L'Arabie saoudite ambitionne de prendre la tête du marché mondial de l'alimentation halal

L'importance du Royaume dans le secteur halal a été mise en avant lors de l'édition inaugurale du Makkah Halal Forum qui s'est tenu en janvier (Photo, SPA).
L'importance du Royaume dans le secteur halal a été mise en avant lors de l'édition inaugurale du Makkah Halal Forum qui s'est tenu en janvier (Photo, SPA).
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Publié le Dimanche 30 juin 2024

L'Arabie saoudite ambitionne de prendre la tête du marché mondial de l'alimentation halal

  • Le cadre réglementaire du Royaume garantit la conformité avec les normes halal
  • Le statut de l'Arabie saoudite en tant que terre sainte de l'islam confère à ses réglementations halal une perception de plus grande authenticité

DJEDDAH : L'Arabie saoudite est à l'avant-garde de l'industrie mondiale des produits halal. Elle capitalise sur son statut unique de berceau de l'islam, ce qui lui permet de gagner la confiance d'environ 2 milliards de musulmans à travers le monde.

Cette position inégalée confère aux réglementations et certifications halal saoudiennes un degré élevé d'authenticité et de crédibilité religieuses, ce qui les rend très respectées et recherchées dans le monde entier. Le cadre réglementaire du Royaume, dirigé par des organismes clés tels que l'Autorité saoudienne des aliments et des médicaments, garantit une conformité rigoureuse aux normes halal, renforçant ainsi sa position de leader sur le marché.

L'importance du Royaume dans ce secteur a été soulignée lors de l'édition inaugurale du Forum halal de La Mecque, qui s'est tenue en janvier et à laquelle a participé le ministre saoudien du Commerce, Majid ben Abdallah Al- Kasabi. Le ministre a souligné que cette industrie était l'un des secteurs qui se développent le plus rapidement à l'échelle mondiale.

« Actuellement, le marché de l'alimentation est évalué à environ 2 500 milliards de dollars et devrait atteindre 5 800 milliards de dollars en 2033 », avait-il précisé à l'époque.

Dans le cadre de son initiative Vision 2030, l'Arabie saoudite encourage activement l'innovation et l'investissement dans le secteur halal, dans le but de diversifier son économie et d'étendre son influence sur le marché halal mondial.

Grâce à des collaborations stratégiques, à des forums internationaux tels que le Makkah Halal Forum et à des processus de certification avancés, l'Arabie saoudite ne se contente pas de répondre à la demande mondiale croissante de produits halal, elle façonne également l'avenir du secteur.

Dans une récente interview accordée à Arab News, Yousouf Khalawi, secrétaire général de la Chambre islamique de commerce et de développement, a mis l'accent sur les réglementations importantes qui régissent la production et la certification des produits halal en Arabie saoudite.

Il a rappelé que les principaux organismes de réglementation régissant l'industrie halal dans le Royaume comprenaient l'Autorité saoudienne des aliments et des médicaments, l'Organisation saoudienne des normes, de la métrologie et de la qualité et le Centre saoudien d'accréditation.

« Le gouvernement d'Arabie saoudite réglemente le marché halal à l'aide de la norme GSO 2055-1:2015 (Organisation de normalisation du Golfe), qui définit les exigences générales pour les aliments halal tout au long de la chaîne de production », a déclaré Khalawi. Il a ajouté que les entreprises qui vendent des produits halal devaient être certifiées conformes aux normes saoudiennes par des organismes d'évaluation de la conformité accrédités par l'Arabie saoudite.

Khalawi a souligné que si de nombreux pays disposent d'autres normes et réglementations halal, les conférences halal de la Chambre islamique, qui se tiennent dans le monde entier, s'efforcent d'ouvrir la porte aux entreprises pour qu'elles puissent s'y retrouver dans ces différentes normes et exigences réglementaires.

« Entre-temps, et par le biais des services halal de la Chambre islamique, nous nous efforçons de simplifier la conformité des entreprises à de multiples normes grâce à notre processus d'audit unique qui combine les normes à l'aide d'algorithmes d'intelligence artificielle et se termine par l'octroi d'un certificat halal qui peut être vérifié à l'aide de simples lecteurs de codes à réponse rapide », a-t-il déclaré. Sur la position de l'Arabie saoudite en tant que berceau de l'islam, qui influence la perception des consommateurs et la demande de produits halal à l'échelle mondiale, le secrétaire général a déclaré que qu’elle renforçait la confiance et l'influence potentielle sur le marché halal mondial, mais qu'elle n'était pas le seul facteuren jeu.

« Le statut de l'Arabie saoudite en tant que terre sainte de l'islam confère à ses réglementations halal une perception de plus grande authenticité et de légitimité religieuse. Certains consommateurs musulmans peuvent considérer que les produits originaires ou certifiés par l'Arabie saoudite sont plus dignes de confiance en ce qui concerne le respect des principes islamiques », a-t-il expliqué.

Et d'ajouter : « Manafea a mis l'accent sur ces faits et a organisé le Forum halal de La Mecque pour qu'il soit la plateforme où les leaders halal du monde entier se rencontrent pour façonner l'avenir halal. »

En 2022, la chambre de La Mecque et de Médine, ainsi que la chambre islamique, ont signé l'accord Manafea, qui vise à transformer les deux villes saintes en centres d'activités financières et commerciales dans le monde islamique.

D'un autre point de vue, l'Arabie saoudite est un consommateur et un investisseur majeur dans l'industrie halal. C'est pourquoi la Halal Product Development Company est le partenaire stratégique qui sponsorise le Makkah Halal Forum.

Khalawi a fait la lumière sur les stratégies employées par l'Arabie saoudite pour introduire ses produits halal sur les marchés internationaux, en indiquant que le Saudi Halal Center et sa collaboration avec la Saudi Exports Development Authority rationalisent le processus de certification pour les exportateurs.

« L'objectif est de rendre la certification saoudienne plus attrayante et plus conviviale pour les entreprises internationales. L'Arabie saoudite promeut ses normes halal - basées sur la norme GSO 2055-1 - en tant que référence mondialement reconnue pour la production halal. Elle tire ainsi parti de sa position de berceau de l'islam pour renforcer la crédibilité de ses certifications », a-t-il poursuivi. 

 

Le statut de l'Arabie saoudite en tant que terre sainte de l'islam confère à ses réglementations halal une perception de plus grande authenticité et de légitimité religieuse.

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Yousouf Khalawi, secrétaire général de la Chambre islamique de commerce et de développement

Le responsable a ajouté que pour aider les entreprises saoudiennes à atteindre des partenaires commerciaux dans le monde entier, elles utilisaient la bourse halal, HalEx, une plateforme en ligne pour l'échange de produits et de services halal, gérée par les services halal de la Chambre islamique et permettant uniquement aux produits halal d'être répertoriés.

En outre, l'accent mis par Vision 2030 sur la diversification économique offre l'occasion d'attirer des investissements dans l'industrie halal saoudienne.

Khalawi a ajouté que lors du dernier forum halal de La Mecque, 21 présidents de chambres de commerce de pays musulmans avaient participé à l'événement pour nouer des contacts et discuter des affaires.

Pour expliquer comment l'Arabie saoudite soutient le développement de l'industrie halal dans le pays, il a mentionné que, dans le cadre de Vision 2030, le plan national de diversification économique donnait la priorité à l'attraction d'investissements dans le secteur halal.

« Cela favorise l'innovation et le développement de nouveaux produits et technologies pour répondre à l'évolution des demandes du marché halal mondial. Le gouvernement saoudien soutient activement le développement de l'industrie halal dans le pays. La Halal Products Development Company joue un rôle clé dans la recherche de partenariats avec des entreprises étrangères pour établir des infrastructures de production en Arabie saoudite. Cette stratégie vise à créer une industrie halal nationale solide, capable de servir les marchés internationaux », a expliqué Khalawi.

Le secrétaire général de la Chambre islamique a déclaré que l'Arabie saoudite était un acteur clé du secteur halal mondial grâce à ses collaborations avec des organisations internationales et à des accords bilatéraux ce qui lui permet avec d'autres pays et organisations de promouvoir les normes halal et d’en faciliter le commerce à l'échelle mondiale.

« L'Arabie saoudite collabore étroitement avec l'Organisation de la coopération islamique pour harmoniser les normes halal dans les États membres et catalyser le commerce. Manafea s'efforce de combler les écarts entre les pays par le biais du Forum halal de La Mecque, où se rencontrent les principaux acteurs de l'économie halal mondiale », a-t-il conclu.

Karim Schéhadé, partenaire associé de Bain & Co., a mis en évidence les facteurs clés de la croissance de l'industrie mondiale des produits halal, en soulignant que les musulmans représentaient environ 12 % de la population mondiale au début du siècle dernier, mais qu'ils en représentent aujourd'hui près de 25 %.

« Ce nombre a augmenté au fil des ans pour atteindre 2 milliards aujourd'hui... et devrait encore augmenter à l'avenir pour atteindre 2,8 milliards en 2050, ce qui représente environ 30 % de la population mondiale », a-t-il précisé.

Schéhadé a ajouté que le pouvoir d'achat par musulman dans le monde était également en hausse : « Les entreprises du monde entier ont adapté leur offre pour répondre à cette demande croissante ». 

« Les multinationales du secteur alimentaire ont élargi leur portefeuille pour y inclure des produits certifiés halal. D'autres secteurs, tels que les produits pharmaceutiques, les cosmétiques et la mode, ont également adapté une partie ou la totalité de leur gamme de produits pour s'assurer qu'ils sont conformes à la norme halal ». 

Il a ajouté que les progrès technologiques et l'automatisation étaient un autre facteur clé, conduisant à des niveaux de productivité plus élevés et à des rendements accrus, et permettent aux entreprises de respecter les normes halal, généralement plus strictes, tout en restant compétitives par rapport aux principaux leaders du marché.

En outre, Schéhadé estime que l'élargissement de l'assortiment de produits halal, dû à la fois aux nouveaux entrants et aux opérateurs historiques du marché, a amélioré la qualité telle que perçue, et l’a mise au même niveau que l'offre non halal ce qui la rend attrayante pour une population non musulmane intéressée par la proposition de valeur globale offerte plutôt que par l'aspect religieux.

« Par ailleurs, les gouvernements des pays musulmans du monde entier soutiennent plus activement leurs entreprises locales de premier plan afin d'assurer une plus grande présence sur les marchés locaux et internationaux », a-t-il ajouté. 

« Les entreprises du secteur privé ont évolué, passant du respect des exigences de certification halal à l'investissement dans la recherche et le développement pour créer de nouveaux produits halal qui répondent à l'évolution des besoins et des préférences des consommateurs », a ajouté Schéhadé.

Les institutions religieuses jouent également un rôle dans le développement de l'industrie des produits halal en Arabie saoudite notamment par le biais de l'Académie islamique du Fiqh, une organisation internationale qui fournit des lignes directrices et des recommandations pour la certification des produits halal, a déclaré le responsable de Bain & Co. en précisant que de nombreux organismes de certification halal suivent ces lignes directrices pour s'assurer que leurs produits sont conformes aux lois et aux réglementations islamiques.

Au sujet des défis et des opportunités auxquels est confrontée l'industrie des produits halal en Arabie saoudite, tant au niveau national qu'international, Schéhadé a souligné que certains des défis comprenaient la capacité des entreprises à s'adapter, la complexité opérationnelle et les réglementations internationales, ainsi que le récent sentiment croissant d'islamophobie associé à des conditions macroéconomiques défavorables pourrait également jouer un rôle dans la limitation de la consommation de produits halal dans certains pays non-musulmans.

En ce qui concerne les opportunités, le partenaire associé de Bain & Co. a souligné la demande mondiale croissante, la diversification des produits et la position de l'Arabie saoudite en tant qu'exportateur halal de confiance comme étant des opportunités clés.

Expliquant comment la position de l'Arabie saoudite dans l'industrie des produits halal contribue à ses objectifs et stratégies économiques plus larges, Schéhadé a déclaré que le développement d'une industrie forte dans ce domaine servait les objectifs de la Vision 2030 en diversifiant l'économie.

« L'industrie halal contribue de manière significative aux exportations saoudiennes non pétrolières. La position du pays dans ce secteur lui a permis d'augmenter ses exportations de produits halal vers d'autres pays, en particulier en Asie et en Afrique », a-t-il dit.

Le secteur halal est également un employeur important en Arabie saoudite, qui fournit des emplois aux hommes et aux femmes dans divers domaines, notamment la fabrication, la distribution et la certification.

« En outre, l'industrie des produits halal est étroitement liée aux valeurs islamiques et le gouvernement saoudien l'a identifiée comme un moyen de promouvoir les valeurs islamiques de modération et de tolérance », conclut-il.

Ce texte est la traduction d'un article paru sur Arabnews.com


Après un été dévastateur, l'agriculture écartelée face au mur de la transition

Le 3 août 2026, à Beynost, dans l’est de la France, une culture de maïs est irriguée afin de limiter les effets de la sécheresse avant la récolte. (AFP)
Le 3 août 2026, à Beynost, dans l’est de la France, une culture de maïs est irriguée afin de limiter les effets de la sécheresse avant la récolte. (AFP)
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  • Après un été marqué par les sécheresses et les pertes agricoles, les syndicats alertent sur un possible regain de colère à l’automne
  • Les agriculteurs dénoncent des injonctions contradictoires entre productivité, compétitivité et transition écologique, sur fond de crise climatique

PARIS: Vers un automne de colère? L'été dévastateur pour les cultures comme pour l'élevage, juste après l'adoption de la loi d'urgence agricole, exacerbe les clivages autour de la transformation des agriculteurs, ballottés par les crises et perdus au milieu d'injonctions à produire mieux mais toujours plus.

Pour la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole, il y a un "risque majeur d'une crise humaine inédite à l'automne". La Confédération paysanne, troisième syndicat, prévient que les "braises de la colère" pourraient se raviver.

Mais les solutions proposées sont bien différentes. Habituée des actions coup de poing, la Coordination rurale appelle notamment à irriguer sans respecter les restrictions et à la réintroduction de pesticides interdits. Quand la Confédération paysanne appelle à une "bifurcation agroécologique indispensable" et soutient les appels à manifester en octobre contre les pesticides.

Interrogé sur l'adaptation des fermes au changement climatique, le président de la FNSEA, syndicat dominant, a affirmé qu'elle était en cours mais prendrait des années. "Avant de parler du moyen et long terme, encore faut-il survivre à cette crise", a ajouté Arnaud Rousseau, tout en assurant ultérieurement que son syndicat n'a pas pour l'instant en tête de manifester.

- Injnctions "contradictoires" -

Pour Claire Ruault, sociologue spécialiste de l'agriculture, le contexte "exacerbe les clivages idéologiques" et entraîne plus des réponses d'urgence pour "compenser financièrement au lieu d'une réflexion globale sur l'adaptation en prenant en compte la complexité du monde agricole".

"On demande aux agriculteurs de changer depuis la période de modernisation de l'après-guerre. Ce qui est différent aujourd'hui, c'est que les orientations ne sont pas claires", ajoute la coordinatrice du Gerdal, association de recherche sur le développement agricole.

"Il y a des objectifs de maintien de la productivité, des exportations sur un marché ultra compétitif. Les agriculteurs doivent produire beaucoup, à bas coût. C'est assez peu compatible avec les exigences de la transition agro-écologique affichées par ailleurs par le gouvernement mais pour lesquelles les moyens ne sont pas en adéquation".

Pour la sociologue, le malaise dans les fermes face à ces injonctions contradictoires est renforcé par une "culpabilisation individuelle" des agriculteurs, face aux résultats d'études sur les dangers de résidus de pesticides, d'additifs ou de PFAS dans les produits.

- "Déconnexion" -

Pour Eve Fouilleux, directrice de recherche au CNRS en science politique, "les politiques publiques ont favorisé depuis des décennies l'agrandissement et l'hyperspécialisation des exploitations agricoles par l'utilisation massive d'engrais et de pesticides, ce qui les rend plus vulnérables aux crises tout en générant des problèmes environnementaux et sanitaires majeurs".

La sécheresse record et les canicules à répétition vont créer à la rentrée des "situations dramatiques". Les agriculteurs ont "très peu de marges de manoeuvre du fait d'un endettement massif" alors qu'ils sont "en première ligne des conséquences du réchauffement climatique", affirme cette agroéconomiste de formation.

Dans les campagnes, nombre d'agriculteurs se disent "assommés" par les pertes et l'inquiétude grandit sur le risque de suicides dans la profession, qui s'est déjà mobilisée trois hivers d'affilée.

Si Eve Fouilleux n'exclut pas une mobilisation des agriculteurs indépendante des syndicats - comme en 2024 pour demander des revenus -, ou à l'initiative de la Coordination rurale et de la Confédération paysanne - comme en 2025 pour protester contre la gestion gouvernementale de la dermatose bovine -, elle rappelle que ces mobilisations ont été "récupérées" in fine par l'alliance syndicale dominante de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs.

Selon la chercheuse, "la FNSEA a les ressources politiques et économiques pour mobiliser des troupes et réorienter le débat public autour de la fausse idée selon laquelle la souveraineté alimentaire serait menacée en France. Et donc de défendre ce qu'ils appellent les moyens de production: les pesticides et l'accès prioritaire à l'eau, dans un but principal d'exportation", comme en témoignent les grands thèmes de la loi d'urgence agricole.

Les deux chercheuses soulignent que l'alliance a toutefois perdu sa majorité aux dernières élections professionnelles et que les dirigeants de la FNSEA sont "déconnectés" de la base, ce qui participe au malaise des agriculteurs.

Claire Ruault ajoute qu'au niveau local, les agriculteurs peinent à construire un point vue collectif, et à le porter dans leurs interactions avec les autres acteurs, pour alimenter les politiques agricoles.

"Quand on interroge les agriculteurs individuellement sur la transition écologique, ils sont massivement pour", souligne Eve Fouilleux, "mais le système ne les incite pas à changer".


Les cours du pétrole baissent, les craintes sur l'approvisionnement s'atténuent

Le 3 avril 2026, à Toulouse, une station-service affiche tous ses carburants comme indisponibles, sur fond de tensions au Moyen-Orient et de flambée des prix du pétrole. (AFP)
Le 3 avril 2026, à Toulouse, une station-service affiche tous ses carburants comme indisponibles, sur fond de tensions au Moyen-Orient et de flambée des prix du pétrole. (AFP)
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  • Le Brent recule de 2,15 % à 87,07 dollars et le WTI de 2,43 % à 81,25 dollars, sur fond d’espoir d’une offre suffisante
  • L’AIE prévoit une baisse de la demande mondiale de pétrole de 1,6 million de barils par jour en 2026

WASHINGTON: Les cours du pétrole ont reculé jeudi, accrochés à l'espoir que les flux pétroliers mondiaux - y compris ceux en provenance du Moyen-Orient - suffisent à satisfaire une demande estimée en baisse.

Le prix du baril de Brent de la mer du Nord, pour livraison en octobre, a baissé de 2,15% à 87,07 dollars.

Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate, pour livraison en septembre, a diminué de 2,43% à 81,25 dollars.

Les analystes restent partagés sur la quantité de pétrole qui parvient à franchir le détroit d'Ormuz, alors que les Etats-Unis et l'Iran multiplient les déclarations en affirmant chacun contrôler ce passage stratégique.

"On ne sait pas très bien aujourd'hui quelle quantité de pétrole transite réellement par le détroit d'Ormuz", souligne Arne Lohmann Rasmussen, de Global Risk Management.

Mais pour les experts d'Eurasia Group, ce qui est certain c'est que "les flux clandestins transitant par Ormuz soulagent la pression" du marché.

Une part croissante des tankers choisit de franchir ce passage avec les transpondeurs AIS - des appareils permettant la localisation des navires - éteints.

Bjarne Schieldrop, analyste chez SEB. juque qu'il passe "quotidiennement beaucoup plus de pétrole qu'on ne le pensait auparavant".

Le ministre américain de l'Energie, Chris Wright, avait affirmé mardi que "près de 9 millions de barils par jour" quittent actuellement le Golfe en passant par Ormuz, une estimation bien supérieure à celle de nombreux analystes.

La perspective de flux pétroliers importants s'ajoute à celle d'une demande moins importante que précédemment anticipé.

L'Agence internationale de l'énergie (AIE) a indiqué mercredi tabler pour 2026 sur une baisse de la consommation mondiale de pétrole de 1,6 million de barils par jour (mb/j) sur un an.

Sa précédente estimation envisageait un recul moindre, à hauteur de 1 mb/j.

Le opérateurs continuent aussi de surveiller les évolutions du côté des produits raffinés.

Les attaques houthies - une frappe de drones sur une raffinerie saoudienne a été revendiquée jeudi - et les frappes ukrainiennes sur les infrastructures énergétiques russes en mer Noire renchérissent le prix de certains dérivés du brut.

Mais "il est peu probable que des pénuries de produits surviennent à court terme", anticipent les analystes d'Eurasia Group. 


Marchés mondiaux: l'inflation américaine éclipse le pétrole et l'IA

Les marchés mondiaux ont les yeux tournés vers l'inflation américaine mercredi qui éclipse les moteurs habituels des algorithmes boursiers, la volatilité du pétrole et des valeurs de la tech. (AFP)
Les marchés mondiaux ont les yeux tournés vers l'inflation américaine mercredi qui éclipse les moteurs habituels des algorithmes boursiers, la volatilité du pétrole et des valeurs de la tech. (AFP)
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  • Des chiffres plus élevés que prévu pourraient accélérer la hausse des taux d'intérêt, d'abord sur le marché obligataire puis sur décision des banques centrales lors de leur prochaine réunion en septembre
  • "Les marchés s'attendent toujours à une hausse des taux de la Fed (Réserve fédérale américaine, ndlr) d'ici la fin de l'année, mais cette hausse est sans cesse repoussée : la probabilité d'un relèvement en septembre est actuellement d'environ 50%"

PARIS: Les marchés mondiaux ont les yeux tournés vers l'inflation américaine mercredi qui éclipse les moteurs habituels des algorithmes boursiers, la volatilité du pétrole et des valeurs de la tech.

"Environ 30% des économistes s'attendent à une publication de l'inflation inférieure à 3,4% (en glissement annuel), alors que seulement 12% d'entre eux anticipent une inflation plus élevée", d'après Florian Ielpo de la banque privée suisse Lombard Odier.

Des chiffres plus élevés que prévu pourraient accélérer la hausse des taux d'intérêt, d'abord sur le marché obligataire puis sur décision des banques centrales lors de leur prochaine réunion en septembre.

"Les marchés s'attendent toujours à une hausse des taux de la Fed (Réserve fédérale américaine, ndlr) d'ici la fin de l'année, mais cette hausse est sans cesse repoussée : la probabilité d'un relèvement en septembre est actuellement d'environ 50%", déclare aussi Florian Ielpo.

"Quelles que soient les données aujourd'hui, les risques haussiers pesant sur l'inflation ne disparaîtront pas", estime Ipek Ozkardeskaya de Swissquote.

"Outre l'énergie, la forte hausse des prix des puces devrait également continuer de maintenir la pression sur les prix à la consommation comme sur les prix à la production", poursuit-elle.

Bourses prudentes en Europe

En Europe vers 08H00 GMT, Francfort continuait sur sa lancée des derniers jours (+0,10%), tout comme Milan (+0,04%).

Londres (-0,20%) se repliait comme Paris (-0,33%) avec une baisse des ventes du titre du groupe de luxe Kering (-3,12%).

A Séoul, l'indice Kospi a bondi en clôture de 3,68%, à nouveau porté par une envolée des valeurs des groupes de puces mémoire (Samsung et SK Hynix), grâce aux bons résultats la veille à New York de CoreWeave (cloud).

Wall Street a cependant terminé en baisse.

"Oracle, Amazon et SpaceX ont perdu plus de 2%, rappelant que les +hyperscalers+ (géants de l'IA et du cloud, ndlr) restent vulnérables dès que le coût du capital se tend", souligne l'analyste John Plassard de Cité Gestion.

"Intel a poursuivi son recul après avoir relevé de 15 à 20 milliards de dollars le montant de son augmentation de capital. À l'inverse, Nvidia a fini sans tendance après avoir confirmé la mobilisation de 500 milliards de dollars de financements pour construire de nouvelles infrastructures d'intelligence artificielle", ajoute-t-il.

Dans l'ensemble, les marchés boursiers se montrent résilients.

"C'est assez étonnant de voir à quel point les marchés boursiers mondiaux parviennent actuellement à se détacher des foyers de crise géopolitique et à inscrire sans cesse de nouveaux records", observe depuis Francfort Andreas Lipkow de CMC Markets.

En Europe, malgré "les températures anormalement élevées de cet été, asséchant les fleuves et perturbant davantage les transports au sein du continent, les anticipations de bénéfices pour les entreprises du Stoxx 600 (indice européen, ndlr) ne cessent d'augmenter", relève également Ipek Ozkardeskaya.

Le pétrole toujours volatil

Le pétrole poursuivait sur une sixième journée de hausse à 89,50 dollars le baril de Brent de la mer du Nord (+0,66%) et 83,89 dollars le WTI américain (+0,83%) vers 08H00 GMT.

Les tensions se sont multipliées ces dernières heures au Moyen-Orient dissipant l'espoir d'un accord Iran/Etats-Unis encore évoqué mardi par le Pakistan, médiateur dans le conflit.

"Pendant ce temps, les réserves stratégiques de pétrole des États-Unis continuent de diminuer, et le FMI avertit que les prix actuels du pétrole brut ne reflètent pas la gravité du choc d'offre pétrolière que traverse le monde", selon Iepk Ozkardeskaya.

L'Agence internationale de l'énergie a indiqué mercredi qu'elle revoyait fortement en baisse sa prévision de la demande de pétrole en 2026.

Le dollar menacé 

Sur le marché monétaire, l'euro reste fort par rapport au dollar à 1,1538 dollar pour un euro, en raison "d'une nouvelle perte d'appétit pour les bons du Trésor américain" d'après Ipek Ozkardeskaya.

Malgré l'intervention américaine, le yen restait faible à quasiment 160 yen pour un dollar, ce qui "ne fait qu'ajouter de l'huile sur le feu, car la faiblesse du yen ravive les inquiétudes concernant les ventes de bons du Trésor américains par le Japon", d'après Ipek Ozkardeskaya.