Voter ou pas, le dilemme d'Iraniens avant la présidentielle

L'élection intervient alors que l'Iran est confronté à des pressions économiques, à des sanctions internationales et à l'application du port obligatoire du voile pour les femmes. (AP)
L'élection intervient alors que l'Iran est confronté à des pressions économiques, à des sanctions internationales et à l'application du port obligatoire du voile pour les femmes. (AP)
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Publié le Samedi 22 juin 2024

Voter ou pas, le dilemme d'Iraniens avant la présidentielle

  • La participation est l'un des enjeux du scrutin pour lequel six candidats --cinq conservateurs et un réformateur-- ont été qualifiés par le Conseil des gardiens, l'organisme chargé de superviser le scrutin
  • Outre l'économie et le social, les tensions géopolitiques entre l'Iran et l'Occident, et la question sensible du port obligatoire du voile par les femmes font partie des préoccupations des électeurs

TÉHÉRAN, Iran : «Est-ce que ça va changer quelque chose?»: Dans le grand bazar de Téhéran, les Iraniens sont partagés sur le bien-fondé de voter à la présidentielle du 28 juin alors que beaucoup d'entre eux peinent à boucler les fins de mois.

Taghi Dodangeh fait partie de ceux qui ne se posent pas la question. «Voter est mon devoir religieux et civique. Je le ferai jusqu'au dernier jour de ma vie», affirme ce boulanger de 57 ans, interrogé par l'AFP aux abords de l'immense poumon commercial de la capitale.

Fervent défenseur de la République islamique, il se rendra donc dans son bureau de vote pour élire un nouveau président en remplacement d'Ebrahim Raïssi, décédé le 19 mai dans un accident d'hélicoptère.

A contrario, Fariba est déterminée à rester éloignée des urnes. «Je n'ai jamais voté et je ne le ferai pas», annonce sans détour cette femme de 30 ans, qui possède une boutique en ligne. «Car quelque soit le président, ça ne changera rien à nos vies», ajoute-t-elle, sans donner son nom de famille.

La participation est l'un des enjeux du scrutin pour lequel six candidats --cinq conservateurs et un réformateur-- ont été qualifiés par le Conseil des gardiens, l'organisme chargé de superviser le scrutin.

La précédente présidentielle, en 2021, avait été marquée par un taux d'abstention record depuis la révolution islamique de 1979, à 51%, alors qu'aucun candidat réformateur ou modéré n'avait été autorisé à concourir.

Au début de la campagne, le guide suprême et chef de la République islamique, l'ayatollah Ali Khamenei, a exhorté les Iraniens à participer «en grand nombre» au scrutin, qui est une «affaire importante» pour le pays.

Mahdi Zeinali n'est pas encore sûr de se déplacer le 28 juin. «Si l'un des candidats m'apparait comme la bonne personne, je vais voter. Sinon, non», explique ce jeune commerçant de 26 ans, qui espère que les besoins de la jeunesse soient pris en compte par les six candidats, tous des hommes quinquagénaires ou sexagénaires.

- Hijab et sanctions -

«Les jeunes sont les plus affectés par les difficultés économiques» même si «le président Raïssi a fait beaucoup d'efforts» pour améliorer la situation, estime Keshvar, une mère de famille de 53 ans qui porte le tchador.

Venue au bazar faire «quelques emplettes», Jowzi pense aller voter mais cette femme au foyer de 61 ans regrette que les six candidats viennent «du même milieu» et fassent «des promesses qui ne se concrétiseront pas».

Pour elle, «qu'importe que le prochain président porte ou non un turban», alors que cinq des huit présidents depuis 1979 ont été des religieux.

Cette année, seul un membre du clergé, Mostafa Pourmohammadi, est en lice sans avoir le rang d'ayatollah.

Il ne figure pas dans la liste des favoris qui comporte Saïd Jalili, l'ancien négociateur ultraconservateur du dossier nucléaire, Mohammad-Bagher Ghalibaf, le président du Parlement, et le député réformateur Massoud Pezeshkian, selon un sondage de l'institut Ispa publié jeudi.

Outre l'économie et le social, les tensions géopolitiques entre l'Iran et l'Occident, et la question sensible du port obligatoire du voile par les femmes font partie des préoccupations des électeurs.

«A l'approche des élections», les femmes qui ne portent pas le hijab dans les lieux publics sont «moins ciblées» par les forces de l'ordre, mais «une fois le vote terminé, la situation» va de nouveau se tendre, prévoit Fariba.

Pour Jowzi, qui le porte ainsi que ses filles, «le voile est une affaire personnelle» dans laquelle l'Etat «ne devrait pas s'immiscer».

Interrogés sur le sujet, la plupart des candidats ont adopté une attitude prudente, se déclarant opposés à la police des mœurs et au recours à la violence contre les femmes ne portant pas de voile.

Commerçant dans le bazar, Hamid Habibi souhaite surtout que le prochain président se concentre sur la levée des sévères sanctions internationales, essentiellement américaines, qui «frappent très durement les gens». «Nous sommes sous sanctions depuis 45 ans. Pourquoi?», s'interroge-t-il, en appelant à «un rétablissement des liens avec les Etats-Unis et les pays européens».

A ce stade, une telle perspective semble lointaine: Washington et Bruxelles ont récemment renforcé les sanctions et le Canada a ajouté mercredi à sa liste d'entités terroristes les Gardiens de la révolution, l'armée idéologique de la République islamique.


L'armée américaine tire sur un pétrolier au large d'Oman, trois Indiens portés disparus

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  • "Sur 24 membres d'équipage indiens à bord, 21 ont été secourus jusqu'à présent et trois sont portés disparus", a précisé le ministère indien des Affaires étrangères dans un communiqué
  • L'Inde a convoqué le chargé d'affaires américain à New Delhi et exprimé une "vive protestation" concernant l'attaque, a indiqué à l'AFP un haut responsable du gouvernement indien

DUBAI: Trois membres d'équipage indiens sont portés disparus mercredi, après une attaque revendiquée par l'armée américaine contre un pétrolier au large d'Oman qui tentait, selon Washington, d'exporter du pétrole d'Iran malgré le blocus imposé par les Etats-Unis.

Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a précisé sur X que l'un de ses avions de combat avait tiré sur "la salle des machines" du Settebello, qui bat pavillon des Palaos, "après que l'équipage a refusé d'obtempérer aux ordres des forces américaines"

"Sur 24 membres d'équipage indiens à bord, 21 ont été secourus jusqu'à présent et trois sont portés disparus", a précisé le ministère indien des Affaires étrangères dans un communiqué.

L'Inde a convoqué le chargé d'affaires américain à New Delhi et exprimé une "vive protestation" concernant l'attaque, a indiqué à l'AFP un haut responsable du gouvernement indien.

Il s'agit du huitième navire neutralisé depuis le début du blocus imposé par les Etats-Unis contre les ports iraniens, d'après le décompte de l'armée américaine.

Le sultanat d'Oman est situé à l'entrée du détroit d'Ormuz, où le trafic maritime est quasiment paralysé depuis le début fin février du conflit opposant les Etats-Unis et Israël à l'Iran. Près d'un cinquième des livraisons mondiales de pétrole et de gaz transitent par cette voie.

La compagnie de sécurité maritime britannique Vanguard a indiqué avoir été informée que le Settebello avait "transmis un appel de détresse indiquant que sa salle des machines avait été touchée par un missile" au large de Sohar, dans le golfe d'Oman et qu'un incendie s'était déclaré à bord.

L'agence de sécurité maritime britannique UKMTO a spécifié que les faits s'étaient produits à 20 miles nautiques au nord-est de la ville omanaise de Sohar.

"Les autorités locales ont indiqué qu'un pétrolier avait signalé un feu dans sa salle des machines, et qu'elles se trouvaient sur place pour aider à l'évacuation de l'équipage", selon le communiqué de l'UKMTO.

"Le navire a fait état d'une victime et de deux membres d'équipage portés disparus. Aucun impact sur l'environnement n'a été signalé", a-t-elle ajouté.

Lundi, les secours omanais avaient évacué par hélicoptère 24 marins indiens d'un pétrolier en feu au large des côtes du sultanat d'Oman, selon les autorités indiennes, qui n'avaient pas précisé les causes de l'incendie. Le sinistre était survenu sur le MT Marivex, un navire battant également pavillon des îles Palaos

Le tir américain contre le Settebello est intervenu alors que l'Iran a revendiqué mercredi matin des attaques contre des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie en réponse à des frappes américaines sur son sol, elles-mêmes déclenchées par la destruction d'un hélicoptère américain lundi.


Trump affirme que les Etats-Unis vont «attaquer très durement» l'Iran

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  • "On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous"
  • L'Iran a revendiqué des attaques contre des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie en réponse à des frappes américaines sur son sol, elles-mêmes déclenchées par l'attaque de l'hélicoptère

WASHINGTON: Donald Trump a affirmé mercredi qu'il allait "attaquer très durement" l'Iran, y compris potentiellement en visant des centrales électriques ou des ponts, et dénoncé les "tergiversations" de Téhéran concernant un accord.

Il a aussi annoncé que les forces américaines avaient mené une "mission secrète" qui avait permis de faire transiter 100 millions de barils de pétrole par le détroit d'Ormuz.

"On va les attaquer, les attaquer très durement", a déclaré le président américain à la presse dans le Bureau ovale, ajoutant que ce serait dès "aujourd'hui" (mercredi).

"On verra bien ce qui va se passer, mais on les a frappés durement hier, et on va les frapper durement aujourd'hui, (...) au cas où vous n'allumeriez pas votre télé", a-t-il dit.

Il a précisé être en droit de le faire après la destruction lundi d'un hélicoptère américain attribuée à Téhéran.

L'Iran a revendiqué des attaques contre des bases américaines à Bahreïn et en Jordanie en réponse à des frappes américaines sur son sol, elles-mêmes déclenchées par l'attaque de l'hélicoptère.

Ces frappes américaines en représailles à l'attaque de l'hélicoptère - qui survolait le détroit d'Ormuz, toujours verrouillé par l'Iran - ont notamment ciblé dans la nuit de mardi à mercredi les villes de Jask et Sirik et l'île de Qeshm, sur la côte sud de l'Iran.

"On était vraiment sur le point de conclure un accord, mais ils n'arrêtent pas de nous mener en bateau, ils se foutent de nous", a poursuivi Donald Trump.

"Tout a été négocié. Nous avons un accord entièrement négocié, mais ils tergiversent sans cesse", a ajouté le dirigeant républicain.

Plus tôt, il avait estimé que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux", ajoutant qu'ils allaient "devoir en payer le prix".

"MORT!!!" 

"L'armée iranienne est un chaos complet et total. Une bonne partie, comme leur marine et leur armée de l'air, n'existe même plus – elles ont été totalement vaincues", avait écrit le président américain sur son réseau Truth Social. "L'Iran, c'est beaucoup de paroles et aucune action. Le tyran du Moyen-Orient est MORT!!!"

Donald Trump a aussi affirmé à Fox News qu'il envisageait de plus en plus de mener des frappes contre des centrales électriques et des ponts iraniens.

Interrogé à ce sujet à la Maison Blanche par un journaliste de l'AFP, il a répondu: "Je ne vais pas vous le dire mais je peux le faire".

Sur son réseau Truth Social, il a par ailleurs écrit que l'armée américaine avait mené "une mission secrète en soutien des pétroliers et autres navires commerciaux dans le détroit d'Ormuz".

"Ces efforts ont permis de faire passer 100 MILLIONS de barils de pétrole par le détroit", a-t-il ajouté, en précisant que "plus de 200 navires" avaient pu franchir le passage.

Cette "mission secrète" évoque le "Project Freedom", un projet d'escorte de navires annoncé début mai puis très rapidement suspendu par Donald Trump en raison, à l'époque, de "grands progrès" dans les discussions avec Téhéran.

Depuis l'entrée en vigueur de la trêve début avril, le dirigeant républicain multiplie les déclarations contradictoires, entre espoir d'un compromis tout proche et menace de reprise des hostilités.

Donald Trump affirmait encore mardi que la diplomatie américaine menait les "derniers efforts" en vue d'un accord avec Téhéran, évoquant un délai de "deux à trois jours" pour sa conclusion.

Il a par ailleurs affirmé, dans un autre message mercredi, que le blocus américain des ports iraniens était "le plus réussi" de l'histoire, allant selon lui jusqu'à empêcher Téhéran de payer la solde de ses militaires.

Peu après les propos de M. Trump à la Maison Blanche, l'armée américaine a annoncé qu'un de ses avions de combat avait mis hors service un pétrolier dans le Golfe d'Oman qui tentait d'apporter du pétrole en Iran malgré le blocus imposé par les Etats-Unis.


Trump juge que l'Iran a «pris trop de temps pour négocier» et va «en payer le prix»

Donald Trump a estimé mercredi que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux". (AFP)
Donald Trump a estimé mercredi que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux". (AFP)
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  • Donald Trump a estimé mercredi que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux"
  • Ils vont "devoir en payer le prix"

WASHINGTON: Donald Trump a estimé mercredi que les Iraniens avaient "mis trop de temps à négocier un accord qui aurait été excellent pour eux", ajoutant qu'ils allaient "devoir en payer le prix", dans un message sur son réseau Truth social.

"L'armée iranienne est un chaos complet et total. Une bonne partie, comme leur marine et leur armée de l'air, n'existe même plus – elles ont été totalement vaincues", a-t-il ajouté. "L'Iran, c'est beaucoup de paroles et aucune action. Le tyran du Moyen-Orient est MORT!!!"