L'incertitude politique, grain de sable pour l'économie française?

 Coup de frein ou coup d'arrêt ? L'incertitude politique qui règne en France entraîne un certain "attentisme" des ménages et des entreprises, mais elle ne devrait pas précipiter le pays dans la "récession", jugent plusieurs économistes interrogés par l'AFP. (AFP)
Coup de frein ou coup d'arrêt ? L'incertitude politique qui règne en France entraîne un certain "attentisme" des ménages et des entreprises, mais elle ne devrait pas précipiter le pays dans la "récession", jugent plusieurs économistes interrogés par l'AFP. (AFP)
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Publié le Vendredi 30 août 2024

L'incertitude politique, grain de sable pour l'économie française?

  • Pour Andreas Eisl, chercheur en politique économique européenne à l'Institut Jacques-Delors, "s'il y a une situation d'incertitude ou d'instabilité politique, ça a généralement un effet négatif, notamment sur l'investissement"
  • Responsable de la recherche économique sur les pays de l'OCDE chez BNP Paribas, Hélène Baudchon "entend bien ce discours des patrons d'entreprises"

PARIS: Coup de frein ou coup d'arrêt ? L'incertitude politique qui règne en France entraîne un certain "attentisme" des ménages et des entreprises, mais elle ne devrait pas précipiter le pays dans la "récession", jugent plusieurs économistes interrogés par l'AFP.

Pour Andreas Eisl, chercheur en politique économique européenne à l'Institut Jacques-Delors, "s'il y a une situation d'incertitude ou d'instabilité politique, ça a généralement un effet négatif, notamment sur l'investissement" des entreprises.

Invité jeudi sur RTL, le président de l'Union des entreprises de proximité (U2P) Michel Picon s'est joint aux cris d'alerte d'autres organisations patronales quant à l'impact du blocage politique sur les embauches et les projets des entreprises.

"La situation crée de l'attentisme et de l'inquiétude dans le bâtiment, dans le secteur des professionnels de santé, dans toutes les petites entreprises", s'est-il inquiété.

"Les choses ne sont pas catastrophiques" mais "il ne faut pas que ça dure", a poursuivi M. Picon.

Responsable de la recherche économique sur les pays de l'OCDE chez BNP Paribas, Hélène Baudchon "entend bien ce discours des patrons d'entreprises".

"Mais quand on regarde les déterminants de l'investissement ou de l'emploi", la politique d'un gouvernement "n'est pas du tout le déterminant principal", nuance-t-elle.

"Ce qui compte pour les entreprises, ce sont les débouchés" liés à leurs investissements, argumente-t-elle.

Au-delà des entreprises, l'impact de l'incertitude politique sur la consommation des ménages, carburant essentiel de la croissance française, est "très complexe" à évaluer, souligne Andreas Eisl. Depuis le Covid, la propension des Français à épargner plutôt qu'à consommer s'est en effet nettement renforcée, indépendamment du contexte politique.

L'Insee a fait état vendredi d'une légère progression de 0,3% sur un mois de la consommation des ménages en juillet, après une baisse de 0,6% en juin.

Le climat des affaires s'est lui partiellement redressé en août après un plongeon en juillet, même s'il reste légèrement inférieur à sa moyenne historique.

Si l'absence de visibilité sur la composition et les orientations du prochain gouvernement peut effrayer, l'économiste d'ING Philippe Ledent assure qu'"il ne faut pas exagérer l'impact d'une telle situation."

« Légère croissance »

"Nous ne sommes pas dans des économies planifiées (...) Tout ne dépend pas du secteur public" et de la politique gouvernementale, souligne-t-il.

L'Insee, dont les prévisions font référence en France, table sur une croissance de 0,5% au troisième trimestre, largement soutenue par l'accueil des Jeux olympiques et paralympiques, et un léger repli de 0,1% du PIB au quatrième.

ING s'attend à une croissance modeste au cours des prochains mois mais M. Ledent n'imagine pas que la crise politique puisse provoquer une "récession".

BNP Paribas tablait en juillet sur une hausse de 0,3% du PIB au troisième trimestre et de 0,4% au quatrième trimestre, avant une mise à jour de ses prévisions attendue prochainement.

Mme Baudchon reconnaît que la France "est dans une période de flou. Mais ça ne va pas jouer de manière significative sur nos prévisions de croissance", certifie-t-elle.

M. Eisl est du même avis. "Pour l'instant, au vu des données économiques, je ne vois pas changer drastiquement la trajectoire économique du pays, qui est quand même (orientée, NDLR) vers une légère croissance."

Celle-ci pourrait d'ailleurs être soutenue par des baisses de taux de la Banque centrale européenne (BCE), alors que l'inflation est repassée sous les 2% en août pour la première fois depuis 2021 en France comme en Allemagne.

Pour Ruben Nizard, responsable de l'analyse des risques sociopolitiques chez l'assureur-crédit Coface, "isoler l'impact (économique, NDLR) d'un évènement précis - en l'espèce une incertitude politique - est" de toute façon "assez compliqué".

Les conséquences économiques du blocage politique dépendront "beaucoup du temps que durera cette incertitude", poursuit-il.

Préparation du budget 2025, présentation d'un plan de désendettement national à la Commission européenne, actualisation de la note de crédit de la France par les trois agences de référence... Les échéances économiques seront nombreuses à l'automne.

"Compte tenu des équilibres" issus des législatives - trois blocs politiques dépourvus de majorité incontestable -, Ruben Nizard s'attend à des discussions "très difficiles" au Parlement sur le projet de loi de finances.

"Là, il y aura probablement un peu de volatilité" économique, suppute-t-il.


« Marché stratégique » : PepsiCo souligne le rôle de l’Arabie saoudite dans sa croissance mondiale

Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Djeddah. (Fourni)
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  • PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché stratégique majeur, avec des investissements continus et un fort alignement sur la Vision 2030
  • L’entreprise accélère l’innovation (IA, R&D, produits sans sucre) pour répondre à l’évolution des consommateurs et renforcer sa croissance régionale

RIYAD : PepsiCo considère l’Arabie saoudite comme un marché « stratégique » offrant des opportunités croissantes d’investissement et d’innovation, alors que le Royaume demeure une cible clé pour l’entreprise.

La société affirme s’être étroitement alignée sur les objectifs à long terme du Royaume, en s’appuyant sur une présence qui s’étend sur près de sept décennies.

« Nous opérons dans le Royaume depuis presque 70 ans », a déclaré Eugene Willemsen, PDG des boissons internationales chez PepsiCo, à Arab News. « Nous avons immédiatement adopté la Vision 2030 dès son lancement et avons clairement indiqué que nous voulions en faire partie, mais aussi y contribuer activement. »

Il a souligné plusieurs domaines dans lesquels PepsiCo a élargi son rôle, notamment en renforçant l’intégration des talents saoudiens et féminins, en faisant évoluer son portefeuille de produits et en soutenant des initiatives favorisant des modes de vie plus actifs.

« Nous nous voyons comme un contributeur à la Vision 2030… et nous nous réjouissons de continuer à le faire avec l’ensemble de nos activités en Arabie saoudite », a-t-il ajouté. 

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Le PDG des boissons internationales chez PepsiCo, Eugene Willemsen, à Riyad. (Fourni)

L’Arabie saoudite est l’un des marchés les plus importants de PepsiCo à l’échelle mondiale, soutenu par de solides capacités locales et des partenariats de longue date.

« C’est un marché très important pour PepsiCo. C’est un marché stratégique pour nous », a déclaré Willemsen. « Nous disposons de capacités très solides et avancées en marketing, dans les domaines commerciaux et dans la chaîne d’approvisionnement, que nous pouvons exploiter à l’échelle de notre réseau international. »

Il a également mis en avant le rôle des partenaires d’embouteillage locaux, évoquant des relations « qui remontent à plusieurs décennies » et offrant des « capacités exceptionnelles » au bénéfice de l’ensemble du système PepsiCo.

L’entreprise emploie environ 9 000 personnes dans ses opérations en Arabie saoudite et a continué d’étendre sa présence locale. Parmi les investissements récents figure un nouveau centre de recherche et développement dans le quartier financier King Abdullah à Riyad, développé en collaboration avec son activité snacks.

« Il s’agit d’un investissement d’environ 30 millions de riyals saoudiens (8 millions de dollars) », a précisé Willemsen, ajoutant que ce centre vise à développer des produits adaptés aux besoins locaux et potentiellement intégrant des cultures locales, avec des applications pouvant s’étendre à l’ensemble du Moyen-Orient.

L’évolution des préférences des consommateurs influence également la stratégie de PepsiCo dans le Royaume, notamment avec une demande croissante pour des options plus saines.

« Nous avons fortement mis l’accent sur les offres sans sucre ici en Arabie saoudite, et nous avons observé un changement significatif vers le zéro sucre », a-t-il expliqué. « Les consommateurs, tous âges et profils confondus, recherchent des options permettant de réduire leur consommation de sucre. »

Parallèlement, l’hydratation est une priorité majeure, notamment en raison du climat du Royaume. Willemsen a évoqué des opportunités d’élargir les produits contenant des électrolytes, destinés aussi bien aux consommateurs actifs qu’à un usage quotidien.

PepsiCo intensifie également l’utilisation de l’intelligence artificielle dans ses opérations, de l’agriculture au développement de produits.

« Nous voulons être parmi les leaders dans l’adoption de l’IA dans le secteur des biens de consommation », a déclaré Willemsen. « L’IA permet de tester et valider des concepts beaucoup plus rapidement, de développer des produits plus vite et de les lancer plus rapidement sur le marché. »

Il a précisé que l’IA est utilisée dans les opérations agricoles mondiales de l’entreprise pour aider les agriculteurs à optimiser l’utilisation de l’eau, l’application d’engrais et les rendements.

Concernant les chaînes d’approvisionnement, Willemsen a indiqué que l’entreprise se concentre sur le renforcement de la résilience locale face à la volatilité mondiale.

« Notre objectif à travers le monde est de créer des chaînes d’approvisionnement aussi locales que possible », a-t-il déclaré. « Nous avons développé une grande résilience et agilité pour faire face à différents scénarios. »

Malgré l’incertitude mondiale, il s’est dit confiant quant aux perspectives à long terme du marché saoudien.

« Le marché saoudien est en lui-même très résilient », a-t-il affirmé. « Parce qu’il évolue rapidement, il continue d’offrir des opportunités d’innovation et de réponse aux besoins changeants des consommateurs. »

Il a ajouté : « Il existe une forte résilience intrinsèque en Arabie saoudite, ce qui nous donne confiance dans le fait que ce pays continuera à croître et à prospérer. » 

Ce texte est la traduction d’un article paru sur Arabnews.com


L’euro numérique, un enjeu stratégique de souveraineté européenne

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ? (AFP)
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  • À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines
  • Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis

PARIS: Derrière l’écrasante majorité des paiements par carte en Europe se cachent deux acteurs américains incontournables : Visa et Mastercard. Cette dépendance structurelle du système de paiement européen a récemment été mise en lumière par un épisode aux répercussions politiques et juridiques sensibles.

À la suite de l’émission d’un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou par la Cour pénale internationale, plusieurs juges de l’institution ont été visés par des sanctions américaines. Résultat : certains se sont retrouvés dans l’incapacité d’utiliser leurs cartes bancaires, y compris sur le territoire européen, révélant la portée extraterritoriale du système financier dominé par les États-Unis.

Cet incident illustre les vulnérabilités de l’Europe en matière de souveraineté financière. Pour y remédier, l’Union européenne accélère ses travaux sur un projet d’euro numérique. Cette monnaie digitale, émise directement par la Banque centrale européenne, ambitionne de garantir une autonomie accrue face aux infrastructures de paiement étrangères et de se prémunir contre d’éventuelles sanctions extérieures.

Mais le projet suscite des inquiétudes au sein du secteur bancaire. Les établissements privés redoutent une migration des dépôts vers cette monnaie publique, qui pourrait réduire leurs ressources et, par conséquent, leurs revenus liés aux services bancaires.

Dans un contexte où près d’un Européen sur dix détient déjà des actifs numériques décentralisés, la question demeure : l’euro numérique parviendra-t-il à s’imposer comme une alternative crédible et à renforcer l’indépendance financière de l’Europe ?


Dispositif pour les carburants: la France «n'a pas les moyens d'amortir les crises», estime Larcher

Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
Le ministre français de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, Roland Lescure, s'adresse à la presse à l'issue d'un conseil des ministres consacré à l'énergie, à l'Hôtel de Matignon à Paris, le 21 avril 2026. (Photo : Kenzo TRIBOUILLARD / AFP)
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  • "Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher
  • "Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN

PARIS: Le président LR du Sénat Gérard Larcher a estimé mercredi que la France "n'a pas les moyens d'amortir les crises" au lendemain de la présentation par le Premier ministre Sébastien Lecornu d'un "dispositif d'accompagnement" pour les "grands rouleurs" touchés par la hausse du prix du carburant.

"Nous n'avons pas les moyens d'amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé", a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher.

"Cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d'autres marges de manœuvre que de faire ce qu'il est possible de faire en direction de certaines catégories", a expliqué le président du Sénat, écartant une baisse de la TVA comme le demande le RN.

Il a tenu Emmanuel Macron pour responsable de cette situation: "On paye le quoi qu'il en coûte, on paye un ensemble d'engagements où on n'a pas réduit la dépense publique, on n'a pas réformé l'État", a-t-il expliqué. "C'est quelque part le bilan de deux quinquennats d'Emmanuel Macron", a-t-il souligné, estimant que le chef de l'Etat a laissé la France en situation "d'hypoxie".

Sur la situation financière du pays, Gérard Larcher a précisé que le Sénat, contrôlé par une majorité de droite et du centre, présentera pour le budget 2027 "une proposition au gouvernement (...) à la fin du mois de juin".

L'exécutif a annoncé mardi une aide à trois millions de "travailleurs modestes grands rouleurs", et le renforcement du soutien aux pêcheurs et agriculteurs.