Pour gagner leur vote, Netanyahou devrait courtiser les Arabes

Benjamin Netanyahou est le politicien par excellence, et il sait mieux que quiconque comment gérer et manipuler l'opinion publique à son avantage (Photo, AFP).
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Publié le Samedi 09 janvier 2021

Pour gagner leur vote, Netanyahou devrait courtiser les Arabes

  • Le premier ministre israélien a annoncé son intention d’organiser une campagne pour gagner le soutien des électeurs palestiniens israéliens, qui représentent 20% de la population du pays
  • Avec sept sièges supplémentaires, les citoyens arabes palestiniens d'Israël pourraient avoir leur mot à dire sur l’identité du prochain premier ministre

Le premier ministre Benjamin Netanyahou n'est pas mon dirigeant israélien préféré, mais il a réussi à gagner élection après élection, et continue d’avoir la plus grande influence sur ce qui arrive à mes parents et amis qui luttent pour survivre dans ce pays.

Netanyahou est le politicien par excellence, il sait mieux que quiconque comment gérer et manipuler l'opinion publique à son avantage. C’est pourquoi je ne suis pas surpris que le premier ministre israélien ait annoncé son intention d’organiser une campagne pour gagner le soutien des électeurs palestiniens israéliens, qui représentent 20% de la population du pays. Il s'agit d'une initiative stratégique intelligente, visant à rallier divers soutiens à l'approche des prochaines élections qui devraient se tenir le 23 mars.

Netanyahou a occupé ce poste pendant plus de 15 ans au cours de ses deux mandats en tant que premier ministre israélien. Plus que quiconque au Moyen-Orient, il a une influence sur la vie, les droits de l’homme et le statut des Palestiniens. Pourtant, malgré tout ce temps au pouvoir, il a dû lutter lors de trois élections au cours des deux dernières années. Faisant face à des accusations de corruption, il n'a pas réussi à remporter une victoire décisive lors des élections de mars dernier, mais a tout de même réussi à se placer à la tête d'une coalition avec son principal rival, Benny Gantz.

Gantz, qui est légèrement moins conservateur que son partenaire dans la coalition, était censé partager le poste de premier ministre, mais Netanyahou a orchestré l’effondrement de l’accord sur le gouvernement, et pense maintenant pouvoir gagner purement et simplement en mars.

La multiplication du vote arabe palestinien lors des dernières élections constitue un potentiel obstacle à la trajectoire de Netanyahou. De toute évidence, cette communauté est une minorité qui ne peut être ignorée. Cependant, jusqu'à présent, c'est exactement ce que le premier ministre a fait. Lors des dernières élections, il a attisé les flammes du racisme en avertissant que, s'il n’obtenait pas le soutien juif, les Arabes pourraient prendre le relais.

Ayant couvert les élections américaines et occidentales pendant près de 45 ans, je sais que le racisme est parfois moins une question de race que de politique. Les politiciens intelligents «gèrent» les questions raciales, pour manipuler la participation électorale. Souvent, ce n'est pas parce qu'ils sont racistes, mais parce qu'ils considèrent l’argument de la race comme un instrument qui pourrait contribuer à assurer une victoire électorale. Une stratégie sans-doute amorale, mais la manipulation raciale est monnaie courante dans les élections occidentales.

Au lieu de susciter les tensions raciales en Israël, comme il l'a fait l'année dernière, Netanyahou a cette fois décidé de courtiser les Arabes palestiniens.

Ray Hanania

Ils représentent une cible de choix pour ses manigances, étant donné que leurs propres dirigeants n'ont jamais vraiment compris les fondements des élections, et semblent toujours miser sur les émotions plutôt que sur la stratégie.

Cette faiblesse des dirigeants arabes palestiniens explique probablement pourquoi le vote de la communauté n’a jamais atteint son véritable potentiel. Si tel était le cas, les électeurs arabes palestiniens, qui représentent 20% de l'électorat, devraient pouvoir élire 24 représentants à la Knesset israélienne, composée de 120 membres. Le maximum jamais atteint est de 17. Avec sept sièges supplémentaires, les citoyens arabes palestiniens d'Israël pourraient avoir leur mot à dire sur l’identité du prochain premier ministre. Ils pourraient aussi inverser les politiques d'apartheid adoptées par le gouvernement israélien et opposition à la création d'un véritable État palestinien.

Netanyahou le sait. S’il n’est pas sûr de gagner en attisant l’arabophobie chez les Juifs israéliens, il va essayer alors, en tant que politicien, de s’approprier au moins une partie de ce vote, afin de ne pas avoir à partager à nouveau le pouvoir.

Il comprend également à quel point la population arabe palestinienne est émotive. Il n'est pas inconcevable que ces victimes de violences et de crimes se tournent vers leur oppresseur pour trouver des réponses. Ce serait une variante du fameux syndrome de Stockholm, qui voit les otages nouer des liens affectifs avec leurs ravisseurs.

Tout ce que Netanyahou doit faire est de montrer davantage d’intérêt et de compassion pour les Arabes palestiniens, non pas en termes de nationalisme, mais en termes de traitement plus équitable. Israël a adopté plus de 65 lois discriminatoires à l'encontre des non-Juifs. Sans perdre le soutien des conservateurs de droite, qui s'opposent à un État palestinien, Netanyahou pourrait réduire le racisme et accorder davantage de droits aux non-Juifs, pour plus d’égalité.

Il a juste besoin de remporter une petite partie du vote arabe palestinien pour consolider son leadership, et peut-être même se soustraire aux poursuites pour corruption qui le menacent. Il a certainement une ouverture en ce sens. Les dirigeants arabes palestiniens en Israël n’ont jamais atteint leur plein potentiel et ne comprennent vraiment pas le pouvoir de la stratégie de communication sur les résultats des élections. Ils répondront à sa stratégie en présentant une campagne très émotive, comme ils le font déjà.

Si Netanyahou reste lucide par rapport à ses objectifs et fait une réelle différence dans la vie des non-Juifs d’Israël, tendre la main aux arabes pour gagner leurs voix serait une démarche intelligente.

 

Ray Hanania est un éditorialiste et ancien journaliste politique primé auprès de l’hôtel de ville de Chicago. Il peut être joint sur son site Web personnel à l'adresse www.Hanania.com. Twitter: @RayHanania

Clause de non-responsabilité : Les opinions exprimées dans cette rubrique par leurs auteurs sont personnelles, et ne reflètent pas nécessairement le point de vue d’Arab News.

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com