Dans le Vaucluse, des jeunes se lancent dans «  une bataille culturelle » contre le RN

"On veut "dénoncer ce qu'ils (les représentants d'extrême droite) sont, leur incompétence", relève Alexandre Lorello, 25 ans, qui "a été au Parti socialiste" mais se présente aujourd'hui avant tout comme "Vauclusien". (AFP).
"On veut "dénoncer ce qu'ils (les représentants d'extrême droite) sont, leur incompétence", relève Alexandre Lorello, 25 ans, qui "a été au Parti socialiste" mais se présente aujourd'hui avant tout comme "Vauclusien". (AFP).
Short Url
Publié le Jeudi 20 juin 2024

Dans le Vaucluse, des jeunes se lancent dans «  une bataille culturelle » contre le RN

  • Dans le Vaucluse, bastion de l'extrême droite depuis plusieurs années, le RN a frôlé le grand chelem aux dernières législatives en remportant quatre circonscriptions sur cinq
  • Marion Maréchal y a eu son premier ancrage électoral et plusieurs municipalités sont dirigées par l'extrême droite, dont Orange, depuis 1995

AVIGNON: "Je liste 10 personnes les plus proches de moi en âge de voter et je les appelle pour les convaincre de voter contre l'extrême droite": dans le Vaucluse, un petit groupe de jeunes tente "une bataille culturelle" contre le Rassemblement national.

"Je ne monte jamais le ton, si la personne n'est pas réceptive (...) je lui souhaite une belle journée et je raccroche", poursuit cet "argumentaire phoning", élaboré pour les législatives du 30 juin et 7 juillet par le nouvel Observatoire de l'extrême droite du 84, "l'un des départements les plus pauvres, les plus isolés et les moins diplômés" de France, explique Antonin Dacos, 23 ans.

Dans le Vaucluse, bastion de l'extrême droite depuis plusieurs années, le RN a frôlé le grand chelem aux dernières législatives en remportant quatre circonscriptions sur cinq. Marion Maréchal y a eu son premier ancrage électoral et plusieurs municipalités sont dirigées par l'extrême droite, dont Orange, depuis 1995.

Antonin ne s'en cache pas, il est de gauche, proche du parti Génération.s. Il était jusqu'à la dissolution collaborateur parlementaire du député des Yvelines, Benjamin Lucas. Mais leur démarche n'est pas politique mais "métapolitique" et rassemble une vingtaine de jeunes de différentes sensibilités.

"On veut "dénoncer ce qu'ils (les représentants d'extrême droite) sont, leur incompétence", relève Alexandre Lorello, 25 ans, qui "a été au Parti socialiste" mais se présente aujourd'hui avant tout comme "Vauclusien".

"Le combat doit se faire sur les idées", sur leurs "valeurs fratricides", "l'économie où ils portent des sujets qui n'ont pas de sens", surenchérit cet autre jeune de 23 ans, plutôt macroniste à "fortes convictions écologiques", qui ne souhaite pas décliner son identité pour des raisons professionnelles.

Dire aux électeurs tentés par l'extrême droite qu'ils sont "des racistes, des fascistes, ça ne peut pas marcher. Ça clôt une conversation", estime Alexandre.

"Oui, il y a chez les militants RN de vrais fascistes mais chez les électeurs beaucoup se sentent méprisés par Paris alors qu'eux vivent les déserts médicaux, les gares qui ferment: il y a un lien entre la distance des services publics et le vote RN", insiste Antonin qui espère "rattraper par la main les électeurs paumés".

Ici, il y a déjà le collectif antifasciste du Vaucluse "No Pasaran 84" ou une intersyndicale mobilisée pendant les Européennes pour marteler que "l'extrême droite n'est pas le parti des salariés".

"Il faut sans doute que les opposants au RN se saisissent aussi" de la bataille culturelle que "l'extrême droite assume très clairement", analyse Christèle Lagier, spécialiste en sociologie électorale de l'extrême droite.

« Très dur »

Alors comment s'y prendre?

Avec ces législatives anticipées, ces jeunes ont mis en ligne un formulaire qui permet d'un simple clic de recevoir une liste d'arguments à faire valoir auprès "de vos amis, parents, grand-parents". Arguments transmis également via une newsletter à 900 abonnés.

En février, lors du lancement de leur Observatoire, ils ont fait un rapport sur l'activité parlementaire des quatre députés RN pointant leurs positions "antiféministes" ou "anti-classes moyennes sur le logement et le travail".

Par exemple, trois de ces quatre députés ont voté contre l'inscription dans la Constitution de l’Interruption volontaire de grossesse (IVG).

Ils relèvent également leur manque de technicité avec peu d'amendements déposés ou retoqués car mal rédigés.

Bénédicte Auzanot, députée RN sortante de la 2e circonscription du Vaucluse, estime que tout ça "c'est creux". "Ils sont censés parler du Vaucluse et ils se positionnent sur les sujets nationaux", explique-t-elle à l'AFP, qualifiant leur travail de "tract".

Sur le faible nombre d'amendements déposés pendant son mandat, cette ancienne assistante de cabinet médical assure: "J'ai défendu les amendements de mes collègues".

Sur le marché de Cavaillon, 25.000 habitants, elle est repartie en campagne "confiante". Elle distribue méthodiquement avec un grand sourire et sans trop parler son tract la montrant en photo avec Jordan Bardella.

"Pour nous en Provence-Alpes-Côte d'Azur, ce sera très dur", soupire en la voyant passer un sympathisant LFI, Thierry Rousselet, venu lui aussi distribuer des tracts, rouges et sans photo, du Nouveau Front Populaire.

"On n'arrivera pas forcément à infléchir", l'opinion des gens, "mais si déjà modestement on peut les faire réfléchir....", espèrent les jeunes de l'Observatoire.


Budget: Lecornu dégaine un ultime 49.3, l'épilogue approche

Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le Premier ministre français Sébastien Lecornu quitte le palais présidentiel de l'Élysée à Paris après la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres, le 28 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • Le Premier ministre Sébastien Lecornu va recourir pour la troisième fois à l’article 49.3 pour faire adopter définitivement le budget 2026, malgré de nouvelles motions de censure attendues lundi
  • Le texte vise un déficit ramené à 5 % du PIB en 2026 et prévoit plusieurs concessions sociales, mais continue de susciter une forte opposition à gauche et à l’extrême droite

PARIS: La ligne d'arrivée du marathon budgétaire est proche: le Premier ministre Sébastien Lecornu va activer vendredi matin pour la troisième fois l'article 49 alinéa 3 de la Constitution à l'Assemblée nationale, ultime étape avant l'adoption définitive du budget de l'Etat, attendue lundi.

Après quatre mois de très denses discussions au Parlement, le projet de loi de finances pour 2026 va pouvoir aboutir.

Examiné à partir de 9H00 à l'Assemblée nationale en lecture définitive, le projet de budget ne sera pas discuté très longtemps: le chef du gouvernement est attendu au Palais Bourbon pour activer d'emblée un nouveau 49.3 sur le texte.

En engageant ainsi la responsabilité du gouvernement, Sébastien Lecornu devrait s'exposer à nouveau à deux motions de censure, issues de la gauche hors-PS et du Rassemblement national.

Celles-ci seront soumises aux députés "probablement lundi après-midi", ont indiqué des sources gouvernementales et parlementaires à l'AFP. Et sauf immense surprise, elles seront rejetées comme les deux précédentes grâce à la clémence des Républicains et surtout du Parti socialiste. Le gouvernement dispose en effet d'un matelas relativement confortable d'une vingtaine de voix d'avance.

Le rejet des motions vaudra alors adoption définitive du budget de l'Etat, qui devra tout de même passer le filtre du Conseil constitutionnel avant d'être promulgué. Sa mise en place mettra fin au régime fragile de la loi spéciale, votée fin décembre faute d'accord parlementaire pour assurer la continuité de l'Etat.

S'il est certes "imparfait", ce budget "est un texte utile pour les Français, car il nous permet de sortir du climat d'incertitude qui s'est installé depuis quelques mois", a salué jeudi la ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin.

Elle s'exprimait devant les sénateurs, très mécontents de la copie finale. Ces derniers, qui devaient être saisis du texte avant son retour à l'Assemblée selon les règles de procédure parlementaire, n'ont pas souhaité retarder l'échéance, préférant le rejeter d'emblée sans rouvrir la discussion.

Si certains parlementaires, tout comme l'agence de notation Moody's, en doutent, le texte entend ramener le déficit à 5% du PIB en 2026, contre 5,4% en 2025.

Il prévoit diverses concessions en direction notamment du PS, comme les repas à un euro pour les étudiants ou la hausse de la prime d'activité pour les salariés modestes.

Mais il continue de susciter l'hostilité de l'extrême droite et d'une grande partie de la gauche (Insoumis, écologistes, communistes), qui ont déposé à chaque occasion des motions de censure.

Il s'agira de la troisième utilisation du 49.3 par Sébastien Lecornu, qui s'était engagé à y renoncer au début de l'automne, à la demande du PS. Les deux premiers ont été activés lors de la "nouvelle lecture" du texte, l'un sur la partie "recettes", l'autre sur la partie "dépenses".


Le dernier vendeur de journaux à la criée de Paris fait "chevalier" par Macron

Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
Le président français Emmanuel Macron (à gauche), remet la médaille de Chevalier de l'Ordre national du Mérite à Ali Akbar, qui vend des journaux dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, dans la capitale française, depuis 50 ans, à l'Élysée, à Paris, le 28 janvier 2026. (AFP)
Short Url
  • Emmanuel Macron a décoré Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, chevalier de l'Ordre national du mérite, saluant son parcours exemplaire d’intégration et sa contribution culturelle au VIe arrondissement
  • À plus de 70 ans, Ali Akbar continue de vendre des journaux et de partager son humour satirique dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, symbole vivant de la tradition de la presse à la criée

PARIS: Le président français Emmanuel Macron a décoré mercredi des insignes de chevalier de l'Ordre national du mérite Ali Akbar, dernier vendeur de journaux à la criée de Paris, un "magnifique exemple" d'intégration "qui rend notre pays plus fort et plus fier".

"Très ému", ce Pakistanais âgé de plus de 70 ans, arrivé en France quand il n'en avait que vingt, a expliqué avoir déjà en tête la fausse manchette de journal qu'il criera dans les prochains jours, lui qui aime clamer des titres parodiques: "ça y est, je suis chevalier! J'ai réussi!".

"Vous êtes l'accent du VIe arrondissement, la voix de la presse française", lui a dit le chef de l'État dans la salle des fêtes de l'Élysée, saluant cette figure incontournable du quartier de Saint-Germain-des-Prés, où a longtemps vibré le Tout-Paris littéraire.

Il a souligné qu'après avoir affronté "la pauvreté, le travail imposé, les violences" dans son pays de naissance, "le sol français" lui avait donné "l'espoir d'une vie meilleure".

"C'est un magnifique exemple dans un moment où nous entendons si souvent les vents mauvais (...) il y a aussi beaucoup d'histoires comme Ali qui s'écrivent, de femmes et d'hommes qui ont fui la misère pour choisir un pays de liberté et qui y ont construit une vie qui rend notre pays plus fort et plus fier", a insisté le président.

- "Irrévérence tricolore" -

Dès ses débuts de crieur dans les années 1970, grâce à une rencontre avec le cofondateur des journaux satiriques Hara-Kiri et Charlie Hebdo, Ali Akbar a jeté son dévolu sur le quartier de Sciences Po.

Là, il raconte avoir croisé de nombreux étudiants devenus depuis ministres ou députés. Voire président de la République, à l'instar d'Emmanuel Macron.

Svelte, le visage fin, avec ses journaux sous le bras - essentiellement Le Monde aujourd'hui -, il sillonne encore ces rues de la rive gauche de la capitale en déclamant des manchettes humoristiques. Une manière de parodier les événements politiques avec le sourire.

Le français est "devenu votre langue", "vous apprenez à jouer avec, faisant vôtre, par là, une forme d'irrévérence tricolore", lui a glissé le chef de l'État.

"Vous avez porté, si je puis dire, le monde à bout de bras et la France dans votre cœur", lui a-t-il encore affirmé, dans un clin d'œil au quotidien du soir.

Il y a cinquante ans, Paris comptait une quarantaine de vendeurs de journaux à la criée, postés à des endroits stratégiques comme les bouches de métro. Lui s'était démarqué en choisissant de déambuler puis, dans les années 1980, en commençant à inventer des titres parodiques... et racoleurs.

Il perçoit 1.000 euros de retraite par mois mais continue à travailler de 15H00 à 22H00. À l'heure du tout numérique, il écoule en moyenne une trentaine de journaux par jour, contre 150 à 200 à ses débuts.

Et maintenant? "Je vais rester, je vais continuer à vendre les journaux", confie Ali Akbar, et "amuser les gens avec mes blagues".


Macron reçoit mercredi les dirigeants du Danemark et du Groenland

A la suite de plusieurs semaines d'escalade, Donald Trump a reculé sur le Groenland, après avoir menacé de s'emparer de ce territoire et d'imposer des droits de douane accrus aux pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, qui s'y opposent et ont participé mi-janvier à une mission militaire de reconnaissance sur le territoire autonome danois. (AFP)
A la suite de plusieurs semaines d'escalade, Donald Trump a reculé sur le Groenland, après avoir menacé de s'emparer de ce territoire et d'imposer des droits de douane accrus aux pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, qui s'y opposent et ont participé mi-janvier à une mission militaire de reconnaissance sur le territoire autonome danois. (AFP)
Short Url
  • Des discussions à Davos entre Donald Trump et le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, ont permis, selon le président américain, de déboucher sur un "cadre d'accord" sur le Groenland sans que les détails en soient révélés
  • En juin dernier, Emmanuel Macron s'était rendu à Nuuk, la capitale du Groenland, où l'ouverture d'un consulat français est prévue le 6 février

PARIS: Emmanuel Macron recevra mercredi midi la Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, et le Premier ministre du Groenland, Jens Frederik Nielsen, a annoncé l'Élysée mardi.

A l'occasion de ce "déjeuner de travail", le chef de l'État "réaffirmera la solidarité européenne et le soutien de la France à l'égard du Danemark et du Groenland, de leur souveraineté et de leur intégrité territoriale".

Selon l'Élysée, les trois dirigeants échangeront "sur les enjeux de sécurité dans l'Arctique et sur le développement économique et social du Groenland que la France et l'Union européenne sont prêtes à accompagner".

Selon un communiqué du bureau de presse de la Première ministre danoise, les deux dirigeants se rendront ensuite pour un débat à Sciences-Po animé par Giuliano da Empoli, auteur du best-seller "Le Mage du Kremlin"

Dans un contexte diplomatique de tensions, du fait de la menace russe et des ambitions américaines pour le Groenland, Mette Frederiksen - qui a participé à un sommet sur la coopération énergétique et sécuritaire en Mer du Nord lundi à Hambourg - et Jens Frederik Nielsen seront à Berlin ce mardi avant de se rendre mercredi à Paris.

A la suite de plusieurs semaines d'escalade, Donald Trump a reculé sur le Groenland, après avoir menacé de s'emparer de ce territoire et d'imposer des droits de douane accrus aux pays européens, dont la France, l'Allemagne ou le Royaume-Uni, qui s'y opposent et ont participé mi-janvier à une mission militaire de reconnaissance sur le territoire autonome danois.

Des discussions à Davos entre Donald Trump et le secrétaire général de l'Otan, Mark Rutte, ont permis, selon le président américain, de déboucher sur un "cadre d'accord" sur le Groenland sans que les détails en soient révélés.

Mme Frederiksen, qui a rencontré mardi à Berlin le chancelier allemand Friedrich Merz, a ensuite souligné sur la télévision allemande ARD que si le Danemark voulait une coopération militaire "accrue" avec les Américains, sa "souveraineté" était une "ligne rouge".

"Le Groenland a répété à plusieurs reprises qu'il ne voulait pas faire partie des États-Unis", a-t-elle déclaré, selon la traduction allemande, appelant les alliés transatlantiques à se concentrer sur "la défense de l'Europe contre la Russie".

Comme M. Merz, qui a de nouveau assuré le Danemark et le Groenland de la "solidarité" de l'Allemagne, selon une communication de ses services, la France se veut en pointe de la solidarité européenne avec Copenhague.

En juin dernier, Emmanuel Macron s'était rendu à Nuuk, la capitale du Groenland, où l'ouverture d'un consulat français est prévue le 6 février.