Les semaines à venir et le risque d'un pic de tensions entre l'Iran et les USA

Le USS Boxer (LHD-4) navigue à proximité d'un pétrolier dans la mer d'Arabie, près d'Oman, le 17 juillet 2019 (Reuters).
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Publié le Vendredi 08 janvier 2021

Les semaines à venir et le risque d'un pic de tensions entre l'Iran et les USA

  • On estime que ces déploiements militaires servent à dissuader les Iraniens de perpétrer d'éventuelles attaques, notamment dans le contexte de la commémoration de l'assassinat de Qassem Soleimani
  • Confrontés à la stratégie de «pression maximale» préconisée par Trump, les responsables iraniens mettent en avant leur résilience sur le plan économique

Les États-Unis traversent une période étrange au niveau de la vie politique du pays. Deux mois se sont écoulés depuis l’élection présidentielle, et le président sortant, Donald Trump, refusait encore, mercredi 6 janvier, de reconnaître sa défaite. En effet, il a mobilisé ses partisans pour contester le résultat des élections tant en justice que dans la rue. Il est allé jusqu'à rejeter des textes de loi fondamentaux, tout en continuant à ignorer la pandémie qui fait un nombre record de morts parmi les Américains. Par-dessus tout, on dirait qu'il se prépare probablement à entrer en guerre avec l'Iran. 

À la fin du mois de décembre, les eaux du Golfe ont vu débarquer un sous-marin lance-missiles guidés, doté de 154 missiles de croisière ainsi que deux croiseurs. Ce déploiement a été précédé par des bombardiers B-52 précédemment envoyés, le déploiement de 2 000 soldats supplémentaires et le déplacement du porte-avions USS Nimitz dans la région.


On estime que ces déploiements militaires servent à dissuader les Iraniens de perpétrer d'éventuelles attaques, notamment dans le contexte de la commémoration de l'assassinat de Qassem Soleimani à Bagdad l'année dernière. Cependant, peu d'éléments semblent plaider en faveur d'un conflit initié par l'Iran, en raison de la présidence de Joe Biden qui approche et la perspective de voir les Etats-Unis rejoindre l'accord nucléaire et assouplir les sanctions. Dans un tweet, le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a qualifié ces mobilisations militaires de « complot pour fabriquer un prétexte à la guerre » et a affirmé que son pays était prêt à se défendre.


Cette politique de la corde raide a aussi été reprise par l'Iran. À la suite du meurtre d'un chercheur nucléaire haut placé, imputé par Téhéran à Israël, le Parlement iranien a promulgué le 1er décembre une loi exigeant de suspendre les inspections des Nations unies sur les installations nucléaires de l’Iran et d'augmenter davantage son enrichissement de l'uranium si les sanctions ne sont pas levées au début du mois de février. Le 30 décembre, le gouvernement iranien a informé l'Agence internationale de l'énergie atomique qu'il entendait augmenter l'enrichissement de l'uranium jusqu'à 20 % dans son installation nucléaire de Fordow. A elle -seules, ces menaces peuvent constituer une provocation suffisante pour que les États-Unis et Israël déclenchent des attaques militaires.

En revanche, le rythme des nouvelles sanctions américaines reste inchangé. Désormais, pratiquement tous les aspects de la politique et de l'économie iraniennes sont assujettis à une certaine contrainte. Les sanctions les plus récentes touchent des responsables iraniens, une fondation caritative liée au dirigeant suprême et des entreprises chinoises qui contribuent à exporter des produits pétrochimiques de l'Iran.

Ces sanctions, conjuguées aux ravages causés par la pandémie, ont frappé l'Iran de plein fouet. L'économie du pays, qui traverse sa troisième année de récession, subira une contraction de 5,3 % cette année, soit à peine 80 % par rapport aux chiffres enregistrés en 2017. Depuis janvier 2018, la devise iranienne s'est dépréciée de près de 450 % par rapport au dollar. De ce fait, le pays a du mal à importer des produits de première nécessité comme les denrées alimentaires, les aliments pour animaux, les médicaments bruts et en vrac, les équipements électriques et électroniques ainsi que les machines industrielles.

Confrontés à la stratégie de « pression maximale » préconisée par Trump, les responsables iraniens mettent en avant leur résilience sur le plan économique. Selon un rapport du Wall Street Journal, l'Iran a créé environ 1 000 petites et moyennes entreprises qui emploient plusieurs milliers de personnes. De plus, il semble que l'Iran est en train de contourner, peu à peu, les sanctions pétrolières en attirant des acheteurs à qui il accorde des remises substantielles.

Compte tenu de la position de M. Trump vis-à-vis de l'Iran durant sa présidence, les observateurs craignent qu'il ne se réjouisse d'un conflit éventuel. Même si on parvient à éviter la guerre, la paix et l'abondance ne seront pas chose facile pour l'Iran. M. Biden a promis de rétablir l'accord nucléaire à condition que l'Iran le respecte à nouveau. Cependant, bien des événements sont survenus au cours des cinq dernières années, depuis la signature de cet accord.

Même si on parvient à éviter la guerre, la paix et l'abondance ne seront pas chose facile pour l'Iran.

Talmiz Ahmad 

En effet, il convient de remédier aux profondes suspicions et animosités qui sévissent dans la région. L'Iran compte également de solides composantes de la droite qui dirigent les affaires nationales et qui affichent des positions agressives et intransigeantes. Bien entendu, M. Biden s'est engagé à mener des « négociations de suivi » pour aborder d'autres questions relatives à la sécurité dans la région, après avoir consulté ses partenaires régionaux. Néanmoins, on ne peut déterminer avec certitude l'ampleur du soutien qu'il pourra obtenir sur le plan intérieur dans son pays profondément polarisé.

En revanche, l'Iran semble certain que les sanctions seront très bientôt allégées : Le budget pour l'année 2020-21 que le gouvernement a présenté au Parlement prévoit des ventes de pétrole avoisinant les niveaux observés avant les sanctions, soit environ 2,3 millions de barils par jour et des recettes de 9,7 milliards de dollars, soit le quart des recettes budgétaires projetées.

En raison de la transition complexe à Washington ce mois-ci et des élections en Israël en mars et en Iran en juin, nous prévoyons une période très turbulente, imprévisible et peut-être violente au Moyen-Orient.

Talmiz Ahmad est un auteur et ancien ambassadeur indien en Arabie saoudite, à Oman et aux Émirats arabes unis. Il est titulaire de la Ram Sathe Chair pour les études internationales, de la Symbiosis International University, à Pune, Inde.

NDLR: Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com