Glucksmann veut couper l'herbe sous le pied de Macron et dégaine son discours sur l'Europe

Lors du meeting de Strasbourg, Raphaël Glucksmann devrait parler institutions, budget, élargissement de l'UE, et évoquer la question de la défense européenne, un sujet qui tient à coeur à ce fervent partisan du soutien à l'Ukraine. (AFP)
Lors du meeting de Strasbourg, Raphaël Glucksmann devrait parler institutions, budget, élargissement de l'UE, et évoquer la question de la défense européenne, un sujet qui tient à coeur à ce fervent partisan du soutien à l'Ukraine. (AFP)
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Publié le Mercredi 24 avril 2024

Glucksmann veut couper l'herbe sous le pied de Macron et dégaine son discours sur l'Europe

  • Glucksmann espère pouvoir renverser les courbes, et prendre la deuxième place, actuellement occupée par la candidate de la majorité présidentielle Valérie Hayer, qui stagne derrière Le RN Jordan Bardella
  • Raphaël Glucksmann va "montrer le grand écart entre le discours de Macron et la réalité", abonde Christophe Clergeau, insistant sur les projets bloqués par la France

STRASBOURG: Raphaël Glucksmann, tête de liste du parti socialiste et de Place publique aux européennes, veut couper l'herbe sous le pied d'Emmanuel Macron avec un "grand discours" sur l'Europe mercredi soir lors d'un meeting à Strasbourg, à la veille de celui du chef de l'Etat à la Sorbonne.

"Ce sera un moment important", prévient l'entourage de l'eurodéputé et leader de Place publique, qui va présenter "sa vision pour L'union européenne", son "plan Europe 2030", qui sera articulé sur trois axes: "Défense, Ecologie, Solidarités".

L'essayiste de 44 ans, qui avait convaincu un peu plus de 6% des électeurs aux européennes de 2019, est actuellement en dynamique, crédité de 12 à 14% des intentions de vote, selon les instituts de sondage.

Il espère toujours pouvoir renverser les courbes, et prendre la deuxième place, actuellement occupée par la candidate de la majorité présidentielle Valérie Hayer, qui stagne derrière Le RN Jordan Bardella.

Jouant sur l'idée d'un vote utile à gauche, il tente notamment de grignoter les électeurs déçus d'Emmanuel Macron et de l'insoumis Jean-Luc Mélenchon.

Convocation de Panot: pour Glucksmann, les «différends politiques» ne doivent pas «se régler devant la justice»

La tête de liste PS-Place publique aux élections européennes, Raphaël Glucksmann, a estimé mercredi que les "différends politiques" ne devaient pas "se régler devant la justice", au lendemain de l'annonce de la convocation de l'Insoumise Mathilde Panot pour "apologie du terrorisme".

La cheffe des députés LFI a annoncé mardi sa convocation par la police, dans le cadre d'une enquête en lien avec un communiqué de son groupe parlementaire après les attaques du Hamas contre Israël le 7 octobre.

Ce texte avait provoqué une vive polémique, en raison du refus des Insoumis de qualifier de "terroriste" le mouvement islamiste palestinien et les massacres qu'il a commis.

Se disant en "confrontation extrêmement profonde" avec LFI sur ce sujet, M. Glucksmann a estimé sur France 2 que "ce qu'ils ont fait est une faute politique morale grave" mais "ce n'est pas une apologie".

"Je suis extrêmement contre (le fait) que les différends politiques, aussi violents, aussi profonds soient-ils, se règlent devant la justice", a ajouté le chef de file social-démocrate.

"Combattons sans relâche les dérives, mais politiquement", a-t-il insisté, soulignant que le scrutin européen du 9 juin sera "l'occasion de trancher sur le fond", en particulier "sur le rapport à la violence (et) au terrorisme".

"Qu'on laisse le débat politique se faire en France sans le criminaliser", a tancé de son côté le député LFI Éric Coquerel sur franceinfo. Pour lui, le "procureur" à l'origine de la convocation "reproche" au mouvement créé par Jean-Luc Mélenchon son "analyse politique" sur le conflit entre Israël et le Hamas qui lui est "reproché".

A droite et à l'extrême droite, on a surtout raillé des "arroseurs arrosés".

"Ca faisait davantage sourire LFI lorsque ça arrivait aux autres de se retrouver devant des tribunaux", a persiflé sur franceinfo le député RN Sébastien Chenu. Il a rappelé néanmoins que s'il "combat" les positions de LFI, "la politique ne peut se terminer devant les tribunaux", encore moins en période électorale.

"Que ceux qui mettent le feu viennent pleurnicher sur le fait qu'ils sont brûlés, faut quand même pas se foutre du monde", a estimé son collègue à l'Assemblée Jean-Philippe Tanguy (RN) sur BFMTV-RMC, tout en reconnaissant qu'"on ne devrait pas convoquer les opposants politique".

Moins nuancé, le président des sénateurs LR, Bruno Retailleau, s'est félicité sur Cnews-Europe 1 d'un "retour à l'envoyeur, arroseur arrosé", dénonçant la "dérive du wokisme à l'islamisme" d'une "gauche radicale (qui) épouse tous les combats anti-républicains".

Alors qu'Emmanuel Macron arrive à la rescousse de son camp avec un discours sur l'Europe jeudi à la Sorbonne, Raphaël Glucksmann entend bien "reprendre le drapeau européen" des mains du chef de l'Etat, comme il le répète dans ses meetings.

"Quand un défi est lancé, il est relevé", note l'eurodéputé socialiste Christophe Clergeau: Raphaël Glucksmann "va donner sa vision d'avenir du projet européen, en contrepoint du discours de Macron".

La tête de liste, pro-européen convaincu, reconnaît avoir apprécié le premier discours du chef de l'Etat sur l'Europe, toujours à la Sorbonne, en septembre 2017. Mais il relève qu'aujourd'hui, "on peut trouver que le premier discours était bien, mais derrière il y a sept années de bilan".

"Refaire le même discours sept ans plus tard, c'est Shakespeare, c'est +words, words, words+". ("des mots, des mots, des mots", dans Hamlet, ndlr), a-t-il souligné sur LCP.

S'il salue "la mutualisation des dettes" lors de la crise Covid, qu'il met au crédit du chef de l'Etat, il l'accuse aussi d'avoir bloqué des avancées sociales au niveau européen.

Raphaël Glucksmann va "montrer le grand écart entre le discours de Macron et la réalité", abonde Christophe Clergeau, insistant sur les projets bloqués par la France, comme celui sur "la protection des travailleurs des plateformes" numériques.

«Ressusciter la gauche de Jaques Delors»

Et Raphaël Glucksmann entend bien souligner ses différences avec Valérie Hayer, qui mène "une liste de droite libérale", a-t-il martelé sur LCP. "Ce qui nous différencie, c'est notre rapport à la solidarité sociale, à la transition écologique".

Pour lui, avec cette élection, "on est en train de faire renaitre" en France le clivage gauche-droite, qui "n'a jamais disparu à l'échelle européenne", où le groupe majoritaire au parlement est la droite du PPE, devant le groupe socialiste (S&D). Le groupe du camp présidentiel, Renew, est en troisième position.

"Ce que nous faisons, nous, c'est de ressusciter la gauche de Jacques Delors et de Robert Badinter", a-t-il défendu.

Lors du meeting de Strasbourg, où sont notamment attendus Nicolas Schmit, commissaire européen et candidat à la présidence de la Commission européenne pour le groupe socialiste, et Catherine Trautmann, ancienne maire PS de Strasbourg et ex-eurodéputée, Raphaël Glucksmann devrait parler institutions, budget, élargissement de l'UE, et évoquer la question de la défense européenne, un sujet qui tient à coeur à ce fervent partisan du soutien à l'Ukraine.

Parmi les autres propositions qu'il a déjà mises sur la table, une "révolution écologique européenne" qui passera par un "protectionnisme écologique européen" et "un +Buy European Act+" dans le secteur de la transition écologique.

Il défend aussi l'idée d'une taxation des plus riches et des superprofits. "Tout notre projet est fait pour parler aux victimes de la globalisation, ramener de l'emploi, parler de réindustrialisation", dit-il encore.


Villepin retourne dans l'arène, avec 2027 dans le viseur

Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier. (AFP)
Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier. (AFP)
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  • L'homme politique de 72 ans, figure de la présidence de Jacques Chirac, prépare plus ou moins discrètement son grand retour
  • Il se montre en tout cas très généreux en indices. En janvier, il clame ainsi, après avoir multiplié les allusions, sa volonté d'être "présent" dans "le grand combat" de 2027

PARIS: Quand se lancera-t-il? L'ancien Premier ministre Dominique de Villepin entretient un suspense savamment construit, bien que mince, sur sa candidature à l'élection présidentielle, et remet vendredi un pied dans l'arène avec une conférence sur "l'état de la France".

L'homme politique de 72 ans, figure de la présidence de Jacques Chirac, prépare plus ou moins discrètement son grand retour.

Il se montre en tout cas très généreux en indices. En janvier, il clame ainsi, après avoir multiplié les allusions, sa volonté d'être "présent" dans "le grand combat" de 2027.

Dominique de Villepin a déjà la panoplie du candidat. Un parti, La France humaniste, lancé en juin 2025. Une présence médiatique. Un livre politique, sorti l'an dernier.

Une bonne cote de popularité aussi, même si, pour l'instant, elle ne se convertit pas en intentions de vote.

Pour changer cela, Dominique de Villepin veut accélérer le mouvement.

Première étape: une conférence à l'université parisienne de La Sorbonne vendredi à 20H, centrée sur la politique nationale. Ces derniers mois, il avait surtout commenté les questions internationales.

"Le but est de poser un constat sur l'état de la France" et du même coup "les jalons d'une ligne politique", dit son entourage à l'AFP. "C'est la pré-campagne présidentielle qui s'ouvre", ajoute-t-on.

Pour la vraie campagne, patience. Son entourage affirme que l'annonce de candidature pourrait arriver "dès avril comme en décembre".

Questionné sur LCP en janvier concernant son calendrier, Dominique de Villepin répond qu'il faut attendre que les Français soient "dans le temps de la présidentielle". Les élections municipales étant passées, la route est dégagée.

Dostoïevski 

Dominique de Villepin joue sa propre temporalité, volontiers à contre-courant.

Sur les réseaux sociaux, où les formats courts et survoltés règnent, ce passionné de poésie publie des vidéos dans lesquelles il analyse en détail les écrivains Fiodor Dostoïevski, Léon Tolstoï ou Albert Camus - mais aussi l'Evangile selon Saint Jean.

Héraut d'un droit international piétiné, l'énarque au verbe flamboyant signe des messages fleuves disséquant l'actualité du monde, Iran, Gaza ou Venezuela.

Il s'exprime sur ces sujets avec sa légitimité de diplomate de carrière devenu ministre des Affaires étrangères sous Jacques Chirac de 2002 à 2004. Et surtout, en tant que visage du "non" français à la guerre en Irak en 2003, son heure de gloire.

Sa position d'observateur, hors du jeu, lui permet pour l'instant de commenter ce qui lui plaît sans trop se mouiller.

Un retour réussi signerait une revanche de taille pour Dominique de Villepin, effacé par l'accession à l'Elysée de son rival Nicolas Sarkozy en 2007 puis la brumeuse affaire Cleastream, dans laquelle il a finalement été relaxé.

Sa tentative présidentielle, en 2012, s'était arrêtée dans la douleur quand il avait échoué à rassembler les parrainages d'élus locaux nécessaires pour candidater. Il dit en avoir tiré les leçons.

A droite, à gauche 

Mais qui constituerait son électorat? Si sa carrière politique s'est faite à droite, ses récentes prises de position tranchent avec cet héritage.

Il s'élève contre le "désastre humanitaire" à Gaza, critique l'impopulaire réforme des retraites, insiste sur le besoin de justice sociale et veut réinventer le monde du travail.

En février, le coordinateur de La France insoumise Manuel Bompard l'a jugé "plus à gauche" que le Parti socialiste quand il a dénoncé la "diabolisation" de LFI dans l'affaire du meurtre de Quentin Deranque.

Dominique de Villepin, acclamé à la Fête de l'Humanité en 2024, chasse même sur les terres des Ecologistes en plaidant pour "mettre fin à l'exploitation aveugle des ressources".

Son créneau un peu à part lui vaut d'être isolé.

Il ne semble pas chercher à se faire des amis dans son ancienne famille politique, dont il dénonce "la course à l'échalote avec l'extrême droite" et la "tentation identitaire".

Pour le Dominique de Villepin version 2026, l'avenir est plutôt vers l'électorat centriste ou de gauche modérée. Mais son profil d'homme fortuné, nourri par ses activités de consultant, et son CV de chiraquien pourraient en irriter une partie.

Sur ce marché, il ne manque aussi pas de concurrents. Rien qu'au centre, deux autres anciens Premiers ministres, Edouard Philippe et Gabriel Attal, se disputent déjà la lumière. A plus d'un an de l'échéance, d'autres encore peuvent éclore.

 

 


Hommage national à Lionel Jospin aux Invalides

Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002. (AFP)
Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002. (AFP)
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  • La cérémonie se déroulera à 11H00 aux Invalides, dans la cour Sud du Dôme et non dans la cour d'honneur pavée, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu
  • De nombreuses personnalités de gauche sont également attendues dont l'ancien président François Hollande, qui était très proche de Lionel Jospin, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et les anciens Premiers ministres PS

PARIS: Un "grand destin français", une "certaine idée de la gauche": Emmanuel Macron rend un hommage national jeudi à l'ancien Premier ministre socialiste Lionel Jospin, décédé dimanche, symbole la "gauche plurielle" au gouvernement de 1997 à 2002.

La cérémonie se déroulera à 11H00 aux Invalides, dans la cour Sud du Dôme et non dans la cour d'honneur pavée, comme le veut la tradition, en raison de travaux, en présence du Premier ministre Sébastien Lecornu, des membres du gouvernement, des présidents des deux Chambres et ceux des commissions et groupes parlementaires.

De nombreuses personnalités de gauche sont également attendues dont l'ancien président François Hollande, qui était très proche de Lionel Jospin, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure et les anciens Premiers ministres PS Laurent Fabius, Édith Cresson ou encore Jean-Marc Ayrault et Manuel Valls.

Mais sans Jean-Luc Mélenchon, qui s'est plaint jeudi de ne pas avoir été invité, ce que démentent l'Élysée et les proches de l'ancien Premier ministre. L'ancien ministre de l'Enseignement professionnel (2000-2002) a ensuite assuré avoir été invité par sms jeudi "matin", un délai trop court pour "être présent à Paris".

Le cercueil fera son entrée à 11H05 dans la cour, sur une marche funèbre, au pas du tambour. Suivront l'éloge funèbre du chef de l'État, la sonnerie "Aux Morts", une minute de silence et la Marseillaise. La garde républicaine doit interpréter la chanson de Jacques Prévert et Vladimir Kosma, "Les Feuilles mortes", que Lionel Jospin avait lui-même interprétée dans une émission télévisée en 1984.

"Le souvenir d'un homme droit, construit, au service des autres (...) un homme comme il y en a peu aujourd'hui", a déclaré aux journalistes Dominique Strauss-Kahn, son ancien ministre des Finances en arrivant aux Invalides.

Les obsèques de Lionel Jospin, décédé à l'âge de 88 ans, se dérouleront à 14H30 au cimetière parisien du Montparnasse.

Plusieurs milliers de personnes sont attendues pour cet hommage plus personnel ouvert au public, durant lequel François Hollande, à la tête du PS quand Lionel Jospin était à Matignon, Martine Aubry, son emblématique ministre du Travail, Daniel Vaillant, ex-ministre de l'Intérieur ou encore Pierre Moscovici, à l'époque chargé des Affaires européennes, prendront la parole.

A cette occasion, le PS invite chaque militant à apporter une rose et des cahiers d'hommage seront ouverts dans l'ensemble des fédérations.


Le Louvre-Lens explore les orientalismes, des 1001 Nuits à l'art contemporain

Photo de l’exposition « Par-delà les Mille et une nuits » au Louvre-Lens (24 mars 2026). L’exposition réunit une remarquable collection du département des arts de l’islam du Musée du Louvre, avec près de 300 chefs-d’œuvre exposés ensemble pour la première fois. (AFP)
Photo de l’exposition « Par-delà les Mille et une nuits » au Louvre-Lens (24 mars 2026). L’exposition réunit une remarquable collection du département des arts de l’islam du Musée du Louvre, avec près de 300 chefs-d’œuvre exposés ensemble pour la première fois. (AFP)
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  • Au Louvre-Lens, une exposition explore les échanges entre Orient et Occident à travers des œuvres d’art islamique, des objets historiques et des créations contemporaines, en questionnant la frontière entre réalité et imaginaire
  • Elle déconstruit les stéréotypes hérités notamment des Les Mille et Une Nuits et de l’orientalisme, en offrant un contexte historique et un regard critique sur ces représentations

PARIS: Le Louvre-Lens présente jusqu'au 20 juillet plusieurs centaines d'objets et oeuvres d'art islamique ainsi que des créations contemporaines, racontant les échanges entre Orient et Occident avant et après l'orientalisme des Mille et Une Nuits, emmenant le spectateur "au-delà" des clichés.

L'exposition mêle de façon aussi ludique que savante des pièces maîtresses du département d'art islamique du Louvre aux costumes de scènes exubérants du Bourgeois gentilhomme de Molière, exagérant le stéréotype du sultan ottoman, en passant par d'émouvantes collections de céramiques ayant inspiré le peintre Eugène Delacroix.

A l'image des contes des Mille et Une Nuits, les juxtapositions posent la question de la frontière "entre récit historique et imaginaire, ce que nous savons et ce que nous avons construit, à partir de nos connaissances, mais qui dérive vers l'imaginaire", explique Gwenaëlle Fellinger, conservatrice en chef au département des arts de l'islam au Louvre.

Préjugés, stéréotypes: l'exposition "montre le contexte pour comprendre comment ils se construisent (...), voir ce qu'il y a derrière, aller au-delà". L'objectif: "approfondir la connaissance, donner le contexte historique", "à chacun ensuite de se faire son opinion", souligne la conservatrice, commissaire scientifique de l'exposition présentée au coeur du bassin minier du Pas-de-Calais.

On peut ainsi admirer des gemmes enchâssées ou des fioles en cristal de roche ramenées de la rive Est de la Méditerranée dès le Moyen-Âge, dont certains sont auréolés d'une légendaire origine diplomatique: ils sont présentés comme des cadeaux offerts par le calife Haroun al-Rachid à l'empereur Charlemagne.

Des tableaux du XIXe siècle et extraits de films du XXe siècle montrent à quel point le mythe des ambassades fastueuses entre les deux souverains a fasciné à travers les siècles.

Une magnifique cuve mamelouk en laiton martelé, ornée d'un foisonnement d'animaux et chasseurs ou soldats aux traits finement ciselés dans de l'argent incrusté, incarne l'évolution des regards sur le temps long.

D'une virtuosité exceptionnelle, ce chef-d'oeuvre a été nommé au XVIIIe siècle "baptistère de Saint-Louis" en référence à Louis IX. Réalisé en Syrie vers 1340, il est en réalité nettement postérieur au roi de France décédé en Tunisie en 1270 lors d'une croisade, mais la légende royale est si tenace que le bassin a servi pour le baptême de Louis XIII en 1606.

Exposés en écho d'oeuvres d'Ingres ou de Matisse, deux peintres contemporains, l'Iranienne Nazanin Pouyandeh, et le Franco-palestinien Rayan Yasmineh, détournent le motif de l'odalisque, cette femme lascive incarnant une vision exotique et déformée de l'Orient, pour interroger ces clichés associés au colonialisme.

L'exposition qui a ouvert au public mercredi s'achève sur une salle de lecture, comme une invitation à poursuivre ce regard critique et construire sa propre vision.