L'Inde se prépare à de nouvelles législatives dont Modi est donné vainqueur

Longtemps ostracisé par certains pays occidentaux pour son nationalisme hindou décomplexé, le Premier ministre indien Narendra Modi, favori des législatives qui débutent vendredi, est devenu un acteur incontournable sur la scène internationale. (AFP)
Longtemps ostracisé par certains pays occidentaux pour son nationalisme hindou décomplexé, le Premier ministre indien Narendra Modi, favori des législatives qui débutent vendredi, est devenu un acteur incontournable sur la scène internationale. (AFP)
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Publié le Mardi 16 avril 2024

L'Inde se prépare à de nouvelles législatives dont Modi est donné vainqueur

  • Modi est encore très populaire après deux mandats, au cours desquels l'Inde a accru son influence diplomatique et son poids économique
  • Les analystes politiques l'ont d'ores et déjà donné vainqueur face à une coalition de partis d'opposition qui n'a pas encore nommé son candidat pour le poste de Premier ministre

NEW DELHI: Les élections législatives en Inde débutent vendredi pour une durée de six semaines, la victoire apparemment inéluctable du Premier ministre nationaliste hindou Narendra Modi suscitant des inquiétudes pour l'état de santé de la plus grande démocratie du monde.

M. Modi est encore très populaire après deux mandats, au cours desquels l'Inde a accru son influence diplomatique et son poids économique.

Selon une enquête Pew publiée l'an dernier, il bénéficiait d'une opinion favorable de 80% des Indiens après presque une décennie au pouvoir.

Il a déjà donné au parti nationaliste hindou Bharatiya Janata (BJP) deux victoires écrasantes en 2014 et 2019 en jouant sur la fibre religieuse de l'électorat hindou.

Cette année, il a inauguré dans la ville d'Ayodhya un grand temple dédié à la divinité Ram, bâti sur le site d'une mosquée vieille de plusieurs siècles détruite par des fanatiques hindous.

Cet événement, très attendu par ses militants, a bénéficié d'une ample couverture médiatique et de festivités publiques dans toute l'Inde.

"La nation est en train de créer la genèse d'une histoire nouvelle", a-t-il clamé aux milliers de personnes rassemblées pour la cérémonie, parmi lesquelles des célébrités de Bollywood et des stars du cricket.

Les analystes politiques l'ont d'ores et déjà donné vainqueur face à une coalition de partis d'opposition qui n'a pas encore nommé son candidat pour le poste de Premier ministre.

Plusieurs enquêtes criminelles ouvertes contre ses opposants ont fait réagir le Haut-Commissaire des droits de l'homme de l'ONU, Volker Türk, et des organisations de défense des droits humains, qui estiment que les élections sont biaisées.

"Je n'ai pas besoin que les Nations unies me disent que nos élections doivent être libres et équitables", a rétorqué le ministre des Affaires étrangères S. Jaishankar devant la presse pendant sa campagne ce mois-ci.

"Le peuple indien y veillera", a-t-il ajouté. "Pas d'inquiétude à cet égard."

Narendra Modi, le nationaliste indien devenu très fréquentable

Longtemps ostracisé par certains pays occidentaux pour son nationalisme hindou décomplexé, le Premier ministre indien Narendra Modi, favori des législatives qui débutent vendredi, est devenu un acteur incontournable sur la scène internationale.

Le président russe Vladimir Poutine vante le "partenariat privilégié" entre les deux pays, son homologue américain Joe Biden évoque des "valeurs communes" et l'a convié à s'exprimer devant le Congrès à Washington, et Emmanuel Macron n'est pas en reste.

Le chef d'Etat français l'a ainsi convié comme invité d'honneur du défilé militaire du 14-Juillet à Paris l'an dernier, lui remettant la plus haute distinction nationale pour "l'excellente relation d'amitié et de confiance qui unit la France et l'Inde".

Le dirigeant indien âgé de 73 ans lui a rendu la politesse en le recevant avec faste pour la fête de la Constitution en janvier, quatre mois après avoir accueilli le gotha mondial lors du G20 de New Delhi.

Un parcours aux allures de revanche pour ce fils d'un simple vendeur de thé, qui avait été déclaré persona non grata aux Etats-Unis et au Royaume-Uni après des émeutes interreligieuses sanglantes en 2002 au Gujarat, Etat dont il était alors gouverneur.

Arrivé au pouvoir avec son parti le BJP en 2014, ce tribun charismatique et autoritaire, à la barbe blanche soigneusement taillée, n'a pourtant pas dérivé de sa ligne suprématiste hindoue, la religion majoritaire dans ce pays de 1,4 milliard d'habitants, au détriment notamment de la minorité musulmane.

Mais sa "nouvelle Inde" à l'économie modernisée et numérique est vue comme un contrepoids à la Chine et connaît la croissance la plus soutenue des grandes économies, dépassant l'ancienne puissance coloniale britannique et devenant un client de choix pour les exportations d'armes, de pétrole et d'avions.

«Humbles origines»

Né le 17 septembre 1950 dans le Gujarat, à 900 km au sud-ouest de New Delhi, Narendra Modi est le troisième des six enfants d'un vendeur de thé à la gare de sa localité, Vadnagar.

Des origines modestes dont il joue toujours volontiers, se posant en champion des "petites gens" et privilégiant l'hindi dans ses allocutions officielles, là où ses prédécesseurs préféraient l'anglais.

"Oui, une personne d'origine modeste est devenue Premier ministre", s'était-il félicité lors d'un discours en 2019, affirmant que ses opposants le "détestent à cause de (ses) humbles origines".

Membre très jeune du mouvement nationaliste Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), Narendra Modi se fait rapidement remarquer pour ses qualités d'orateur et son ambition.

Il monte en grade au sein de cette organisation de masse aux méthodes paramilitaires, rejoignant son aile politique, le BJP, jusqu'à devenir le chef de l'exécutif du Gujarat en 2001.

L'année suivante, des émeutes intercommunautaires éclatent dans cet Etat après la mort de dizaines de pèlerins hindous dans un incendie. On décompte au moins 1.000 morts, en majorité des musulmans. M. Modi est accusé d'avoir attisé les troubles et de ne pas avoir mobilisé les forces de l'ordre pour y mettre fin.

Visé par une enquête et finalement blanchi, le dirigeant, entre temps mis au ban par Washington et Londres, devait déclarer à la BBC par la suite que sa seule erreur avait été de ne pas avoir su "gérer les médias".

Puissance majeure 

Son gouvernement est depuis régulièrement accusé par les défenseurs des droits et l'opposition d'instrumentaliser la justice et d'intimider les médias à des fins politiques.

A l'approche du scrutin qui se déroulera jusqu'à début juin, M. Modi a promis de faire de l'Inde une des "trois principales économies du monde" d'ici 2027 et de "lancer un assaut final et décisif contre la pauvreté".

Autre cheval de bataille: l'adoption d'un code civil unique, visant à standardiser les lois sur des sujets comme le mariage, le divorce ou l'héritage pour les diverses religions et croyances.

Présenté comme un gage de modernité et d'égalité des sexes, ce projet est perçu par de nombreuses communautés, en particulier les quelque 210 millions de musulmans, comme une attaque contre leurs règles religieuses et leur identité.

Le dirigeant juge que sa politique permet à l'Inde d'enfin assumer pleinement son statut de puissance majeure, après des siècles d'asservissement aux moghols musulmans puis à l'empire britannique.

En janvier, il avait inauguré un temple hindou à Ayodhya (nord) sur l'emplacement d'une mosquée centenaire, symbole selon lui d'un pays "brisant les chaînes de l'esclavage".

Arrestations et gel des comptes 

Le Congrès, principal parti d'opposition qui a dirigé le pays presque sans interruption pendant des décennies après l'indépendance de l'Inde, n'est plus que l'ombre de lui-même et ne gouverne plus que dans trois des 28 Etats du pays.

Ses dirigeants ont constitué une coalition avec plus d'une vingtaine de partis régionaux pour affronter le BJP et ses rouages électoraux bien huilés et généreusement financés.

Mais le bloc est en proie à des différends sur les accords de partage des sièges, et a subi la défection vers le gouvernement d'un de ses dirigeants.

La coalition accuse le gouvernement de M. Modi d'instrumentaliser la justice pour neutraliser certains dirigeants de l'opposition, visés par des enquêtes criminelles, dont le ministre en chef de Delhi Arvind Kejriwal.

Le leader du Congrès Rahul Gandhi, 53 ans, dont le père, la grand-mère et l'arrière-grand-père ont tous été Premier ministre, a été brièvement écarté du Parlement l'an dernier après avoir été reconnu coupable de diffamation.

Les comptes bancaires de son parti sont gelés depuis février par le fisc indien, à la suite d'un différend sur des déclarations de revenu datant d'il y a cinq ans.

"Nous n'avons pas d'argent pour faire campagne, nous ne pouvons pas soutenir nos candidats", a prévenu Rahul Gandhi en mars. "Notre faculté de livrer la bataille électorale a été endommagée."

«Mépris de toute dissidence»

Rahul Gandhi blâme le gouvernement pour le recul démocratique et le nationalisme hindou qui inquiète la minorité musulmane du pays, forte de 220 millions de personnes dans ce pays de plus de 1,4 milliard d'habitants.

Sous les mandats de M. Modi, l'Inde est devenue la cinquième économie mondiale devant le Royaume-Uni, l'ancienne puissance coloniale.

Les défenseurs des droits affirment que la liberté de la presse est de plus en plus attaquée.

Depuis l'arrivée au pouvoir de M. Modi en 2014, l'Inde a perdu 21 places dans le classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, se situant au 161e rang sur 180 pays.

Son troisième mandat, s'il le remporte, "sera encore plus caractérisé par le mépris de toute dissidence", a prédit à l'AFP le politologue Suhas Palshikar.

Au total, 970 millions d'Indiens seront appelés à élire les 543 membres de la chambre basse, soit plus que la population totale des Etats-Unis, de l'Union européenne et de la Russie réunis.

Le vote se déroulera en sept étapes entre le 19 avril et le 1er juin, avec plus d'un million de bureaux de vote à travers le pays.

Les bulletins de vote de tout le pays seront dépouillés le 4 juin. Les résultats sont généralement annoncés le même jour.

Elections nationales en Inde : ce qu'il faut savoir

Les élections législatives en Inde débuteront vendredi avec près d'un milliard d'électeurs appelés aux urnes dans la plus grande démocratie du monde.

Comment votent les Indiens ? 

Tous les Indiens âgés de 18 ans et plus ont le droit de voter, soit 968 millions d'électeurs, selon la commission électorale. Le taux de participation aux dernières élections nationales a dépassé 67%, avec près de 615 millions de voix exprimées.

L'Inde a recours au vote sur machine électronique qui fait gagner du temps, notamment pour le dépouillement.

Selon la commission électorale, le système est sûr, sans risque d'être contrôlé à distance ni de voir les résultats altérés.

Des machines d'audit dans les bureaux permettent aux électeurs de vérifier que leur vote a bien été enregistré.

Des fonctionnaires doivent acheminer le matériel de vote par tous les moyens, parfois même à dos de chameau, de mulet et ou de yak, selon les régions, pour s'assurer que chaque électeur puisse s'exprimer.

Ils sont parfois accompagnés par des forces de sécurité dans des régions au passé insurrectionnel.

Quelle logistique ? 

Du fait de la croissance de la population et du nombre d'électeurs en Inde, cette élection nationale, comme les précédentes, représente le plus grand exercice démocratique de l’histoire.

Au total, 15 millions d'agents électoraux seront mobilisés pour ce scrutin, dont certains issus de multiples secteurs de la fonction publique.

Les lois électorales garantissent qu'aucun électeur ne soit éloigné de plus de deux kilomètres d'un isoloir.

Ainsi, lors des dernières élections, en 2019, un isoloir avait été installé pour un électeur qui vivait au cœur d’une forêt de l’Etat du Gujarat, à l’ouest du pays.

Selon les organisateurs, faire fonctionner les 1,05 million de bureaux de vote en une seule journée est une tâche logistique impossible. Le scrutin est donc étalé sur six semaines.

La météo locale, les fêtes religieuses, les récoltes agricoles et les calendriers scolaires sont également pris en compte pour garantir que toute l'Inde puisse prendre part au vote.

Combien coûte l'élection ?

Selon un rapport du Centre d'études sur les médias (CMS) 8,7 milliards de dollars ont été dépensés pour les élections de 2019.

Environ un quart de ce montant était constitué de paiements en espèces versés directement aux électeurs par les candidats pour tenter d'influencer leur décision, selon le rapport.

En février, ce groupe de réflexion prévoyait que les dépenses électorales de cette année dépassent 14,2 milliards de dollars, un montant presque équivalent à celles des élections de 2020 aux États-Unis.

Quelles perspectives ? 

Le Premier ministre Narendra Modi, 73 ans, brigue un troisième mandat après ses victoires écrasantes aux élections de 2014 et 2019.

Selon une enquête de l'institut Pew publiée l'an dernier, il bénéficiait d'une opinion favorable de 80% des Indiens après près d'une décennie au pouvoir.

L'opposition a été handicapée par des luttes intestines mais aussi, selon les défenseurs des droits, par des enquêtes judiciaires à caractère politique visant à barrer la route à tout adversaire du parti nationaliste hindou, Bharatiya Janata (BJP), de M. Modi.

Si la victoire du BJP ne fait guère de doute, son ampleur reste à vérifier. Les dirigeants du parti assurent publiquement qu'ils remporteront une majorité des deux tiers à la chambre basse.

Un tel résultat permettrait au parti de modifier la constitution laïque de l'Inde à sa guise et de poursuivre d'autres projets, comme celui, controversé, d'un code cicil unique visant à uniformiser des lois comme celles sur le mariage et le divorce qui diffèrent selon les religions, notamment musulmane et sikh.

A quand les résultats ?

La publication de données à la sortie des urnes est illégale en vertu de la loi indienne.

Le dépouillement ne commencera pas avant la fin des opérations de vote dans chacun des 28 États et huit territoires du pays prévu le 1er juin. Le dépouillement commencera trois jours plus tard, le 4 juin, et les résultats devraient être annoncés le même jour.

Le parti disposant d'une majorité simple de 273 sièges ou plus à la chambre basse sera invité à former un gouvernement avec son choix de Premier ministre.

Si aucun parti n’atteignait cet objectif, la présidente indienne devrait demander au parti majoritaire de former une coalition avec des partis régionaux plus petits.

Cela a donné lieu par le passé à d’intenses tractations, durant des jours et parfois des semaines, pour réunir une majorité.


Après l'afflux migratoire à Ceuta, mesures sécuritaires en France et Italie

Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
Des migrants marchent le long du littoral de Ceuta après avoir franchi la frontière vers l'enclave espagnole, vus depuis les abords de la ville marocaine de Fnideq, à la frontière entre le Maroc et l'Espagne, le 31 juillet 2026. (AFP)
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  • L'Italie et la France renforcent leurs contrôles aux frontières avec l'Espagne après l'entrée illégale d'environ 60.000 migrants à Ceuta
  • Cette crise ravive les tensions au sein de l'UE, tandis que Madrid appelle à l'unité et renforce les moyens de sécurité à Ceuta

CEUTA: L'Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles frontaliers avec l'Espagne après l'entrée illégale cette semaine de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole de Ceuta, ouvrant une crise au sein de l'Union européenne.

Dès jeudi, l'Italie avait annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark. Mais la proposition a été qualifiée de "démagogique" par l'Espagne.

La portée de cette proposition reste incertaine, des juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.

Par ailleurs, à compter de samedi selon le ministère italien de l'Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d'Espagne.

En France, le nombre de policiers et gendarmes déployés en renfort à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, a annoncé vendredi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne".

De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: "ce n'est pas le moment de se diviser. C'est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie".

Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l'extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.

- "Pas de futur" -

"Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d'une conférence de presse vendredi, soit "70% de la population de Ceuta", et déplorant la mort de 34 migrants, dont beaucoup par noyades.

La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.

Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).

Dans la nuit de vendredi à samedi, des groupes de jeunes erraient dans les rues et le long de la plage de Ceuta, où sont déployés de nombreux militaires, notamment autour du port d'où partent les ferries pour le continent européen.

Vendredi soir, de nombreux policiers patrouillaient dans les rues de la ville, certains à moto poursuivant des groupes de jeunes hommes pour les disperser, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Sur une plage, des dizaines d'hommes dormaient dans le sable, et certains ont allumé des feux, à quelques mètres d'un véhicule de police.

"Ils viennent car ils n'ont pas de futur au Maroc, ils tentent le rêve européen", selon Mohamed, 35 ans chauffeur de taxi à Ceuta qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

Au poste-frontière aux alentours de minuit, devant un important déploiement policier et militaire, de nombreux jeunes rebroussaient chemin. Certains saluent les militaires qui leur indiquent la porte d'un "adiós!", ou "good bye!" avant de retraverser la frontière.

"La prochaine fois, je viens avec le passeport!", lance Oussam aux militaires, en se dirigeant vers la frontière. Le jeune homme de 25 ans, qui tient un salon de coiffure, dit avoir voulu quitter son pays car "c'est la misère au Maroc, on n'a pas de futur". Il est venu en nageant "trois kilomètres" : il rêve lui aussi de l'Europe mais en attendant, il rentre chez lui "pour prendre une douche et manger", car comme beaucoup, il n'a rien avalé depuis deux jours.

- Crise migratoire -

Arrivé vendredi matin avec son ministre de l'Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.

Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé l'envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu'un bateau et des drones.

A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l'enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à "l'invasion d'un pays", accusant sur X l'Espagne de mener des "efforts délibérés" ayant favorisé cette immigration clandestine.

Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d'un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l'Espagne.

Plus de 10.000 migrants avaient alors atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours.


Le Pakistan fait état de négociations entre Washington et Téhéran

Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
Cette photo de presse, prise le 29 juillet 2026 et diffusée par le ministère pakistanais des Affaires étrangères, montre le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar (à droite), s'entretenant avec son homologue koweïtien, le cheikh Jarrah Jaber al-Ahmad al-Sabah, lors d'une réunion au ministère des Affaires étrangères à Islamabad. (AFP)
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  • La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions
  • Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix

TEHERAN: Le Pakistan, médiateur dans le conflit entre Washington et Téhéran, a affirmé jeudi que les belligérants négociaient en vue d'une désescalade après une nouvelle série de bombardements américains sur l'Iran dans la nuit, et des tirs de représailles iraniens.

En attendant une éventuelle percée dans ces discussions, le conflit au Moyen-Orient s'étend à de nouveaux pays: après l'Irak, où des groupes pro-iraniens ont été ciblés par des frappes conjointes américaines et saoudiennes, l'Egypte a fait état d'une attaque de drone dans le port de Damiette (nord).

La diplomatie pakistanaise a assuré jeudi que des négociations étaient "en cours" afin de "parvenir à une désescalade", en particulier concernant le détroit d'Ormuz, passage stratégique verrouillé par Téhéran,au coeur des tensions.

Elle a indiqué faire "tout (son) possible pour ramener toutes les parties au protocole d'accord d'Islamabad" signé à la mi-juin et censé ouvrir la voie à des pourparlers de paix.

Ce processus a déraillé depuis début juillet avec une reprise des frappes menées par les Etats-Unis et l'Iran, Téhéran visant des bases américaines et des pays alliés de Washington au Moyen-Orient.

Plus tôt jeudi, le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) a annoncé avoir "frappé des dizaines de cibles" des Gardiens de la Révolution en Iran.

Mettre fin à "l'escalade" 

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par cette puissante force armée de la République islamique, de "multiples missiles balistiques" contre "les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que ces missiles avaient été interceptés.

Les Gardiens ont, eux, annoncé jeudi que trois de leurs membres avaient été tués dans une attaque américaine  dans le nord-ouest du pays, tandis que les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans des provinces méridionales.

Trois membres d'une même famille ont été tués dans une frappe contre une maison sur l'île de Qeshm, selon l'agence Fars.

Alors que l'Egypte a fait état d'une frappe de drone qui a touché deux navires, dont un américain, dans le port de Damiette mercredi, le président Abdel Fattah al-Sissi a appelé la communauté internationale à mettre fin à "l'escalade" dans la région.

Il s'agit de la première attaque en Egypte depuis le début de la guerre. M. Sissi a précisé qu'une enquête se poursuivait sur les circonstances de l'attaque qui n'a pas été revendiquée.

Les rebelles Houthis au Yémen, alliés de Téhéran et qui contrôlent une partie des rives de la mer Rouge, ont dit ne pas être derrière cette frappe.

Des pays de la région accueillant des forces américaines ont été visés de nouveau jeudi.

Le Koweït a rapporté qu'une personne avait été tuée par un bombardement iranien sur une entreprise chinoise.

La Jordanie a de son côté annoncé avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran. Les Gardiens ont revendiqué avoir ciblé, en représailles à la frappe à Qeshm, des avions américains stationnés sur la base aérienne d'Al-Azraq.

"Notre tour" 

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait menacé mercredi le président américain Donald Trump.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes, ce qu'ils ont démenti.

Ces attaques à travers l'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué cette alliance de groupes armés irakiens qui inclut des factions pro-iraniennes.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les Houthis à l'Arabie saoudite, qui soutient le gouvernement yéménite.

"La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a commenté pour l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision.


Les Etats-Unis reprennent leurs bombardements sur l'Iran

Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays. (AFP)
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  • L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones"
  • Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques"

TEHERAN: Les Etats-Unis ont annoncé jeudi avoir achevé une "lourde série" de bombardements sur l'Iran en représailles à des attaques contre leurs forces au Moyen-Orient, les médias iraniens faisant état de trois morts et d'explosions dans deux provinces du pays.

L'armée américaine a "frappé des dizaines de cibles du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) en Iran, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes", a écrit le Commandement américain pour le Moyen-Orient (Centcom) sur X.

Les Etats-Unis ont affirmé avoir riposté au lancement, mardi par les Gardiens de la Révolution, de "multiples missiles balistiques" lors d'une "tentative d'attaque surprise contre les forces américaines basées au Moyen-Orient", précisant que tous ces missiles avaient été interceptés.

La Jordanie, qui héberge des forces américaines sur ses bases, a de son côté annoncé jeudi matin avoir intercepté cinq missiles tirés depuis l'Iran, qui n'ont pas fait de victime.

"Nous allons les frapper fort, ils vont prendre une raclée", avait prévenu mercredi le président américain Donald Trump dans des propos rapportés par un journaliste de la chaîne Fox News.

"On va les frapper très fort, parce que c'est à notre tour", avait-il insisté plus tard devant la presse à la Maison Blanche.

Les médias officiels iraniens ont fait état d'attaques dans les provinces méridionales du Khuzestan et d'Hormozgan.

"Une attaque américaine contre une maison d'habitation dans le quartier de Chah Tangu, à Qeshm, a tué trois membres d'une même famille: le père, la mère et leur enfant de deux ans", a écrit l'agence Fars sur Telegram, en citant l'Université des sciences médicales d'Hormozgan, ajoutant que deux autres enfants âgés de sept et neuf ans, blessés, avaient été hospitalisés.

Dans la nuit de mardi à mercredi, les Etats-Unis et l'Arabie saoudite avaient annoncé avoir mené des frappes conjointes contre des groupes armés pro-iraniens en Irak, accusés d'avoir attaqué des installations pétrolières saoudiennes (ce qu'ils ont démenti).

Riposte inévitable 

Ces attaques dans plusieurs villes d'Irak ont fait 20 morts - dont cinq Iraniens - et 32 blessés dans les rangs du Hachd al-Chaabi, a indiqué ce réseau de factions à majorité chiite, intégré aux forces armées irakiennes et englobant des groupes armés pro-Iran.

"Notre riposte contre l'ennemi américain est inévitable, et pourrait frapper ses instruments en Arabie saoudite", a soutenu mercredi dans un communiqué la Résistance islamique en Irak, une puissante alliance armée irakienne pro-Iran.

Téhéran a condamné les frappes chez son voisin.

Dans la capitale iranienne, des habitants expriment leur lassitude.

"On ne sait pas vraiment si nous sommes en guerre ou en paix (...) Ce que je vois, c'est une population profondément découragée et déprimée", déclare à l'AFP Golrokh, une retraitée de 60 ans.

Avant les dernières frappes, le conflit entre l'Iran et les Etats-Unis s'était étendu à un autre front, opposant les rebelles yéménites houthis pro-iraniens à l'Arabie saoudite.

Les rebelles ont affirmé mardi avoir visé avec des missiles un pétrolier saoudien en mer Rouge, l'accusant d'avoir "violé le blocus naval" dont ils menacent le royaume, premier exportateur de brut au monde.

"Téhéran utilise désormais son réseau de proxys (...). La guerre par procuration est la poursuite de la guerre directe par d'autres moyens, et elle est menée avec une cohérence stratégique considérable", a déclaré à l'AFP Hesham Alghannam, analyste et chercheur saoudien spécialisé dans les questions de sécurité.

L'Arabie saoudite compte sur la mer Rouge pour poursuivre ses exportations, alors que l'Iran verrouille de nouveau le stratégique détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule, par lequel transitait un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondial avant la guerre, lancée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l'Iran.

Jeudi matin, les Gardiens de la Révolution ont affirmé que deux pétroliers avaient tenté la veille au soir "de quitter le couloir maritime sûr" désigné par l'Iran, et que l'un d'entre eux avait "pris feu", sans autre précision. "Les deux bâtiments ont fait demi-tour à grande vitesse", selon la même source.

Ces nouvelles violences ont fait brièvement monter les cours du pétrole, avant qu'ils ne repartent à la baisse jeudi matin. "On craint que la guerre soit en train de s'étendre", a commenté auprès de l'AFP Andy Lipow, analyste chez Lipow Oil Associates. "Ce qui n'aiderait en rien à rétablir les flux pétroliers" dans la région.