaques.


Au cœur du centre de crise du Quai d’Orsay: rapatrier mais également écouter et rassurer

Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable. (Arlette Khouri)
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  • Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés
  • Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités

PARIS: Depuis les frappes israélo-américaines contre l’Iran et la riposte de Téhéran, la situation militaire au Moyen-Orient s’est fortement tendue. Cette crise représente un défi majeur pour la France, qui doit protéger et rapatrier ses ressortissants dans une région devenue instable.

Le Centre de crise et de soutien (CDCS) du ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, dirigé par l’ambassadeur Louis L’alliot, a été immédiatement mobilisé. Ses équipes travaillent jour et nuit pour répondre aux appels des Français, organiser des évacuations et coordonner les actions diplomatiques et humanitaires.

Environ 400 000 Français vivent au Moyen-Orient, auxquels s’ajoutent de nombreux touristes. La fermeture des espaces aériens rend les départs très difficiles. Une plateforme téléphonique composée d’environ 30 répondants, dont une majorité de bénévoles de la Croix-Rouge, traite les appels de personnes inquiètes ou bloquées. Au total, plus de 50 agents peuvent répondre simultanément grâce à plusieurs centres d’appel.

Depuis le début de la crise, près de 15 000 appels ont été enregistrés. Chaque appel permet de créer un dossier pour identifier la situation des personnes et déterminer les priorités. Les personnes vulnérables (personnes âgées, malades, familles avec jeunes enfants) sont prioritaires pour les vols spéciaux affrétés par l’État, dont le coût est en partie pris en charge.

Jusqu’à présent, plus de 1 500 personnes ont été rapatriées par ces vols, tandis qu’environ 17 000 Français ont quitté la région par leurs propres moyens.

Le centre fonctionne grâce à plusieurs pôles spécialisés : gestion des ressources humaines, relations internationales, soutien médical, organisation des vols et le « pôle communauté » chargé de contacter les ressortissants prioritaires.

Les bénévoles de la Croix-Rouge jouent également un rôle important en apportant écoute et soutien psychologique aux appelants souvent stressés ou inquiets.

Créé en 2008, le Centre de crise et de soutien est aujourd’hui un outil essentiel de la diplomatie française, capable d’activer une cellule de crise en moins d’une heure et de fonctionner 24h/24 lors de situations internationales majeures.