Turquie: la reconquête d'Istanbul, obsession d'Erdogan

En 2019, après un scrutin annulé puis reprogrammé, Ekrem Imamoglu, candidat d'une coalition de partis d'opposition, avait remporté la ville, infligeant son pire revers électoral au chef de l'Etat, qui tenait la capitale économique de la Turquie dans son escarcelle depuis 1994. (AFP).
En 2019, après un scrutin annulé puis reprogrammé, Ekrem Imamoglu, candidat d'une coalition de partis d'opposition, avait remporté la ville, infligeant son pire revers électoral au chef de l'Etat, qui tenait la capitale économique de la Turquie dans son escarcelle depuis 1994. (AFP).
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Publié le Vendredi 29 mars 2024

Turquie: la reconquête d'Istanbul, obsession d'Erdogan

  • En 2019, après un scrutin annulé puis reprogrammé, Ekrem Imamoglu, candidat d'une coalition de partis d'opposition, avait remporté la ville
  • "Istanbul est le joyau, le trésor, la prunelle des yeux de notre nation", a déclaréM. Erdogan lors d'un meeting dans la ville à sept jours des élections municipales du 31 mars

ISTANBUL: Reconquérir Istanbul, "le joyau de la nation" qui l'a fait roi, obsède le président turc Recep Tayyip Erdogan qui en fut le maire dans les années 1990 et assigne trente ans plus tard à son parti la mission de l'arracher dimanche à l'opposition.

En 2019, après un scrutin annulé puis reprogrammé, Ekrem Imamoglu, candidat d'une coalition de partis d'opposition, avait remporté la ville, infligeant son pire revers électoral au chef de l'Etat, qui tenait la capitale économique de la Turquie dans son escarcelle depuis 1994.

"Istanbul est le joyau, le trésor, la prunelle des yeux de notre nation", a déclaré M. Erdogan lors d'un meeting dans la ville à sept jours des élections municipales du 31 mars.

Au soir de sa réélection à la tête de la Turquie en mai dernier, le "Reis" ("Chef"), surnom qui remonte à ses années de maire d'Istanbul (1994-1998), avait dès son discours de victoire lancé la campagne des municipales.

"Sommes-nous prêts à remporter Istanbul ?", avait-il demandé à une foule enthousiaste, juché sur un bus devant sa résidence sur la rive asiatique de la ville.

A deux jours du scrutin, la reconquête d'Istanbul par son Parti de la justice et du développement (AKP, islamo-conservateur) apparaît comme l'enjeu ultradominant de ces municipales.

Le sondeur Erman Bakirci, de l'institut Konda, résume en un dicton l'importance de la ville, sise de part et d'autre du Bosphore, et qui représente à elle seule 30% du PIB du pays: "L'hiver n'arrive en Turquie que lorsqu'il neige à Istanbul", dit-il, rappelant la formule du président Erdogan selon laquelle "qui remporte Istanbul remporte la Turquie".

"Lorsque vous gouvernez Istanbul, vous servez et touchez près de seize millions de personnes, dont onze millions d'électeurs", développe-t-il. "Cela vous offre une opportunité politique énorme."

Municipales en Turquie: cinq choses à savoir

Soixante-et-un millions d'électeurs turcs sont appelés aux urnes dimanche pour élire leurs maires, un scrutin dont le président Recep Tayyip Erdogan a annoncé qu'il serait le dernier organisé sous son autorité.

Cinq choses à savoir sur ces élections:

Une élection à tiroirs

Les habitants des grandes villes du pays éliront leur maire mais aussi leurs conseillers municipaux, leur maires d'arrondissement et leur muhtar, sorte de chef de quartier.

À Istanbul, où les électeurs auront le choix entre 49 candidats pour le fauteuil de maire, le bulletin de vote mesure 97 centimètres de large, selon la commission électorale.

Istanbul, « trophée » convoité

Seize millions d'habitants, 30% du produit du produit intérieur brut et un tremplin vers le pouvoir: passée aux mains de l'opposition en 2019 au terme d'une âpre élection en deux actes, Istanbul est "le plus gros trophée de la politique turque", résume Berk Esen, politiste à l'université Sabanci d'Istanbul.

La principale ville de Turquie, qui a perdu son rang de capitale au profit d'Ankara en 1923, est une immense vitrine politique dont le président Recep Tayyip Erdogan, maire d'Istanbul dans les années 1990, a tiré profit pour se forger un destin national.

Face au maire sortant Ekrem Imamoglu, le parti AKP (islamo-conservateur) au pouvoir présente un ancien ministre peu charismatique, Murat Kurum, dont la défaite n'entamerait pas le crédit du chef de l'Etat.

Scrutin à risque pour Erdogan ?

Selon les enquêtes d'opinion, Istanbul et Ankara devraient rester aux mains du Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), principale formation d'opposition qui les avait conquises il y a cinq ans.

Izmir, troisième ville du pays et bastion du CHP, semble rester hors de portée de l'AKP.

Le parti au pouvoir pourrait par ailleurs reculer dans plusieurs grandes villes d'Anatolie au profit d'une formation ultra-conservatrice (Yeniden Refah), prédisent des analystes qui ont noté une moindre affluence aux meetings tenus en présence du chef de l'Etat - possiblement à cause du jeûne du ramadan.

Cependant, donné en mauvaise posture avant la présidentielle de mai 2023, Erdogan avait été réélu avec 52,2% des voix.

Une « dernière » pour le « Reis »?

Au pouvoir depuis 2003, d'abord comme Premier ministre puis comme président à partir de 2014, M. Erdogan a annoncé début mars que ces municipales seraient les "dernières élections" organisées sous son autorité, la constitution actuelle ne l'autorisant pas à briguer un nouveau mandat, sauf en cas d'élection anticipée.

Des observateurs spéculent sur ces déclarations du président, qui a fêté ses 70 ans fin février: adieu sincère ou manoeuvre destinée à convaincre les Turcs d'accorder une dernière fois leur blanc-seing à son parti?

Le vote kurde

Les voix des Kurdes, qui représentent un cinquième environ des 85 millions d'habitants de Turquie, selon des estimations, sont cette année encore très convoitées.

Dans le sud-est à majorité kurde, le parti pro-kurde de l'Egalité des peuples et de la démocratie (DEM, ex-HDP), troisième force au parlement, devrait rafler de nombreuses villes, malgré une percée attendue du Hüda Par, un parti kurde d'extrême droite.

Ailleurs dans le pays, une part significative des électeurs kurdes pourrait se ranger derrière le CHP afin de faire barrage à l'AKP, selon des enquêtes d'opinion.

Par ailleurs, la révocation de nombreux maires pro-kurdes élus en 2019, remplacés par des "kayyums", des administrateurs désignés par le pouvoir, risque de dissuader des électeurs de se déplacer, selon des observateurs.

Rancoeur tenace

Pour reconquérir Istanbul et reconsolider son pouvoir, le président turc a désigné un ancien ministre de l'Environnement, Murat Kurum, un affidé falot au côté duquel il apparaît à la manière d'un colistier sur quantité d'affiches déployées à travers la ville.

Les sondages créditent toutefois le maire sortant, Ekrem Imamoglu, d'une légère avance. Mais le président Erdogan, aidé par une presse très largement sous le contrôle du pouvoir, a déjoué les pronostics lors de la présidentielle de mai 2023.

Ekrem Imamoglu a ironisé sur l'implication du chef de l'Etat dans la campagne: "je me demande qui est notre rival ?", a-t-il feint de s'interroger face à une foule de supporters.

Refusant de perdre Istanbul, le président turc avait fait rejouer l'élection de 2019, pour finalement voir Imamoglu l'emporter de plus belle lors du second scrutin organisé trois mois plus tard.

La rancoeur est tenace: sans jamais prononcer son nom, le chef de l'Etat, qui dispose d'un temps de parole illimité à la télévision, lance régulièrement ses piques contre le maire d'Istanbul, devenu son plus sérieux rival au plan national.

Le chef de l'Etat l'accuse de n'être qu'"un maire à temps partiel", dévoré par ses ambitions présidentielles.

Pour nombre d'observateurs, une réélection dimanche d'Ekrem Imamoglu lui ferait gagner des points dans la course à la présidentielle de 2028.

Berk Esen, spécialiste politique à l'université stambouliote Sabanci, souligne qu'en tant que maire d'Istanbul, Imamoglu "peut rencontrer quotidiennement des milliers d'électeurs" et donc se retrouver très facilement "en une des journaux".

En reprenant Istanbul, estime-t-il, "Erdogan entend mettre un terme à tout cela".


Israël annonce des frappes imminentes sur des cibles du Hezbollah dans le sud du Liban

L'armée israélienne a appelé lundi des habitants de deux villages du sud du Liban à évacuer leurs maisons, en avertissant qu'elle allait frapper des "infrastructures" militaires du groupe Hezbollah dans cette région. (AFP)
L'armée israélienne a appelé lundi des habitants de deux villages du sud du Liban à évacuer leurs maisons, en avertissant qu'elle allait frapper des "infrastructures" militaires du groupe Hezbollah dans cette région. (AFP)
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  • "L'armée israélienne va bientôt frapper les infrastructures militaires appartenant à l'organisation terroriste Hezbollah dans le sud du Liban"
  • L'armée israélienne a appelé lundi des habitants de deux villages du sud du Liban à évacuer leurs maisons

JERUSALEM: L'armée israélienne a appelé lundi des habitants de deux villages du sud du Liban à évacuer leurs maisons, en avertissant qu'elle allait frapper des "infrastructures" militaires du groupe Hezbollah dans cette région.

"L'armée israélienne va bientôt frapper les infrastructures militaires appartenant à l'organisation terroriste Hezbollah dans le sud du Liban, en réponse aux tentatives interdites de cette organisation de reprendre ses opérations dans la région", a écrit sur X le colonel Avichay Adraee, porte-parole de l'armée israélienne en langue arabe, en appelant les habitants de deux villages, Kfar Tibnit et Ain Qana, à immédiatement quitter leur logement.

 


Un mort et des blessés lors de frappes israéliennes dans le sud du Liban

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  • Le ministère libanais de la Santé a indiqué dimanche qu'une personne avait été tuée et six autres avaient blessées, parmi lesquelles deux enfants, par une frappe israélienne à Abba, dans la région de Nabatiyé
  • Selon l'agence de presse officielle libanaise (ANI), la frappe a touché un véhicule, tuant son conducteur, et un garçon a été blessé lorsque la voiture de sa famille est passée au moment du raid

BEYROUTH: Des frappes israéliennes dans le sud du Liban ont fait un mort et plusieurs blessés dimanche, a indiqué le ministère de la Santé, l'armée israélienne affirmant avoir visé des cibles du mouvement islamiste libanais Hezbollah.

Israël mène régulièrement des frappes au Liban malgré la trêve conclue en novembre 2024, censée mettre fin à plus d'un an d'hostilités, dont deux mois de guerre ouverte avec le mouvement pro-iranien.

L'armée israélienne affirme viser principalement des membres du Hezbollah ou ses infrastructures, et maintient des troupes dans cinq zones frontalières du sud du Liban.

Le ministère libanais de la Santé a indiqué dimanche qu'une personne avait été tuée et six autres avaient blessées, parmi lesquelles deux enfants, par une frappe israélienne à Abba, dans la région de Nabatiyé, dans le sud du pays.

Selon l'agence de presse officielle libanaise (ANI), la frappe a touché un véhicule, tuant son conducteur, et un garçon a été blessé lorsque la voiture de sa famille est passée au moment du raid.

De son côté, l'armée israélienne a indiqué avoir ciblé un membre du Hezbollah près d'Abba, "en réponse aux violations répétées des accords de cessez-le-feu par le Hezbollah".

Plus tôt dimanche, le ministère libanais de la Santé avait fait état d'une frappe dans la région de Saïda, loin de la frontière israélienne, qui a blessé une personne.

D'après l'ANI, elle visait un bulldozer "alors qu'il s'efforçait de déblayer les décombres" du site d'une précédente frappe israélienne.

L'armée israélienne a, elle, dit avoir visé "plusieurs véhicules d'ingénierie du Hezbollah" utilisés "pour rétablir des sites d'infrastructure terroriste dans la région", précisant toutefois qu'ils se trouvaient dans une autre zone du sud du Liban que celle mentionnée par le ministère.

Toujours dimanche, l'ANI a indiqué que l'armée israélienne avait largué des tracts visant à intimider les habitants de Bint Jbeil, dans le sud du Liban, près de la frontière. Elle a publié une photographie de l'un de ces tracts, qui comportait un avertissement aux habitants selon lequel des membres du Hezbollah utilisaient un hôpital de la ville.

Dans un communiqué, le ministère de la Santé a condamné "avec la plus grande fermeté les menaces contre les hôpitaux du sud, et les considère comme une attaque grave et une violation flagrante des lois et conventions internationales".

L'hôpital Salah Ghandour de Bint Jbeil, géré par le Comité islamique de santé affilié au Hezbollah, a indiqué dans un communiqué que les tracts contenaient "une menace claire contre l'hôpital, fondée sur des prétextes fallacieux dépourvus de tout fondement", et a rejeté ce qu'il a décrit comme des tentatives de ternir l’image de l’établissement.

L'enceinte de l'hôpital Salah Ghandour et ses abords ont été frappés en 2024 lors des hostilités avec le Hezbollah.

Sous forte pression américaine et par crainte d'une intensification des frappes israéliennes, le Liban s'était engagé, comme prévu par l'accord de cessez-le-feu, à désarmer le Hezbollah et à démanteler d'ici la fin de l'année 2025 ses structures militaires entre la frontière israélienne et le fleuve Litani, à une trentaine de kilomètres plus au nord.

Israël a mis en doute l'efficacité de l'armée libanaise dans ce processus et accusé le Hezbollah de se réarmer, tandis que le mouvement chiite a rejeté les appels à abandonner ses armes.

Plus de 360 personnes ont été tuées par des tirs israéliens au Liban depuis le cessez-le-feu, selon un bilan de l'AFP basé sur les statistiques du ministère libanais de la Santé.


La position de l'Arabie saoudite sur l'escalade régionale n'a pas changé, selon une source saoudienne à Asharq Al-Awsat

Un haut responsable saoudien a rejeté les informations selon lesquelles le Royaume aurait changé de position sur l'escalade dans la région, selon un rapport publié dimanche par Asharq Al-Awsat. (AN)
Un haut responsable saoudien a rejeté les informations selon lesquelles le Royaume aurait changé de position sur l'escalade dans la région, selon un rapport publié dimanche par Asharq Al-Awsat. (AN)
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  • Le prince héritier Mohammed ben Salmane a souligné mardi que Riyad respectait la souveraineté de Téhéran
  • Lors d'un appel téléphonique avec le président iranien Masoud Pezeshkian, il a souligné le soutien de l'Arabie saoudite à tous les efforts qui aideraient à résoudre les différends par le dialogue

RIYAD: Un haut responsable saoudien a rejeté les informations selon lesquelles le Royaume aurait changé de position sur l'escalade dans la région, selon un rapport publié dimanche par Asharq Al-Awsat.

La source a souligné au journal que l'Arabie saoudite soutient les efforts visant à trouver une solution pacifique par la diplomatie et le dialogue à tous les différends entre les États-Unis et l'Iran.

La source a également réitéré le rejet par le Royaume de l'utilisation de son espace aérien et de ses territoires dans toute opération militaire contre l'Iran.

Le prince héritier Mohammed ben Salmane a souligné mardi que Riyad respecte la souveraineté de Téhéran et que le Royaume ne permettra pas que son espace aérien ou ses territoires soient utilisés dans toute opération militaire contre l'Iran.

Lors d'un appel téléphonique avec le président iranien Masoud Pezeshkian, il a souligné le soutien de l'Arabie saoudite à tous les efforts qui aideraient à résoudre les différends par le dialogue dans le but de soutenir la sécurité et la stabilité régionales.

M. Pezeshkian a déclaré que ses entretiens avec le prince héritier avaient porté sur l'évolution de la situation en Iran et sur le dossier nucléaire.

Il a exprimé sa gratitude à l'Arabie saoudite pour sa position ferme en matière de respect de la souveraineté et de l'intégrité territoriale de l'Iran. Il a également salué le rôle et les efforts du prince Mohammed dans l'instauration de la sécurité et de la stabilité dans la région.