«Pire que le Covid»: les salles de concert s'éteignent en masse au Royaume-Uni

Des personnes attendent le début d'un spectacle au EartH Theatre de Londres, le 3 mai 2024. Les salles de concert au Royaume-Uni sont confrontées à une tempête parfaite, avec une hausse des coûts - notamment de l'électricité et du loyer - coïncidant avec une baisse du pouvoir d'achat des clients. (Photo Benjamin Cremel AFP)
Des personnes attendent le début d'un spectacle au EartH Theatre de Londres, le 3 mai 2024. Les salles de concert au Royaume-Uni sont confrontées à une tempête parfaite, avec une hausse des coûts - notamment de l'électricité et du loyer - coïncidant avec une baisse du pouvoir d'achat des clients. (Photo Benjamin Cremel AFP)
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Publié le Samedi 11 mai 2024

«Pire que le Covid»: les salles de concert s'éteignent en masse au Royaume-Uni

  • Les salles de concert au Royaume-Uni sont confrontées à une flambée tous azimuts de leur coûts, notamment de l'électricité et des loyers. En parallèle, leurs clients ont moins de pouvoir d'achat
  • «Ce n'est plus possible de faire des bénéfices dans ce secteur», va jusqu'à affirmer Jack Henry, directeur des opérations de Studio Spaces, une salle de spectacle et d’événements dans le sud de Londres

LONDRES : Les lumières s'allument et le chanteur Cosmo Sheldrake emporte aussitôt son public de ses compositions électroniques et vocales. La salle est pleine, mais c'est loin d'être le cas des caisses d'Earth Hackney, le centre d'art londonien où a lieu le concert.

«C'est paradoxal d'avoir des concerts à guichet fermé et de pouvoir malgré tout perdre de l'argent» remarque Auro Foxcroft, fondateur et directeur d'Earth et de la salle proche Village Underground, interrogé par l'AFP.

Les salles de concert au Royaume-Uni sont confrontées à une flambée tous azimuts de leur coûts, notamment de l'électricité et des loyers. En parallèle, leurs clients ont moins de pouvoir d'achat.

«Tout coûte 15% de plus en moyenne qu'avant la pandémie, et (...) les ventes sont en baisse de 20%», ajoute Auro Foxcroft.

«Ce n'est plus possible de faire des bénéfices dans ce secteur», va jusqu'à affirmer Jack Henry, directeur des opérations de Studio Spaces, une salle de spectacle et d’événements dans le sud de Londres.

L'an dernier, 125 salles indépendantes ont fermé dans le pays, soit 38%, dont de véritables institutions comme Moles, où se sont produits Oasis, The Cure ou Eurythmics.

«C'est la pire situation qu'ait jamais connue l'économie du monde de la nuit. Le Covid-19 était massif, mais c'est bien pire maintenant» assène Jack Henry.

Pendant la pandémie, les salles de concert, boîtes de nuit et bars avaient dû fermer pendant des mois, mais n'avaient pas de coûts de fonctionnement et ont reçu des aides gouvernementales substantielles, rappelle-t-il.

Les difficultés du secteur avaient déjà commencé il y a près de 15 ans avec la crise financière et la montée de la musique numérique qui a bouleversé l'écosystème musical.

La situation est telle qu'«on finit par prendre des décisions artistiques sur la base de combien de bières on espère pouvoir vendre», soupire M. Foxcroft.

- Pintes trop chères -

D'autant que les jeunes boivent moins que leurs aînés, par manque de moyens, mais aussi par souci d'un style de vie plus sain, comme en témoigne le succès de phénomènes comme le Dry January, opération incitant à ne pas boire d'alcool pendant le mois de janvier.

«Personnellement j'ai tendance à ne pas consommer d'alcool. C'est généralement l'une des choses qui coûtent le plus cher et les gens de mon âge ont tendance à moins boire», dit à l'AFP Indy Firth, étudiante en réalisation de film de 21 ans, qui assiste avec une amie au concert de Cosmo Sheldrake.

Si les consommations déclinent dans les salles de concert, les ventes de tickets, en volume, se portent bien. Mais difficile de faire monter trop les tarifs, au risque de faire fuir la clientèle, surtout la jeune, celle qu'il faut fidéliser.

«Les gens ne commencent pas à courir les concerts à la quarantaine», relève Auro Foxcroft.

Si l'association sectorielle NTIA demande à Downing Street une baisse de TVA pour soutenir les dépenses des consommateurs, Mark Davyd, directeur de l'association Music Venues Trust, milite pour que chaque ticket d'un concert de stade ou grandes arènes comprenne une modeste contribution à un fonds de redistribution pour aider le secteur des salles indépendantes à survivre.

M. Davyd souligne que tous les grands noms que compte la musique britannique, d'Adele à Coldplay en passant par les Rolling Stones, ont «commencé dans des petites salles et y ont fait leurs armes pendant des années» avant de connaitre le succès.

Les professionnels britanniques citent en exemple la France, où environ 3,5% sont prélevés sur les tickets de concert et redistribués sous forme d'aides et où les salles de concert se portent beaucoup mieux.

 


Paris: début de la semaine de la haute couture avec Schiaparelli, Dior et Iris Van Herpen

Le mannequin britannique Lily Cole présente une création d'Iris Van Herpen lors du défilé Haute-Couture automne-hiver 2024 dans le cadre de la Fashion Week de Paris, à Paris, le 24 juin 2024 (Photo, AFP).
Le mannequin britannique Lily Cole présente une création d'Iris Van Herpen lors du défilé Haute-Couture automne-hiver 2024 dans le cadre de la Fashion Week de Paris, à Paris, le 24 juin 2024 (Photo, AFP).
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  • Suivront dans la journée les défilés des maisons Dior, Iris Van Herpen, Rahul Mishra et Giambattista Valli
  • Il s'agit d'un événement fermé, où seuls la presse et les clients peuvent assister aux présentations de pièces uniques nécessairement faites à la main

PARIS: La semaine de la haute couture, événement de mode semestriel, a débuté lundi à Paris avec le traditionnel défilé de Schiaparelli, en velours noir vertigineux, crêpe rouge et silhouettes cinématographiques.

Le design en largeur continue d'être la marque de fabrique de cette maison, avec des robes en velours ultra cintrées et des épaules larges. La robe Schiaparelli est mouvante, en crêpe rouge avec un décolleté plongeant comme une piste d'atterrissage et des panneaux volants.

"Je ne voulais pas jouer avec les ficelles habituelles ou de nouveau le bébé robot (une création futuriste du dernier défilé devenue virale sur les réseaux, NDLR) ou quoi qui puisse porter de l'ombre à la maîtrise du vêtement", a confié à la presse après le défilé Daniel Roseberry, le créateur américain aux ciseaux pour Schiaparelli depuis 2019.

Suivront dans la journée les défilés des maisons Dior, Iris Van Herpen, Rahul Mishra et Giambattista Valli.

A ne pas confondre avec la semaine de la mode parisienne, la semaine de la haute couture féminine se déroule en janvier pour l'été et à mi-année pour l'hiver, uniquement à Paris, car il s'agit d'une spécificité française protégée par un statut légal.

Il s'agit d'un événement fermé, où seuls la presse et les clients peuvent assister aux présentations de pièces uniques nécessairement faites à la main.

30 maisons 

Jusqu'à jeudi, 30 maisons de haute couture présentent leurs créations, avec les absences de Valentino et de Fendi et deux nouveaux entrants depuis un an dans ce cercle fermé de l'excellence, Balenciaga et Thom Browne.

La montante Maison Margiela avec son designer en voie de rédemption, John Galliano, ne défile qu'une fois par an et ne peut pas prétendre au label.

Pour une maison de mode, ajouter ce double tour annuel à son arc est une bonne idée commerciale, tant les clients se bousculent sur les marché asiatiques et du Golfe. Lanvin et Saint Laurent sous Vaccarello pourraient prétendre à un retour en haute couture.

Mais il semble y avoir embouteillage chez les artisans. "Nous avons un vrai problème de capacités", a confié à l'AFP le créateur de la ligne haute couture de Fendi, Kim Jones (chez Dior Homme à l'année), qui a préféré renoncer pour cette collection.

Ces créations principalement destinées aux tapis rouges, grands événements de la jet-set et galas, attirent une foule de stars venues en repérage, dont Kylie Jenner, Gigi Hadid et Doja Cat chez Schiaparelli.


A Montpellier, le chorégraphe japonais Saburo Teshigawara fait danser les contrastes

Le chorégraphe japonais Saburo Teshigawara (à gauche) et une danseuse se produisent sur scène lors d'une répétition du ballet "Voix du désert" dans le cadre du Festival Montpellier Danse au Théâtre de l'Agora à Montpellier, dans le sud de la France, le 21 juin 2024 (Photo ,AFP).
Le chorégraphe japonais Saburo Teshigawara (à gauche) et une danseuse se produisent sur scène lors d'une répétition du ballet "Voix du désert" dans le cadre du Festival Montpellier Danse au Théâtre de l'Agora à Montpellier, dans le sud de la France, le 21 juin 2024 (Photo ,AFP).
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  • Pour ses créations, le chorégraphe nippon n'impose pas ses mouvements
  • Mais il ne délivre pas de mots ni de consignes non plus

MONTPELLIER: "C'est une pièce créée pour toucher l'âme des êtres humains": avec "Voice of desert", Saburo Teshigawara a présenté au festival Montpellier Danse une pièce pour cinq danseurs empreinte de contrastes, entre délicatesse et brutalité, dans l'écrin d'un théâtre à ciel ouvert.

Lorsque le chorégraphe japonais entre en scène samedi soir, son corps ne s'impose pas. Il se glisse dans une atmosphère. Ses membres ondulent jusqu'au bout des doigts, fluides puis épris de sursauts finement maîtrisés. Avec sa partenaire, Rihoko Sato, ils respirent le fragile.

"C'est une pièce créée pour toucher l'âme des êtres humains. +Voice of Desert+ (NDLR: la voix du désert") dessine, par le corps, nos voix intérieures, celles de notre corps, de notre esprit. Ces voix s'expriment à l'intérieur avant de s'exprimer à l'extérieur", a-t-il expliqué à l’AFP avant cette première dans laquelle il danse et réalise la chorégraphie, mais aussi la lumière, la scénographie et les costumes.

Né en 1953 à Tokyo, le chorégraphe a d'abord étudié les arts plastiques et la danse classique. Jeune, il s'est interdit de réaliser sa première pièce avant l'âge minimum de 30 ans, convaincu de devoir étudier sans relâche pour oser créer ensuite.

"J'ai décidé que je devais étudier la musique, l'écriture, les matériaux, les éléments et m'étudier moi-même. Puis j'ai eu besoin de créer ma propre méthode", dévoile-t-il. En 1985, à 32 ans, il fonde sa compagnie, Karas, avec l'artiste Kei Miyata. Et il reçoit un Lion d’Or en 2022 à la Biennale de Venise, pour l'ensemble de sa carrière.

Les oppositions intriguent le chorégraphe qui s'interroge au quotidien sur les contradictions dans nos vies, dans l'environnement, dans ce qu'il perçoit, à 70 ans, de son propre point de vue: "Mon corps est petit, mes yeux sont petits, ma vision du monde est petite, et le monde est vraiment trop grand pour moi".

«Les luttes créent l'équilibre»

"Mais ce sont les contradictions qui nous permettent d'être au milieu. Les luttes créent l'équilibre", ajoute-t-il.

Dans “Voice of desert“, à nouveau joué lundi soir à Montpellier, les contraires sont régulièrement provoqués. Ainsi, la quiétude des corps de Saburo Teshigawara, Rihoko Sato et Kei Miata est dérangée par deux trublions, perruque noire sur la tête, déboulant sur le plateau en chutant sans cesse. Le contraste est criant.

Sa méthode, nourrie de ces antonymies, est bâtie sur le mouvement de la respiration, sur la relation avec le sol, enrichie du corps des autres danseurs et danseuses.

Pour ses créations, le chorégraphe nippon n'impose pas ses mouvements. "C'est au danseur lui-même de les découvrir, par le langage".

Mais il ne délivre pas de mots ni de consignes non plus. Saburo déclame des poèmes, des textes inspirants, que Rihoko Sato, sa partenaire de scène depuis plus de 25 ans, "écoute et ressen(t) de différentes façons. Certains textes reviennent beaucoup, c'est ce qui fait naître les mouvements dans mon corps", témoigne-t-elle.

Prolifique, Saburo Teshigawara crée une dizaine de pièces par an dans son théâtre au Japon. Mais, pour "Voice of desert", il a été largement inspiré par le lieu, la scène montpelliéraine de l'Agora, en extérieur, qui s'insère dans un ancien couvent en demi-lune avec, pour fond, une arche de pierres calcaires.

"Nous sommes habitués à des espaces clos et noirs qui nous plongent dans une imagination illimitée. A l'Agora, nous sommes sous les lumières du ciel, au milieu des pierres, soumis au vent", observe Saburo Teshigawara.

La scénographie est épurée. La lumière saupoudre les corps filiformes des danseurs, révélant doucement leurs ombres sur les vieilles pierres. Le souffle du vent revient, en toile de fond sonore, comme un refrain. Puis des mélodies de violons, de pianos, sont soudainement balayées par le fracas du tonnerre. Saburo Teshigawara fait briller les oppositions, en un clair-obscur.


A Beyrouth, l'ambiance est à la fête malgré les menaces d'Israël

Un véhicule habillé comme un bus à deux étages roule près des participants au festival de la rue de Beyrouth, dans le centre-ville de Beyrouth, le 22 juin 2024. (Photo par Joseph EID / AFP)
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Dans l'effervescence d'un quartier branché de Beyrouth, les éclats des rires d'Elie et son ami, attablés pour dîner, se mêlent au brouhaha des bars voisins, loin des violences à la frontière avec Israël, qui font craindre une "guerre totale".

"J'ai quarante ans, et chaque année, on nous dit que la guerre éclatera cet été", déclare à l'AFP ce conseiller financier à la barbe poivre et sel, devant un bar de la capitale libanaise.

"Ce que l'on voit dans la rue est différent de ce que l'on entend dans les médias", confie-t-il. "Ce que rapporte la presse à l'étranger laisse penser que le Liban est en état de guerre."

Depuis le début de la guerre le 7 octobre entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, le Hezbollah libanais qui soutient le mouvement islamiste palestinien, échange quotidiennement des tirs à la frontière entre le Liban et Israël.

Les tensions exacerbées à la frontière israélo-libanaise ces derniers jours font craindre une extension du conflit.

Le chef de la diplomatie israélienne Israël Katz a menacé le Hezbollah de destruction à l'issue d'une "guerre totale" et l'armée israélienne a approuvé des "plans opérationnels pour une offensive au Liban".

Le lendemain, le chef du Hezbollah Hassan Nasrallah a averti qu'"aucun lieu" en Israël ne serait épargné par les missiles de son mouvement en cas d'attaque contre le Liban.

Mais si le risque d'une escalade revient parfois dans les discussions, il ne semble pas inquiéter pour autant les fêtards de Mar Mikhaël.

Dans ce quartier chrétien connu pour ses cafés et ses bars qui s'animent de lumières colorées, les verres s'entrechoquent et les clients dansent au rythme des derniers hits arabes et occidentaux remixés à plein volume par les DJ.

"C'est le Liban et c'est notre histoire. Rien ne change. On a bien survécu à la guerre de juillet", dit Elie, en référence à une guerre dévastatrice qui a opposé le Hezbollah à Israël à l'été 2006.

Selon lui, "durant toutes les crises passées, les gens ont continué à veiller tard, que ce soit pendant la pandémie de Covid-19 ou l'explosion au port de Beyrouth" à l'été 2020, qui a accéléré l'effondrement d'une économie libanaise déjà exsangue depuis 2019.

 

- "On s'en remet à Dieu" -

 

A quelques kilomètres de là, des Libanais ont emmené leurs enfants à un festival organisé dans le centre de Beyrouth, jusque tard dans la nuit.

"Malgré toutes les menaces, on est un peuple qui aime la vie", confie à l'AFP Abir Atallah, au milieu des rires des enfants devant l'estrade.

Bien que, selon l'ONU, 95.000 Libanais ont été déplacés par le conflit à la frontière avec Israël, le spectre de la guerre n'empêche pas les Libanais des autres régions de poursuivre leur vie normalement.

"On vit au jour le jour. Certes, les gens ont peur, mais on s'en remet à Dieu", avoue Mira Makhlouf, qui vend des jouets pour enfants.

"Les Libanais aiment faire la fête", déclare-elle, soulignant qu'elle n'a pas l'intention de quitter le Liban en cas de guerre à grande échelle.

Si des grands festivals qui se tiennent chaque été au Liban ont été annulés cette année en raison de la situation dans le sud du pays, certains organisateurs ont choisi de maintenir leur programmation.

Et les chanteurs arabes affluent au Liban pour se produire, comme en atteste récemment le concert à Beyrouth de la star égyptienne Amr Diab, qui a réuni plus de 20.000 personnes mi-juin.

Les expatriés continuent d'affluer pour la saison estivale, même si plusieurs pays ont à nouveau déconseiller à leurs ressortissants de se rendre au Liban.

"Je ne pense pas qu'une guerre puisse éclater, et on  n'a pas peur. Autrement, on ne verrait pas toute cette foule", déclare Nayla Haddad, en marge du festival.

"Toutes les deux semaines, on organise un festival dans un endroit différent", confie-t-elle, tout sourire.