Bureau de l'AFP frappé à Gaza : une enquête de médias internationaux pointe vers des tirs de char israélien

Cette photo prise depuis une position près de Sderot, le long de la frontière israélienne avec la bande de Gaza, le 4 novembre 2023, montre des fusées éclairantes larguées par les forces israéliennes au-dessus de l'enclave palestinienne dans le cadre des combats en cours entre Israël et le mouvement palestinien Hamas. (Photo, AFP)
Cette photo prise depuis une position près de Sderot, le long de la frontière israélienne avec la bande de Gaza, le 4 novembre 2023, montre des fusées éclairantes larguées par les forces israéliennes au-dessus de l'enclave palestinienne dans le cadre des combats en cours entre Israël et le mouvement palestinien Hamas. (Photo, AFP)
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Publié le Mardi 25 juin 2024

Bureau de l'AFP frappé à Gaza : une enquête de médias internationaux pointe vers des tirs de char israélien

  • Une cinquantaine de journalistes de 13 organisations, dont le Guardian, Der Spiegel, Le Monde ou encore l'organisation de presse arabe ARIJ, ont enquêté pendant quatre mois sous l'égide de Forbidden Stories
  • L'enquête et les expertises se sont fondées sur les images et sons captés en direct par la caméra de l'agence internationale qui diffusait les images en direct

PARIS: Le bureau de l'AFP à Gaza, gravement endommagé le 2 novembre 2023 par une frappe, a probablement été touché par des tirs de char israélien, selon une enquête menée par l'AFP et plusieurs médias internationaux, publiée mardi.

Une cinquantaine de journalistes de 13 organisations, dont le Guardian, Der Spiegel, Le Monde ou encore l'organisation de presse arabe ARIJ, ont enquêté pendant quatre mois sous l'égide de Forbidden Stories, réseau international de journalistes spécialisé dans l'investigation.

Le consortium a travaillé sur des dizaines de cas de journalistes et d'infrastructures de presse touchés depuis le début de la guerre dévastatrice entre Israël et le Hamas à Gaza, déclenchée par l'attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien en Israël le 7 octobre.

La frappe contre le bureau de l'AFP à Gaza le 2 novembre n'avait pas fait de victimes, l'équipe ayant alors évacué la ville, mais la salle des serveurs informatiques a été ravagée.

L'enquête et les expertises se sont fondées sur les images et sons captés en direct par la caméra de l'agence internationale qui diffusait les images en direct, une des rares organisations de presse à le faire alors.

Le travail s'est aussi appuyé sur des photos des débris prises au lendemain des frappes et de nouveau quelques mois plus tard, ainsi que sur l'analyse d'images satellite.

Cinq experts, dont tous n'acceptent pas d'être cités, ont jugé probable avec un bon degré de certitude que le bureau ait été touché par un obus de char, une arme dont ne disposent pas les groupes palestiniens dans la bande de Gaza.

D'autres experts consultés ne se sont pas prononcés de façon aussi affirmative, mais ont écarté des frappes aériennes ou de drones au vu des dégâts constatés.

L'hypothèse d'une roquette ou d'un missile antichar, munitions dont dispose le Hamas, a été écartée avec un bon degré de certitude par plusieurs experts.

Au lendemain de l'incident, l'armée israélienne, qui disposait des coordonnées du bureau de l'AFP, avait nié avoir visé l'immeuble et évoqué la possibilité d'une frappe "à proximité qui pourrait avoir provoqué des débris".

Recontactée en juin pour les besoins de l'enquête, l'armée israélienne a tenu la même ligne. "Les bureaux de l'AFP n'étaient pas la cible de l'attaque et les dommages occasionnés pourraient avoir été causés par l'onde de choc ou les éclats", a-t-elle dit sans mentionner clairement de quelle attaque ni de quelle date elle parlait.

Elle a ajouté que l'incident était examiné par un organisme d'enquête interne, le Mécanisme d’enquête et d’évaluation de l'état-major général.

Des questions importantes restent en suspens, compte tenu de la quasi-impossibilité d'enquêter sur place en raison de l'intensité du conflit.

Voici un résumé de ce que l'enquête a permis d'établir.

Le bureau de l’AFP à Gaza

L'AFP a ouvert un bureau en 1993 à Gaza, dans le sillage des accords d'Oslo. Elle emploie 7 journalistes, un technicien et un comptable, pour certains d'entre eux depuis deux, voire trois décennies.

Lors d'un déménagement en 2015, l'AFP s'est installée dans la tour Hajji, un imposant bâtiment situé dans le quartier al-Rimal de Gaza, à deux pas du front de mer. L'agence occupe les trois derniers étages – dont le toit terrasse – de l'immeuble.

C'est un de ces bureaux "symbole" du réseau de l’AFP, car situé en zone de conflit, dans un territoire sans forte présence de la presse étrangère, et où le personnel a couvert plusieurs guerres, rappelle le directeur de l'information de l'agence, Phil Chetwynd.

"Le bureau, c'est notre deuxième maison”, explique le journaliste Adel Zaanoun, résumant le sentiment de toute l'équipe de l’AFP. "Pour nous, il a toujours été un lieu sûr, un refuge, à travers les crises et les guerres".

Le bureau dans la tour Hajji "était particulier", insiste M. Zaanoun. "Il avait cette vue, très belle sur la mer et si utile pour couvrir toutes les guerres”.

De fait, dès le début du conflit, l'AFP à Gaza, depuis le 10e étage offrant une vue incomparable sur la ville, est une des rares agences à diffuser en direct des images des bombardements, reprises dans le monde entier.

L'agence, dont la présence à Gaza est parfaitement connue, d'Israël comme du Hamas, a transmis l'adresse et les coordonnées du bureau à l'armée israélienne dans les premiers jours de la guerre.

Les faits

Le 2 novembre 2023, plusieurs explosions secouent le bâtiment, laissant un trou béant dans la façade et ravageant la salle des serveurs informatiques de l'AFP, située au 11e étage. Au total, on peut entendre sur le live diffusé par la caméra de l'AFP quatre explosions dans ou à proximité de l'immeuble.

Les déflagrations et les débris qui tombent sont capturés par cette caméra positionnée un étage plus bas, au 10e étage, sur le balcon.

La caméra, branchée sur des panneaux solaires, n'est pas touchée, et continuera à diffuser après quelques interruptions. Le live finira par définitivement s'éteindre le 12 novembre, personne n'étant en mesure de venir le relancer.

Les journalistes de l'AFP ne sont pas présents au moment des frappes. Ils ont évacué Gaza City le 13 octobre, quand l'armée israélienne a lancé un ordre d'évacuation à tous les civils de la ville.

Que voit-on sur le live et que disent les experts ?

Plusieurs flashs lumineux sont visibles à distance, quelques secondes avant les détonations dans et/ou autour du bâtiment.

Plusieurs experts ont établi une corrélation entre ces éclairs, marquant vraisemblablement l'origine des tirs, et les détonations.

Pour le chercheur sous pseudo War Noir, cofondateur de Militant Wire, spécialisé dans l'analyse des conflits, "il est très probable que ces éclairs lumineux proviennent d'une arme". "Ils sont vraisemblablement liés aux déflagrations, considérant que le temps entre chaque flash et les explosions est quasiment le même", ajoute-t-il.

"De façon générale, je dirais qu'il est très probable que la plupart des attaques enregistrées dans le live ont été causées par un canon de char", déclare le chercheur.

À partir des images des dégâts – un trou béant sur la façade de l'immeuble, des gerbes d'éclat sur les murs, et des débris – cinq experts interrogés penchent vers un obus de char.

Adrian Wilkinson, ingénieur britannique indépendant expert en explosifs ayant collaboré avec l'Onu et la Cour pénale internationale, estime que les dégâts observés dans le local de l'AFP sont compatibles avec un "obus perforant" de calibre 120 mm M339 utilisé par les chars israéliens.

Les groupes palestiniens ne disposent pas de chars ni de ce type de munition.

"Aucun autre acteur ne dispose d'un système d'arme capable de tirer en ligne de mire avec une charge explosive de 2,3 kilos, ce qui est cohérent avec les dégâts causés à l'intérieur du bâtiment", souligne l'expert.

"Le type d'arme et sa précision, compatible avec un char israélien, indiquent que l'arme a atteint la cible qu'elle visait. Pourquoi a-t-elle été tirée ? Je ne suis pas en mesure de commenter", conclut M. Wilkinson.

Un militaire français spécialiste en armement juge quant à lui la possibilité d'un obus de char "supérieure à 7 sur une échelle de 1 à 10". "Si cela avait été un missile on aurait vu d'autres types d'éclats", dit-il.

Sur cette même échelle, Trevor Ball, un ancien spécialiste en explosifs dans l'armée américaine, déclare pour sa part : "Je mettrais un 10, en raison des dégâts limités et de fragments compatibles avec des munitions de char".

Questions et inconnues

D'où sont partis les tirs ?

Une analyse réalisée par des journalistes du consortium se basant sur le calcul de la vitesse du son et à partir d'images satellite détermine la distance des tirs à environ 3 km au nord-est du bureau. Ces calculs ont été jugés "solides" et "cohérents" par plusieurs des experts interrogés.

Le rayon déterminé pour l'origine présumée des tirs pointe sur un terrain vague près de la mer, à quelque 3 km au nord est du bureau de l'AFP.  Des chars israéliens (qui à cette époque achèvent l'encerclement de la ville de Gaza) ont été observés dans ou à proximité de cette zone avant et après le jour des frappes, selon des images satellite.

En revanche, il a été impossible d'obtenir une image complète du terrain le 2 novembre. La compagnie américaine Maxar, sollicitée par le consortium, n'a fourni qu'une image très réduite sur laquelle on ne voit pas le terrain vague dans son ensemble, et affirmé "ne pas être en mesure de fournir" la vue complète.

Envoyer aujourd'hui un journaliste prendre des photos sur les lieux présumés d'origine des tirs est trop dangereux, compte tenu de l'intensité du conflit.

Si l'enquête n'a pas pu établir avec certitude l'existence d'une ligne de mire dégagée depuis le terrain vague vers l'immeuble de l'AFP, elle n'a toutefois trouvé aucun élément permettant de l'exclure catégoriquement.

L'autre grande question est de savoir ce qui était visé, et dans quel but.

Y avait-il pour l'armée israélienne une cible à proximité ou dans l'immeuble ? "Nous n'avons pas d'indications que des combattants du Hamas se trouvaient dans l'immeuble le 2 novembre", selon le directeur de l'information de l'AFP Phil Chetwynd.

La frappe contre l'AFP s'inscrit dans un contexte d'attaques répétées contre des infrastructures de presse depuis le début du conflit.

S'agit-il d'une stratégie délibérée ? Il est impossible d'apporter une réponse formelle à cette question, seulement des éléments de contexte et un faisceau d'indices.

Le 2 novembre, environ cinquante minutes avant les frappes ayant touché le bureau de l'AFP, un autre immeuble abritant des médias, Al-Ghefary, a été touché dans le même quartier. La frappe a ravagé le bureau du 16e étage de cette tour, l'une des plus hautes de Gaza, où étaient installés les bureaux de Palestinian Media Group, qui diffusait lui aussi un live pour plusieurs clients, notamment l'agence internationale Reuters.

Un journaliste de PMG est blessé aux jambes dans cette frappe.

Une seconde frappe touchera les locaux de PMG le 3 novembre.

Pour Hassan Madhoun, le directeur de PMG, il n'y a aucun doute : "cela visait directement les caméras".

Concernant la frappe sur l'AFP, Chourouk Assad, porte-parole du syndicat des journalistes palestiniens (PJS) est tout aussi catégorique.

"Il s'agit d'une attaque claire et directe contre un bureau de presse. Israël connaît l'importance des images diffusées en direct, particulièrement pour la presse internationale qui les utilise", affirme-t-elle.

Un autre incident grave impliquant un "live" s'était produit le 13 octobre, dans le sud du Liban. Ce jour-là, un journaliste de Reuters a été tué et six autres reporters, dont deux de l'AFP, blessés, par un obus de char israélien, selon une enquête de l'AFP. Ils faisaient partie d'un groupe de reporters, dont ceux d'Al Jazeera, qui diffusait en direct les bombardements israéliens contre le Hezbollah pro-iranien.

Et maintenant ?

"Nous voulons une enquête claire et transparente sur ce qui s'est passé dans le sud du Liban, et dans notre bureau à Gaza", insiste Phil Chetwynd. "Nous avons besoin de réponses. Toute attaque dans laquelle des journalistes ou des infrastructures de presse sont touchés est extrêmement grave", souligne-t-il.

"Selon la loi humanitaire internationale, les infrastructures de presse sont des infrastructures civiles, donc les cibler équivaudrait potentiellement à un crime de guerre", rappelle de son côté Irene Khan, rapporteuse spéciale de l'ONU sur le droit à la liberté d'opinion et d'expression.

 

 


Un hôpital endommagé par des frappes israéliennes dans le sud du Liban

De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne ayant ciblé la périphérie est de la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
De la fumée s’élève du site d’une frappe aérienne israélienne ayant ciblé la périphérie est de la ville côtière de Tyr, dans le sud du Liban, le 24 mars 2026. (AFP)
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  • Des frappes aériennes israéliennes près de Tyr (sud du Liban) ont endommagé un hôpital, faisant 11 blessés, tout en laissant l’établissement opérationnel malgré d’importants dégâts
  • Les attaques ont également touché des zones civiles (port, habitations), dans un contexte de conflit élargi ayant causé plus de 1.300 morts et environ un million de déplacés

BEYROUTH: Un hôpital de Tyr, importante ville côtière du sud du Liban, a été endommagé par deux frappes aériennes israéliennes qui ont visé des bâtiments à proximité, faisant 11 blessés, dont trois secouristes, a annoncé samedi le ministère de la Santé.

Une série de frappes israéliennes a visé la région samedi. A Al-Houch, une localité de Tyr, deux frappes ont détruit deux bâtiments situés à proximité de l'hôpital italo-libanais, selon un correspondant de l'AFP.

Des vitres ont été brisées et des faux plafonds se sont effondrés alors que des médecins dispensaient des soins, a indiqué la direction de l'hôpital.

Elle a ajouté que l'établissement continuait de fonctionner malgré les dégâts.

L'hôpital "restera ouvert pour assurer les soins médicaux nécessaires", a souligné son directeur, Youssef Jaafar, auprès de l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

Un correspondant de l'AFP a vu des débris jonchant les rues, une voiture calcinée et de la fumée s'élever de bâtiments en partie détruits.

Le port de Tyr a lui aussi été ciblé. Une frappe a touché un bateau de tourisme dans lequel une personne dormait, selon le correspondant de l'AFP. Des bateaux de pêche à quai ont également été endommagés, a-t-il constaté.

Quelque 20.000 personnes, dont environ 15.000 déplacés venus des villages voisins, se trouvent encore à Tyr, malgré les ordres d'expulsion israéliens qui ont forcé des dizaines de milliers de personnes à fuir la région, où Israël poursuit ses bombardements et son invasion terrestre.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël, en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien, Ali Khamenei.

La guerre a déjà fait plus de 1.300 morts et un million de déplacés, selon les chiffres officiels.


Le prince héritier saoudien rencontre le président de la FIFA pour renforcer la coopération sportive

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors de sa rencontre avec le président de la FIFA Gianni Infantino à Djeddah, samedi. (Photo SPA)
Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane lors de sa rencontre avec le président de la FIFA Gianni Infantino à Djeddah, samedi. (Photo SPA)
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  • Les discussions portent sur le développement du football et les partenariats internationaux
  • Le Royaume renforce ses liens avec la FIFA dans le cadre d’investissements sportifs majeurs

RIYAD : Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a rencontré le président de la FIFA Gianni Infantino à Djeddah samedi, des discussions axées sur le renforcement de la coopération et l’élargissement des opportunités dans le développement du football.

La réunion a permis de passer en revue la collaboration en cours entre le Royaume et la FIFA, ainsi que les perspectives de croissance du sport, tant au niveau de la base que du football professionnel, a rapporté l’Agence de presse saoudienne (SPA).

Ces dernières années, l’Arabie saoudite a intensifié son engagement avec la FIFA dans le cadre d’une stratégie plus large visant à se positionner comme un pôle sportif mondial, avec d’importants investissements dans les infrastructures, la formation des talents et l’organisation de grands événements internationaux dans le cadre de la Vision 2030.

Le Royaume a accueilli une série de tournois régionaux et internationaux et a travaillé étroitement avec la FIFA sur des initiatives visant à élargir la pratique du football et sa croissance commerciale au Moyen-Orient. Riyad est également perçue comme cherchant à jouer un rôle accru dans le football mondial, notamment avec des ambitions potentielles d’accueil de grandes compétitions.

La réunion s’est tenue en présence du ministre des Sports Abdulaziz ben Turki Al-Faisal et du président de la Fédération saoudienne de football, Yasser Al-Misehal. 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


Liban: nouvelles frappes israéliennes sur Beyrouth après la destruction d'un pont

Une photographie montre un immeuble effondré sur le site d’une frappe aérienne israélienne nocturne dans le quartier de Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 3 avril 2026. L’armée israélienne a déclaré, le 3 avril, avoir frappé plus de 3 500 cibles à travers le Liban au cours du mois écoulé depuis le début des combats avec le Hezbollah soutenu par l’Iran. (AFP)
Une photographie montre un immeuble effondré sur le site d’une frappe aérienne israélienne nocturne dans le quartier de Haret Hreik, dans la banlieue sud de Beyrouth, le 3 avril 2026. L’armée israélienne a déclaré, le 3 avril, avoir frappé plus de 3 500 cibles à travers le Liban au cours du mois écoulé depuis le début des combats avec le Hezbollah soutenu par l’Iran. (AFP)
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  • L’armée israélienne a bombardé la banlieue sud de Beyrouth et détruit des ponts stratégiques au Liban, visant à affaiblir le Hezbollah et isoler le sud du pays
  • Le conflit s’intensifie : des Casques bleus ont été blessés, le bilan humain s’alourdit et les frappes provoquent destructions massives et déplacements de population

BEYROUTH: L'armée israélienne a de nouveau bombardé la banlieue sud de Beyrouth samedi à l'aube, affirmant frapper des infrastructures du Hezbollah après avoir détruit un pont sur le fleuve Litani dans l'est du Liban.

Trois Casques bleus ont par ailleurs été blessés vendredi dans une explosion à l'intérieur d'une installation de l'ONU près d'El Adeisse (sud), la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) précisant que ces soldats, dont deux ont été grièvement blessés, sont de nationalité indonésienne.

Quelques jours plus tôt, trois autres Casques bleus indonésiens avaient perdu la vie, également dans le sud du pays, où Israël et le Hezbollah s'affrontent depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.

Le Liban a été entraîné dans le conflit le 2 mars lorsque le Hezbollah, soutenu par Téhéran, a tiré des roquettes sur Israël pour venger l'attaque américano-israélienne qui a tué le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei.

Israël pilonne depuis le pays, disant viser le mouvement islamiste, et a entamé une invasion terrestre dans le sud. Ces opérations ont tué 1.368 personnes, dont 125 enfants, selon le dernier bilan officiel, et fait plus d'un million de déplacés.

Tôt samedi, l'armée israélienne a annoncé sur les réseaux sociaux avoir "commencé à frapper des infrastructures du Hezbollah à Beyrouth", une journaliste de l'AFP ayant fait état d'au moins deux bombardements dans la banlieue sud de la ville, avec de puissantes explosions et des panaches de fumée.

- Ponts ciblés -

Dans ce conflit, l'armée israélienne vise aussi les ponts enjambant le fleuve Litani, afin de couper une partie du sud du Liban du reste du pays, selon des experts militaires.

Dernière attaque de ce type en date, "des avions de guerre israéliens ont visé vendredi le pont qui relie Sohmor à Machghara, entraînant sa destruction", a indiqué l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).

L'armée israélienne avait auparavant averti que "pour empêcher le transfert de renforts et d'équipements militaires" du mouvement pro-iranien, elle allait cibler deux ponts. Le second a aussi été touché, d'après les médias libanais.

Israël a déjà détruit cinq ponts sur le Litani, situé à 30 km au nord de la frontière, région où il veut instaurer ce qu'il présente comme une "zone de sécurité".

Egalement à Sohmor, deux personnes ont été tuées et 15 autres blessées dans une frappe israélienne survenue "alors que des fidèles quittaient la mosquée de la ville" après la prière du vendredi, selon le ministère libanais de la Santé.

Concernant les trois Casques bleus indonésiens blessés, l'origine de l'explosion dont ils ont été victimes est inconnue.

L'armée israélienne a accusé le Hezbollah d'avoir tiré une roquette.

Quant à leurs trois compatriotes tués quelques jours plus tôt, l'un a été victime dimanche d'un tir d'un char israélien, et deux autres d'une explosion le lendemain qui pourrait être due à une mine, selon une source sécuritaire de l'ONU.

Israël a nié toute responsabilité dans les faits de lundi, assurant qu'aucune de ses troupes n'était présente dans la zone.

- "Pas notre guerre" -

Vendredi après-midi, des frappes avaient déjà visé la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, l'armée israélienne disant cibler "des infrastructures terroristes".

Non loin des ces zones, des Libanais chrétiens ont assisté à l'office du Vendredi saint. Dans l'église Saint-Maron de Chiyah, un quartier de la banlieue sud, Hala Farah, 62 ans, raconte n'avoir jamais manqué aucune fête religieuse.

"Depuis que j'ai 15 ans, il y a la guerre" au Liban, "on est toujours là", dit-elle à l'AFP avant de rentrer dans une église comble.

Patricia Haddad, 32 ans, confie être "habituée, malheureusement". "Nous sommes contre la guerre: ce n'est pas notre guerre, c'est une guerre contre le Hezbollah, pas contre les chrétiens ni le pays", dit la jeune femme.

Alors que l'ONU et les autorités libanaises ont mis en garde contre une nouvelle occupation du sud du Liban, plusieurs frappes ont visé vendredi la région de Tyr, selon l'agence Ani.

Les troupes israéliennes ont également "détruit", ajoute l'agence, les dernières habitations restantes dans plusieurs villages frontaliers, déjà largement rasés lors de la précédente guerre en 2024.

En parallèle, le Hezbollah a annoncé une série d'attaques contre des cibles israéliennes sur le sol libanais et de l'autre côté de la frontière.

L'Iran et ses groupes affiliés "pourraient avoir l'intention de cibler des universités" au Liban, a averti l'ambassade américaine à Beyrouth, quelques jours après des menaces des Gardiens de la Révolution iraniens contre les établissements américains au Moyen-Orient.