NATIONS-UNIS: Les opérations de maintien de la paix de l'ONU doivent "s'adapter" face aux nouveaux défis mondiaux, mais il n'est "ni réaliste ni souhaitable" d'imaginer envoyer les Casques bleus arrêter une guerre, à Gaza ou ailleurs, souligne leur chef Jean-Pierre Lacroix dans un entretien avec l'AFP.
Les missions onusiennes de maintien de la paix ont été accusées ces dernières années dans certains pays, surtout africains, de ne pas répondre aux besoins notamment en matière de lutte contre les organisations terroristes ou autres groupes armés.
Dans ce contexte, "bien sûr il faut continuer à s'adapter", reconnaît Jean-Pierre Lacroix. S'adapter pour répondre aux "facteurs de conflit qui prennent une importance croissante, notamment en Afrique mais pas seulement, comme les activités criminelles transnationales".
Mais "le maintien de la paix a ses limites" et n'a de sens que "pour appuyer un accord entre des parties", par exemple un cessez-le-feu, insiste-t-il.
Il juge ainsi "très très très hypothétique à ce stade" le déploiement réclamé par la Ligue arabe d'une force de maintien de la paix de l'ONU dans les territoires palestiniens occupés.
Parce que les conditions requises ne sont pas là: un accord entre les parties mettant fin aux hostilités, un accord des parties pour une intervention de l'ONU et un feu vert du Conseil de sécurité, très divisé.
Certains Etats membres du Conseil, notamment la France et la Russie, ont évoqué un possible rôle dans le "jour d'après" à Gaza pour l'ONUST, la plus ancienne mission de paix de l'ONU créée en 1948 pour surveiller la trêve au Moyen-Orient.
La mission qui fête son 76e anniversaire le 29 mai, également "journée internationale des Casques bleus", est toujours présente sur le terrain avec quelques dizaines d'observateurs militaires non armés, notamment au Liban.
Mais il n'y a "pas de planification à ce stade" pour leur éventuelle implication à Gaza, indique Jean-Pierre Lacroix, soulignant que le mandat des Casques bleus, où qu'ils puissent être déployés, n'est pas "l'imposition de la paix".
Faudrait-il alors modifier ce mandat? "Ce n'est ni réaliste ni souhaitable", juge-t-il.
"L'imposition de la paix, c'est (...) le synonyme de faire la guerre. Beaucoup d'Etats au sein du Conseil de sécurité y seraient opposés", assure-t-il, doutant aussi de trouver beaucoup de pays prêts à contribuer en troupes avec un tel mandat de guerre.
"Mais ça ne veut pas dire que l'imposition de la paix n'est pas nécessaire dans certains cas".
Comme en Haïti où, avec l'accord du Conseil de sécurité, le Kenya doit déployer très prochainement une mission multinationale de sécurité pour aider la police dépassée par les violences des gangs.
"Ca n'a jamais été fait auparavant, et ça pose effectivement toute une série de problèmes", commente Jean-Pierre Lacroix.
Grande diversité de situations
Mais "ce sont des leçons qu'on apprend", poursuit-il, estimant que le partenariat noué avec l'Union africaine en la matière va permettre de mieux préparer l'ONU à soutenir ce genre d'opérations d'imposition de la paix "non Casques bleus".
Le Conseil de sécurité a ainsi adopté dans cette optique en décembre dernier une résolution permettant de soutenir, notamment financièrement, les opérations de l'Union africaine.
"Il ne s'agit pas de remplacer un modèle par un autre" mais de faire en sorte que la communauté internationale soit "mieux en mesure de répondre à une plus grande diversité de situations", note-t-il, estimant que malgré les difficultés, les Etats membres soutiennent "très largement" les activités des Casques bleus.
Un soutien qui ne permet pas d'empêcher leur retrait quand il est réclamé par le pays hôte, comme au Mali l'an dernier. Ou en République démocratique du Congo (RDC) où l'ONU a cessé ses opérations de maintien de la paix fin avril au Sud-Kivu.
Après cette première phase de retrait, le risque d'une propagation du conflit dans l'est de la RDC à cette province "nous préoccupe", indique M. Lacroix. Et dans ce contexte, la poursuite du désengagement, au Nord-Kivu et en Ituri, dont le calendrier n'a pas été fixé, devra se faire de façon "responsable", pour éviter "des conséquences plus négatives encore sur une situation qui est déjà préoccupante".







