Le Liban attend l'issue des négociations de paix alors que les frappes israéliennes se poursuivent

De la fumée s'échappe du site d'une frappe aérienne israélienne à la périphérie du village libanais de Habbariyeh, près de la frontière avec Israël, le 9 juillet 2024. (AFP)
De la fumée s'échappe du site d'une frappe aérienne israélienne à la périphérie du village libanais de Habbariyeh, près de la frontière avec Israël, le 9 juillet 2024. (AFP)
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Publié le Jeudi 11 juillet 2024

Le Liban attend l'issue des négociations de paix alors que les frappes israéliennes se poursuivent

  • Le ministre égyptien des affaires étrangères Badr Abdel Atty et son homologue jordanien Ayman Safadi ont mis en garde contre les dangers de la guerre qui s'étend au Liban.
  • Cinq frappes aériennes israéliennes à la périphérie de la ville de Nabi Sheet dans la région de Baalbek ont fait des victimes civiles dans la nuit de mardi à mercredi.

BEYROUTH : Le Liban attend l'issue des négociations de Doha sur un cessez-le-feu à Gaza et le retrait de l'armée de son front sud.
Israël a renouvelé ses menaces de guerre à grande échelle au Liban, ce qui a entravé les négociations.

Le ministre égyptien des affaires étrangères, Badr Abdel Atty, et son homologue jordanien, Ayman Safadi, ont mis en garde contre les dangers d'une extension de la guerre au Liban.

Lors d'une conférence de presse conjointe avec Safadi au Caire, M. Abdel Atty a mis en garde contre "les dangers d'une escalade qui pourrait déstabiliser le Liban et entraîner la région dans une guerre totale".

M. Safadi a souligné l'importance de "préserver le Liban, sa sécurité et sa stabilité, et d'empêcher la guerre de s'y étendre".

Les opérations militaires dans le sud du Liban n'ont pas cessé mercredi.

Des tirs d'artillerie dans la ville de Markaba et dans les environs de Hunin ont provoqué un incendie dans une maison.

Alors que les équipes de pompiers de l'Organisation islamique de la santé, affiliées au Hezbollah, s'efforçaient d'éteindre les flammes, un avion de guerre israélien a largué une bombe dans les environs, blessant une personne.

Des avions de guerre israéliens ont pris pour cible une maison inhabitée dans la ville de Tair Harfa.

Plus tard, la chaîne israélienne 14 a déclaré qu'"une vingtaine de missiles ont été détectés en provenance du Liban et en direction de la Haute Galilée". Des sirènes ont retenti à Dan Dafna HaGoshrim Snir et Sha'ar Yashuv dans le doigt de Galilée".

La chaîne de télévision Al-Manar, affiliée au Hezbollah, a rapporté que "des incendies ont éclaté sur les pentes nord du plateau du Golan syrien occupé après que des missiles soient tombés sur le site d'artillerie de l'ennemi à Zaoura".

Les frappes aériennes israéliennes se sont intensifiées à l'aube sur la ville frontalière de Kafr Kila. Il y a eu cinq raids en moins d'une heure.

L'armée israélienne a annoncé avoir visé "deux sites du Hezbollah utilisés par des systèmes de défense aérienne à Jinta, à l'intérieur du Liban, et à Baraachit, dans le sud, sans enregistrer de pertes".

Cinq frappes aériennes israéliennes à la périphérie de la ville de Nabi Sheet dans la région de Baalbek dans la nuit de mardi à mercredi ont fait des victimes civiles.

La chaîne de télévision Al-Arabiya a rapporté qu'une source de sécurité israélienne avait déclaré : "L'armée israélienne est prête pour une opération terrestre sur plusieurs fronts.

La source a ajouté : "Israël a détecté des milliers de miliciens affiliés à l'Iran sur le territoire syrien et nous nous attendons à des journées de combat difficiles sur les fronts libanais et syrien.

La source a ajouté : "Trois équipes supplémentaires de forces terrestres israéliennes sont prêtes au sein du commandement nord, et l'état-major israélien est prêt avec les armes aériennes et navales."

Le cheikh Naim Qassem, secrétaire général adjoint du Hezbollah, a déclaré dans un communiqué : "L'agression israélienne n'aurait pas duré neuf mois si l'Amérique ne l'avait pas soutenue par tous les moyens militaires, médiatiques, culturels et politiques, ainsi que par le parrainage international et la pression exercée sur le Conseil de sécurité des Nations unies.

Qassem a ajouté : "Actuellement, on parle de la possibilité d'un accord, mais si l'Amérique continue d'agir de la même manière, Benjamin Netanyahu (premier ministre israélien) ne répondra pas parce qu'il pense que les Américains ne font pas assez pression sur lui".

Il a ajouté que si les Américains exerçaient une "véritable pression", M. Netanyahou devrait mettre fin à la guerre. "Actuellement, ils lui facilitent la tâche pour commettre des atrocités en tuant des enfants et des femmes à Gaza. L'expérience de Gaza est devant nous. Les Israéliens avaient initialement prévu de détruire Gaza en trois mois, mais cela fait maintenant neuf mois et ils n'ont pas réussi. S'ils continuent, ils ne réussiront pas, et Israël ne doit pas s'attendre à ce que les Palestiniens abandonnent.

S'adressant à "certains pays importants qui cherchent une solution", M. Qassem a déclaré : "La solution commence par un cessez-le-feu : "La solution commence par un cessez-le-feu, et toute autre option ne mènera pas à une solution. Soit les combats se poursuivent, soit il y a un cessez-le-feu. En ce qui nous concerne au Liban, s'ils s'arrêtent à Gaza, nous nous arrêterons, et s'ils continuent, nous continuerons".


Plus de 200.000 personnes sont parties du Liban vers la Syrie depuis le début de la guerre 

Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR). (AFP)
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  • "Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie
  • "Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR

GENEVE: Plus de 200.000 personnes, dont une grande majorité de Syriens, ont traversé la frontière entre le Liban et la Syrie depuis le début de la guerre entre Israël et le Hezbollah début mars, a indiqué mardi l'agence de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

"Près d'un mois après l'intensification des hostilités au Liban, la Syrie a connu une forte augmentation du nombre de personnes traversant sa frontière avec le Liban. Entre le 2 et le 27 mars, plus de 200.000 personnes sont entrées en Syrie par les trois points de passage officiels", a déclaré Aseer al-Madaien, représentante par intérim du HCR en Syrie, lors d'un point presse donné en visioconférence à Genève depuis Damas.

"Ces chiffres ont été fournis par les autorités et confirmés par nos collègues sur le terrain", a-t-elle ajouté, précisant que "la grande majorité" de ces personnes, soit "près de 180.000, sont des Syriens, notamment des réfugiés syriens qui avaient déjà fui la Syrie pour trouver refuge au Liban et qui sont aujourd'hui contraints de fuir à nouveau".

"Plus de 28.000 Libanais ont également franchi la frontière syrienne. La plupart fuient les bombardements israéliens intensifs. Ils arrivent épuisés, traumatisés et avec très peu d’affaires", a poursuivi la responsable du HCR.

Le Hezbollah pro-iranien a entraîné le Liban dans la guerre régionale le 2 mars en menant une attaque contre Israël en représailles aux frappes israélo-américaines ayant tué le guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le Liban avait accueilli plus d'un million de réfugiés syriens qui ont fui leur pays pendant la guerre civile déclenchée par la répression d'un soulèvement populaire contre le pouvoir de Bachar al-Assad en 2011.

Plus d'un demi-million de ces réfugiés ont regagné leur pays depuis la chute d'Assad fin 2024.

Le HCR a indiqué que son plan d'urgence pour les personnes rejoignant précipitamment la Syrie depuis le Liban prévoyait "un nombre pouvant atteindre de 300 à 350.000 personnes".

"Ce nombre dépendra en grande partie d'éventuelles opérations terrestres supplémentaires. Parallèlement, le gouvernement syrien nous a informés qu'il mettait en place un plan d'urgence au cas où davantage de Libanais se dirigeraient vers la Syrie", a ajouté Mme al-Madaien.


Israël occupera une partie du sud du Liban après la guerre, déclare son ministre de la Défense

 Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz. (AFP)
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  • "Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties"
  • "Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza"

JERUSALEM: Israël a l'intention d'occuper une partie du sud du Liban une fois la guerre terminée, a déclaré mardi son ministre de la Défense, Israël Katz.

"A la fin de cette opération, Tsahal (l'armé israélienne, NDLR) s'installera dans une zone de sécurité à l'intérieur du Liban, sur une ligne défensive contre les missiles antichars, et maintiendra le contrôle sécuritaire de toute la zone jusqu'au Litani", fleuve qui s'écoule à une trentaine de kilomètres au nord de la ligne de démarcation entre Israël et le Liban, a déclaré M. Katz, dans une vidéo diffusée par son bureau.

"Le retour au sud du Litani de plus de 600.000 habitants du sud du Liban qui ont été évacués vers le nord sera totalement empêché tant que la sécurité et la sûreté des habitants du nord (d'Israël) ne seront pas garanties", a ajouté M. Katz.

"Toutes les maisons des villages (libanais) adjacents à la frontière (avec Israël) seront démolies conformément au modèle de Rafah et de Beit Hanoun à Gaza, afin d'éliminer une fois pour toutes les menaces le long de la frontière qui pèsent sur les habitants du nord", a encore ajouté M. Katz en référence à deux villes de la bande de Gaza dévastées par les opérations militaires d'Israël dans sa guerre contre le Hamas après le 7 octobre 2023.

Le Liban a été entraîné dans la guerre entre Israël et les Etats-Unis d'une part et l'Iran d'autre part par une attaque le 2 mars du mouvement islamiste Hezbollah contre Israël en représailles à la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, tué au premier jour du conflit.

Depuis lors, les frappes israéliennes massives sur le pays du Cèdre ont tué plus de 1.200 personnes et en ont blessé plus de 3.600, selon le dernier bilan du ministère de la Santé. L'armée israélienne affirme elle avoir éliminé "850 terroristes" au Liban.

M. Katz ne cesse de multiplier les déclarations martiales à l'encontre du Liban et des Libanais.

Dimanche, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a indiqué lui avoir écrit pour exprimer ses "vives préoccupations concernant (des propos tenus récemment par des responsables israéliens) qui sapent le respect du droit international humanitaire" et dénotent selon elle une volonté de s'y soustraire.

Dans une copie de la lettre publiée par HRW, cette dernière lui reproche nommément ses propos du 16 mars, dans lesquels il menaçait déjà d'empêcher le retour des personnes ayant fui la région au sud du Litani.

"Utiliser le refus du retour des civils comme outil de négociation constitue un déplacement forcé, ce qui est interdit par les lois de la guerre et peut constituer un crime de guerre", écrit l'ONG.

Depuis le 2 mars, le Hezbollah a tiré "entre 4.000 et 5.000 roquettes, drones et missiles, ainsi que des mortiers (...) en direction d'Israël, certains en direction de nos troupes, d'autres vers des communautés civiles", a déclaré mardi le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole international de l'armée israélienne.


Liban: fin de l'enquête sur l'explosion du port de Beyrouth

Le silo à grains du port de Beyrouth endommagé quatre jours après une explosion monstrueuse qui a fait plus de 220 morts, le 8 août 2020. (AFP)
Le silo à grains du port de Beyrouth endommagé quatre jours après une explosion monstrueuse qui a fait plus de 220 morts, le 8 août 2020. (AFP)
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  • Le juge Tarek Bitar a clôturé l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth en 2020, ouvrant la voie à d’éventuels renvois devant le tribunal de dizaines de responsables politiques, militaires et fonctionnaires interrogés
  • L’explosion, provoquée par 2.750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées sans précaution, avait fait plus de 220 morts et est devenue un symbole de l’impunité au Liban, l’enquête ayant été bloquée par l’hostilité politique avant d’être reprise en 2025

BEYROUTH: Le juge chargé du dossier de l'explosion au port de Beyrouth en 2020 a clôturé son enquête, ouvrant la voie à de possibles renvois devant le tribunal des dizaines de personnes auditionnées au cours des investigations, a indiqué lundi une source judiciaire à l'AFP.

"Le juge d'instruction en charge de l'enquête, Tarek Bitar, a clôturé son enquête" près de six ans après l'explosion qui a ravagé une partie de la capitale libanaise le 4 août 2020 et fait plus de 220 morts, a précisé cette source judiciaire.

Le magistrat a transmis le dossier au procureur général de la Cour de cassation pour avis, avant d'éventuels renvois devant le tribunal, a ajouté cette source.

Près de 70 personnes, dont des personnalités politiques, des responsables des services de sécurité et de l'armée ainsi que des fonctionnaires, avaient été convoquées au cours de l'enquête, a détaillé la source judiciaire. Certaines d'entre elles avaient refusé de répondre aux convocations du juge et d'être interrogées.

Le dossier judiciaire de la déflagration du port est devenu un symbole de l'impunité, le juge d'instruction ayant dû interrompre son enquête en janvier 2023 face à l'hostilité d'une grande partie de la classe politique, notamment du Hezbollah qui accusait le magistrat de partialité.

Il avait été poursuivi un temps pour insubordination, mais avait pu reprendre son enquête début 2025 après l'arrivée au pouvoir d'un nouveau gouvernement et d'un nouveau président qui avaient promis de préserver l'indépendance de la justice.

Considérée comme l'une des plus grandes explosions non nucléaires de l'Histoire, l'explosion du port avait été provoquée par un incendie dans un entrepôt où était stocké sans précaution du nitrate d'ammonium, malgré des avertissements répétés aux plus hauts responsables.

La cargaison de 2.750 tonnes de nitrate d'ammonium, transportée à bord d'un navire, le Rhosus, était arrivée au port de Beyrouth en novembre 2013.

Les autorités portuaires avaient stocké cette marchandise dans un entrepôt délabré, selon des responsables libanais, tandis que le Rhosus, immobilisé après le lancement de poursuites contre le propriétaire, avait coulé dans le port en 2018.

Un premier juge chargé en 2020 de l'enquête avait jeté l'éponge après avoir inculpé l'ex-Premier ministre, Hassan Diab, et trois anciens ministres.