Attaquer directement Israël n'est plus tabou pour l'Iran

Au cours des 45 dernières années, les deux ennemis ont pris l'habitude de lancer des opérations clandestines, qu'ils ne revendiquent pas, ou de s'en remettre à des actions menées par des organisations non-étatiques, comme le Hezbollah libanais soutenu par Téhéran. (AFP).
Au cours des 45 dernières années, les deux ennemis ont pris l'habitude de lancer des opérations clandestines, qu'ils ne revendiquent pas, ou de s'en remettre à des actions menées par des organisations non-étatiques, comme le Hezbollah libanais soutenu par Téhéran. (AFP).
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Publié le Mardi 16 avril 2024

Attaquer directement Israël n'est plus tabou pour l'Iran

  • Au cours des 45 dernières années, les deux ennemis ont pris l'habitude de lancer des opérations clandestines, qu'ils ne revendiquent pas,
  • "Aujourd’hui, l’équation stratégique a changé. Cibler les forces et les moyens iraniens entraînera une réponse directe", a averti Mohammad Jamshidi

TEHERAN: En attaquant pour la première fois le territoire israélien, l'Iran a annoncé avoir appliqué sa nouvelle stratégie: répliquer directement depuis son territoire à Israël lorsque les intérêts iraniens seront pris pour cibles en Iran ou à l'étranger.

Ce changement de posture face à son ennemi juré a été dévoilé par les dirigeants politiques et militaires iraniens qui se sont exprimés depuis la vague de drones, missiles balistiques et de croisière lancés samedi soir vers Israël.

Israël a affirmé avoir intercepté, avec l'aide des Etats-Unis notamment, 99% des plus de 350 projectiles. Seuls quelques missiles sont entrés dans l'espace aérien israélien touchant "légèrement" une base militaire et il y a eu quelques blessés, d'après lui.

A Téhéran, le président Ebrahim Raïssi a dit avoir infligé une "leçon instructive à l'ennemi sioniste".

Pour lui, "la punition de l'agresseur" s'est réalisée sur "la base du droit légitime de se défendre" après la mort de sept militaires iraniens dans une frappe attribuée à Israël contre le consulat iranien à Damas le 1er avril.

Mais l'envergure de la riposte a surpris la communauté internationale car la République islamique s'était gardée d'attaquer frontalement Israël depuis son instauration en 1979.

Au cours des 45 dernières années, les deux ennemis ont pris l'habitude de lancer des opérations clandestines, qu'ils ne revendiquent pas, ou de s'en remettre à des actions menées par des organisations non-étatiques, comme le Hezbollah libanais soutenu par Téhéran.

« La nouvelle stratégie »

"Aujourd’hui, l’équation stratégique a changé. Cibler les forces et les moyens iraniens entraînera une réponse directe", a averti Mohammad Jamshidi, un conseiller de M. Raïssi, dans un message posté sur X dimanche.

Hossein Salami, le commandant des Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de la République islamique, a été plus explicite: "la nouvelle équation est la suivante: désormais, en cas d'attaque israélienne contre des intérêts, des personnalités ou des citoyens iraniens n’importe où, il y aura une riposte" lancée depuis l'Iran.

Saluant à la une le succès "historique" de l'attaque, le quotidien gouvernemental Iran a souligné lundi qu'elle illustrait la "nouvelle stratégie du pouvoir dans la région".

Elle représente "un test dont l'Iran avait besoin pour savoir comment agir dans les batailles futures", a renchéri le quotidien ultraconservateur Javan.

Le journal réformateur Ham Mihan souligne que "la réponse directe" de l'Iran à Israël a "mis fin au statu quo et brisé les règles du conflit qui oppose les deux parties" depuis des décennies.

"Il n'y a plus de guerre de l'ombre entre les deux camps", qui "peuvent oser attaquer directement l'autre partie", écrit-il.

Cela n'avait pas été le cas après les précédentes attaques attribuées à Israël contre des intérêts iraniens en Syrie, ou ailleurs, ces dernières années.

« L'ère de la patience est terminée »

Depuis le début de la guerre à Gaza entre Israël et le Hamas, déclenchée par une attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien le 7 octobre, l'Iran défend avec force ce mouvement. En s'appuyant surtout, selon des experts, sur la stratégie d'essayer d'épuiser Israël par des actions menées par ses alliés, les Houthis yéménites ou le Hezbollah libanais.

En 2020, l'Iran avait aussi choisi une réaction relativement limitée, selon les spécialistes, à la mort du général Qassem Soleimani, un important chef  des Gardiens de la Révolution, dans une frappe américaine près de Bagdad en janvier 2020.

Quatre jours plus tard, il avait lancé des missiles contre deux bases américaines en Irak, mais en avertissant au préalable les Etats-Unis selon des sources américaines. Aucun soldat n'avait été tué.

Dans son message dimanche, Mohammad Jamshidi a souligné: "l'ère de la patience stratégique face aux vices du régime sioniste est terminée".

Le concept de la "patience stratégique" a été défendu par l'ex-président modéré Hassan Rohani après la décision des Etats-Unis de quitter l'accord sur le nucléaire en 2018 sous la présidence de Donald Trump. Il justifiait le fait que Téhéran ne prendrait pas immédiatement de contre-mesures et attendrait la bonne opportunité en pariant sur le long terme.

Après la frappe contre le consulat d'Iran à Damas, des partisans de la République islamique ont critiqué cette stratégie, estimant qu'elle était trop passive et encourageait Israël à mener davantage d'attaques contre les intérêts iraniens.

"L'opération victorieuse" contre Israël a "renforcé la dissuasion stratégique de l'Iran face aux ennemis", a affirmé lundi le ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian.


La Turquie se prépare aux obsèques des neuf victimes de la tuerie scolaire de Kahramanmaras

La Turquie, sous le choc de la tuerie perpétrée dans un établissement scolaire par un adolescent adepte de théories misogynes venues des Etats-Unis selon de premiers éléments d'enquête, se prépare à rendre hommage jeudi aux neuf victimes, dont les obsèques sont célébrées à Kahramanmaras (sud). (AFP)
La Turquie, sous le choc de la tuerie perpétrée dans un établissement scolaire par un adolescent adepte de théories misogynes venues des Etats-Unis selon de premiers éléments d'enquête, se prépare à rendre hommage jeudi aux neuf victimes, dont les obsèques sont célébrées à Kahramanmaras (sud). (AFP)
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  • "Des mandats d'arrêt ont été émis contre 83 personnes qui se sont livrées à des posts et à des activités faisant l'apologie de crimes et de criminels affectant négativement l'ordre public, et des poursuites ont été déclenchées contre elles"
  • La police turque a par ailleurs indiqué que l'auteur de la tuerie scolaire de Kahramanmaras, un adolescent de 14 ans, "utilisait sur son profil WhatsApp une image faisant référence à Elliot Rodger, qui avait perpétré un attentat aux Etats-Unis en 2014"

KAHRAMNMARAS: La Turquie, sous le choc de la tuerie perpétrée dans un établissement scolaire par un adolescent adepte de théories misogynes venues des Etats-Unis selon de premiers éléments d'enquête, se prépare à rendre hommage jeudi aux neuf victimes, dont les obsèques sont célébrées à Kahramanmaras (sud).

L'attaque de mercredi, qui a provoqué la mort de huit élèves et une enseignante, était la seconde en une semaine dans le pays.

Mardi, un premier adolescent né en 2007 et armé d'un fusil à pompe avait déjà fait seize blessés dans un lycée technique de la province turque de Sanliurfa (sud-est), parmi lesquels dix élèves et quatre enseignants.

La police turque a indiqué jeudi avoir émis des mandats d'arrêt contre 83 personnes pour s'être livrées à l'apologie en ligne des fusillades dans des établissements scolaires cette semaine.

"Des mandats d'arrêt ont été émis contre 83 personnes qui se sont livrées à des posts et à des activités faisant l'apologie de crimes et de criminels affectant négativement l'ordre public, et des poursuites ont été déclenchées contre elles", a indiqué la police dans un communiqué.

La direction générale de la police turque a par ailleurs indiqué que l'auteur de la tuerie scolaire de Kahramanmaras, un adolescent de 14 ans, "utilisait sur son profil WhatsApp une image faisant référence à Elliot Rodger, qui avait perpétré un attentat aux Etats-Unis en 2014".

Le père du tireur, identifié comme un ancien inspecteur de police, a été interpellé mercredi et placé en détention provisoire, a-t-elle précisé.

Le parquet de Kahramanmaras a quant à lui indiqué jeudi que l'adolescent avait prémédité l'attaque "d'ampleur", d'après un "document du 11 avril 2026" retrouvé dans son ordinateur.

La référence à Elliot Rodger renvoie à l'auteur de la tuerie d'Isla Vista, en 2014 en Californie. Cet homme avait fait six morts sur le campus d'une université de Santa Barbara, avant de se suicider. Il avait expliqué dans une vidéo diffusée avant son crime que cette attaque était un "châtiment" pour les femmes qui l'avaient rejeté.

Les huit élèves victimes de l'attaque de mercredi, cinq garçons et trois filles, avaient entre 10 et 11 ans et l'enseignante était âgée de 55 ans, selon une liste d'avis de décès de la municipalité de Kahramanmaras, consultée par l'AFP.

Les établissements scolaires de la province de Kahramanmaras resteront fermés jeudi et vendredi, a indiqué le ministre de l'Intérieur.

L'auteur de la tuerie est décédé, avait indiqué mercredi le gouverneur de la province de Kahramanmaras, Mükerrem Ünlüer, sans être en mesure de préciser "s'il s'agit d'un suicide ou si cela s'est produit dans le chaos".

"Les supports numériques saisis lors des perquisitions au domicile de l'auteur et dans le véhicule de son père ont été confisqués et sont en cours d'analyse. (...) D'après les premiers éléments recueillis, aucun lien avec le terrorisme n'a été établi, il s'agit vraisemblablement d'un acte isolé", a ajouté la police turque.

"Un élève est arrivé à l'école avec des armes, vraisemblablement celles de son père, dans son sac à dos. Il est entré dans deux salles de classe et a ouvert le feu au hasard", avait détaillé M. Ünlüer.

Ce type d'incident est rare en Turquie où, selon les estimations d'une fondation locale, des dizaines de millions d'armes à feu sont en circulation, la plupart illégalement.

 


Trump affirme que «les dirigeants» israélien et libanais vont se parler jeudi

Une photo prise depuis la région de Tyr, au sud du Liban, montre la fumée s'élevant du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé le village d'al-Mansouri le 15 avril 2026. (AFP)
Une photo prise depuis la région de Tyr, au sud du Liban, montre la fumée s'élevant du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé le village d'al-Mansouri le 15 avril 2026. (AFP)
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  • "On essaie de créer un peu de répit entre Israël et le Liban. Cela fait longtemps que les deux dirigeants ne se sont pas parlé, environ 34 ans. Ça va se faire demain", a écrit M. Trump sur son réseau Truth Social
  • Un peu plus tôt, un haut responsable américain avait fait savoir que le président américain jugerait "bienvenue la fin des hostilités au Liban" avec un accord de paix avec Israël

BEYROUTH: Les "dirigeants" d'Israël et du Liban vont se parler jeudi, a affirmé mercredi soir le président américain Donald Trump, après des discussions directes cette semaine entre les deux pays.

Cette annonce survient alors qu'Israël et le Hezbollah sont en guerre depuis le 2 mars. Le mouvement pro-iranien libanais a revendiqué jeudi matin plusieurs attaques aux drones visant des positions militaires dans le nord d'Israël.

"On essaie de créer un peu de répit entre Israël et le Liban. Cela fait longtemps que les deux dirigeants ne se sont pas parlé, environ 34 ans. Ça va se faire demain", a écrit M. Trump sur son réseau Truth Social.

Le président n'a toutefois pas précisé de quels dirigeants il parlait.

Un peu plus tôt, un haut responsable américain avait fait savoir que le président américain jugerait "bienvenue la fin des hostilités au Liban" avec un accord de paix avec Israël.

Il a toutefois précisé que cet éventuel accord n'entrait pas dans le cadre des négociations entre les Etats-Unis et l'Iran visant à obtenir une fin durable du conflit au Moyen-Orient, déclenché le 28 février par une attaque israélo-américaine contre l'Iran. Une trêve est en vigueur depuis le 8 avril.

"Les Etats-Unis souhaitent voir s'instaurer une paix durable, mais n'ont pas exigé un cessez-le-feu immédiat" entre Israël et le Hezbollah, a indiqué à la presse ce responsable, sous couvert d'anonymat.

 


Le prince héritier saoudien et le Premier ministre pakistanais discutent de la médiation entre les États-Unis et l'Iran

Le prince héritier Mohammed bin Salman et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif se rencontrent en Arabie saoudite mercredi. (SPA Screengrab)
Le prince héritier Mohammed bin Salman et le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif se rencontrent en Arabie saoudite mercredi. (SPA Screengrab)
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  • Les pourparlers de Djeddah mettent l'accent sur la nécessité de reprendre les négociations
  • Les efforts de médiation du Pakistan occupent le devant de la scène

RIYAD/DJEDDAH : Le prince héritier Mohammed bin Salman a rencontré le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif à Jeddah mercredi, avec des entretiens axés sur la diplomatie régionale et les efforts visant à faire progresser les négociations entre les États-Unis et l'Iran.

La réunion a souligné le rôle du Pakistan dans la facilitation du dialogue, les deux dirigeants ayant passé en revue les développements entourant les pourparlers entre les États-Unis et l'Iran organisés par Islamabad et souligné l'importance d'un engagement diplomatique soutenu pour rétablir la stabilité dans la région.

Le prince héritier a salué les efforts déployés par M. Sharif pour soutenir la croissance économique du Pakistan et renforcer le partenariat stratégique entre l'Arabie saoudite et le Pakistan.

Le prince héritier a également salué les efforts diplomatiques du Premier ministre Sharif et du chef d'état-major de l'armée pakistanaise, le maréchal Asim Munir.
Une vidéo de l'agence de presse saoudienne a montré les discussions entre les deux dirigeants, accompagnés du ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, et de son homologue pakistanais, Ishaq Dar. Le ministre de la Défense, le prince Khalid bin Salman, le ministre d'État et conseiller à la sécurité nationale, Musaed Al-Aiban, et de hauts responsables pakistanais ont également assisté à la réunion.

M. Sharif est arrivé à Djeddah plus tôt dans la journée, première étape d'une tournée diplomatique de quatre jours en Arabie saoudite, au Qatar et en Turquie, qui s'inscrit dans le cadre d'une initiative plus large visant à créer une dynamique avant un éventuel deuxième cycle de négociations entre les États-Unis et l'Iran, qui se déroulerait au Pakistan.

"Le Premier ministre Muhammad Shehbaz Sharif effectuera des visites officielles au Royaume d'Arabie saoudite, à l'État du Qatar et à la République de Turquie du 15 au 18 avril 2026", a indiqué le ministère pakistanais des affaires étrangères dans un communiqué.

M. Sharif participera au forum diplomatique d'Antalya pendant son séjour en Turquie.

Il tiendra également des réunions bilatérales avec le président Recep Tayyip Erdogan et d'autres dirigeants en marge du forum d'Antalya, précise le communiqué.

Washington et Téhéran ont tenu leurs premiers entretiens en face à face depuis des décennies à Islamabad le week-end dernier, avec des efforts de médiation en cours pour mettre fin à la guerre qui a commencé lorsque les États-Unis et Israël ont attaqué l'Iran le 28 février.

Le conflit a exacerbé les tensions au Moyen-Orient, l'Iran ayant pris pour cible les alliés des États-Unis dans le Golfe, notamment l'Arabie saoudite et le Qatar, en guise de représailles, et perturbé les flux d'énergie en provenance de la région.

Les pourparlers d'Islamabad se sont terminés sans percée, mais le président américain Donald Trump a déclaré que les négociations pourraient reprendre cette semaine dans la capitale pakistanaise.

Un cessez-le-feu fragile reste en place jusqu'à la semaine prochaine, bien que les États-Unis aient ordonné un blocus naval de l'Iran.

M. Sharif était accompagné de M. Dar - une figure clé des efforts de médiation - et d'autres hauts fonctionnaires lors de ses visites, a indiqué son bureau mercredi après-midi.

Le Pakistan et l'Arabie saoudite entretiennent des liens étroits et le ministère des finances d'Islamabad a annoncé mercredi que Riyad fournirait au Pakistan 3 milliards de dollars pour l'aider à renforcer ses réserves de change.

Le ministère des finances a déclaré qu'un dépôt saoudien existant de 5 milliards de dollars serait également prolongé pour une période non précisée.

(Avec SPA et AFP)