Iran: le président élu se dit prêt à un "dialogue constructif" avec l'UE

Le président iranien nouvellement élu Masoud Pezeshkian fait un geste lors d'une visite au sanctuaire du fondateur de la République islamique, l'ayatollah Rouhollah Khomeini, à Téhéran, le 6 juillet 2024. M. Pezeshkian, qui prône l'amélioration des relations avec l'Occident, a remporté le 6 juillet le second tour de l'élection présidentielle face à l'ultraconservateur Saeed Jalili, selon le ministère de l'intérieur. (Photo ATTA KENARE / AFP)
Le président iranien nouvellement élu Masoud Pezeshkian fait un geste lors d'une visite au sanctuaire du fondateur de la République islamique, l'ayatollah Rouhollah Khomeini, à Téhéran, le 6 juillet 2024. M. Pezeshkian, qui prône l'amélioration des relations avec l'Occident, a remporté le 6 juillet le second tour de l'élection présidentielle face à l'ultraconservateur Saeed Jalili, selon le ministère de l'intérieur. (Photo ATTA KENARE / AFP)
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Publié le Samedi 13 juillet 2024

Iran: le président élu se dit prêt à un "dialogue constructif" avec l'UE

  • Lors de la campagne électorale, M. Pezeshkian avait promis de "sortir l'Iran de son isolement" en établissant des "relations constructives" avec le monde notamment les pays européens
  • Le réformateur a indiqué qu'après le retrait des Américains, les Européens s'étaient engagés à essayer de sauver l'accord et d'atténuer l'impact des sanctions

TEHERAN: Le président élu iranien Massoud Pezeshkia s'est déclaré prêt à entamer "un dialogue constructif" avec les pays européens, tout en leur reprochant d'être revenus sur leurs engagements dans le dossier nucléaire, dans une tribune parue samedi.

Elu au second tour de la présidentielle le 5 juillet, ce réformateur de 69 ans doit prêter serment fin juillet pour débuter un mandat de quatre ans.

L'élection était suivie avec attention à l'étranger alors que l'Iran est au coeur de plusieurs crises géopolitiques, de la guerre à Gaza au dossier nucléaire, dans lesquelles il s'oppose aux Occidentaux.

Lors de la campagne électorale, M. Pezeshkian avait promis de "sortir l'Iran de son isolement" en établissant des "relations constructives" avec le monde notamment les pays européens.

Dans un article publié samedi par le quotidien anglophone Tehran Times, il a critiqué le retrait en 2018 des Etats-Unis de l'accord international sur le nucléaire iranien conclu trois ans auparavant et qui visait à restreindre l'activité nucléaire de l'Iran en échange d'un allègement des sanctions. Washington avait dans la foulée rétabli de lourdes sanctions sur la République islamique.

Le réformateur a indiqué qu'après le retrait des Américains, les Européens s'étaient engagés à essayer de sauver l'accord et d'atténuer l'impact des sanctions.

Mais "les pays européens ont renié tous ces engagements", a-t-il déploré.

"Malgré ces faux pas, j'ai hâte d’engager un dialogue constructif avec les pays européens pour mettre nos relations sur la bonne voie", a-t-il dit.

Il a déclaré que les deux parties pourraient explorer "de nombreux domaines de coopération" si les Européens "mettaient de côté la suprématie morale qu'ils s'attribuent et les crises créées de toute pièce qui ont miné nos relations pendant si longtemps".

La porte-parole de la commission européenne Nabila Massrali avait auparavant félicité M. Pezeshkian pour son élection, déclarant que les 27 membres de l'UE étaient "prêts à s'engager avec le nouveau gouvernement conformément à la politique d'engagement critique de l'UE".

M. Pezeshkian s'en est pris par ailleurs aux Etats-Unis dont les sanctions affectent durement l'économie iranienne.

"Les Etats-Unis doivent reconnaître la réalité et comprendre, une fois pour toutes, que l'Iran ne répond pas – et ne répondra pas – aux pressions", a-t-il dit.

Durant la campagne, M. Pezeshkian avait promis de négocier avec le gouvernement américain pour relancer les pourparlers sur le nucléaire iranien et lever les sanctions.

Lundi, les Etats-Unis ont affirmé ne s'attendre à aucun changement dans leurs relations avec l'Iran après l'élection de Massoud Pezeshkian, minimisant également les chances de reprise du dialogue.

M. Pezeshkian a en outre qualifié la Russie d'"allié stratégique précieux" et s'est dit prêt à "collaborer davantage" avec la Chine.

Concernant les pays voisins, il a appelé la Turquie, l'Arabie saoudite, Oman, l'Irak, Bahreïn, le Qatar, le Koweït et les Emirats arabes unis à "renforcer les relations commerciales" avec l'Iran et "relever les défis communs" dans la région.

M. Pezeshkian va succéder à Ebrahim Raïssi, mort dans un accident d'hélicoptère en mai.

"Le peuple iranien m’a confié un mandat fort pour poursuivre vigoureusement un engagement constructif sur la scène internationale (...) tout en insistant sur nos droits et notre rôle mérité dans la région et dans le monde", a-t-il dit dans la tribune.

Ses pouvoirs seront cependant limités: en Iran, le président est chargé d'appliquer, à la tête du gouvernement, les grandes lignes politiques fixées par le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui est chef de l'Etat et ultime décideur sur les dossiers stratégiques.

Le président doit aussi tenir compte de la forte influence des grandes institutions comme les Gardiens de la Révolution, l'armée idéologique du pouvoir.


Nouvel acte d'accusation de la justice américaine contre Maduro et son épouse

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  • L'acte d'accusation révisé vise désormais six personnes, dont Nicolas Maduro, Cilia Flores et le ministre vénézuélien de l'Intérieur, Diosdado Cabello, considéré comme l'un des hommes les plus puissants du pays
  • Ils sont notamment accusés de s'être alliés avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), que Washington considère comme "terroriste", ainsi qu'à des cartels criminels pour "acheminer des tonnes de cocaïne vers les Etats-Unis"

WASHINGTON: Le président vénézuélien Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores, emmenés de force par des militaires américains, sont visés par un nouvel acte d'accusation publié samedi pour "narcoterrorisme" et importation de cocaïne aux Etats-Unis.

Quelques heures après l'annonce de l'opération par le président Donald Trump, la ministre américaine de la Justice, Pam Bondi affirmait que le couple était inculpé pour ces faits devant un tribunal fédéral de New York.

Si les poursuites contre Nicolas Maduro et d'autres hauts responsables vénézuéliens dans cette procédure étaient connues depuis 2020, le nom de son épouse n'y apparaissait pas jusqu'à présent.

L'acte d'accusation révisé vise désormais six personnes, dont Nicolas Maduro, Cilia Flores et le ministre vénézuélien de l'Intérieur, Diosdado Cabello, considéré comme l'un des hommes les plus puissants du pays.

Ils sont notamment accusés de s'être alliés avec la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), que Washington considère comme "terroriste", ainsi qu'à des cartels criminels pour "acheminer des tonnes de cocaïne vers les Etats-Unis".

Nicolas Maduro et son épouse sont à bord d'un navire à destination de New York pour y être présentés à la justice, a indiqué Donald Trump sur Fox News.

Ils feront face "à toute la rigueur de la justice américaine, sur le sol américain, devant des tribunaux américains", a assuré Mme Bondi.

En août, le ministère de la Justice et le département d'Etat avaient annoncé doubler à 50 millions de dollars la prime pour l'arrestation de Nicolas Maduro et son ministre de l'Intérieur.

Le gouvernement de Nicolas Maduro dénonce de longue date une ingérence des Etats-Unis dans les affaires vénézuéliennes.


Washington travaillera avec les reponsables vénézuéliens «s'ils prennent de bonnes décisions», dit Rubio

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  • Lors d'une opération spectaculaire, les troupes américaines ont capturé et exfiltré samedi le président vénézuélien qui attend désormais en prison à New York d'être traduit devant la justice américaine pour "narcoterrorisme"
  • Interrogé sur la vice-présidente Delcy Rodriguez - à qui la Cour suprême vénézuélienne a confié le pouvoir par interim - le chef de la diplomatie américaine a déclaré que Washington allait juger ses actions et celles des autres dirigeants encore en place

WASHINGTON: Les Etats-Unis travailleront avec les responsables vénézuéliens en place "s'ils prennent de bonnes décisions", a déclaré dimanche le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, assurant que Washington gardait des moyens de pression sur le pays, notamment l'embargo pétrolier.

"S'ils ne prennent pas de bonnes décisions, les Etats-Unis conserveront de nombreux leviers d'influence pour garantir la protection de nos intérêts, notamment l'embargo pétrolier. Nous allons donc juger, à l'avenir, nous allons juger tout ce qu'ils font", a-t-il dit à propos du gouvernement vénézuélien, lors d'une interview à la chaîne CBS.

Marco Rubio a également semblé nettement tempérer les déclarations faites samedi par le président américain Donald Trump, selon lesquelles les Etats-Unis allaient "diriger" le Venezuela et n'hésiteraient pas à déployer des troupes sur place "si besoin".

Si Donald Trump ne peut pas écarter publiquement toutes les options et notamment celle d'un déploiement de troupes, a-t-il déclaré, "ce n'est pas ce que vous voyez actuellement. Ce que vous voyez actuellement, c'est un embargo pétrolier qui nous permet d'exercer une influence considérable sur la suite des événements".

Lors d'une opération spectaculaire, les troupes américaines ont capturé et exfiltré samedi le président vénézuélien qui attend désormais en prison à New York d'être traduit devant la justice américaine pour "narcoterrorisme".

Interrogé sur la vice-présidente Delcy Rodriguez - à qui la Cour suprême vénézuélienne a confié le pouvoir par interim - le chef de la diplomatie américaine a déclaré que Washington allait juger ses actions et celles des autres dirigeants encore en place et "voir ce qui va se passer".

"La différence" avec Nicolas Maduro, est que "la personne qui était aux commandes (...) était quelqu'un avec qui on ne pouvait pas travailler", et qui ne "respectait pas ses accords", a ajouté Marco Rubio.

Comme on lui demandait si les Etats-Unis soutiendraient Maria Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix et figure de l'opposition ou Edmundo Gonzalez Urrutia, candidat de l'opposition à la présidentielle de 2024, Marco Rubio a botté en touche.

Les Etats-Unis, a-t-il assuré, ne peuvent plus s'impliquer dans la gestion politique de pays tiers.

Le Venezuela n'est pas "la Libye", "l'Irak", ou "l'Afghanistan". "Notre mission ici est très différente", a affirmé Marco Rubio. "Nous nous attaquons à ce qui constitue une menace pour les intérêts américains".

 


En Floride, Trump et Netanyahu mettent en garde le Hamas

 Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont fait front commun lundi en Floride contre l'Iran et toute tentative de réarmement, ainsi que face au Hamas, menacé par le président américain en cas de non-respect de la deuxième phase de la trêve à Gaza. (AFP)
Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont fait front commun lundi en Floride contre l'Iran et toute tentative de réarmement, ainsi que face au Hamas, menacé par le président américain en cas de non-respect de la deuxième phase de la trêve à Gaza. (AFP)
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  • Le président américain a minimisé les bruits faisant état de tensions avec le Premier ministre israélien
  • Israël a "respecté le plan" pour Gaza, a-t-il estimé, ajoutant n'être "préoccupé par rien de ce que fait Israël"

PALM BEACH: Donald Trump et Benjamin Netanyahu ont fait front commun lundi en Floride contre l'Iran et toute tentative de réarmement, ainsi que face au Hamas, menacé par le président américain en cas de non-respect de la deuxième phase de la trêve à Gaza.

Depuis les pupitres d'une conférence de presse commune organisée dans la résidence Mar-à-Lago du milliardaire, ce dernier a fermement mis en garde Téhéran, ennemi juré d'Israël, six mois après les frappes américaines contre son programme nucléaire.

"J'espère qu'ils ne sont pas encore en train d'essayer de se réarmer, parce que s'ils le font, nous n'aurons pas d'autre choix que d'éliminer très rapidement ce réarmement", qu'il s'agisse d'installations nucléaires ou de missiles balistiques, a-t-il averti.

Un proche conseiller du guide suprême iranien a réagi dans la foulée, déclarant que "toute agression" envers son pays serait "immédiatement suivie d'une réponse très sévère".

"La capacité balistique et de défense de l'Iran ne peut être contenue" et ne nécessite "aucune autorisation", a écrit sur X Ali Shamkhani.

Le président américain a également minimisé les bruits faisant état de tensions avec le Premier ministre israélien.

Israël a "respecté le plan" pour Gaza, a-t-il estimé, ajoutant n'être "préoccupé par rien de ce que fait Israël".

Donald Trump a en revanche pointé du doigt le mouvement islamiste palestinien Hamas et répété que son désarmement - un des points de la deuxième phase du plan pour Gaza - était nécessaire.

"Prix fort" 

"S'ils ne se désarment pas comme ils s'y sont engagés" et "dans un délai relativement court", "ils paieront le prix fort", a-t-il menacé.

La branche armée du Hamas a toutefois réaffirmé lundi qu'elle "ne renoncerait pas" aux armes "tant que l'occupation perdurera".

Benjamin Netanyahu, qui a qualifié son entrevue avec le républicain de "très productive", a profité de sa visite pour remettre à Donald Trump la plus haute distinction civile du pays.

"Nous n'avons jamais eu d'ami comme le président Trump à la Maison Blanche", a-t-il apprécié.

"Il peut être très difficile" mais Israël "n'existerait peut-être pas" sans le leadership dont Benjamin Netanyahu a fait preuve après les attaques sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023, a salué le président américain.

La rencontre entre les deux hommes était la cinquième aux Etats-Unis depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump il y a près d'un an.

Washington souhaite accélérer la cadence du plan de cessez-le-feu, fragile, en vigueur depuis octobre dans la bande de Gaza entre Israël et le Hamas - qui s'accusent mutuellement de fréquentes violations.

Avertissement envers l'Iran 

Le passage vers sa deuxième phase, qui prévoit le désarmement du Hamas, un retrait progressif de l'armée israélienne de Gaza, la mise en place d'une autorité de transition et le déploiement d'une force internationale de stabilisation dans le territoire palestinien, piétine.

Le média américain Axios rapporte que Washington veut faire des annonces concernant un gouvernement palestinien de technocrates comme autorité de transition pour Gaza dès janvier.

Donald Trump s'est borné lundi à espérer que la "reconstruction" puisse commencer bientôt dans le territoire palestinien, dévasté par deux années d'une guerre déclenchée par l'attaque du 7 octobre 2023.

Un des objectifs du déplacement de Benjamin Netanyahu visait à insister sur le "danger que posent l'Iran" et son programme balistique, "non seulement pour le Moyen-Orient mais aussi pour les Etats-Unis", selon une porte-parole de son gouvernement.

Il s'agit d'une "tentative de fabriquer un nouveau casus belli" contre l'Iran après "l'argument du nucléaire", analyse Sina Toossi, chercheur au Centre pour la politique internationale (CIP) à Washington.

L'Iran "se comporte peut-être mal" en cherchant à se réarmer mais reste intéressé par un accord avec Washington sur ses programmes nucléaires et balistiques, a estimé Donald Trump.

Donald Trump a également espéré que Benjamin Netanyahu pourrait "s'entendre" avec le nouveau président syrien et ancien jihadiste, Ahmad al-Chareh, après des frappes d'Israël à la frontière syrienne et contre le Hezbollah libanais.