L’offensive israélienne à Gaza se répercute sur les Palestiniens de Cisjordanie

Depuis le 7 octobre, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie. (AFP)
Depuis le 7 octobre, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie. (AFP)
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Publié le Mardi 07 mai 2024

L’offensive israélienne à Gaza se répercute sur les Palestiniens de Cisjordanie

  • «L’accélération fulgurante» des formes de discrimination, d’oppression et de violence contre les Palestiniens a poussé la Cisjordanie au «bord du précipice», selon l’ONU
  • Israël a démoli, à une vitesse qui n’avait jamais été enregistrée auparavant, 917 structures appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie depuis le 7 octobre

LONDRES: Les ondes de choc provoquées par l’opération militaire israélienne à Gaza ont entraîné des répercussions en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, où les forces de sécurité et les colons juifs enhardis auraient intensifié leurs attaques contre les communautés palestiniennes.

Depuis que l’attaque menée par le Hamas le 7 octobre a déclenché le conflit à Gaza, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie, expulsant 1 222 personnes qui provenaient de 19 communautés d’éleveurs, selon les chiffres de l’ONU.

Des colons armés ont également tué au moins neuf Palestiniens, tandis que les forces de sécurité israéliennes en ont tué 396 autres au cours des derniers mois.

De même, l’armée israélienne a intensifié ses raids. Le 4 mai, les forces israéliennes ont attaqué Toulkarem et tué cinq Palestiniens, dont quatre membres du Hamas. Le 20 avril, les forces israéliennes ont mené un raid dans le même gouvernorat, qui abrite plus de 6 400 réfugiés, tuant quatorze Palestiniens.

Abir, qui dirige une petite entreprise à Jénine, note une «recrudescence des attaques de colons, la prolifération des points de contrôle, des raids quotidiens contre les maisons palestiniennes, la destruction des infrastructures, le meurtre de jeunes Palestiniens et l’augmentation des frappes aériennes militaires israéliennes».

L’armée israélienne a intensifié ses raids dans certaines parties de la Cisjordanie. (AFP)
L’armée israélienne a intensifié ses raids dans certaines parties de la Cisjordanie. (AFP)

Certes, des attaques similaires avaient régulièrement lieu avant le 7 octobre, mais Abir déclare à Arab News qu’«elles ont doublé et sont devenues plus atroces» depuis le début de la guerre à Gaza.

Jénine «est depuis deux ans environ une cible spécifique pour l’armée israélienne, puisque la ville abrite quelques groupes de résistance», poursuit-elle.

Selon un rapport du Haut-Commissariat des nations unies aux droits de l’homme (HCDH) publié en mars, «l’accélération fulgurante» des formes de discrimination, d’oppression et de violence contre les Palestiniens a poussé la Cisjordanie au «bord du précipice».

Israël a démoli, à une vitesse qui n’avait jamais été enregistrée auparavant, 917 structures appartenant à des Palestiniens en Cisjordanie depuis le 7 octobre, ce qui a conduit au déplacement de 1 015 Palestiniens. Parmi ces structures, 210 se trouvent à Jérusalem-Est et 285 sont des immeubles résidentiels, ajoute le rapport.

Yasmine el-Hassan, responsable des plaidoyers à l’Union des comités de travail agricole, une organisation non gouvernementale qui soutient les communautés rurales palestiniennes, décrit la situation en Cisjordanie comme «absolument abominable».

«L’expansion de l’entreprise coloniale israélienne en Cisjordanie se produit parallèlement à la guerre génocidaire contre Gaza», confie-t-elle à Arab News.

«L’occupation a créé de nombreux nouveaux avant-postes de colons et des routes pour colons en Cisjordanie», note-t-elle, ajoutant que le gouvernement israélien «a approuvé des milliers de nouveaux logements pour colons en Cisjordanie».

Depuis le 7 octobre, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie. (AFP)
Depuis le 7 octobre, les colons israéliens ont mené 603 attaques contre des Palestiniens en Cisjordanie. (AFP)

Même si les violences israéliennes en Cisjordanie n’ont pas atteint l’ampleur de celles de Gaza, Yasmine soutient que «l’intensité de la violence coloniale israélienne dans toutes les régions de la Palestine historique s’est exacerbée au cours des six derniers mois».

«L’impunité» accordée par les autorités israéliennes a enhardi les colons juifs de Cisjordanie, souligne-t-elle.

Les colons qui attaquent les communautés palestiniennes sont «de plus en plus armés par le gouvernement de l’occupation israélienne et leurs actes ne sont aucunement punis», déplore-t-elle.

S’exprimant lors de la 55e session du Conseil des droits de l’homme, au mois de mars, Nada al-Nachif, la Haute-Commissaire adjointe des nations unies aux droits de l’homme, a déclaré que, après le 7 octobre, le HCDH a documenté «des cas de colons vêtus d’uniformes complets ou partiels de l’armée israélienne, portant des armes à feu, harcelant et attaquant des Palestiniens, tirant par ailleurs à bout portant».

Elle a également affirmé qu’au 31 octobre les forces de sécurité israéliennes auraient distribué environ 8 000 armes aux «escouades de défense des colonies» et aux «bataillons de défense régionale» en Cisjordanie.

EN CHIFFRES

  • 700 000 colons israéliens en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
  • 300 colonies ou avant-postes illégaux sur le territoire palestinien.

Source: HCDH

Vers la mi-avril, l’armée israélienne a autorisé les colons à faire preuve de violence. En effet, cinquante colons ont attaqué le village d’Aqraba, au nord de la Cisjordanie, «protégé par l’armée d’occupation israélienne», selon Wafa, l’agence de presse palestinienne.

Deux Palestiniens ont été tués dans l’attaque des colons, selon le maire du village, Salah Bani Jaber, témoin de l’incident. Ce dernier précise que les soldats israéliens présents sur les lieux «ont assisté à la scène sans rien faire, se contentant d’observer les colons».

«L’absence d’obligation de rendre des comptes dans le cadre des violences commises par les colons est un facteur clé dans l’environnement coercitif actuel», indique Mme Al-Nachif au président du Conseil des droits de l’homme de l’ONU.

«L’accélération fulgurante» des formes de discrimination, d’oppression et de violence contre les Palestiniens a poussé la Cisjordanie au «bord du précipice», selon un rapport de l’ONU. (AFP)
«L’accélération fulgurante» des formes de discrimination, d’oppression et de violence contre les Palestiniens a poussé la Cisjordanie au «bord du précipice», selon un rapport de l’ONU. (AFP)

Elle décrit cette non-obligation de rendre des comptes comme une «manifestation d’un double système de justice pénale qui a eu des effets discriminatoires sur les Palestiniens».

Yesh Din, une ONG israélienne qui documente les abus commis par des civils israéliens contre les Palestiniens dans les territoires occupés, a conclu dans sa fiche de données de décembre que «le système israélien d’application de la loi ne parvient pas à remplir son devoir, qui consiste à protéger les Palestiniens de la violence israélienne».

La fiche de données souligne que la poursuite de «cet échec systémique» pendant au moins deux décennies «démontre que l’État d’Israël normalise et soutient la violence à motivation idéologique perpétrée par les colons israéliens contre les Palestiniens en Cisjordanie».

Elle montre que, au cours des vingt dernières années, 93,7% de toutes les enquêtes policières sur les infractions commises par des colons contre des Palestiniens ont été classées sans suite, tandis que seulement 3% ont abouti à une condamnation totale ou partielle.

Yesh Din note également que les Palestiniens ont tendance à se méfier des autorités israéliennes, ce qui rend les victimes de la violence des colons réticentes à signaler les infractions.

Au mois de juillet de l’année dernière, au moins 3 000 Palestiniens ont fui leurs foyers dans le camp de réfugiés de Jénine après une vaste opération militaire israélienne. (AFP)
Au mois de juillet de l’année dernière, au moins 3 000 Palestiniens ont fui leurs foyers dans le camp de réfugiés de Jénine après une vaste opération militaire israélienne. (AFP)

Entre janvier et septembre 2023, plus de 57% des victimes ont choisi de ne pas porter plainte. Parmi elles, 54% ont expliqué craindre des représailles ou ne pas faire confiance aux autorités israéliennes pour appréhender les contrevenants.

Les Palestiniens des zones rurales de Cisjordanie sont particulièrement vulnérables à une expulsion de leurs terres par les colons juifs.

Mme El-Hassan, de l’Union des comités de travail agricole, confie: «Les colons israéliens, souvent accompagnés ou protégés par les forces d’occupation israéliennes, ciblent très fréquemment les terres agricoles palestiniennes et les infrastructures critiques ainsi que les communautés.»

«Il s’agit de ressources vitales comme les puits d’eau, les routes, les serres, les installations sanitaires, les terres où les cultures sont cultivées, les troupeaux, les enclos, les voitures et les maisons.»

Le rapport du HCDH révèle que, entre janvier 2022 et le début du mois de septembre 2023, 1 105 Palestiniens issus de 28 communautés d’éleveurs (environ 12%) ont été déplacés de force en raison de la violence des colons et de l’interdiction de l’accès aux pâturages.

Les communautés rurales et les agriculteurs palestiniens de la zone C, qui constitue 61% du territoire de Cisjordanie, ont été spécifiquement pris pour cible par les colons israéliens, déclare Mme El-Hassan.

«La zone C représente la majorité de la Cisjordanie, la plus riche en ressources. Elle est également, selon les accords d’Oslo, sous administration militaire et civile israélienne», ajoute-t-elle.

Les forces de sécurité israéliennes ont tué 396 Palestiniens en Cisjordanie au cours des derniers mois. (AFP)
Les forces de sécurité israéliennes ont tué 396 Palestiniens en Cisjordanie au cours des derniers mois. (AFP)

Les accords d’Oslo, signés sur la pelouse de la Maison-Blanche en septembre 1993, constituent le premier accord de paix direct entre les autorités israéliennes et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Ils cherchaient à ouvrir la voie à une solution à deux États au conflit israélo-palestinien.

Soulignant combien il est important de parler de la zone C dans le contexte de l’expansion des colonies israéliennes, Mme El-Hassan soutient que cette zone «très fertile» est «directement liée aux moyens de subsistance des Palestiniens».

C’est «là que se trouvent la plupart des colonies», explique-t-elle, ajoutant que «l’occupation israélienne fait tout pour s’emparer» de cette zone.

«La terre et les moyens de subsistance sont directement liés aux systèmes alimentaires palestiniens. Cette perturbation et cette destruction ciblées des systèmes alimentaires palestiniens constituent une stratégie tactique du colonialisme de peuplement israélien, qui tente de rompre la relation d’interdépendance des autochtones à l’égard de la terre, quelles qu’en soient les conséquences.»

«Cela inclut le ciblage humanitaire, comme les dizaines de milliers de Palestiniens assassinés, ou environnemental, comme les centaines de milliers de tonnes d’émissions à effet de serre produites par Israël au cours des derniers mois.»

Le 29 avril, les États-Unis ont déclaré que cinq unités des forces de sécurité israéliennes avaient commis des «violations flagrantes des droits de l’homme» contre des Palestiniens en Cisjordanie avant le 7 octobre; ils n’ont pourtant interdit à aucune de ces unités de recevoir le soutien militaire américain, rapporte Reuters.

Les accords d’Oslo cherchaient à ouvrir la voie à une solution à deux États au conflit israélo-palestinien. (AFP)
Les accords d’Oslo cherchaient à ouvrir la voie à une solution à deux États au conflit israélo-palestinien. (AFP)

Le 3 mai, deux groupes «extrémistes» et quatre individus en Israël ont été accusés de violences en Cisjordanie dans le cadre d’un nouvel ensemble de mesures contre les colons.

Faisant allusion aux colons juifs qui vivent en Cisjordanie occupée, le bureau du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou, affirme que «la grande majorité des habitants de Judée et de Samarie sont des citoyens respectueux de la loi. Israël agit contre tous ceux qui violent la loi en tous lieux. Il n’y a donc pas lieu de recourir à des mesures draconiennes dans ce domaine».

En juillet de l’année dernière, au moins 3 000 Palestiniens ont fui leurs foyers dans le camp de réfugiés de Jénine, qui abrite environ 18 000 personnes, après que l’armée israélienne a lancé ce que les responsables palestiniens décrivent comme la plus grande opération dans la région depuis deux décennies.

Israël a déclaré viser un centre de commandement militant palestinien.

Affirmant que «la base du colonialisme de peuplement est le vol de terres», Mme El-Hassan accuse Israël d’avoir prouvé, au cours des soixante-seize dernières années, qu’il «ferait tout ce qu’il faut pour prendre ce territoire par la force, à savoir le détruire, l’exploiter et y commettre un génocide».

«Les communautés palestiniennes sont physiquement enracinées dans notre terre, indique-t-elle à Arab News. Notre relation avec cette terre n’est pas seulement symbolique, elle est symbiotique. Ce n’est pas transactionnel, c’est réciproque. En tant que peuple autochtone de cette terre, nous en sommes les gardiens.»

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Israël affirme avoir tué le ministre du Renseignement iranien

Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé mercredi la mort d'un nouveau responsable iranien, le ministre du Renseignement Esmaïl Khatib dans une "frappe de précision" à Téhéran. (AFP)
Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé mercredi la mort d'un nouveau responsable iranien, le ministre du Renseignement Esmaïl Khatib dans une "frappe de précision" à Téhéran. (AFP)
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  • Esmaïl Khatib a été tué "dans une frappe de précision à Téhéran", a précisé un communiqué de l'armée
  • Le ministère "dispose de capacités avancées en matière de renseignement, supervisant la surveillance, l'espionnage et la conduite d'opérations clandestines dans le monde entier, en particulier contre l'État d'Israël et les citoyens iraniens"

JERUSALEM: Le ministre israélien de la Défense, Israël Katz, a annoncé mercredi la mort d'un nouveau responsable iranien, le ministre du Renseignement Esmaïl Khatib dans une "frappe de précision" à Téhéran.

"Khatib, a lui aussi été éliminé la nuit dernière", a affirmé M. Katz.

Comme ministre depuis 2021, "il était à la tête de l'appareil interne du régime en charge des assassinats et de la répression en Iran, ainsi que de la promotion des menaces extérieures", selon M. Katz, qui a prévenu que l'intensité des frappes israéliennes en Iran montait "d'un cran".

Esmaïl Khatib a été tué "dans une frappe de précision à Téhéran", a précisé un communiqué de l'armée.

Le ministère "dispose de capacités avancées en matière de renseignement, supervisant la surveillance, l'espionnage et la conduite d'opérations clandestines dans le monde entier, en particulier contre l'État d'Israël et les citoyens iraniens", rappelle ce communiqué.

En plus de son rôle dans la répression des manifestations dans le pays, Esmaïl Khatib "a dirigé les activités terroristes du ministère (...)  contre des cibles israéliennes et américaines à travers le monde" et des opérations "contre des cibles à l'intérieur d'Israël", affirme l'armée.

Il figurait sur la liste des dirigeants de la République islamique recherchés par les Etats-Unis et dont la tête était mise à prix pour 10 millions de dollars.

Israël a annoncé sa mort - que le pouvoir iranien n'a pas confirmée dans l'immédiat - après avoir tué la veille Ali Larijani, l'un des plus hauts dirigeants de la République islamique, et le commandant de la milice paramilitaire Bassidj, Gholamréza Soleimani.

"Aucune chance" 

"Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et moi-même avons autorisé l'armée à éliminer tout haut responsable iranien" pouvant être tué sans dommages collatéraux majeurs, "sans qu'une approbation supplémentaire soit nécessaire", a par ailleurs annoncé M. Katz.

"Nous continuerons à les empêcher d'agir et à les traquer, tous", a-t-il ajouté.

Mercredi, les médias israéliens revenaient par ailleurs sur les circonstances de la mort de Ali Larijani et du chef des Bassidj.

"Lundi soir, Israël a reçu un renseignement indiquant que Larijani se trouvait dans une planque située dans une banlieue de Téhéran", a affirmé la TV N12.

"Après confirmation de sa présence par la Direction du renseignement militaire, l'appartement a été attaqué".

Des avions de combat israéliens qui survolaient Téhéran ont tiré simultanément 20 bombes d'une tonne sur l'immeuble, totalement détruit.

Selon la TV N12, Ali Larijani n'utilisait pas régulièrement cet appartement, qui était "l'une des nombreuses planques préparées à l'avance pour lui".

"Il n'avait aucune chance de survivre à cette attaque", selon un officiel israélien cité sur son antenne.

Ali Larijani a été tué notamment aux côtés de son fils, ont indiqué les autorités iraniennes, selon les médias iraniens, au domicile de sa fille.

Le chef de la milice Bassidj a été tué peu après, en même temps que son adjoint et dix autres hauts commandants de cette milice.

"Ils étaient réunis en plein coeur de Téhéran, (...) sous une tente dressée entre des immeubles. Huit bombes ont été larguées sur la tente, tuant tous ceux qui s'y trouvaient", a détaillé la N12.

 

 


Dans le sud du Liban, les secouristes risquent leur vie

Des pompiers sont visibles sur le site d’une frappe aérienne israélienne dans le quartier de Bachoura à Beyrouth le 18 mars 2026. Le Liban affirme qu’Israël a frappé le centre de Beyrouth tôt le 18 mars sans avertissement, tuant au moins six personnes, tandis que l’armée israélienne a annoncé viser aussi le sud du pays. (AFP)
Des pompiers sont visibles sur le site d’une frappe aérienne israélienne dans le quartier de Bachoura à Beyrouth le 18 mars 2026. Le Liban affirme qu’Israël a frappé le centre de Beyrouth tôt le 18 mars sans avertissement, tuant au moins six personnes, tandis que l’armée israélienne a annoncé viser aussi le sud du pays. (AFP)
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  • Youssef Assaf, secouriste libanais, tué dans une frappe israélienne en mission près de Tyr ; 38 personnels de santé tués depuis le 2 mars
  • Les ambulances et hôpitaux libanais sont régulièrement ciblés ; les associations réclament des corridors sécurisés malgré les accusations d’Israël sur l’usage militaire des infrastructures

BEYROUTH: Youssef Assaf, secouriste de 35 ans, se trouvait dans une ambulance de la Croix-Rouge libanaise lorsqu'il a été touché par une frappe israélienne dans le sud du Liban. Il a succombé à ses blessures deux jours plus tard.

Depuis le début de la guerre au Liban le 2 mars, les secouristes sont en première ligne et 38 personnels de santé ont été tués dans des frappes israéliennes, selon le ministère de la Santé.

Le 9 mars, "on m'a appelée vers dix heures du soir pour me dire qu'il était blessé et à l'hôpital", raconte son épouse Jeanne d'Arc Boutros, jointe au téléphone par l'AFP.

"J'ai commencé à prier et à me dire qu'il s'en sortirait", raconte cette institutrice de 32 ans, qui a fui la région de Tyr (sud) et s'est réfugiée chez des proches dans le nord du Liban.

Quand il est mort deux jours plus tard, "je me suis effondrée", confie cette mère de trois enfants, dont un bébé de quatre mois.

Le ministère de la Santé a accusé Israël d'avoir "visé l'ambulance dans laquelle Youssef Assaf et son camarade se dirigeaient, en mission de secours, vers la localité de Majdel Zoun", proche de Tyr, visée par une frappe israélienne. Le deuxième secouriste a également été blessé.

"Comment peuvent-ils tuer ou blesser des secouristes qui sauvent les gens? Ils ne sont pas armés et ne sont pas affiliés à des partis", dénonce Jeanne d'Arc Boutros.

- "Peur" -

Le secrétaire général de la Croix Rouge Libanaise, Georges Kettaneh, assure à l'AFP que ses équipes ne se déplacent dans le sud qu'après en avoir informé l'armée libanaise et les forces de l'ONU, déployées dans cette région.

"Nous sommes neutres, impartiaux et indépendants", assure-t-il, soulignant la nécessité de "garantir des itinéraires sécurisés" pour ses équipes.

Mona Abou Zeid, qui dirige un hôpital affilié au Secours populaire, une ONG libanaise, dans la région de Nabatiyé soumise aux bombardements, ne cache pas son inquiétude de voir son personnel pris pour cible. L'établissement emploie 95 personnels de santé, dont des médecins et des infirmiers, et environ 25 ambulanciers.

"Les frappes augmentent (..) et il y a maintenant une offensive terrestre" des forces israéliennes, s'alarme cette femme de 56 ans. "Nous avons peur pour nos ambulanciers qui se déplacent pour transporter les blessés", ajoute-t-elle.

Samedi, une frappe a tué 12 médecins, secouristes et infirmiers travaillant dans un centre du Comité islamique de la santé, affilié au Hezbollah pro-iranien, à Burj Qalawiya, près de Tyr.

Israël a accusé le Hezbollah d'utiliser des ambulances et des infrastructures médicales "à des fins militaires".

"Ce ne sont pas des militaires", assure à l'AFP Fatima Shoumar, 37 ans, veuve de l'un des infirmiers tués dans cette frappe.

"Ils aidaient les gens, même s'ils sont affiliés au Hezbollah, est-ce une raison" pour les viser, interroge cette mère de trois enfants, au bord des larmes, dans un centre de déplacés de Saïda, la grande ville du sud.

- "Pas de ligne rouge" -

Le ministère libanais de la Santé a pour sa part affirmé qu'Israël "ciblait" de façon répétée les ambulanciers en intervention.

Depuis le début de la guerre le 2 mars, le ministère a recensé 53 attaques contre des associations de secours, 13 contre des centres de santé, 30 contre des véhicules et cinq contre des hôpitaux.

Ramzi Kaiss, chercheur à Human Rights Watch, souligne à l'AFP que l'armée israélienne n'a pas présenté de preuves montrant que des établissements de santé ou des ambulances visés sont utilisés à des fins militaires.

Si les Israéliens ont des preuves que les ambulances sont détournées, ils "doivent émettre un avertissement" et "n'attaquer qu'après que cet avertissement n'ait pas été respecté", ajoute-t-il.

Nasser Ajram, un secouriste d'une ONG locale à Saïda, estime qu'il "n'y plus de protection" pour les équipes.

"Il y a deux jours, ils ont visé un centre, ils ont tué des médecins et des infirmiers (...) il n'y a plus de lignes rouges", dit cet homme de 57 ans, qui a à peine vu sa famille depuis que la guerre a commencé.

Le fils de Youssef Assaf, âgé de quatre ans, demande toujours pour sa part quand son père va rentrer.

"J'ai toujours rêvé qu'on vieillirait ensemble", dit Jeanne d'Arc Boutros. "Il aimait aider les gens (...) il a beaucoup fait dans sa vie, et il est parti".


L’Arabie saoudite accueille une réunion d’urgence de ministres arabes et islamiques sur la sécurité régionale

(Getty Images)
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  • L’Arabie saoudite réunit en urgence à Riyad des ministres arabes et islamiques pour renforcer la coordination en faveur de la sécurité et de la stabilité régionales
  • Cette initiative intervient sur fond d’escalade majeure au Moyen-Orient après des frappes contre l’Iran et des attaques de représailles perturbant la région

RIYAD : L’Arabie saoudite accueille mercredi à Riyad une réunion d’urgence des ministres arabes et islamiques des Affaires étrangères afin d’examiner les moyens de renforcer la sécurité et la stabilité régionales, a annoncé le ministère saoudien des Affaires étrangères.

Le ministère a indiqué que cette rencontre vise à approfondir la concertation et la coordination entre les États membres pour soutenir au mieux la paix et la stabilité dans la région.

Ces discussions interviennent dans un contexte de fortes tensions au Moyen-Orient. À la suite d’une frappe conjointe américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, Téhéran a lancé des vagues successives d’attaques de missiles et de drones visant les États du Golfe, Israël et des intérêts américains dans la région, plongeant le Moyen-Orient dans l’une de ses plus graves crises sécuritaires depuis des années. Des aéroports du Golfe, dont d’importants hubs à Dubaï et Doha, ont été contraints de fermer à plusieurs reprises en raison de ces attaques, perturbant le commerce, les voyages et l’acheminement de fournitures médicales essentielles.

L’annonce fait suite à une série d’appels diplomatiques mardi, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Faisal ben Farhane, ayant contacté ses homologues en Syrie, en Algérie, en Irak, en Bosnie-Herzégovine, en Égypte et aux Émirats arabes unis.

La réunion de mercredi constitue un effort collectif arabe et islamique pour contenir les répercussions de la crise et tracer une voie vers une désescalade avant qu’elle ne s’aggrave davantage. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com